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Full text of "Le roman de Galerent, comte de bretagne"

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SOCIÉTÉ  POUR  LÉTUDE  DES  LANGUES  ROMANES 


PUBLICATIONS  SPECIALES 


LE 

ROMAN  DE  GALERENT 

COMTE  DE  BRETAGNE 

PAR  LE  TROUVÈRE  RENAUT 

Publié  pour  la  première  fois  d'après  le  manuscrit  unique 
de  la  Bibliothèque  nationale 


PAR 


ANATOLE    BOUCHERIE 


MONTPELLIER 

AU  BUREAU   DES  PUBLICATIONS 

DE   LA   SOCIÉIÊ 
POUR  l'étude   des   I-ANGUKS  l'.OMANES 


PARIS 

MAISONNEQVE  ET  CHARLES  LECLERC 

LIBRAIRES-ÉDITEURS 


25,  QUAI  VOLTAIBE,  25 
M  DCCC  LX  XXVIII 


P0 


LE 

ROMAN  DE  GALERENT 

COMTE  DE  BRETAGNE 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/leromandegalerenOOjean 


ANATOLE    BOUCHERIE 


LE 


ROMAN  DE  GALËRENT 

COMTE  DE  BRETAGNE 

PAR  LE  TROUVÈRE  [RENAUT 

Publié  pour  la  première  fois  d'après  le  manuscrit  unique 
de  la  Bibliothèque  nationale 


ANATOLE    BOUCHERIE 


MONTPELLIER 

AU  BUREAU   DES  PUBLICATIONS 

DE   LA    SOCIÉTÉ 
POUR  l'étude   des   LAS'GUKS  nOMAXES 


PARIS 

MAISOXNEUVE  ET  CHARLES  LECLERC 

LIBRAIRES-ÉUITEURS 
25,  QUAI  VOLTAIRE,  25 


M  DCCC  Lxxxvm 


Univers??^ 


f     ^^BUOTHECA 


LA   M P: MOIRE 


DE 


M.  EMILE   EGGER 


Le  présent  volume  t'tait  déjà  aux  trois  quarts  imprimé  lorsque 
Anatole  Boucherie  nous  fut  enlevé,  le  3  avril  1883.  Notre  ami,  en  le 
publiant,  n'entendait  donner  du  Roman  de  Galeren  qu'une  édition 
provisoire,  qui  devait  servir  seulement  de-  base  et  de  contrôle  à  l'édi- 
tion critique  qu'il  se  proposait  d"en  donner  plus  tard.  Nous  avons  natu- 
rellement, en  imprimant  les  dernières  feuilles,  suivi  ses  intentions,  c'est- 
à-dire  reproduit  fidèlement  sa  copie,  transcription  pure  et  simple  elle- 
même  de  l'original,  sauf  à  corrigei'  çà  et  là  quelques  fautes  de  lec- 
ture, que  l'examen  minutieux  du  ms.,  —  dont  il  avait  obtenu  le  prêt, 
et  qui  demeura  quelque  temps  entre  nos  mains  après  sa  mort,  — nous 
y  avait  fait  reconnaître. 

C'est  aux  vacances  de  1877  que  Boucheiie  découvrit,  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  le  lieu  du  monde  où  il  devait  le  moins,  semblait-il, 
s'attendre  à  une  pareille  bonne  fortune,  le  Roman  de  Galeren.  Ce  fut 
une  de  ses  dernières  et  de  ses  plus  vives  joies  de  philologue.  Il  en 
prit  immédiatement  copie,  et  ne  cessa  jusqu'à  sa  mort  de  l'étudier 
avec  amour.  Il  se  proposait  d'en  faire  le  sujet  d'une  thèse  de  doctorat, 
et  les  papiers  qu'il  nous  a  laissés  sont  pleins  de  notes,  littéraires  ou 
philologiques,  qui  se  rapportent  à  ce  dessein  ;  mais  tout  cela  est  mal- 
heureusement trop  incomplet,  trop  informe  et  trop  confus,  pour  pou- 
voir être  publié.  Nous  avons  pourtant  essayé,  à  plusieurs  reprises,  d'en 
tirer  des  fragments  qui,  reliés  ensemble,  pussent  être  utilement  placés 
en  tête  du  présent  volume;  mais  c'a  été  toujoui's  vainement.  Ce  serait 
trahir  la  mémoire  de  notre  ami  que  d'offrir  au  lecteui',  sous  son  nom, 
de  simples  brouillons.  Le  seul  morceau  qui  puisse  ici  voirie  jour  est 
la  préface  quil  avait  préj^arée  pour  cette  première  édition  de  son  cher 
poome.  La  voici  : 

Le  Roman  de  Galerent  est  non-seulement  inédit,  mais  en- 
core absolument  inconnu.  Il  nous  a  été  conservé  dans  un  ma- 


VIU 

nuscrit  du  XV°  siècle  ',  qui  fait  partie  du  fonds  français  de  la 
Bibliothèque  nationale,  où  il  porte  le  n°  24042,  et  dont  le  ca- 
talogue le  mentionne  en  ces  termes  :  «  Histoire  de  Bretagne 

en  vers.  » 

Cette  indication  inexacte  a  été  empruntée  à  Gaignières, 
Tavant-dernier  posscsseurdu  ms.,  qui  n'en  avait  lu  sans  doute 
que  Vexplicit:  «  Cy  finist  le  livre  de  Galeren,  conte  de  Bre- 
taigne.  » 

On  conçoit  que  les  savants  en  quête  de  romans  d'amour  et 
d'aventures  aient  passé  sans  s'arrêter  devant  un  volume  ainsi 
désigné  ;  mais,  si  peu  que  leur  attention  se  fût  portée  sur  ce 
texte,  ils  i>'auraient  pas  tardé  à  reconnaître  la  haute  valeur 
littéraire  d'une  œuvre  vraiment  supérieure,  et  qui  est  aux  ro- 
mans d'aventures  du  moyen  âge  ce  qu'est  Paul  et  Virginie  aux 
romans  du  XVIIP  siècle. 

Le  nom  de  l'auteur,  Renaut,  qui  se  lit  au  v.  7809,  est  déjà 
connu  comme  celui  d'un  des  plus  délicats  écrivains  de  notre 
ancienne  littérature,  car  c'est  aussi  le  nom  de  l'auteur  du  Lai 
de  VOmbrc  et  de  V  Anneau,  un  pur  chef-d  œuvre  du  genre,  et 
peut-être  y  aura-t-il  lieu  d'identifier  ce  dernier  Renaut  avec 
celui  qui  a  signé  le  beau  roman  que  je  publie. 

L'ancienneté  d'un  poëme  qui  est  de  la  fin  du  XIP  siècle, 
ou,  au  plus  tôt,  des  premières  années  du  XIIP,  le  talent  de 
composition  dont  l'auteur  a  fait  preuve,  la  pureté  de  sa  lan- 
gue et  l'élégance  de  son  style,  la  variété  et  le  charme  de  ses 
descriptions,  la  délicatesse  des  sentiments  qu'il  prête  à  ses 
principaux  personnages,  le  pathétique  des  situations  et  la  vrai- 
semblance des  aventures,  une  fois  le  thème  primitif  adopté: 
ces  diverses  qualités,  que  je  ne  me  rappelle  pas  avoir  vues 
réunies  au  môme  degré  dans  aucun  des  poëtes  du  moyen  âge, 
ni  dans  l'auteur  du  Partonopem,  ni  même  dans  Chrestien  de 
Troyes,  méritent  qu'on  accorde  à  l'écrivain  qui  les  possédait 
une  étude  aussi  attentive  et  aussi  complète  que  possible. 

«Ce  ms.  est  incomplet  du  commencement,  et  il  présente  aussi  une  lacune 
vers  le  milieu.  Plusieurs  feuillets  en  ont  été  transposés  par  le  relieur.  Au  bas 
du  verso  du  dernier  feuillet,  lequel  est  en  blanc,  et  fait  partie  intégrante  à» 
dernier  cahier,  on  lit,  l'un  au-dessous  de  l'autre,  les  deux  noms  suivants  Anne 
de  Bouloigne,  Loyse  de  Bouloigne. 


C'est  ce  que  j'ai  tâché  de  faire  ;  mais,  avant  de  mettre  en 
ordre  et  de  fondre  en  un  seul  tout  les  matériaux  que  j'i.i  do 
rassembler  dans  ce  but,  je  crois  nécessaire  depubherd'abord 
le  texte  même  du  poëme,  tel  que  nous  l'a  conserve  le  ms., 
avec  sa  mauvaise  orthographe  du  XV«  siècle,  quitte  a  le  res- 
tituer plus  tard,  dans  l'édition  critique  qui  sera  l'une  des  par- 
ties, et  non  la  moins  considérable,  du  travail  d'ensemble  que 

je  prépare.  , 

Je  ne  donnerai  point  ici  du  roman  une  analyse  détaillée, 
qui  ferait  double  emploi  avec  celle  que  je  réserve  pour  mon 
étude  complète,  où  elle  trouvera  plus  naturellement  sa  place. 
Il  suffira  aujourd'hui  de  présenter  au  lecteur  un  bref  sommaire 
de  cette  oeuvre  remarquable.  _  _ 

Les  principales  données  du  poëme  paraissent  avoir  ete 
empruntées  au  lai  du  Frêne  de  Marie  de  France,  ou  tout  au 
moins  à  ce  fonds  commun  de  légendes  bretonnes  où  notre 
ancienne  poésie  narrative  a  si  largement  puisé.  Mais  ce  qui, 
=ous  la  plume  de  la  célèbre  poétesse,  n'est  qu'une  œuvre  un 
peu  terne,  d'où  la  passion  est  absente,  un  récit  honnêtement 
composé  et  naturellement  conté,  comme  il  convenait  a  un 
auteur  qui  n'élevait  guère  ses  conceptions  au-dessus  du  ni- 
veau de  la  vie  vulgaire,  est  devenu,  sous  celle  de  son  imita- 
teur ou  de  son  émule,  une  œuvre  d'art  et  de  longue  haleine, 
qu'animent  d'un  bout  à  l'autre  des  caractères  bien  vivants  et 
bien  tracés,  une  passion  tour  à  tour  heureuse  ou  contrariée 
et  toujours  vraie. 

L'héroïne  du  poëme  est  une  jeune  fille,  nommée  Frêne, 
qu'abandonne  sa  mère.  M-''  Gente,  femme  du  châtelain  Brun- 
doré,  et  qui,  recueillie  par  M^^  Ermine,  abbesse  de  Beause- 
jom%  est  élevée  dans  ce  couvent,  en  compagnie  du  jeune  Ga- 
lerent,  fils  du  comte  de  Bretagne  et  neveu  de  l'abbesse.  Les 
deux  enfants  s'aiment  d'abord  comme  frère  et  sœur,  puis  avec 
le  temps  leurs  sentiments  changent  de  nature,  et  nous  assis- 
tons, six  cents  ans  avant  Bernardin  de  Saint-Pierre  et  huit 
cents  ans  après  Longus,  au  drame  semi-pastoral  de  Paul  et 
Virginie,  deDaphnisetChloé.  Heureux  d'abord,  grâce  àlapater- 

nelle  complaisance  du  chapelain  Lohier,  parrain  de  Frêne,  ils 
voient  bientôt  leurs  belles  espérances  s'évanouir.  Galerent, 
obligé  d'aller  prendre  possession  d&  son  comté  de  Bretagne, 


après  la  mort  [n-osque  simultanée  de  son  père  et  de  sa  mère,  a 
bien  juré  à  Fi'ône,  devant  Lohier,  leur  protecteur  commun,  de 
revenir  l'épouser,  quand  il  aura  rendu  hommage  au  roi  d'Angle- 
terre, son  suzerain,  et  qu'il  aura  fait  son  stage  de  clievalier  ; 
mais  dans  l'intervalle  M"*^  Krmine,  avertie  de  ce  qui  se  pré- 
pare, chasse  la  jeune  fille  et  lui  révèle  ce  qu'elle  sait  du  mys- 
tère de  sa  naissance.  Frêne,  qui  jusque-là  s'était  crue  l'égale 
de  Galerent,  ne  veut  pas  devoir  la  fidélité  de  son  amant  à 
des  engagements  qu'il  n'aurait  peut-être  pas  pris  s'il  avait 
connu  la  vérité.  Sans  le  prévenir  et  sans  prévenir  personne, 
elle  se  retire  à  Rouen.  Là.  quatre  ans  de  suite,  sous  un  nom 
d'emprunt,  chez  une  veuve  dont  la  fille  Rose  devient  son 
amie  intime,  elle  vit  dans  l'isolement  et  dans  le  travail,  sourde 
aux  demandes  de  mariage  que  lui  attirent  sa  beauté  et  sa 
bonne  réputation. 

Galerent,  en  apprenant  coup  sur  coup  la  mort  de  Lohier  et 
la  disparition  de  Frêne,  tombe  dans  un  profond  chagrin.  11 
réagit  cependant  et  prend  part  aux  tournois  que  le  duc  de 
Metz  donne  en  son  honneur  et  en  l'honneur  du  duc  d'oOste- 
riche  »,  Guinant.  Esmerée,  fille  du  duc  de  Metz  et  préten- 
due de  Guinant,  voit  bien  que  le  chagrin  de  Galerent  est  un 
chagrin  d'amour.  Elle  se  croit  l'objet  d'une  passion  qui  n'ose 
se  manifester  et  fait  au  jeune  Breton  de  gracieuses  et  naïves 
avances,  que  celui-ci  décline  avec  autant  de  fermeté  que  de 
tact.  Guinant  ne  peut  dissimuler  sa  jalousie,  et  la  rivalité  des 
deux  jeunes  seigneurs  dégénère  presque  en  lutte  interna- 
tionale entre  les  tenants  du  Breton,  tous  Français  de  la  lan- 
gue d'oui,  et  ceux  de  Guinant,  tous  riverains  du  Rhin.  Le  dif- 
férend se  décide  dans  un  vaste  tournoi  près  de  Reims.  Les 
Allemands  sont  vaincus,  après  une  vigoureuse  résistance,  et 
obligés  de  paver  une  énorme  rançon,  qui  fait  riches  pour  long- 
temps «  Français  et  Bretons  et  ÎS'orraands.  » 

Dans  l'intervalle  des  tournois  de  Metz  et  de  Reims,  Gale- 
rent avait  eu  l'occasion,  en  passant  à  la  Roche-Gujon,  chez 
son  compagnon  d'armes  et  son  parrain  en  chevalerie,  lépreux 
Brundoré,  de  voir  la  jeune  Fleurie,  fille  de  ce  seigneur  et  de 
M""*  Gente,  et  par  conséquent,  ce  que  tous  ignoraient  alors, 
sœur  de  Frêne.  Elle  ressemble  tellement  à  sa  chère  absente, 
à  celle  qu'il  croyait  morte,  qu'il  en  devient  amoureux,  mais  à 


XI 

demi;  car,  s'il  voit  en  elle  comme  le  miroir  de  sa  bien-aimée, 
il  n'ose,  en  l'épousant,  pousser  jusqu'au  bout  rinfidélité  {ju'il 
se  reproche  déjà.  Cependant  ses  meilleurs  amis  et  ses  plus  fi- 
dèles vassaux  le  firessent  de  [irendre  femme.  Il  se  décide  enfin 
et  demande  Fleurie. 

Aussitôt  le  bruit  de  ce  mariage  se  répand  partout,  jusqu'à 
Kouen,  jusque  dans  la  maison  qu'habite  Frêne.  La  malheu- 
reuse sent  renaître  sa  passion.  Ses  angoisses  n'échappent  pas 
à  l'inquiète  tendresse  de  Rose,  sa  compagne  de  lit  et  de 
travail.  Pressée  par  sa  jeune  amie,  elle  lui  confie  tous  ses 
secrets:  «  Elle  veut  revoir  une  dernière  fois  Galerent  avanl 
de  se  roplonger  pour  toujours  dans  sa  retraite  volontaire.  » 
Toutes  deux  partent  pour  la  Roclie-Guyon,où  elles  arrivent 
la  veille  du  jour  où  devait  se  célébrer  le  mariage. 

Frêne,  portant  sur  elle  la  belle  draperie  qui  la  couvrait 
dans  son  berceau  et  que  l'abbesse  lui  avait  rendue  à  sa  sor- 
tie de  Beauséjour,  et  tenant  dans  ses  mains  son  inséparable 
harpe,  se  mêle  à  la  foule  des  ménestrels  et  chante  le  «  lai  du 
Breton  Galerent»,  celui-là  même  que  Galerent  avait  com- 
posé pour  elle  à  l'épocjuc  de  leur  piemier  amour.  Le  comte  de 
Bretagne,  éperdu,  se  couvre  la  tête  de  son  manteau  et  se  re- 
tire. Un  instant  après,  M"^  Gente,  paitageant  la  curiosité 
commune,  s'approche  de  la  belle  chanteuse  el  reconnaît  tout 
à  coup  l'étoffe  précieuse,  brodée  de  ses  propres  mains,  dont 
elle  avait  enveloppé  la  fille  (ju'elle  avait  sacrifiée  à  son  or- 
gueil. Quoique  horriblement  agitée,  elle  se  domine  assez  pour 
avoir  le  temps  d'entraîner  Frêne  au  fond  de  ses  appartements. 
Elle  l'interroge  avec  une  anxiété  facile  à  comprendre  et  s'as- 
suie  qu'el'e  ne  s'est  pas  trompée.  Ivre  de  joie,  délivrée  enfin 
des  remords  qui  n'ont  cessé  d'empoisonner  sa  vie,  elle  em- 
brasse sa  fille  et  l'accable  de  caresses  convulsives.  Puis,  au 
risque  d'être  foudroyée  par  la  colère  de  son  mari,  elle  le  fait 
venir  sur-le  champ  et  lui  ré\  èle  tout.  Brundoré,  heureux  de 
retrouver  une  fille  qu'il  ne  se  connaissait  pas,  heureux  de  sa- 
voir que  c'est  elle  que  Galerent  aime,  qu'elle  est  cette  ab- 
sente, «  cette  morte»,  toujours  regrettée,  pour  laquelle  il  re- 
tardait la  conclusion  de  sonmïtriage  avec  Fleurie,  Brundoré 
pardonne  et  se  hâte  de  mettre  les  deux  amants  en  présence 
l'un  de  l'autre. 


XII 

Fleurie  se  sacrifie  au  bonheur  de  sa  sœur  et  prend  le  voile, 
malgré  les  instances  de  sa  famille,  finissant  son  existence 
comme  sa  sœur  avait  commencé  la  sienne,  dans  un  couvent. 

Telle  est  cette  pastorale  chevaleresque,  qui  tient  le  milieu, 
par  la  date  comme  par  les  procédés  esthétiques,  entre  le  ro- 
man do  Dnphnis  et  Cliloé  et  celui  de  Paul  et  Virginie.  Égale  en 
valeur  littéraire  à  l'un  et  à  l'autre,  elle  est  plus  morale  que 
l'œuvre  de  Longus  et  plus  naturelle  que  celle  de  Bernardin 
de  Saint-Pierre. 

■  Je  n'indique  dans  le  texte  même  que  les  corrections  qui  ne 
compliquent  pas  trop  la  lecture  et  l'impression  courantes.  Je 
renvoie  aux  notes  celles  qui  exigent  un  véritable  remaniement, 
et,  dans  les  deux  cas,  je  me  borne  à  l'Indispensable,  pour  ne 
pas  allonger  inutilement  la  présente  publication,  ni  empiéter 
sur  celle  qui  doit  la  suivre  et  qui  contiendra  le  texte  resti- 
tué, avec  tout  l'appareil  critique  nécessaire.  C'est  ainsi  que  je 
laisse  des  fautes  évidentes  et  faciles  àcorriger,  mais  trop  nom- 
breuses pour  qu'on  puisse  les  relever  toutes^;  par  exemple, 
lui  pour  H  et  réciproquement,  le  cas  oblique  pour  le  cas  sujet, 
ai  pour  ei,  oi  pour  ai,  ou  pouro,  :;  pour  .s  ou  pour  r,  r  pour  -, 
etc.  Ma  seule  préoccupation,  en  un  mot,  a  été  de  donner  ici  un 
texte  intelligible.  C'est  dans  la  seconde  édition  que  je  m'appli- 
querai à  le  rendre  correct. 

Aux  notes  laissées  par  Boucherie  nous  en  avons  ajouté  quelques- 
unes  que  nous  n'avons  pas  cru  nécessaire  d'en  distinguer.  Nous 
sommes  redevables  à  M.  Gaston  Paris,  à  qui  les  bonnes  feuilles  du 
poëme  avaient  été  communiquées  avec  le  ms.  des  notes,  d'un  certain 
nombre  de  corrections  qu'il  nous  a  autorisé  à  publier  avec  les  nôtres; 
elles  sont  suivies  des  initiales  de  son  nom. 

Nous  avions  eu  d'abord  l'intention  de  placer  ici,  avec  une  notice 
sur  Boucherie,  une  bibliographie  détaillée  de  ses  ouvrages.  Nous  nous 


*  La  confusion  de  n  et  de  u,  dans  le  ms.,  est  fréquente,  et  il  n'est  pas  tou- 
jours facile  de  distinguer  ces  deux  lettres  l'une  de  l'autre.  Aussi  a-t-on  pu 
imprimer  plus  d'une  fois  ?i  où  le  ms.  porte  plutôt  u,  et  inversement.  Il  eût 
été  peut-être  préférable,  l'incertitude  de  la  graphie  étant  reconnue,  de  mettre 
partout  soit  n,  soit  u,  selon  que  le  sens  l'exigeait.  Même  observation  pour  c 
et  t. 


XIII 

sommes  décidé,  après  réflexion,  à  réserver  l'une  et  l'autre  pour  un 
second  volume  de  ses  reliquiœ,  actuellement  en  préparation,  et  qui, 
devant  être  de  moindre  étendue  que  celui-ci,  gagnera  à  cette  adjonc- 
tion une  plus  juste  épaisseur.  En  attendant,  ceux  des  lecteurs  de  Ga- 
leren  qui  ont  connu  Boucherie,  et  particulièrement  nos  confrères  de  la 
Société  des  langues  romanes,  nous  sauront  gré  de  leur  offrir,  dans 
la  belle  eau-forte  de  Fernand  Desmoulin  qui  orne  le  présent  volume, 
une  fidèle  reproduction  des  traits  de  notre  ami. 

M.  Emile  Egger,  quelques  mois  avant  sa  mort,  avait  bien  voulu  ac- 
cepter la  dédicace  de  ce  volume,  dont  nous  ne  pensions  pas  alors  que 
la  publication  dût  être  si  longtemps  retardée.  C'est,  hélas  !  sur  une 
tombe,  fermée  depuis  plus  de  deux  ans,  que  nous  le  déposons  aujour- 
d'hui, comme  un  hommage  posthume  de  Boucherie  à  l'homme  ex- 
cellent auquel  l'unissaient  les  liens  d'une  si  tendre  amitié  et  d'une  si 
profonde  reconnaissance,  et  comme  un  témoignage  de  nos  propres  sen- 
timents de  gratitude  et  d'affectueuse  vénération  envers  cette  chère  mé- 
moire. 

Camille  Chabaneau. 


ERRATA 


I*.  205,  1.  17,  siiiipr.  le  point  d'iatcrrogation  qm  smt  preslre. 

1*.  207,  note  sur  le  v.  551,  1.  2.  «  douceurs.  »  Lis.  donneurs.  Ce 
renvoi  à  Lafontaine  est  d'ailleurs  à  supprimer.  Le  cas  n'est  pas  le 
même  que  celui  de  notre  texte  et  des  Dcnkmuler  de  M.  Suchier. 

W  210, 1.  14  du  bas.  Lis.  2000. . .2005. . .2000. 

P.  211,  note  sur  le  v.  2379.  «  aurait-il.  »  Lis.  faudrait- il. 

P.  21o,  note  sur  le  v.  3622.  Lis.  mande. 

P.  215,  note  sur  le  v.  4964.  <(  eschappez».  Lis.  checauchié. 

P.  218,  1.  4.  Lis.  interversion .  —  L.  18.  Virgule  à  la  fin  de  la 
ligne . 


ADDITIONS  AUX  NOTES' 

*706.  Con  qui  aroit  maint  ennemijf  «  Comme  s'il  avait  une  foule 
d'ennemis  à  ses  trousses.  » 

*707.  Sans  savoir  son  couvine?  «  Sans  savoir  le  sexe  de  l'en- 
fant»? Cf.  V.  975. 

•1489.  Ctiens. 

2121 .  «  VOUS  »  :=  vou  (voto). 

2422.  et  si? 

2777  et  2799.  Puis  que. 

2903.  revenrai. 

*3002.  S'en  avez  bon  ? 

3522   Jel  ?  Deux  points  à  la  fin  du  vers . 

4140.  «  cache  »  =  chasse,  c'est-à-dire  détourne,  empêche.  Cf. 
v.  6204. 

*4260.  «  asseur  »  à  maintenir.  C'est  ici  un  adjectif  (dont  on  a  le 
féminin  au  v.  6961)  pris  adverbialement. 

'4384-5.  Plutôt  repaire. ..  .aire'! 

'  Quelques-unes  des  nouvelles  notes  ici  ajoutées  complètent  ou  modifient 
plusieurs  de  celles  qui  occupent  les  pages  205—220.  Nous  les  marquons  d'un 
astérisque. 


XV 

4789.  biau  chevalier. 

4966.  ...halé;et  tant? 

5268.  »  Dieux.  »  Coït,  deux  (deuil). 

5517.  «povoir.  »  valoir  (cf.  5514)  ?  Ou  paroirf 

5566.  Virgule  à  la  fin  du  vers. 

5567.  Que  esgardent? 
5631 .   Effacer  la  virgule. 

*  5728.  qui  n'aramie? 

5793,  et  plus  loin.  «  Li  quens  Palais.  »  Le  comte  palatin. 

*  6058.  «  senée.  »  A  conserver,  semble-t-il. 

6084.  //  et  Gornemnnt  tant?  en  mettant  un  point  à  la  fin  du  vers 
précédent. 

6091.  «  crie.  »  prie? 

*  6279.  Mais  Vame  au  Bret?  <.<.  Elle  ne  peut  aller  jusqu'à  l'âme  de 
Galeren.  » 

6309.  «telz.  ))  cel  (cil)? 
6458.  si? 

'  6466-7.  Transposer  ces  deux  vers? 
64Q7.Que? 

6504.  Un  point  après  prendre. 
6852.  seray  assens?  Virgule  à  la  fin  du  vers. 
0852.  Coni  as  sentir  pourra? 

"  6975-78.  Mettre  ces  vers  entre  guillemets.  Ils  sont  la  suite  de 
6971-2.  Voy.  la  note  de  M.  G.  Paris. 

*  7335.  N'en  fu? 


LE  ROMAN 


DE 


0-A.LEFIEIMT 


—  3  — 
[CY   COMMENCE   LE   LIVRE 

CONTE   DE   BRETAIGNB.] 


[33  r°]  Haulx  homs  courtois,  vaillans  et  sages, 
D'asses  pou  d'ans  est  ses  aages  ; 
S'est  bons  chevaliers  et  hardiz, 
Loyaux,  sans  ire,  et  sans  mesdiz. 

5      Ces  grâces  ot  li  chevaliers  ; 
Assez  en  eu[s]t  sa  moulliers 
Se  ne  fust  mautalent  étire. 
Qui  souvent  fait  a  plusieurs  dire 
Mainte  folie  et  maint  oultrage. 

10  La  dame  estoit  de  (li)  haultparage, 
De  rojs  et  de  contes  extroicte. 
Si  l'ot  nature  a  droit  pourtroicte, 
Car  elle  estoit,  en  tous  avis, 
Bien  faicte  de  corps  et  de  vis, 

15  Blonde  com  or.  Et  la  char  blanche 
Avoit  com  nef  qui  chiet  sur  branche. 
En  la  face  ot  couUeur  vermeille  ; 
Mais  rose  ne  s'i  apparaille 
Tant  soit  a  toute  la  rousée. 

20  S'el(le)  ne  fust  d'envie  embrasée 
Aucune  foiz  par  desraison, 
De  Gadres  je[s]qu'en  sa  maison 


Ou  mainte  vaillant  en  est  née, 
Ne  maint  dame  si  senée, 

25  Ne  si  bien  parlant,  a  m'entente. 
Elle  avoit  non  madame  Gente  : 
Si  ressembloit  le  nom  le  corps, 
De  tant  com  en  encoit  dehors. 
Mais  ne  povoit  entrer  dedens, 

30  N'avoit  fors  ou  vis  et  es  dens 
Et  ou  parant  li  nons  sa  force. 
Gente  se  fist  nommer  l'escorce. 
Et  gente  et  belle  est  a  devise  ; 
Mais  le  cuer  ot  sans  gentillise. 

35  De  son  non  ne  doy  [je]  parler 
Car  il  faisoit  trop  tost  aller 
Le  cheval  de  [sa]  langue  [e]  courre, 
Que  nulz  ne  lui  povoit  rescourre 
[33  v"j  Quant  elle  estoit  en  haulte  alaine. 

40  S'en  est  tenue  pour  villaine. 

Jenne  fut,  si  n'ot  filz  ne  fille. 
Trop  parler  destruit  et  avilie 
Ceulx  qui  veulent  a  hounour  vivre. 
Par  trop  parler  semble  l'en  yvre 

45  Et  acquiert  l'en  souvent  hayne. 
Maint  ennuy  et  mainte  ruyne 
Vient  au  mesdisant  ains  qu'il  muyre. 
Sagement  met  Damedieu  cuyre 
Les  oultrages  qui  davant  viennent 

50  Aux  oultrageux  qui  ne  se  tiennent 
D'ouvrir  la  bouche  en  villennie. 
La  dame  en  deut  estre  honnie 
Si  comme  après  dire  m'orrez. 
Son  mary  ot  non  Brundorez, 

55  Ainsi  comli  escripz  le  nomme. 
De  sa  meignée  ot  ung  prodomme 
Et  de  son  conseil  moult  long  temps 
Qui  estoit  appelle  Matens. 
Ausques  preuz  d'armes  ethardiz, 

60  N'estoit  villains  n'en  faiz,  n'en  diz. 
Ne  vantierres  ne  mesdisans. 


N'a  povre  homme  fel  ne  nujsans. 
S'ot  en  li  mainte  bonne  grâce. 
Jenne  femme  avoit  qui  la  face 

65  Portoit  de  fresche  couleur  tainte, 
De  corps  fut  belle  et  de  cuer  sainte, 
Sans  villanie  et  sans  ordure, 
De  nulle  villanie  n'ot  cure, 
Ains  est  de  bonne  renommée. 

70  En  son  baptesme  fut  nommée 
Marsile  par  nom,  ce  me  semble. 
S'ot  eu  deux  enfans  ensemble. 
Variez  jumiaux  de  grant  biauté. 
Ades  garda  sa  loyaulté 

75  Vers  Dieu  et  vers  son  mariage, 

Com(me)  bonne  dame  preuz  et  sage. 
1 19  To]  Si  ne  la  tint  nulz  pour  villaine. 
Envie  en  otla  chastellaine, 
Quant  tous  cil  qui  la  cougnoissoient 

80  Par  grant  hounour  la  cherissoient 
Pour  son  sens  et  pour  son  acueil. 
Gente,  qui  fut  plaine  d'orgueil, 
Ne  povoit  de  li  chose  oyr 
Qui  la  peust  faire  esjoyr. 

85  Et  Brundoré  moult  lui  nuysoit 
Qui  tous  les  biens  de  li  disoit 
Et  de  son  baron  autresi, 
Si  qu'a  bien  près  que  n'en  yssi 
De  son  senz  telle  heure  fu  ja. 

90  Mais  elle  repost  et  chaiija 
Son  maltalent  par  mainte  foiz, 
Quant  la  loyauté  et  la  foiz 
De  Marsile,  et  li  àuy  enfant. 
Qui  tant  furent  bel  et  vaillant, 

95  Li  furent  moustré  par  parole. 
Envie,  qui  le  monde  afolle 
Et  le  mehaigne  et  le  blesce, 
A  mis  premiers  en  sa  destresse 
Clers  et  moines,  bourgeois,  villains. 
100  Et  chevaliers,  et  chastellains, 


-  0  — 

Evesques,  abbés,  rojs  et  contes; 
Mais  oncques  ne  conta  nulz  contes, 
Tant  oyssiez  nuUi  conter, 
C'om  peust  envie  doubter 
105  Qui  cuerde  femme  a  la  foiz  prent; 
Quar  quant  elle  voit  et  aprent 
Que  sa  voisine  est  plus  amée. 
Plus  vaillant  et  plus  acesmée, 
Ou  plus  belle,  et  a  meilleur  tesche, 
110  Lors  frit  elle  ou  art  comme  mesche. 
Dont  elle  est  irée  et  doulente 
Quant  on  la  loue  ou  l'en  lavante, 
Et  lors  commence  elle  a  trouver 
[19  V"]  Qu'elle  lui  pourra  reprouver. 
115       Geste  envie  ot  madame  Gente, 
Longuement  a  mise  s'entente 
A.  trouver  les  moz  et  cuysans 
Dont  tenue  soit  pour  nuysans 
De  par  Marsile,   en  arramie 
120  Qui  bien  cuidoit  estre  s' amie. 
Ne  s'aperceut  encor  de  rien 
Tant  a  en  li  doulceur  et  bien  ; 
Que  tout  son  service  promet 
A  la  chastellaine  et  soubzmet 
125  De  tout  en  son  commandement 
Pour  faire  tout  oultréement, 
S'elle  oncques  puet,  savoulenté. 
ATAscencion,  en  esté, 
Qu'on  appelle  sollemnel  feste, 
130  Voulst  tenir  court  riche  et  honneste, 
A  ce  temps,  Brundoré  li  gens. 
S'(i)  ot  mandé  chevaliers  et  gens. 
Ou  il  avoit  assez  de  biens. 
De  son  houstel  jusques  Orliens 
135  N'a  remés  barons  qui  riens  vaille, 
Dame  ne  pucelle  qui  ne  aille 
A  la  court  Brundoré  le  fort. 
Moult  j  ot  joye  et  grant  déport, 
Si  les  festoi(e)a  sans  dangier, 


140  Et  quant  ce  vint  après  mengier, 
Apres  mengier  tous  s'assemblèrent, 
La  ou  dames  les  appellérent, 
Ça.  X.  ça  XV.  et  ça  xx. 
De  maintes  choses  leur  convint 
145  Parler  et  deviser  ensemble, 

Tant  qu'ilz  parlèrent,  ce  me  semble, 
Des  enfans  Maten  et  Marsile, 
Que  plus  biaux  n'ot  en  nulle  ville 
Ne  plus  sages  de  leur  aage. 
150  Geste  parolle  mist  la  rage 

Ou  cuer  Gentin  la  chastellaine. 
[20  r°]  Puis  a  parlé  comme  villaine, 

Et  dit  :  «Sire  Maten,  beau  sire, 
Moult  doit  proudoms  avoir  grant  ire, 
155  Qui  sa  femme  a  pour  son  délit 
Et  il  voit  qu'eir  a  a  ung  lit 
Deux  enfans  ;  car  ce  ne  puet  estre 
Que  ja  nous  die[nt]  clerc  ne  prestre 
Que  femme  ait  ja  ventre   chargié 
160  De  deux  enfans,  s' avant  pechié 
JN'a  a  deux  hommes  et  allé.  » 
Brundoré  en  a  avallé 
Le  visaige  a  terre  de  honte. 
Pour  le  let  dit  et  le  fol  conte 
165  Que  Gente  dit  par  grant  mençonge. 
«  Seigneurs,  fait-il,  ma  dame  songe. 
Javous  diroit  moult  d'aventure, 
S' elle  congnoissoit  la  nature 
Des  choses  que  clers  ont  aprises, 
170  Qui  a  ce  ont  leurs  estudies  mises, 
Qui  sçavent  les  secrez  des  femmes 
Mieulx'qu'elles.N'[en]  est  pas  diffames.» 
Leans  n'ot  ne  homme  ne  femme. 
Qui  ait  ouy  parler  la  dame, 
175  Qui  moins  ne  l'en  prisast  assez. 
Et  quant  li  jours  fu  trespassez 
Ou  demain,  fu  la  court  esparse. 
Marsile,  qui  voulsist  estre  arse 


—  8  — 

Mais  que  saulve  y  eust  s'onnour, 
180  A  fait  son  baron  au  seigneur 

Si  courtoisement  congié  prendre, 
Que  nulz  ne  l'en  povoit  reprendre  ; 
Ainz  s'en  départi  comme  amis. 
Dont  se  sont  en  leur  chemin  mis 
185  Et  revenu  en  leur  maison, 

Qu'oncques  puis  pour  nulle  achoison 
Maten  Brundoré  ne  servi, 
Quar  sa  femme  l'ot  desservi. 
Brundoré  demoura  honteux 
[2o  v°]  Quant  il  vit  qu'il  ne  ses  hostieux 
Ne  pot  Maten  a  lui  retraire. 
Moult  est  langue  folle  qui  taire 
Ne  celer  ne  puet  son  mahaing  ; 
Qu'elle  n'en  vient  a  nul  g[ajaing. 
195  Sj  jpert  cil  qui  honte  doubte. 
Geste  villanie  fut  toute 
Deux  ans  de  plurieus  oubliée, 
Tant  que  la  dame  fu  liée 
Et  ensainte  de  Brundoré. 
200  Souvent  li  ot  Marsire  ouré 

Que  Dieu  mourrir  ne  la  laissast 
Jusques  tant  qu'elle  s'apensast 
Et  repentist  de  la  folie. 
Dieu  qui  nul  oultraige  n'oublie, 
205  Qui  pécheurs  sagement  bat. 
Au  chief  de  neuf  mojs  jus  abat 
Celle  qui  ot  empli  son  temps 


Et  qui  puis  pour  folle  se  tint. 

210  Une  sage  femme  détint 
Et  deux  pucelles  avec  li. 
Queque  sa  douleur  l'assailli 
En  sa  chambre  privéement, 
N'i  voult  souffrir  acointement 

215  Fors  de  ceulx  qui  li  sont  privées. 
Or  sont  a  bon  port  arrivées 
Quant  servir  en  gré  la  vouldront. 


—  9  — 

Assez  g[a]aigner  y  pourront. 

Et  la  dame  est  en  saulve  nef, 
220  Car  Dieu  lui  envoie  sa  clef 

Qui  de  la  chartre  la  defferme, 

Ou  ensaintes  griefment  enferme. 
Hors  est  la  dame  de  péril 

Qui  liée  fu  s'elle  eust  fil, 
225  Mais  elle  en  oit  autres  nouvelles, 

Car  la  nutriére  et  les  pucelles 

Li  dient  :  «  Dame,  ne  savez? 
[21  r"]  Deux  jumelles  filles  avez. 

S'en  devez  (a)  Dieu  grant  guerredon. 

Quant  il  vous  a  donné  tel  don, 
230  Qu'il  vous  [a]  délivrée  a  joye.  » 

Gente  de  rien  ne  s'en  conjoye 

Quant  elle  oit  ce,  ainz  cliiet  pasmée. 

Au  revenir  s'est  hault  clamée, 
235  Qui  moult  fu  puis  en  grans  pourpens, 

Cent   foiz  desloyal  et  chetive. 

Ce  li  poise  quant  elle  est  vive. 

«  Lasse  !  fait-elle,  or  suis-je  morte. 
240  S'or  s'esbahist  et  desconforte 

Moult  cuer,  n'est  mie  desraison. 

Qu'or  est  venue  la  saison 

Ou  (il)  m'esconvient  a  honte  vivre. 

Plus  cruieuse  suis  [je]  que  guivre, 
245  Plaine  de  folie  et  d'oultrage, 

Quant  une  dame  preuz  et  sage 

Si  dis  l'autre  an  par  ma  grant  ire  ; 

Et  ce  que  femme  ne  doit  dire 

Li-diz.  Or  m'en  est  mescheu, 
250  Bien  l'aperçoy,  bien  l'ay  sceu 

A  la  honte  que  Dieu  me  donne. 

La  langue  qui  trop  s'abandonne 

Au  mal  parler  tue  maint  homme. 

Car  {sic)  langue  occist,  par  langue   assomme 
255  Père  le  fil  et  filz  le  pérç. 

L'en  dit  tel  chose  qu'en  compère, 


—  10   - 

Dont  mieulx  vauldroit  soy  a[s]tenir. 
Lasse  !  que  pourray  de(ve)venir  ? 
Corn  suis  tournée  a  grant  hontage ! 
260  Or  suis-je  pute  sans  putage, 

Car  mon  corps  ou  pechié  n'a  coulpe. 
Ce  fait  ma  langue  qui  Tencoupe. 
Mais  ce  faiz  je  qui  la  deusse 
Chastier,  se  mesure  eusse. 
265  Si  ay  vers  moy  a  tort  mespris. 
[21  v°]  Pour  autruy  m'ay  tolu  mon  pris 
Qui  je  cuiday  tollir  le  sien; 
Mais  je  m'en  ay  tolu  le  mien. 
Si  me  feray  de  ce  mescroire 
270  Dont  l'en  ne  me  voult  l'autre  an  croire. 
Je  diz  Maten  le  chevalier 
Que  11  homs  devoit  sa  moillier 
Conter  avec  les  desloyaulx, 
Qui  deux  enfans  avoit  jumiaux. 
275  Ce  diz  je  par  ma  desmesure. 
Si  m'en  feray  faulce  ameture 
Traire  a  moy  ;  si  est  mien  le  fait. 
Meffaicte  seray  sans  meffait. 
Tel  los  a  qui  ainsi  se  venge  !  » 
280  De  ce  qu'elle  ainsi  se  ledenge 
La  conforte  moult  la  ventrière. 
A  paine  la  puet  traire  arriére 
Comment  qu'elle  y  mette  deffence. 
Tant  que  la  dame  se  pourpence, 
285  Que  qu'elle  se  démente  et  veille, 
D'un  hardemeut,  d'une  merveille 
Qu[e]  elle  veult  faire  entreprendre. 
Ja  ne  laira  pour  nul  reprendre, 
Ne  pour  blasmer  que  nul  li  face. 
290  Si  mate  com  elle  ot  la  face, 
Et  ainsi  com  elle  ot  vain  cuer, 
Dist  a  la  ventrière  :  «  Ma  suer  — - 
Et  aux  pucelles  —  mes  sereurs, 
Ma  folie  et  ma  grant  ireurs, 
295  Et  ce  que  nulle  femme  ou  monde 


—  11  — 

Au  moins  pou  n'est  d'oultrage  monde, 
M'a  toute  liée  et  sousprise. 
Li  anuiz  qui  m'a  entreprise 
M'a  a  double  douleur  livrée. 
300  Je  cuidaj  estre  délivrée  ; 

Non  suis,  quar  (ce)  n'est  mie  délivre 
Du  tout  qui  a  honte  se  livre. 
Et  si  j'y  ay  mon  corps  livré, 
[22  r°]  Dont  ay  je  le  cuer  enyvré. 
305  Si  vous  en  appel  et  conjur, 

Et  je  sur  le  corps  Dieu  vous  jur 
Que,  si  vous  celer  mon  affaire 
Et  vous  voulez  mon  conseil  faire, 
Grant  preu  y  avrez  et  gfant  aise.  » 
310  Celles  dient  qu'elle  se  taise, 
Car  elles  feront  son  vouloir, 
Si  leur  povoir  y  puet  valloir. 
Lors  l'asseurent  par  leur  foiz. 
Puis  dit  la  dame  a  celle  foiz  : 
315  «  Or  toust,  damoiselles,  aller, 
Galet  mon  sergent  appeller. 
Qu'il  vienne  a  moy  parler  errant.  » 
L'une  d'elles  y  va  courant, 
Si  l'a  tant  quis  qu'ell'  a  trove, 
320  Puis  dit  que  sa  dame  le  rueve 
A  li  venir,  et  cil  y  va. 
Gesant  a  douleur  la  trova  ; 
S'en  fu  maz  [si]  comme  il  devoit. 
Quant  la  dame  venu  le  voit, 
325  Si  li  dist  :  «  Galet,  or  m'escoute. 

Tu  scez  moult  bien  que  je  suis  toute 
Preste  ades  de  toy  avancier, 
Et  de  ton  bien  croistre  et  haulcier, 
Si  t'ay  donné  maint  riche  don. 
330  Or  t'en  demant  le  guerredon, 

Par  si  que  grant  preu  t'en  vendra, 
Ja  nulz  toUir  nel(e)  te  pourra. 
Mais  que  tu  facez  mon  vouloir.  » 
—  ((  Dame,  si  je  vous  puis  valloir, 


-  12  - 

335  Ce  dit  Galet,  je  vous  vauldroy; 

Et  quancque  je  faire  pourray 

Pour  vous,  dame,  n'en  doubtez  mie 

Feray  com  pour  dame  et  amie, 

Et  eom  cil  qui  est  sans  faintise 
340  Tous  aprestez  en  vo  service. 
[22  v°]  De  ce  soiez  asseurée 

Voir.  B  —  «  Or  suis  je  beneurée, 

Dit  la  dame,  Galet  amis, 

Quant  si  t'es  en  mon  vouloir  mis. 
345       Or  entens  donc(ques)  ma  priveté. 

Il  advint  l'autre  an  en  esté 

Que  mon  seigneur  tint  court  moult  riche. 

Ce  jour  nol(e')  tint  on  mie  a  chiche 

Qu"assez  de  biaux  dons  y  donna. 
350  Maten  sa  femme  y  amena, 

Et  maint  autre  la  soue  o  li. 

Adonc  li  diz  je  grant  ennuy. 

Ma  langue  mist  hors  ma  pencée, 

Or  est  la  honte  renversée 
355  Sur  moy,  quarbien  l'ay  desservie. 

Par  mon  orgueil  et  mon  envie 

Diz  lors  que  nulz  hom  ne  devoit 

Sa  femme  hounourer  qui  avoit 

Deux  jumiaux  eu  en  ung  lit  ; 
360  Forfaicte  estoit  d'autre  délit. 

Marsile  a  tort  en  ledengeay. 

Or  me  puet  l'en,  pour  ce  que  j'ay 

Deux  enfans  euz  orendroit, 

A  forfaicte  tenir  par  droit. 
365  Lorsque  mon  seigneur  le  savra 

Ja  mes  fiance  en  moy  n'avra, 

Ainz  dira  que  j'ay  folié. 

Puisque  je  te  sens  allé 

Si  joint  et  si  privé  de  moy, 
370  Je  te  commant  et  si  te  proi, 

Comme  mon  homme  et  mon  sergent, 

Que  tu  preignes  ce  mien  enfant, 

Etloing  l'emportez  toust  de  cy. 


—  13  — 

Si  le  laissez,  par  ta  mercj, 

375  Sagemens  (sic)  en  aucun  destour, 
Dont  ja  mes  n'ait  ça  son  retour, 
Tant  soit  escreuz  ne  nourriz. 
N'en  veil  mie  que  mes  mariz 
[23  r°]  Me  tiengne  a  meffaicte  de  rien. 

380  Et  je  feray  cest  autre  bien 
Ne  se  garder  et  nourrir. 
Galet  garde  toi  de  périr 
Qu'il  ne  voise  a  mal  par  tes  mains  ; 
Laisse  le  a  plain  ou  (au)  hojs  au  mains 

385  Ou  gens  voisent  par  aventure. 
Pour  bien  fournir  sa  nourreture 
Sera  richement  adournez 
Que  ja  n'en  sera  destournez 
Qu'il  ne  soit  nourriz  a  grant  feste. 

390  Galet,  escheve  le  de  beste, 
De  villain  lieu  et  périlleux, 
Que  Ijon  ne  l'occie  ou  beux, 
Tigre  ou  ours,  ou  liepars  enchieux. 
Met  le  en  lieu  qui  soit  pourcheuz 

395  D'aucun  recet  où  l'en  [ie]  truisse. 
Si  que  par  deffaulte  ne  puisse 
De  gens  périr  ne  de  besoigne. 
Or  t'en  ay  [je]  conté  m'essoigne.  » 
—  «  Dame,  ne  soiez  plus  en  doubte, 

400  Ce  dit  Galet,  quant  je  sçay  toute 
Vo  voulante.  Faicte  sera 
Pour  nulle  rien  ne  demourra 
Que  li  enfenz  ne  soit  portez. 
Or  ne  vous  en  desconfortez 

405  Que  j'en  telle  terre  le  port, 
Ou  il  n'avra  péril  de  mort, 
Ne  ja  mes  n'en  orrez  parolle. 
Mais  une  paour  me  violle, 
Qui  le  cuer  me  bat  et  tourmente, 

410  Que  le  voustre  ne  se  repente. 
Car  cuer  ne  puet  au  loing  mentir. 
Si  vous  venez  au  repentir, 


—  11  - 

Tost  me  ferez  après  occire. 

415  Nel(e)  dy  pas  pour  moy  excuser, 
Que  je  ja  (ne)  vueille  refuser 
[23  vo]  Ce  que  vous  m'en  avez  requis.  » 

—  «Tu  as  tout  mon  povoir  conquis, 
Galet,  si  Dieux  m'aist  a  l'ame  », 

420  Ce  li  a  respondu  la  dame, 
«  Ja  de  moj  n'en  seras  hajs, 
Onques  n'en  soies  esbahiz. 
Mais  porte  l'en  seurement.   o 
Galet  li  respont  erraument  : 

425  «  Or  tost  doncques  de  l'atourner 
Que  sempres  m'en  puisse  tourner 
Encor[e]  nuyt  ou  premier  somme, 
Que  je  ne  puisse  femme  ne  homme 
Trover  veillant  qui  me  congnoisse.  » 

^30  Et  celle  d'atourner  s'angoisse. 
Toust  fait  la  dame  appareillier 
Draps  pour  l'enfant  coucher  tailler 
Souefs  et  déliez  de  lin. 
S'(i)  a  fait  traire  d'un  sien  escrin 

435  Ung  oreillier  bel  a  devise 
Qu'on  lui  ot  envolé  de  Frise 
Aude  la  royne  sa  seur. 
En  la  toille  ne  maint  fuer 
Nuls  qui  la  veist  la  prisast, 

440  Ne  l'oreil  {sic)  souef  outast. 
Car  entour  avoit  maint  bouton 
Qui  ne  sont  mie  de  leton, 
N'or,  ne  argent,  n'autre  métal, 
Ainz  furent  pierres  par  igal 

445  Toutes  roondes  précieuses. 
N'i  servoient  mie  d'oiseuses. 
Qu'elles  furent  de  grant  bonté, 
Et  belles  com  beau  jour  d'esté, 
S'(i)  ot  aux  cornes  quatre  rubiz, 

450  Que  n'achatast  Turs,  n'  Arrabiz. 
Ou  drap  n'ot  [que]  soie  (n)e  fil  d'or. 


—  15  — 

Nul  ne  trovast  pour  nul  trésor 
Son  pareil,  tant  le  sceust  querre, 
Car  fait  ne  fu  n'en  ciel  n'en  terre, 
[24  r°]  N'en  mer,  ne  ne  le  tyssy  nulz. 
Mais  sur  ung  arbre  de  benus 
Le  firent  oysel  a  leurs  becs. 
Telle  est  leur  nature  qu'ades 
Font  a  leurs  ouefs  courtine  et  voile, 
460  Si  com  jraigne  fait  sa  toille. 
Mais  la  couleur  est  decevans, 
Ja  ne  serez  si  parcevans 
Qu'il  ne  se  moustre  a  vostre  advis 
Pour  noir,  pour  blanc,  pour  vert,  pour  bis, 
465  Pour  vermeil,  pour  jaune,  pour  inde. 
S'(i)  en  fu  la  plume  prise  en  Ynde 
D'un  ojsel  qu'on  clame  fenis. 
C'est  un  oysel  par  qui  ja  nis 
N'est  fait  que  d'un  seul,  ce  me  semble, 
470  Car  estre  n'en  puet  q'un  ensemble. 
Li  oreilliers  grant  odeur  rent, 
Espice  nulle  ne  s'i  prent, 
Ne  giroffle,  ne  garingans  {sic), 
Tant  soit  de  nouvel  prins  es  gans  {sic) 
475  D'Eufrates  ne  de  Tygriz. 

Ung  p(e)liçon  appareillent  gris 
Pour  ens  enveloppez  (sic)  l'enfant. 
Et  en  ung  petit  bers  non  (pas)  grant 
Ont  fait  son  lit  a  grant  devise. 
480  En  ce  bers  fu  puis  Anfelise, 

Seur  au  roy  Thibault  de  Caudye  {sic), 
Petite  et  aletant  nourrie. 
A  sa  fille  l'ot  chier  la  dame. 
Cler  et  luysant  fu  comme  flamme, 
485  Et  fut  des  coustes  d'un  poisson, 
Et  les  cornes  furent  en  son 
D'un  cler  yvyere  ouvré  par  art. 
La  couleur  d'or  y  luist  et  art, 
Et  li  liens  en  est  de  soye, 
490  Que  la  dame  ot  ouvré  a  joye 


-  U>  - 

Que  qu'elle  estoit  griefz  et  pesans. 
[24  v"]  Puis  fait  mettre  cinq  cens  besans 
En  une  conroie  et  liez  {sic), 
Que  cil  avra  pour  son  loyer, 

495  Qui  premier  trouvera  l'enfant  ; 
Du  nourrir  sera  plus  en  grant. 
Si  Font  dessouz  le  chevet  mise, 
Chose  n'est  mieulx  faicte  a  devise. 
Avec  l'avoir  y  met  on  el, 

500  Une  poignée  de  blanc  sel  ; 

Et  Font  mis  en  une  aulmosniére, 
Pour  moustrer  toute  la  manière 
De  l'enfant,  qui  nouvel  est  nez, 
Qu'il  n'est  mie  crestiennez, 

505  N'a  receu  uille  ne  cresme. 
Par  le  sel  avra  le  baptesme, 
Quant  Ten  en  savra  le  couvine. 
Pour  tesmoiuage  de  l'orine 
De  la  gentillesse  a  l'enfant 

510  A  fait  la  dame  ung  estriu  {sic)  grant 
Ouvi'ir,  et  ung  chier  drap  hors  traire, 
Qui  n'est  mie  de  povre  affaire. 
Ne  de  villain,  mais  de  hault  ouvre, 
Car  celle  l'ot  fait  qui  bien  ouvre, 

515  De  fil  de  soie  et  de  fil  d'or, 

C'est  Gente  la  belle  au  chief  sor 
Qui  la  langue  ot  mise  en  erreur. 
Du  roy  Floire  et  de  Blanchetiour 
Y  ot  la  vie  d'une  part, 

520  Tissue  par  merveilleux  art, 
Toute  la  vie  des  amans. 
Oncques  Françoys  ne  Al[e]mans 
Ne  vit  chose  plus  beau  pourtrete 
Que  ceste  estoit  que  Gente  ot  faicte. 

525       D'autre  part  fu  toute  la  vie. 
Comment  Hélène  fut  ravie 
Que  Paris  emporta  par  mer, 
Par  l'outraige  de  trop  amer. 
[25  r°]  Je  vous  devise  auques  briefment. 


—  17  - 

530  La  dame  ot  tout  si  souiieument, 
Com  celle  qui  bien  en  pensa, 
Ouvré,  qu'onc  rien  n'y  trespassa. 
Geste  moitié  de  drap  fu  riche, 
Et  l'autre  ne  fu  mie  chiche, 
535  Ainz  fu  plaine  de  grant  valeur 

Pourtraicte  defuille[s]  et  de  flour, 
De  fil  d'or  et  d'autre  couleur 
Qui  reluisoient  comme  jour. 
Il  n  est  belle  fleur  ne  bien  faicte 
540  Qui  ne  fust  ou  quartier  pourtraicte. 
En  l'autre  quartier  avoit  Gente 
Ouvré,  par  très  soultive  entente, 
Par  déliez  et  soultiz  trais 
Les  douze  mojs  de  Tan  pôurtraiz. 
Les  eslemens  par  grant  entente 
545  Encore  en  ce  quartier  ot  Gente 
Pôurtraiz  de  soje  et  de  fil  d'or. 
Le  ciel,  le  feu  lujsant  com  or, 
L'eaue  et  la  terre  avec  partie 
550  De  ce  dont  Dieu  l'avoit  garnie. 
Toutes  merveilles  j  avient. 
Plus  beau  drap  querre  n'esconvient 
Mieulx  tyssu,  plus  long  ne  plus  lé. 
555  Ploie  l'ont  et  envelopé 

Et  mis  en  ung  drap  de  samit. 
Soubz  le  chief  a  l'enfant  petit 
L'ont  par  le  gré  la  dame  mis  : 
Ou  qu'en  le  let,  s'il  n'est  maulvais. 
Dieu  pourra  l'en  du  drap  veoir 
560  Que  l'enfant  est  né  de  grant  povoir. 
L'enfant  demande  après  la  mère 
Qui  plaine  est  de  doulceur  amére, 
Et  qui  porte  let  en  fiole. 
En  pleurant  le  baise  et  acolle, 
565  Et  met  sa  memelle  en  sa  bouche. 
[25  v]  Si  ressemble  l'arbre  et  l'escorche 
Qui  dehors  verdoie  et  flourist, 
Et  par  dedens  meurt  et  pourrist. 


—  18  — 

Qi^e  la  mouele  est  seiche  et  vaine. 

570  Ou  cuer  n'a  mie  la  fontaine 
Le  let  que  li  enfans  alecte, 
Puis  que  pitié  en  est  hors  traicte 
Et  que  nature  entièrement. 
Donc  puis  je  dire  vraiement 

575  Qu'elle  porte  let  en  fiole 

Puis  que  pitié  n'a  tendre  et  mole. 
Nuls  ne  la  doit  mère  clamer 
Puisqu'elle  porte  let  amer. 
Ainz  est  doulx,  amer  n'est  il  mie 

580  Puisqu'elle  se  moustre  a  amie 
Vers  l'enfant,  par  l'aournement 
Dont  elle  l'a  si  richement 
Atourné  comme  mère  entière. 
C[e]  est  mençonge,  quar  la  chiére 

585  N'est  mie  du  cuer  qu'elle  moustre, 
Dont  la  doit  l'en  appeller  monstre, 
Car  elle  pert  le  non  de  mère 
Quant  el[le]  porte  mamelle  amére, 
Et  devient  marrastre  et  estrie. 

590  Elle  ailette  l'enfant  qui  crie, 
Apres  le  fait  ou  bers  couchier 
Et  puis  lier  du  lien  cher. 
Com  pour  porter  est  atournés 
Galet,  qui  s'en  estoit  tournez, 

595  Et  toust  apreste  son  cheval 

De  frain,  de  sengles,  de  poitral, 
De  selle  et  de  nouveau  pennel. 
S'ot  une  housse  de  burel, 
Etcoustel,  et  espèe  ceinte. 

600  Quant  il  vit  que  la  nuyt  vint  teinte, 
Que  li  aers  fu  ausques  occurs  {sic), 
Est  en  la  chambre  tout  seurs 
[26  r"]  Entrez,  que  n'y  vit  hom  ne  femme. 
Et  quant  venu  le  voit  la  dame 

605  Si  li  a  dit:«  Galet,  or  monte. 
Or  te  peine  d'ouster  ma  honte. 
Aies  pour  Dieu  de  moj  mercy, 


~  19  — 
Monte  tost,  si  t'en  va  de  cj. 
Li  enfans  est  tous  aprestez.  » 

610  Cil  est  sur  le  cheval  montez, 
La  ventrière  l'enfant  li  donne. 
La  mère  tantost  s'abandonne 
A  duel  démener  et  a  braire. 
Nulz  ne  vit  mais  si  grand  duel  faire, 

615  Ne  si  fort  com  elle  demeine. 
Nature  a  droit  point  la  ramaine 
Qui  mettre  li  fait  l'enfant  jus. 
Mais  honte  ra  son  cuer  conclus 
Qui  a  ce  le  fait  raproucher 

620  Que  l'enfant  li  fait  rechergier. 
Et  quant  Galet  reprent  congié, 
Près  [va]  qu'elle  n'a  enragié 
Le  cuer  de  duel  et  de  moleste. 
Car  nature  la  ramoneste 

625  A  laissier  sagrant  felonnie. 
«  Ja  certes  ceste  villanie. 
Fait  elle,  ne  m'est  reprovée, 
Qu'on  me  tiengne  si  a  desvée, 
Que  je  mon  enfant  périr  face.  » 

630  Honte,  qui  le  [sic)  retraint  et  relace, 
Lui  refait  une  autre  foiz  dire  : 
«Certes,  ja  pour  nul  esconduire 
Que  je  sache  faire  en  ce  monde 
Mes  ne  seraj  tenue  a  monde 

635  Se  mon  marj  scet  mon  affaire.  » 
Le  cuer  a  plain  de  grant  contraire. 
Lors  nature  a  ung  point  la  met, 
Et  honte  grant  mal  lui  promet. 
Une  heure  fait  l'enfant  descendre, 
[26  v°]  Autre  ïe  let  Galet  reprendre. 

Si  s'est  tant  plainte  et  combatue, 
Que  honte  l'a  jus  abatue 
Qui  de  son  malice  l'enorte. 
Et  Galet  lors  l'enfant  emporte 

645  Garnj  d'avoir  et  de  despens. 
Celle  remaint  qui  ot  le  sens 


—  20  — 

Villain  et  saisi  de  grant  rage. 

S'(i)  en  cheist  puis  en  grant  malage. 

Or  emporte  Galet  l'enfant. 

650  S'(i)  a  par  le  chastel  allé  tant, 
Si  bellement,  sans  parcevoir, 
Qu'a  tous  en  a  emblé  le  voir. 
Si  ne  sot  l'en  qu[e]  il  devint. 
Brundorés  l'endemain  revint 

655  De  chassier  ou  il  ot  esté. 
Si  lui  a  ung  mes  apporté 
Qu'il  a  une  fille  moult  belle. 
Moult  se  fait  lié  de  la  nouvelle, 
N'ot  si  grant  joie  en  son  aage  : 

660  Cinq  mars  d'argent  donne  au  message, 
Et  puis  demande  que  fait  Gente. 
Cil  dit  qu'elle  a  assez  entente 
Com  de  si  doloreux  martire. 
Et  Brundorés  sa  rené  tire, 

665  Vers  son  perron  s'est  descenduz. 
Ainz  qu'il  ait  aux  sergens  renduz 
Ne  cloche,  n'esperon,  n'espée, 
A  il  la  chambre  deffermée 

670  Ou  Gente  vient,  et  vint  au  lit. 
Sans  bien  la  trêve  et  sans  délit 
Com(me)  celle  qui  trop  est  matée. 
Si  l'a  doulcement  visitée, 
Et  demande  qu'elle  [le]  fait. 
Celle  li  celé  son  meffait, 

675  El  dit  qu'elle  cuide  mourir. 
Cil  qui  désire  son  guarir 
[27  r"]  Et  son  repous,  lui  fait  puis  querre 
Sages  mirres  par  mainte(s)  terre  (s) 
Qui  la  curent  de  son  mehaign. 

680  S'en  ont  biaux  dons  et  beau  ga[a]ing. 
Que  voulentiers  leur  donne  et  livre. 
En  grant  pièce  ne  fu  délivre 
La  dame,  ainçois  guarit  a  peines. 
Tant  sont  passez  jours  et  sepmaines 

685  Qu'elle  fu  saine  et  bien  guarie. 


—  21  — 

Et  sa  fille  fu  bien  nourrie. 
Si  fu  donnée  a  la  Dieu  loy 
Droit  en  l'église  saint  Eloy, 
Ce  fut  a  la  Roche  Guyon. 

690  La  tint  [la]  li  quens  de  Ryon, 

Si  la  fist  d'uile  et  de  cresme  oindre, 
Et  la  contesse  li  fist  joindre 
Son  non,  si  l'apella  Flourie. 
Le  jour  de  la  Pasque  fleurie 

695  Ot  esté  la  contesse  née, 

Et  pour  ce  fut  ainsi  nommé[e]. 

A  grant  déduit  et  a  haultesse, 
A  grant  joie  et  a  grant  richesse, 
Ot  Fleurie  sa  nourreture. 

700  Mais  sa  seur  fu  en  aventure 
Que  Galet  le  preuz  emporta. 
Oncques  nul  lieu  ne  s'arresta 
Toute  nuyt,  pour  mont  ne  pour  val. 
Le  bers  sur  le  coul  du  cheval. 

705  Et  li  enfans  adez  dormi, 

Conquis  aroit  maint  ennemy  ! 
Galet,  son  savoir,  son  convine, 
De  chevauchier  ades  ne  fine, 
Par  bruyères,  par  plain,  par  bos, 

710  Et  par  ronces  et  par  estos, 

Tant  qu'il  parçoit  l'aube  du  jour. 
Et  li  enfans  ot  de  séjour 
Mestier,  et  Galet  en  pensa. 
De  chevauchier  tant  se  lassa 
1 27  V*]  Qu'il  approucha  d'une  villete, 
A  l'issue  d'une  brocette. 
S'en  furent  espars  li  mesnil. 
Galet,  qui  doubtoit  du  péril, 
En  vit  ung  seul  en  my  les  champs 

720  Clos  d'espinoie  de  long  temps. 

Et  d'un  foussé  niez  [sic)  et  parfont. 
Galet  y  entra  par  le  pont. 
S'a  tant  hurté  l'uys  qu'il  vit  clos 
Q'une  femme  li  a  desclos. 


22  

725  Mais  ce  l'a  fait  [trop]  anuyer 
Qu[e]  elle  a  veu  l'escuier 
Si  matin  entrer  en  son  estre, 
«  Frère,  fait  elle,  que  puet  ce  estre  ? 
Qui  es  ?  Ou  vas  ?  et  tu  dont  viens  ?  » 
730  —  ((  Encui  avrez  de  moy  grans  biens, 
Ce  dit  Galet,  se  Dieu  me  voye. 
Mais  or  souifrez  tant  que  je  soye 
Ung  pou,  dame,  cy  reposez. 
Et  se  vous  du  mien  prendre  osez, 
735  Tant  en  avrez  encui  sans  lan, 

Que  mieulx  vous  en  sera  tout  Tan.  n 

Quant  celle  Toit  ainsi  parler 
Hors  nel(e)  voulst  mie  faire  aller, 
Ainz  li  a  dit  :  a  Descendez  dons  ; 
740  Vo  biau  parler  plus  que  vo  dons 
Vous  donra  bon  houstel  encui.  » 
Or  n'a  Galet  mal  ny  ennuy 
Quant  il  puet  pour  deniers  finer. 
11  descent.  Celle  en  fait  mener 
745  Son  cheval  la  ou  a  mengier 
Faing  et  avaine  a  sans  dangier. 
Et  Galet  fait  lors  le  feu  faire. 
Et  a  mis  jus  l'enfant  en  l'aire 
Qui  de  fain  crie  et  de  mesaise. 
750  La  dame,  pour  ce  qu'il  se  taise, 
De  l'aleter  se  met  en  grant  ; 
Et,  ainsi  com  endort  l'enfant, 
[28  r°]  Le  lieve  et  baigne  doulcement. 
Et  le  recouche  nectement, 
755  Com(me)  celle  qui  bien  l'a  apris. 
Et  Galet  a  ung  chapon  pris, 
Pour  li  le  tue  et  cuist  en  roust. 
Et  s'ostesse  li  a  fait  toust 
Ung  blanc  gastel  bien  beluté, 
760  Galet  en  a  mengié  plenté. 

Et  prent  le  vin,  dont  il  se  donne. 
Car  la  dame  lui  abandonne 
Ung  tonel  qu'elle  a  en  despence. 


—  23  — 

Quant  il  a  mengié  si  se  pence 
765  Qu'il  dormira,  et  puis  s'endort. 

Li  dormir  li  fait  grant  confort. 

Esveillé  s'est,  et  la  nuyt  vient  : 

Il  voit  que  râler  l'en  convient. 

Puis  remenjue  a  son  désir, 
770  Et  la  dame  ra  par  lesir 

L'enfant  bellement  afaitié. 

Doulcement  le  ra  raletié. 

Car  vueve  est,  s'a  petit  enfant. 

Et  Galet,  qui  se  met  en  grant 
775  Du  raller,  tant  du  sien  lui  paie 

Qu'elle  du  prendre  s'en  esmoye. 
Galet  n'a  guaires  puis  targié  : 

Il  est  monté,  si  prent  congié, 

Et  le  bers  davant  li  ratourne. 
780  En[z  el]  mesnii  plus  ne  séjourne, 

N'i  let  du  sien  riens  qu'il  oblit. 

Hors  des  villes  sa  voje  eslit, 

Vers  les  champs  ne  reveulst  aller, 

Qu'aucun  ne  le  puist  rancontrer 
785  Quile  cougnoisse.  Adonc  s'avive. 

A  une  grant  forest  hantive 

Prent  chemin,  et  puis  point  et  broche. 

Tant  erre  que  li  jour  aprouche. 

Adonc  yst  hors  de  la  forest. 
790  Ce  jour  et  autre  déduit  s'est 
[28  V°]  Ainsi  com  il  a  fait  davant. 

La  voie  li  ala  grevant 

E  li  enfans  qu[e]  il  portoit. 

Trop  joenne,  pour  ce  s'en  doubtoit. 
795  Mais  Damedieu  le  faisoit  vivre. 

Qui  les  siens  quant  il  veult  délivre 

De  mort  et  d'autre  mainte  serre. 

Galet  esloigna  bien  sa  terre 

A  sept  journées  ou  a  plus. 
800  Si  fut  si  atains  et  confus 

Du  pajs  et  du  lieu  lointaing, 

Qu'il  ne  cougnut  ne  bos  ne  plain. 


—  24  - 

Bourc  ne  ville  qu'il  voie  a  rueil. 
Tant  qu'il  yssi  d'un  espes  bruil, 
805  Ung  jour,  au  point  de  l'ajourner. 
Ne  sot  ou  il  peust  mener 
Son  cheval,  ne  le  cheval  lui. 
S'en  ot  grant  ire  et  grantennuy, 
Et  sot  qu'il  fu  despaysiés. 
810  Voulentiers  se  fust  [alaisiez, 
Et  lessast  ou  que  soit  l'enfant. 
Queque  li  jours  aloit  naissant. 
Il  descendit  une  vallée, 
Qui  fu  merveilles  longue  et  lée, 
815  [Si]  plentureuse  de  tous  biens 
Qu[e]  il  n'y  failli  nulle  riens 
Que  cuers  désire  qu'il  n'y  preigne. 
Car  environ  est  la  montaigne 
Qui  plenté  porte  de  tous  blez, 
820  Et  li  pendans  y  est  peuplez 
De  bonnes  vignes  a  foison, 
Qui  donnent  vin  en  leur  saison. 
Si  sont  li  pré  et  li  courtil 
Et  li  jardin  bel  et  gentil, 
825  Portant  fruit  de  mainte  manière. 
Si  court  parmy  une  rivière 
De  poissons  riche  et  de  navie, 
[29r°]  Dont  plusieurs  soustiennent  leur  vie 
De  la  gaaigne  qu[e]  ilz  font. 
830  D'autre  part  a  grant  et  parfont 
Dessus  la  montaigne  et  boscage, 
Ou  il  a  maint  bon  porc  sauvage, 
Biches  et  cerfs,  et  dains  et  ours, 
Que  chiens  prennent  souvent  au  cours. 
835  Si  (y)  a  counins  et  escureuz, 
('oupiz  et  lièvres  et  chevreuz 
Qu'on  prent  souvent  par  grant  atente. 
Ou  val,  sur  la  rivière  gente, 
Ot  bel  une  abbaye  assise, 
840  Ediffie  par  devise 

De  biau  moustier  et  de  dortour, 


—  25  - 

De  neuf  cloistre  et  de  refretour, 
Et  de  salles  et  de  cuisines, 
De  celiers,  d'autres  officines, 

845  Comme  de  greniers  et  de  grandies. 
De  charité  fu  aus  estranges 
A  tous  povres  et  a  tous  riches. 
Vin  et  poisson,  et  char  et  miches 
Y  avoient  tous  a  planté, 

850  Qu'elle  estoit  de  grant  richeté. 
Abba[e]sse  y  ot  et  nonnains 
Plus  de  soixante  et  .x.  au  moins. 
Qui  toutes  furent  geniilz  dames. 
Si  sauvoient  leens  leur  âmes 

855  En  Dieu  servir  et  sainte  église, 
Si  faisoient  moult  biau  service. 
Clers  y  avoit  et  chappellains 
Qu'on  ne  tenoit  mie  a  viliains, 
Mais  de  moult  grant  honneur  estoient. 

860  Les  messes  par  leans  chantoient 
Par  eulx  estoit  hounouré  l'estre. 
Com  preudomme  et  saintisme  prestre, 

En  la  marche  fu  de  Bretaigne 
L'obédience  et  la  montaigne, 
[29  v°]  Si  l'appeloient  Biausejour 
Cilz  qui  vivoient  a  ce  jour, 
Car  bel  y  faisoit  séjourner. 
Galet  voit  tantost  ajourner, 
Si  s'en  esmaye  et  desconforte. 

870  Tant  va  qu'il  vient  jusqu'à  la  porte 
De  Beausejour,  et  puis  s'areste. 
Il  dit  qu'il  doubteroit  de  beste 
Si  illec[ques]  laissoit  l'enfant. 
Il  garde  et  voit  ung  fresne  grant, 

875  Vert  et  foullu,  si  l'ot  nature 
Compassé  de  belle  faiture 
De  tout  ce  qu'a  fresne  convient. 
Galet  tantost  celle  part  vient, 
Le  tronc  de  l'arbre  voit  fourchié, 

880  S'(i)  a  le  bers  mis  et  atachié 


—  26  — 

Sur  les  fourclions  et  puis  le  seigne, 
Et  dit  :  «  Enfans,  par  ceste  enseigne 
Te  puit  Dieux  de  péril  oster. 
Je  ne  puis  plus  cjarrester 

885  Car  le  jour  me  haste  et  l'euro.  » 
Il  regarde  l'enfant  et  pleure, 
Et  prie  Dieu  que  il  le  paisse. 
Adonc  s'en  va  et  Tenfant  laisse. 
Galet  a  esploit  s'en  retourne, 

890  Tost  a  l'enfant  que  qu'il  ajourne 
Par  douze  lieues  esloigné. 
Tant  j  a  mis  que  pourloignié 
Qu'il  revient  a  sa  dame  arriére. 
Joie  en  a  et  fait  bonne  chiére, 

895  Quant  ei  en  entent  la  parole. 
Galet  conjoit  et  si  Facole, 
Et  biau  don  li  donne  etpresente. 
A  l'enfant  vueil  mettre  m'entente 
Si  conteraj  qu'il  en  advint. 

900  Jour  apparu,  la  clarté  vint 
Qui  toutes  choses  enlumine. 
30r°J  Ce  jour  fu  rabba[e]sse  Ermine 
Matin  levée  et  atournée 
Dedens  ung  char  encourtinée 

905  D'un  tapiz  qui  fu  faiz  a  Rains, 
Li  sisiesme  de  ses  nonnains 
Toutes  gentieus  et  bien  loiaus. 
S'orent  drap,  livrer  (sic)  et  joiaus, 
Et  bernais,  qu'elles  orent  chier, 

910  Fait  sus  sommiers  mectre  et  chargier. 
Si  ot  grant  flote  d'escuiers. 
S'i(y)  fut  ung  chapelain  Lohiers 
Que  rabba[e]sse  moult  ama. 
Oncques  homs  de  li  ouy  n'a 

915  Qu'il  feist  de  son  corps  folie. 
La  maison  ot  toute  en  baillie, 
Car  rabba[e]sse  moult  le  crut 
Com  celui  qui  ces  biens  acrut 
Ainçoys  qu'il  les  meist  a  perte. 


-    27  — 

920  II  ot  la  bouche  bien  apperte 
A  bien  chanter  et  a  bien  lire. 
N'estoit  de  li  meilleur  eslire 
Pour  conseillier  un  desvoié. 
Tost  le  ravoit  bien  avoié 

925  Quant  il  y  vouloit  peine  mectre. 
Si  s'en  savoit  bien  entremectre 
De  trover  layz  et  nouviaux  chans. 
Moult  fu  de  biaux  deduiz  trouvans 
Et  en  françoyset  en  latin. 

930  N'est  oultrageux  de  boire  vin, 
Ne  a  jeun  n'avoit  mate  chiére. 
Il  savoit  toute  la  manière 
De  herpe,  d'autres  instrumens. 
Si  savoit  tous  les  jugemens 

935  D'eschiés,  de  tables,  d'autres  jeuz. 
Haux  bons  estoit,  doulx  et  piteuz. 
S'est  mis  avec[ques]  rabba[e]sse 
Qui  veoir  aloit  la  contesse 
De  Bretaigne  Ydein  sas[er]eur. 
[30v°]Du  conte  Alibran  son  seigneur 
Ofc  ung  filzs  eu,  s'(i)en  gesoit. 
Tout  le  pais  feste  en  fesoit, 
Et  menoit  joie  :  c'estoit  droiz  ; 
Li  enfans  fu  biaux  et  adroiz. 

945  S'ot  non  Galeren  enbaptesme, 
Quant  le  prestre  li  donna  cresme, 
Puis  s'atourna  a  grant  prouesce. 
Lohiers  le  chapelain  s'adresse 
Dessous  le  fre[s]ne,  si  entent 

950  A  prime  dire,  et  si  atent 

Tant  que  le  char  sa  dame  passe. 
Si  comme  il  dit  prime  a  voix  basse, 
Levvé  [sic]  a  en  hault  sa  veue. 
S'a  la  lueur  du  bers  veue 

955  Si  a  ouy  l'enfant  qui  gronne 
Et  la  clarté  que  rent  et  donne, 
Et  qui  pour  aletier  s'esveille. 
Si  l'a  tenu  a  grant  merveille. 


—  28  — 

Sa  dame  et  les  autres  appelé, 
960  Contée  leur  a  la  nouvelle 
De  Tenfant  qu[e]  il  a  trouvé. 
L'abb[a]esse  li  arouvé 
Qu'il  li  aport  entre  ses  mains 
Le  bers,  ce  fist  le  chapelains, 
965  Qui  tout  estoit  par  semblant  nues; 
Si  le  rent  a  sa  dame  lues. 

Du  bers  se  merveille  et  de  l'evre 
La  dame,  qui  tantost  descuevre 
L'enfant,  pour  ce  qu'elle  le  voye. 
670  Li  enfans  fait  semblant  de  joje 
Ung  ris  jecte  moult  doulcement. 
Toutes  se  merveillent  comment 
En  terre  pot  faire  nature 
Nulle   si  belle  créature. 
975  Tout  ont  revercié  son  couvine. 

Lors  voient  bien  que  c'est  meschine, 
Mais  ne  sçavent  qui  en  est  mère 
[31  Po]  Ne  qui  en  puet  estre  le  père, 
Fors  qu'a  Tatour  et  a  l'avoir, 
980  Qu'il  ont  trouvé,  puent  savoir 
Qu'elle  est  née  de  hault  affaire, 
Nourrir  se  puet  richement  faire. 
Le  sel  en  l'aumosniére  nueve 


985  En  tesmoinaige  qui  enseigne 

Qu'en  dont  a  l'enfant  celle  enseigne 
Comme  d'eaue,  d'uile  et  de  cresme 
Que  crestien  ont  en  baptesme. 
Leguelle  trevent  aux  besans 

990  Qui  pour  lors  estoit  moult  pesans  ; 
S'(i)  en  estli  enfans  nourriz  mieulx. 
Puis  ont  le  drap  davant  leur  yeux 
Fait  desploier,  si  ont  veue 
Par  la  riche  ouvre  et  congneu 

995  La  gentillesce  de  l'enfant, 
Et  voient  Toreillier  vaillant. 
Mais  nuls  ne  vit  oucques  si  gent 


—  29  - 

Mieulx  vault  que  s[e]il  fust  d'argent. 
Quant  tout  ont  veu  et  noté, 

1000  Le  chapellain  de  grant  bonté, 
Qui  tant  fait  de  tous  a  prisier, 
Dit  qu'on  le  face  baptiser, 
Que  s'en  est  li  consaus  plus  sains. 
Il  en  vourra  estre  parains. 

1005  Aussi  dit  rabba[e]sse  Ermine 

Qu'elle  en  voudra  estre  marraine  ; 
Et  nourrir  faire  le  fera, 
A  nul  jour  mes  ne  lui  faulra 
Que  n'ait  adez  riche  despence, 

1010  Qu'elle  cuide  bien  et  si  pence, 
A  son  vout  et  a  son  conroy, 
Qu'elle  est  fille  a  conte  ou  a  roj. 
Si  pourra  bien  par  aventure 
Guerredonner  sa  nourreture. 

1015      L'abba[e]sse  son  char  arreste, 
Demourer  veult  et  faire  feste. 
[31   v°]  Sa  voje  laisse  jusque(s)  au  (de)main, 
Atourné  ot  ung  chapellain 
Les  fons  pour  baptizer  l'enfant. 

1020  Clers  et  nonnains  j  viennent  tant 
Que  je  n'en  sçaj  dire  le  nombre. 
Le  chapellain  bien  se  descombre 
Qui  la  baptize  et  tost  esploicte. 
Et  la  prieure  ben[e]oîte, 

1025  Qui  plaine  fu  de  gentillesse, 
A  avec  rabba[e]sse  mise 
Et  avec  le  bon  chapellain 
Au  lever  de  l'enfant  sa  main. 
En  baptesme  l'apelent  Fresne. 

1030  Tel  non  lui  donnent  pour  le  fresne, 
Pour  ce  qu'elle  fu  surs  {sic)  trouvée. 
Tant  s'est  rabba[e]sse  grevée, 
Li  chappellains  et  la  prieure, 
Q'une  dame  moult  gracieuse 

1035  Qui  son  let  a  fait  soustenir, 
Ont  fait  par  bon  loier  venir. 


—  30  — 

Belle  dame  est  et  preuz  et  sage, 
Extroicte  de  gentil  parage, 
Veufve  femme  est,  et  ses  mariz 
1010  Est  par  mortel  guerre  perilz  [sic). 
Si  en  est  apovrie  et  nue, 
Mais  or  est  elle  bien  venue, 
Qu'en  li  fait  vestir  robe  neufve. 
Et  rabba[elsse  toust  litreuve 
1045  Quanqu'il  li  fault  a  grant  foison. 
Si  le  fait  en  une  maison 
Li  et  Fenfant  manoir  ensemble. 
L'abba[e]sse  a  pris,  ce  me  semble. 
Les  besans,  s'(i)  en  fait  son  vouloir. 
1050  Et  le  drap,  qui  tant  puetvalloir, 
Nevoulst  elle  nuUi  baillier. 
Avec  le  bers  et  Foreillier, 
Qui  vault  mielx  de  xxx  mars  d'or, 
Sel(le)  fait  re(s)pondre  en  son  trésor. 
[32  v"]  En  ung  autre  bers  assez  chier 
Fait  l'enfant  lier  et  couchier, 
Sur  draps  de  lin  soef  et  blans, 
Jusques  qu'el  ot  accompli  son  temps. 
Grant  joie  font  en  Tabbaie. 
1060  L'abba[e]sse  point  ne  s'oublie. 

Mais,  [l'enjdemain,  quant  il  adjourne, 
En  Beausejour  plus  ne  séjourne. 
Son  char  refait  rencourtiner 
Et  sa  meignée  ratourner. 
1065  Sommiers  chargent,  maies  emplissent, 
A  bel  atour  de  leens  yssent. 
Avec  s'en  va  li  chapellains 
Qui  n'est  esbahj  ne  villains. 
Lors  ne  cessent  jusqu'en  Bretaigne, 
1070  Plenté  de  gent  et  grant  compaigne. 
Envoie  encontre  rabba[e]sse, 
Quant  le  scet,  Ydein  la  contesse. 
A  Nantes  est  la  court  planiére. 
Ydein  reçoit  a  belle  chiére 
1075  Sa  s[er]eur,  s'en  a  mont  grant  joye. 


—  31  — 

Li  quens  Alibrans  la  conjoie, 
Et  les  autres  nonnains  aussi. 
En  huit  jours  de  Nantes  n'jssi 
L'abba[e]sse  ains  j  demeura 
1080  Près  de  dix  jours,   si  Fennoura 
Le  pais  qui  plain  fu  d'ounour 
Par  la  voulenté  leur  seigneur, 
Et  par  le  gré  de  la  contesse. 
Tant  y  a  esté  rabba[e]sse 
10S5  Que  la  dame  fu  relevée. 
Adonc  fu  la  feste  doublée  ; 
Donné  y  a  maint  riche  don. 
L'abb[a]esse  y  met  a  bandon 
Ses  joyaux  de  plusieurs  manières, 
1090  Draps  et  tissuz,  et  aulmosniéres. 
Et  quant  la  feste  se  départ 
L'abb[a]esse,  qui  li  est  tart 
[32  r»]  De  retourner  parole  au  conte 
Et  a  sa  s[er]eur.  Si  leur  conte 
1095  Tout  cen  (sic)  qu[e]  il  est  advenu. 
A  grant  merveille  Font  tenu. 
Apres  Fabba[e]sse  les  prie, 
Gom  son  amy  et  com  s'amie, 
Qu[e]  il  lui  baillent  son  nepveu. 
1100  A  leur  hounour   et  a  leur  preu 
Le  fera  nourrir  haultement. 
Alibrans  debonnairement 
Li  et  sa  femme  li  octroyé, 
Et  Fabba[elsse  en  fait  grant  joye 
1105  Qui  peine  mect  en  son  retour. 
L'enfant  li   ont  a  grant  atour 
Alibranz  livré  et  sa  femme. 
Avec(ques)  envoient  une  dame 
Qui  jenne  est  et  belle  mescliine 
1110  Extroicte  de  haulte  orine. 
Si  le  nourrira  de  son  let. 
Ne  veulent    mie  que  Falet 
Mal  enseignée  ne  villaine. 
L'enfant  a  grant  richesse  enmaine 


-   32  — 

1115  L'abba[e]sse  et  bien  atourné. 

N'a  guaires  nul  lieu  séjourné, 

Mais  revenu[e]  en  est  arriére 

Veoir  Fresne  qu'elle  a  moult  chiére 

Et  avec  fait  Galeren  mectre. 
1120  Moult  se  sçavent  bien  entremectre 

Des  enfans  nourrir  les  nourrices, 

Qui  vestu  en  ont  grises  p(e)lices, 

Surcos  et  cotes  d'escarlate  ; 

Que  rabba[e]sse  leur  achate 
1125  Et  fait  avoir  leur  estouvoir. 

L'en  li  renvoie  de  l'avoir 

Devers  Bretaigne  a  foison  grants. 

Ensemble  furent  11  enfans 

Nourri  grant  pièce  et  aletié. 

[34  r°]  Ne  leur  a  fait  chose  qui  nujse. 
S'a  fait  amours  qui  tout  aguise, 
Qui  tout  retient  et  qui  tout  note. 
Amours  assagist  la  dyote, 
Et  l'aveugle  fait  cler  veoir, 

1135  Cuer  donne  au  couart  et  povoir. 
Les  estranges  aprivaisist, 
Et  les  villains  acourtoisist. 
Et  en  cuer  fait  venir  et  nestre 
Ce  qui  n'i  vendroit  pour  nul  maistre, 

1140  Tant  le  sceust  doctrinerbien  ; 

Qu'amours  donne  a  tous  cler  engin, 
Et  fait  pourpenser  maint  déduit. 
Bien  sont  enfant  et  sage  et  duit 
De  servir  amour  sans  boisier. 

1145  N'ont  cure  de  trop  envoisier 

Pour  ce  qu'amours  qui  leurs  cuers  tient 
D'estrange  déduit  les  détient. 
Tant  a  l'un  vers  l'autre  cuer  tendre, 
Tousjours  veult  l'un  a  l'autre  entendre. 

1150  Cuer  qui  ayme  fait  povre  feste 
D'autre  déduit,  pou  s'i  arreste, 
Et  pou  y  pence  et  pou  le  prise. 


—  33  — 

Ne  pourquant  ilz  avoient  mise 
Leur  entente  a  très  bien  servir. 

1J55  Ce  leur  faisoitlos  desservir. 
Qu'ilz  estoient  bel  aqueuUant 
Et  preu  et  sage  et  bien  parlant. 

Si  furent  ausques  de  grant  pris. 
Fresne  avoit  a  ouvrer  apris. 

1160  N'ot  telle  ouvrière  jusqu'en  Fouille, 
Com  elle  est  de  tistre  et  d'aguille. 
Si  sot  faire  œuvres  de  manières, 
Laz  et  tissuz,  et  aulmosniéres, 
Et  draz  ouvrés  de  soje  et  d'or 

1165  Qui  bien  valoient  ung  trésor. 

Maint  en  fist  puis  pour  sa  marreine. 
"34  V"]  De  la  harpe  sot  la  meschine, 

Si  lui  aprint  ses  bons  parreins 
Laiz  et  sons,  etbaler  des  mains, 

1170  Toutes  notes  sarrasinoises, 

Chançons  gascoignes  et  françoises, 
Lo[e]rraines,  et  laiz  bretons, 
Que  ne  faille  n'a  moz  n'a  tons. 
Car  elle  en  sot  l'usage  et  l'art. 

1175  Galerens  aprint  d'autre  part, 

Par  le  conseil  Lohier  son  maistre, 
Comment  l'en  doit  ung  ojseau  pestre, 
Gerfaut,  oustour  ou  esprevier, 
Faucon  ou  gentil  ou  lannier, 

IIKO  Et  l'aprint  a  laisser  aller, 
Et  poursuir,  et  rappeller, 
Et  comment  l'en  le  garde  en  mue, 
Et  quant  l'en  l'osto  [sic)  et  remue. 
Des  chiens  sot,  s'en  ama  la  seste. 

1185  S'(i)  aprint  a  deffaire  la  beste. 
Si  sot  de  l'arbeleste  traire. 
Et  sot  moult  bien  ung  boujon  faire. 
Si  sot  de  tables  et  d'eschees. 
Vermeil  ot  le  visage  et  fres, 
1190  Nés  droit,  vers  yeux,  et  le  poil  blont 
Qui  li  recerceloit  amont, 

3 


—  34  — 

Bouche  vermoille,  blans  les  dens 

Plus  que  n'est  jviéren'argens, 

Bien  parlant  langue,  et  doulce  alaine. 

1195  Si  fu  bien  chantans  de  voix  plaine, 
Ne  fu  trop  rades,  ne  trop  maz  ; 
Belles  mains  ot  et  longs  les  braz, 
Gros  par  espaules,  bien  moulez, 
Mais  parmy  le  saint  fu  pou  lez, 

1200  Qu'il  y  fu  gresles  et  alis. 

Plus  ot  la  char  blanche  que  lis  ; 
S'ot  les  jambes  droites  aval, 
Pour  bien  chevauchier  ung  cheval, 
[35  ro]  Et  s'ot  les  piez  voutiz  et  flenchez. 

1205  Entre  les  frans  n'entre  les  franchez 
N'estoit  plus  frans  ne  plus  adroiz, 
Qu'il  estoit  biaux,  et  gens,  et  droiz, 
Courtois  et  bien  apris,  et  sages. 
Si  fu  de  quinze  ans  ses  aages. 

1210       Biaux  estoit  et  bien  entechez. 
Si  fu  son  cuer  la  atachiez 
Ou  il  de  rien  ne  s'abessa, 
Car  celle  l'ot  qui  bien  pensa 
A  garder  droite  loiauté. 

1215  A  vraye  amie  et  a  biauté 

S'est  Galeren  donnez  et  mis, 
Et  il  est  tenu  pour  amis 
De  la  plus  belle  qui  soit  née 
De  haulte  dame  et  bien  senée  : 

1220  Ne  fait  de  li  nul  villain  fuer. 
Celle  li  ot  donné  son  cuer, 
Car  de  toutes  grâces  fu  pleine. 
Ysent  [sic),  ou  Laviue,  ou  Heleine, 
Meissiez  de  vo  cuer  arriére, 

1225  Aussi  com  une  chamberiére, 

Envers  Fresne  qui  tant  fu  belle. 
Moult  loign  en  courrut  la  novelle. 
S'en  furent  femmes  amaties. 
Car  tout  aussi  com  les  orties 

1230  Vaint  en  may  la  rose  et  surmonte 


—  35  — 

N'est  il  de  toutes  femmes  conte 

Envers  la  doulce  créature. 

Car  bien  la  revesti  nature 

De  tout  qua[n](iu'eir  ot,  et  fist  don. 

1235  Si  despendi  si  a  bandon 

Tout  son  povoir  en  li  pourtraire, 
Qu'or  n'a  mes  de  quoy  p[e]u[s]t  faire 
Ne  qu'elle  puit  autrui  donner  ; 
Qu'elle  li  voulst  abandonner 

1240  A  lui  ouvrir  tout  son  trésor. 
Si  lui  a  taint  les  cheveux  d'or 
[35  v"]  Dont  elle  met  partie  en  tresse, 

L'autre  a  délivre  et  sans  destresse, 
Qui  li  ondoient  vers  la  face, 

1245  Tant  que  le  doit  lez  en  rechasse. 

S'a  suer  son  chief  bien  faire  {sic)  grève 
Qui  bien  li  siet  et  amans  grève, 
Si  départ  les  cheveux  a  droit. 
Blanche  a  la  gorge  et  le  col  droit 

1250  A  deux  redoubles  redoublez. 
Ne  doit  estre  li  frons  emblez 
Qu'on  n'en  parost,  tant  est  esliz. 
Il  est  plain  et  blanc  et  poliz, 
Si  l'ot  si  nature  ennegié 

1255  Que  ja  mes  n'avroit  miez  jugié 

Que  nef  par  blancheur  le  surmont. 
Desurs  {sic)  les  deux  jeux  contremont 
A  les  soursilz  faiz  a  devise, 
Qu'il  n'j  a  poil  qui  ne  se  gise  ; 

1260  Avec  sont  et  gresle  et  brunet. 
S'(i)  a  le  nez  ample,  blanc  et  net, 
La  cui  biautez  point  ne  se  choile. 
Les  yeux  a  vers,  clers  comme  estoille, 
Et  s'(i)  a  petites  les  oreilles 

1265  Et  bien  assises,  s'a  vermeilles 
Les  lèvres  et  petite  bouche 
Qui  adoulcist  quanqu'elle  atouche. 
Nulz  ne  vit  on[c]  bouche  dedens 
Garnie  de  si  plesans  dens, 


—  36  — 

1270  Blanches  sont,  serrées  ensemble. 
Do  la  Icvre  cuit,  et  moi  semble, 
Que  soit  noiz  muguete,  ou  quanelle. 
Son  de  herpe  ne  de  vielle 
Ne  prise  nulz  quant  elle  chante, 

1275  Qu'elle  emble  les  cuers  et  enchante 
A  tous  ceulx  qui  Foent  chanter. 
La  langue  doit  on  bien  vanter 
Qu'il  n'est  maistre  ne  clerc  d'escoUe, 
Pour  qu'il  entendist  saparolle, 
[36  ro|  Qu'il  ne  tenist  Chaton  ou  Tule 
Pour  let  parlant  et  pour  entule. 
Menton  a  bel  et  bien  assis, 
Et  le  vis  blanc,  com  fleur  de  lis, 
Destrempé  de  couleur  vermeille, 

1285  A  qui  rose  ne  s'aparaille 

Tant  e[s]panisse  en  may  matin. 
Nulz  qui  romans  sache  ou  latin 
N'aprint  oncques,par  tous  les  sains, 
D'espaules,  de  braz  ne  de  mains, 

1290  En  femme  si  belle  faiture. 
Mises  li  a  u  sein  nature 
De  nouvelle  ente  .ii.  pomettes, 
Ce  sont  deux  dures  mameletes 
Qui  li  peignent  et  nessent  hors. 

1295  De  son  ventre  et  de  son  corps 

Ne  pourroit  nulz  tous  les  biens  dire. 
Conter  la  povez  et  eslire 
Au  mieulx  plaisant  de  toutes  femmes, 
Ce  est  en  piez,  ce  est  enjambes, 

1300  Et  si  est  en  bien  faictes  hanches 

Que  vous  tendriez  a  plus  blanches 
Que  n'est  nef  ou  goûte  de  let. 
En  li  n'a  riens  qu'on  tiengne  a  let, 
Qui  ne  soit  bel  et  avenant. 

1305  Et  s'il  a  en  li  remenant. 

Ne  richesse  que  Dieux  ait  mise, 
Soubz  la  police  ou  la  chemise 
Que  courtoisie  me  deffent 


—  37  — 

Que  je  ne  nomme  appertement 
1310  Louer  assez  plus  le  devez 
Que  trestout  ce  qu'oy  avez. 
Je  croy  qu'il  soit,  n'y  soit  ja  celé, 
Blanc  et  poli  et  potelé. 

De  ceste  biauté  sont  sans  doubte. 
1315  S'(i)  ont  leur  attente  assise  toute 
Qu'a  ce  ne  pensent  [qu'jen  amer. 
Sans  faulcer,  sans  villain  amer, 
[36  Vo]  S'entrement  et  s'entreregardent 
Mais  aucune  foiz  s'en  retardent 
1320  Pour  les  maies  gens  mesdisans. 
Car  nulle  riens  n'est  si  nujsans 
Envers  amans  n'envers  leur  vie, 
Com  est  maie  langue  et  envie. 
S'en  acroist  souvent  leur  désirs 
1325  Quant  temps  en  ont  lieu  et  loisirs. 
Et  sont  plus  chaux  et  angoisseus 
Quant  celle  est  seule  et  cil  est  seulz. 
Nulle  pensée  ne  leur  vient 
Fors  d'amours  qui  ainsi  les  tient. 
1330  La  pensent  il  et  nujt  et  jour. 
La  se  tient  leur  cuer  a  séjour, 
De  la  ne  sçavent  il  retraire  ; 
S'en  nont  {sic)  souffrant  mal  et  contraire. 
Et  voulentiers  souffrir  le  veulent. 
1335  Ja  sont  plus  mat  que  ilz  ne  seulent 
Ja  sont  plus  de  penser  ataint  : 
Bien  y  pert,  qu'il  sont  pale  et  taint  : 
Car  qui  bien  ayme  couleur  pert, 
A  leur  visage  ja  leur  pert, 
1340  Ja  s'en  puet  l'en  appercevoir, 
Ji  si  n'en  cèleront  le  voir 
Que  ce  dedens  n'encust  la  face. 
Amours  les  détient  et  les  lace, 
Ja  leur  détaille  le  mengier, 
1345  Ja  viennent  a  très  grant  dangier, 
Ja  mes  ne  leur  chault  qui  sot  aise. 
Paine  et  travail,  pour  qu'i[l]  leur  plaise, 


—  38  — 

Sçavent  souffrir  et  endurer. 
Ja  ont  changé  ris  pour  plourer, 
1350  Ja  s'estendent  et  puis  baaillent. 

Leurs  grans  douleurs  qui  les  assaillent 
Leur  font  plains  de  parfont  cuer  rendre, 
Et  par  ceulx  ne  saront  entendre 
A  riens  faire  ne  a  riens  dire, 
1355  Fors  qu'a  souifrir  paine  et  martire, 
[37  r°]  De  ce  seront  ilz  bien  usé. 
Galerens  a  bien  encusé 
Sa  couleur  et  ses  contenirs, 
Et  ses  allers  et  ses  venirs 
1360  Envers  son  bon  maistre  Lohier. 
Il  ne  se  scet  si  desvoyer, 
Ne,  pour  parler,  s'amour  deffendre, 
Que  savoir  ne  puit  et  entendre 
Quanque  Galeren  choile  et  pense  ; 
1365  N'i  pourra  mez  avoir  deffence, 
N'y  a  mais  mestier  couverture. 
De  bonne  amour  loyal  et  pure 
Ayma  li  parrains  sa  fiUole. 
Ungjour  coiement  a  l'escolle 
1370  L'a  traicte  Lohier  par  la  main  ; 
Quequ'en  chante  messe  bien  main 
Si  la  fait  davant  li  seoir 
Pour  ce  qu[e]  i[l]  la  veult  veoir 
Tout  de  plain  en  my  le  visaige. 
1375  Son  bon  parrain  au  doulx  couraige 
Premier  commence  a  souspirer 
Et  tendrement  des  yeulx  lermer. 
En  grant  pièce  ne  pot  mot  dire 
Qu'il  voit  que  sa  fillole  empire 
1380  Son  corps,  et  change  sa  couleur, 
Et  qu'elle  sent  au  cuer  douleur. 
S'en  est  dolens  et  aggrevez. 
a  Sire,  ce  dit  Fresne,  qu'avez 
Qui  souppirez  si  tendrement? 
1385  Biaux  doulx  parrains,  vivre  comment 
Pourraye  nulz  jour  en  avant 


-  39  — 

Se  mal  ou  duel  vous  va  grevant, 
Qui  vous  face  gésir  au  lit? 
Toute  joye  et  ayse  et  délit 

1390  Ay  eu  par  vous  jusqu'à  ore  ; 

S'or  vous  destraint  ou  vous  acore 
Duel  qui  le  cuer  vous  desconfort, 
Dont  ay  je  perdu  tout  confort, 
[37  v°]  Dont  suis  je  morte  et  esbahie. 

1395  Biau  parrain,  vous  m'avez  nourrie. 
Ce  que  je  sçay  m'avez  apris. 
Par  quoy  je  puis  monter  en  pris 
Et  or  et  argent  assembler. 
Jusques  cy  me  puet  bien  sembler 

1400  Que  je  vous  suis  fille  et  fillole. 
Se  je  ne  suis  plus  qu'autre  folle 
Sur  touz  qui  sont  vous  doy  aymer. 
Pour  ce  qu'ay  trop  le  cuer  amer 
Du  semblant  que  faire  vous  voy 

1405  Vous  suppli  [j]e  requier  et  proy 
Que  vous  le  me  diez,  biau  sire. 
Car  tel  chose  me  pourrez  dire 
Donc  je  cuit  vo  corroux  rescourre, 
S'or  m'en  devoit  chascun  surcourre.  » 

1410      Quant  cil  entent  que  sa  fillole 
Si  doulcement  a  li  paroUe, 
De  duel  et  du  plour  qu'il  domaine. 
Greigneur  souppir  du  cuer  ramaine 
Assez  qu'il  n'avoit  davant  fait. 

1415  Bien  scet,  si  lui  avoitmeffait. 

Qu'en  li  n'avroit  que  courroucier. 
Et  voulentiers  de  l'adrecier 
Se  peneroit  de  cuer  hetié. 
Or  a  en  li  double  pitié, 

1420  Et  plus  l'aime  que  il  ne  seut. 

Lors  lia  dit  tout  ce  qu'i[l]  veut: 
«  Fille,  fait  il,  s'ainsi  te  doit 
Nommer,  cil  qui  de  toy  cuidoit 
Avoir  hounour  et  joie  et  feste, 

1425  N'a[i]  duel  en  cuer  ne  mal  en  teste 


—  40  - 

De  villanie  qu'on  m'a  faicte, 
Fors  de  ioy  que  je  cuit  meffaicte. 
De  toj  cuiday  faire  une  sainte 
A  qui  la  belle  face  est  tainte. 
1430  Mes  nulz  est  qui  [ainsi]  le  face 
Si  Dieu  n'y  envoie  sa  grâce. 
iSBr'']  De  Dieu  vient  qui  fait  prodomme  cstre. 
Ja  ne  s'en  peine  clerc  ne  prestre 
A  pécheur  traire  a  bonne  œuvre 
1435  Si  le  saint  esperit  n'y  euvre. 
Aussi  puis  je  dire  de  toy. 
Je  ne  sçay  mie  ne  ne  voy 
Que  nulz  biens  que  je  t'aye  apris 
Soit  enracinez  ne  repris. 
1 140  Si  Dieu  son  aide  y  eust  mise  ! 
Bien  te  cuidoie  avoir  aprise. 
Tes  parrains  suis,  si  te  levay. 
Souvent  nuyt  et  jour  me  grevay 
En  toy  aprendre  et  introduire. 
1445  Mal  ait  l'erbe  qui  ne  puet  cuire, 
Mal  ait  le  fruit  qui  ne  meure, 
Mal  ait  femme  qui  s'aseure, 
Car  mot  ne  scet  quant  elle  chiet. 
Et  après  ce  qu'il  lui  meschiet, 
1450  Que  la  sainture  amont  li  liéve, 
Se  repent  elle,  et  si  lui  griéve 
Quand  elle  a  a  mal  entendu. 
Quant  en  a  le  cheval  perdu 
A  tart  va  l'en  fermer  l'estable. 
1455  Si  je  eusse  en  cuer  estable 

Mise  ma  semence  et  ma  peine, 
Geste  belle  face  fust  pleine 
Delà  couleur  qu'elle  avoir  seust. 
Le  cuer  n'a  mie  ce  qu'il  veult,  . 
1460  Ce  me  tesmoigne  vo  couleurs. 
Je  voy  les  maulx  et  les  douleurs 
Aussi  com  en  voit  en  l'orine. 
Mestier  n'a  herbe  ne  racine 
A  sachier  vostre  enfermeté. 


-  41  — 

1465  S'en  ay  tout  le  cuer  tourmenté, 
Et  aj  paour  de  mal  greigneur 
Que  ne  vous  tôle  voustre  hounour. 
Or  vous  ajdit  ce  que  j'en  scaj. 
|'38  vj  En  voustre  face  en  voy  l'essay 

1470  Et  la  prueve,  si  com  me  semble.  » 
La  pucelle  de  paour  tremble, 
Qui  esprise  est  de  honte  et  d'ire, 
Quant  elle  oit  son  parrain  ce  dire. 
Tourmentée  est  et  [trop]  confuse  ; 

1475  Et  pour  ce  que  par  nulle  excuse 
N'en  puet  outre  aller  qu'elle  face 
L'eaue  tout  contreval  la  face 
Li  va  courant,  et  forment  pleure  : 
«  Lasse  !  fait  elle,  com  doy  l'eure 

1480  Hayr  que  nasqui  de  ma  mère 
Quant  j'oy  parolle  si  amére 
Et  si  dolereuse  entendue  ! 
Ha  !  quar  fusse  je  ore  pendue, 
Ou  d'aussi  pesme  mort  occise, 

1485  Biau  sire,  a  qui  avez  aprise 
De  moy  si  villaine  nouvelle. 
Ja  n'est  il  dame  ne  pucelle 
Chevalier,  clers,  ne  chappelains 
Ceens,  ne  faulx  homs  ne  villains 

1490  Qui  riens  sache  de  ma  folie. 

Ha  !  sire,  or  suis  je  mal  baillie 
Si  vous  me  tenez  aforfaicte. 
Si  vous  vostre  aulmosne  avez  faicte 
En  moy  nourrir  et  alever, 

1495  Ne  devez  achoison  trouver 

Pour  moy  bouter  de  céans  hors. 

Vous  mettez  surs  {sic)  honte  a  mon  corps 

Et  a  la  face  quej'ay  tainte. 

Dictes,  sire,  que  suis  ensainte, 

1500  Si  com  j'entens  a  vostre  dit. 
Certes  se  ung  autre  l'eust  dit, 
Haultement  l'en  desmentiroye 
Et  jusques  es  dens  l'en  yroie. 


—  42  - 

Afais  dictes  moj  vostre  plaisir. 
1505  La  mercy  Dieu,  je  ne  désir 

A  nulle  villanie  entendre.  » 
[39  r"]  —  «  Mauvaisement  t'en  puez  deffendre, 

Respont  li  bons  Lohiers  irez. 

Par  mon  chief  ainsi  n'en  irez  : 
1510  Je  vueil  vostre  affaire  savoir.  » 

—  «Voulez  que  (je)  vous  die  le  voir  ? 
Respont  Fresne,  je  suis  malade,  o 

—  «  Voire,  d'une  enfermeté  rade 
Qui  nous  apresse  et  nous  travaille. 

1515  C'est  li  maulx  dont  corps  assez  veille, 
Qui  de  mengier  le  fait  tenir. 
Si  n'en  pert  aller  ne  venir  ; 
Aiiiz  le  fait  vivre  et  travaillier 
Et  en  pencer  et  en  veillier 

1520  Et  autre  mal  qui  le  demaine. 

De  tel  douleur  estes  vous  pleine. 
Oncques  ne  vous  en  escusés, 
Mieulx  est  que  vous  vous  encusez 
Vers  moy  qu'un  autre  le  me  die.  !> 

1525  —  «  Sire,  j'ay  ou  corps  maladie 
Qui  me  destraint  et  taint  le  vis.  » 

—  «  Non  avez  voir,  ce  m'est  avis  ; 
Ains  vient  d'amours  vostre  mesaise.  » 
La  pucelle  a  ce  mot  li  bese 

1530  Les  jambes  endeuz,  si  l'embrace: 

ff  Biau  parrains,  fait  elle,  or  m'en  hace 
Qui  a  certes  m'en  veult  haïr, 
Pour  menassier  ne  pour  ferir 
Qu'on  me  face  n'en  mentiray  : 

1535  J'ay  amé,  aign  et  ameray 

Ung  seul,  ne  ne  m'en  quier  movoir. 
Biau  parrains,  or  vous  ay  dit  voir. 
Si  vous  em  pri,  pour  Dieu  mercy, 
Ne  dictes  en  avant  de  cy 

1540  A  ma  dame  ma  priveté. 

Qu'elle  le  tendroit  a  nienté, 
S'elle  avoit  apris  mon  affaire. 


—  43  - 

Certes  ne  je  n'en  sçay  que  faire 
Car  chastier  n'y  puet  valloir, 
[39  v°]  Ne  danter  n'en  puis  mon  vouloir. 
Et  sachez  qu'onques  n'y  mespris 
Par  quoy  j'aye  perdu  mon  pris. 
N'a  Dieu  ne  plaise  qu'il  adviengne 
Que  vous  ne  le  secle  me  tiengne 

1550  A  femme  par  honte 

Telle  ayme  autruy  et  est  amée 
Qui  pour  amour  n'  a  roy  n'  a  conte 
Ne  tourneroit  son  corps  a  honte.  » 
Que  qu'elle  fine  sa  parolle, 

1555  Lohier  son  bon  parrain  l'acole, 

Vers  liFestraint  et  pour  li  pleure. 
Tant  Fayme  qu'il  désire  Feure 
Que  Dieux  hounour  etbien  li  doigne. 
Ne  se  tendroit  pour  nulle  essoigne 

1560  S'il  veoit  qu'il  en  fust  mestiers 

Qu'il  n'(e  l)i  meist  moult  voulentiers 
Cuer  et  corps  et  avoir  et  peine. 
Doulcement  a  point  la  ramaine, 
Si  li  dit:  «  Fille,  doulce  amye, 

1565  Or  me  dictes,  ne  mentez  mie  : 
Je  vous  pri,  qui  est  voz  amis? 
Savoir  vueil  ou  vous  avez  mis 
Vo  cuer  et  vostre  amour  assise. 
D'une  chose  soiez  aprise, 

1570  S'il  est  tieulx  qu'il  vous  doie  avoir, 
Je  vous  donray  tout  mon  avoir. 
Plus  de  cent  mars  d'esterlins  blans. 
S'il  est  si  haulx  hons  et  si  frans 
Que  espousée  [en]  doiez  estre. 
1575  Est  ce  nul  homme  de  cest  estre 
Sergens,  variez  ou  escuiers?  » 
—  «  Sire,  promesse  ne  loyers, 
Ne  rien  qu'on  me  feist  entendre 
Ne  me  feroit  ou  cuer  descendre 

1580  Voulenté  que  tel  gent  amasse. 
Ne  suis  mie  de  cuer  si  basse 


_  44  — 

Com  vous  cuidez,  ne  si  villaine. 
[40  r"]  Plus  que  Paris  n'ajma  Helaine 
M'aime  Galeren,  bien  le  sçay, 

1585  Et  de  ce  sent  je  bien  l'essçay  (sic). 
Car  j'ayme  assez  plus  Galeren 
Qu'onques  Yseut  n'ama  Tristen. 
Bien  povez  nommer  Tristen  lui, 
Car  s'il  n'a  de  la  mort  ennuy 

1590  Ou  de  lanjjueur  ou  de  prison. 
Dame  seray  de  sa  maison, 
Sa  femme  et  sa  loyal  espouse. 
Je  n'en  suis  mie  trop  jalouse, 
Car  de  luy  suis  seure  et  fie. 

1595  \moui's  bonnement  m'en  affie. 
N'autre  preuve  ne  vueil  avoir, 
Ce  sachez,  biau  parrain,  de  voir. 
Car  moy  me[i]smes  ay  apris 
Que  cil  qui  doulcement  est  pris 

1600  Aux  laz  d'amours  et  a  son  aign 
Voulentiers  revient  au  reclain.  » 
Li  prodom,  qui  tant  a  pleuré, 
En  aDamedieu  aouré. 
Quant  sa  fillole  l'asseure 

1605  Qu'elle  n'a  de  follie  cure 

Ne  de  soy  tourner  ahontaige. 
La  nature  de  son   linaige 
Quel  qu'il  soit  cougnoist  a  ses  diz, 
Quant  elle  a  villains  contrediz 

1610  Les  quels  elle  ne  veult  (pas)  amer. 
Mes  de  ce  a  le  cuer  amer, 
N'il  ne  l'en  puet  avoir  seur 
Qu'elle  ja  puisse  avoir  l'eur 
Que  Galeren  la  voulsist  prendre. 

1615  Car  il  ne  voudroit  si  bas  tendre. 
Ou  ses  pères  ne  li  lairoit. 
«  Fille,  fait  il,  comment  pourroit 
Avenir  j a  ceste  assemblée, 
S'elle  n'estoit  faicte  ou  emblée, 

1620  Du  filz  au  conte  de  Bretaigne, 


—  45  — 

[40  v°]  Que  il  ja  a  femme  vous  praigne 
Ce  ne  pourroit  avenir  mie. 
Tenir  vous  puet  bien  a  amie, 
Mais  j'aj  paour  qu'il  ne  vous  mente. 

1625  Si  vaulroit  mieulx  que  vostre  entente 
Meissiez  en  voustre  pareil. 
Non  pourquant  moy  et  mon  conseil 
Vous  en  abandons  et  octroy. 
Si  nel(e)  savra  nulz  que  nous  troj 

1630  La  prieure,  vostre  marraine, 
Et  je,  et  vous,  tout  le  convine. 
Or  y  perra  du  bien  celer 
Car  j'en  vourray  a  li  parler  ; 
Qu'elle  est  ma  seur,si  m'aime  et  prise, 

16:^5  Et  elle  avratoust  peine  mise 
A  vous  conseillier  s'elle  puet. 
Mais  jevourray,  quar  bien  l'estuet, 
A  Galeren  parler  ainçoys. 
Or  lever  sus,  car  je  m'en  voys. 

1G40  S'allez  la  sus  en  la  chapelle, 
Que  se  ma  dame  vous  appelle 
Qu'on  vous  truist  de  li  servir  preste.  » 
La  pucelle  point  ne  s'arreste, 
Gui  son  parrain  grant  confort  donne. 

1645  Davant  sa  dame  s'abandonne. 

Que  l'ayme  d'amour  pure  et  grant 
Pour  ce  qu'adez  la  voit  en  grant 
De  li  servir  et  atournée , 
Et  qu'eir  est  preus,  belle  et  senée. 

1650       Li  chapellains  ainsi  s'en  part  ; 
S'a  Galeren  trait  d'une  part 
Qu'il  encontre  davant  ses  yeux. 
Sur  ung  perron  s'asiet  li  vieux, 
Et  Galeren  s'  asiet  en  bas. 

1655  Ses  maistres  li  a  dit  per  (sic)  gas 
Et  en  riant  :  «  Galeren,  sire, 
Que  pensez  vous?  Que  vouldrez  dire  ? 
Je  vous  demant  comment  vous  est? 
[41  r°]  Quel(les)  nouvelle(s)  de  la  forest 


—  46  — 

1660  Que  font  cil  chien  et  cil  oisel? 
Ja  ay  veu  maint  damoisel 
Qui  voulentiers  levoit  matin  ; 
S'(i)  ouoyt  le  chant  et  le  latin 
Du  roussigneul  qui  cler  chantoit. 

1665  S'(i)  ay  veu  tel  qui  se  vantoit, 
Fust  a  gas  ou  par  arramie, 
Qu'il  avoit  la  plus  belle  amye 
Que  Ten  peust  trover  ne  querre. 
Quant  vouldrez  vous  yssir  de  serre  ? 

1G70  Quant  verra  Ten  vostre  déduit? 
Je  vous  cuiday  avoir  bien  duit 
A  ce  que  mieulx  fussiez  prisez. 
Se  plus  estiez  envoisiez 
Vous  n'en  vaurriez  se  mielx  non. 

1075  Avoir  ne  povez  bon  renon 
S'envoiseure  ne  vous  prent. 
Tout  le  monde  blasme  et  reprent 
Jenne  varlet  et  riche  et  hault 
Qu'en  ne  voit  envoisié  et  haut. 

1680  Ch'afiert  a  vous  et  a  hault  homme. 
L'escolle  ne  vous  est  pas  somme, 
Vous  ne  doubtez  mes  qu'on  vous  bâte. 
S'en  vous  voy  faire  chiére  mate 
En  vo  pais  repris  serez  ; 

1685  Si  dira  l'en  que  vous  serez 

Nourriz  soubz  p(e)Iiçons  de  nonnains, 
En  vo  maistre  fu  chapelains. 
S'en  seray  repris  et  blasmez. 
Orme  dictez  si  vous  amez. 

1690  Moy  ne  devez  vous  celer  mie. 
J'eign  bien  que  vous  aiez  amie, 
Qu'amours  fait  le  honteux  appert. 
Jennes  varlet  tout  son  temps  pert 
Qui  amours  ne  tient  a  acointe. 

1695  Amours  fait  le  villain  plus  cointe 
Et  [fait]  plus  appert  Tii)  esbahy. 
[41  v°]  Trop  avez  vo  cuer  enhay 

S'amour  le  voulez  esconduire. 


-  47  — 

Au  mains  me  povez  vous  bien  dire 

1700  Quel  chose  vous  avez  plus  chiére 
Ce  s'est  forest  ou  s'est  rivière, 
En  quoj  vo  cuers  est  plus  estables, 
Se  s'est  en  escheesou  en  tables, 
Ou  si  vous  ajmez  mieulx  a  traire.  » 

1705  Or  ne  scet  Galeren  que  faire, 
Ne  s'ose  au  voir  dire  assentir, 
N'a  son  maistre  ne  veult  mentir. 
Galeren  de  cuer  tout  escoute. 
Quant  ses  maistres  a  dicte  toute 

1710  Savoulenté,  si  li  respont: 

«  Foui  est  qui  son  conseil  repont 
A  son  privé  pour  qu'il  s'en  fit. 
Maistre,  vous  m'avez  desconfit, 
Maz  suiz.  Or  ung  pou  m'entendez  : 

1715  De  ce  que  vous  me  demandez 
Ne  vous  ous(e)  dire  bien   le  voir, 
Ne  par  mençonge  décevoir. 
Mais  une  chose  m'asseùre, 
Que  nulz  ne  met  en  aventure 

1720  Conseil  d'aucune  privée  euvre, 
S'il  a  son  maistre  la  desceuvre. 
Maistre  doit  ressembler  le  prestre 
En  celer,  s'il  ne  veult  faulx  estre, 
Le  conseil  de  son  aprentiz. 

1725  Des  que  j'estoie  moult  petiz 
Apris  m'avez  tant  d'un  et  d'el, 
Et  en  escolle  et  en  oustel. 
Qu'amer  vous  doy  sur  toute  rien, 
Et  atendre  en  povez  grant  bien 

1730  Si  je  vivre  puis  en  avant. 

A  vous  seul  d'une  amour  me  vant 
Qui  moult  me  destraint  et  travaille. 
Plus  matin  oncques  ne  m'esveille 
Déduit  que  j'aie  que  cist  fait. 
[42  r°]  Qua[r]  si  m'assaut,  si  me  deô'ait, 
Si  me  lie  qu'aler  n'en  puis, 
N' autre  déduit  meilleur  ne  truis, 


—  48  - 

Plus  loign  que  fores  ne  rivière. 
Nus  ne  m'en  pourroit  traire  arriére, 

1740  Tant  me  seust  bien  sermonner. 
S'  a  femme  me  vouloit  donner 
Sa  fille  le  roj  d'Angleterre 
Et  ac(iuitter  toute  la  terre 
Qu'il  tient,  et  quanqu'en  ont  si  homme, 

1745  Ne  qu'il  a  de  cy  jusque(s)  aRonime, 
Ne  la  vouldroie  (je)  prendre  mie 
Pour  faire  eschange  de  m'  amie, 
Qu'elle  vault  mieuix  que  fille  a  roy, 
Tant  la  voit  on  de  grant  a,voy. 

1750  A  vous  le  dj  privéement.  » 

—  «  Galeren,  dictes  moj  comment 
Elle  est  nommée,  et  qui  elle  est. 
Si  je  voj  [bon]  vostre  conquest. 
Ma  peine  y  vouldraj  toute  mectre.  » 

1755  —  «Quant  vous  ce  me  voulez  proniectre, 
Sire,  donc  doy  je  estre  bien  liez. 
■    Mais  pour  Dieu  ne  me  travailliez 
A  ce  que  sage  vous  en  face. 
Son  grant  ennuy  souvent  pourchasse 

1760  Qui  celer  ne  scet  son  courage. 

Je  craign  qu'on  ne  li  face  oultrage 
S'on  puet  savoir  qu'elle  ait  a.my.  » 

—  «  Tenez  moy  pour  vostre  annemy 
Et  a  traicteur?  Mar  ne  dictes. 

1765  Je  cuid(e)  mielx  celer  q'un[s]  hermites 
Vostre  couvine,  si  je  l'oy.  « 

—  «  Maistre,  je  vous  sens  de  tel  loy, 
Et  vostre  cuer  de  tel  bonté, 

Que  vous  savrez  ma  priveté. 
1770  C'est  Fresne  que  j'aign  vo  fiUole. 
Se  moy  pour  foui  etli  pour  folle 
En  voulez  tenir,  je  puis  dire 
[42  Vo]  Que  je  mourray  de  duel  et  d'ire. 
Et  si  nel(e)  tenez  mie  a  gas, 
1775  Qu'il  n'est  nulz  homs  soit  hault  ne  bas, 
Clers,  chevalier,  n'  omme  ne  famé, 


—  49  — 

Que  je  ne  li  traisise  l'ame 

Si  de  ce  Favoit  tourmentée.  » 

—  «  Galeren,  or  vous  est  montée 
1780  L'amour  bien  hault,  ce  voj  je  bien, 

Qu'elle  ne  vous  doubte  de  rien. 
Estes  vous  si  en  son  dangier 
Qu'elle  vous  tôle  le  mengier  ? 
Dictes,  si  Dieux  vous  beneye, 
1785  Est  elle  donc  si  voustre  amye, 

Com  vous  cuidez  ses  amis  estre?» 

—  «  Maistre,  je  vous  ày  com  a  prestre 
Ce  que  j'en  sçay  et  que  j'en  cuit. 
Elle  m'a  si  de  s' amour  cuit 

1790  Qu'a  peine  pourroit  dire  nulz 
Que  tant  amast  oncques  Turnus 
Lavine,  qui  fu  de  Laurente  ; 
Et  bien  sçaj  qu'elle  ra  s'entente 
Mise  en  moy  nujt  et  jour  amer, 

1795  Si  que  nulz  ne  pourroit  ajmer 
Que  Lavine  amast  tant  par  [r]age 
Eneas  le  preuz  et  le  sage 
Par  qui  Turnus  fu  detrenchier  (sic). 
Se  mes  eurs  et  mes  péchiez 

1800  A  ce  me  vouloit  atourner 

Qu'on  me  voulsist  de  la  tourner, 
Ainçojs  vourroie,  a  mon  acort, 
Turnus  estre  je[s]que  la  mort, 
Qu'on  la  me  tollist  par  envie, 

1805  Et  je  fusse  remez  en  vie.  » 

—  «  Galeren,  vous  ne  moquiez  mie 
Qui  si  amez  par  arramie, 

Ce  n'est  mie  amour  ains  est  rage 
Qui  vous  tourmente  le   courage. 
1810  Or  vous  en  dont  Damedieu  joie.  » 

—  «  Maistre,  vous  m'avez  mis  a  voje 
[43  r"]  De  descouvrir  ce  que  je  penz, 

Or  aiez  pour  Dieu  le  pourpenz 
De  celer  m'amour,  ce  vous  proy, 
1815  Si  vous  amez  ne  li  ne  moy.  » 

4 


—  50  - 

—  «  Galeren,  vous  parler  d'oiseuse, 
Nulz  ne  savra  que  la  prieuse 

Et  je  ce  que  conté  m'avez. 
Celez  l'en  mieulx  que  vous  sav(r)ez, 
1820  Ne  ne  soiez  d'amer  si  chaulx 

Que  vous  lui  faciez  nul  enchaux. 
Ne  doit  faire  a  femme  desroy 
Qui  filz  est  a  conte(s)  ou  a  roj.  » 

—  ((  Maistres,  oncques  ne  l'adesay 
1825  Ne  une  foiz  ne  la  besay, 

Ne  ne  vouldroie  avoir  baisée 
Pour  qu'el(le)  se  tenist  a  baisiée. 
Et  je  pri  Dieu  qu'il  me  confonde 
S' autre  femme  preign  en  ce  monde. 

1830  Tant  con  je  vive  et  que  j'y  soie 
Siens  seray  voir  et  ell'  est  moie, 
Ce  sache,  [od]  le  conte  mon  père, 
Et  la  contesse  Yde  ma  mère, 
S'ilz  veulent  que  je  vis  remaine. 

1835  Des  qu'a  n'a  guaires  en  Bretaigne 
Vouldront  andui  que  je  m'en  voise, 
Qu'il  est  bien  raison  que  j'acroi[s]e 
M'(on  h)ounour  et  que  j'aquiére  los. 
Car  j'ay  mez  le  cuir  et  les  os 

1840  Plus  durs  que  je  ne  sueil  avoir. 
S'avray  mestier  de  ce  savoir 
Qu'on  aprent  a  court  de  hault  homme. 
Une  seule  chose  m'assomme 
Que  Fresne  céans  demourra, 

1845  Mais  si  souvent  ne  me  verra, 

Com  elle  a  fait.  S'en  suy  en  doubte. 
Si  la  vous  lez  et  commant  toute 
Que  vous  la  me  gardez  en  foy 
Ce  vous  requier  et  ce  vous  proy, 
[43  v°]  Et  commant  que  riens  ne  lui  faille 
Soit  en  robes  soit  en  vitaille 
Ou  soit  en  quel  autre  despence. 
Ne  [ne]  li  face  nul  deffence, 
Qu'elle  n'ait  tout  a  son  plaisir,  n 


—  51  — 

1855  —  et  Nulle  autre  chose  ne  désir, 
Fait  il,  lilz  Galeren,  a  faire 
Que  service  qui  vous  puist  plaire. 
Servir  vous  vueil  et  vous  et  li. 
Biens  a  faire  ne  m'enbeli 

1860  Tant  com  caste,  puiz  que  ne[z]  fui. 
Et  c'est  raison  se  voustre  sui, 
Qu'apris  vous  ay  de  nourreture. 
Si  vous  aign  plus  que  créature 
Qui  de  femme  soit  née  en  terre  ; 

1865  Mais  ainçoys  qu'on  vous  viengne  querre 
Et  c'om  de  céans  vous  ameint, 
S'en  vous  ne  fault  ou  ne  remeint, 
Serez  de  moy  bien  conseilliez. 
Mais  or  soiez  joieux  et  liez.  » 

1870      A  tant  se  dessemblent  andui. 
Cil  laisse  son  maistre  et  cil  lui. 
Devant  s'  antein  va  rabb[e]esse, 
Et  li  chappelains  après  messe 
Va  a  sa  se[re]ur  la  prieuse, 

1875  Qui  ou  cuer  lie  est  et  joyeuse, 
Quant  il  lui  conte  la  nouvelle. 
Si  prie  Dieu  qu'  a  la  pucelle 
Doint  tel  conseil  et  tel  hounour, 
Qu'elle  ait  Galeren  a  seigneur, 

1880  Le  doulx,  le  courtoys  damoisel. 
((  Dieux!  fait  elle,  qui  le  revel 
En  l'umain  lignage  m[e]ys, 
Quant  char  et  sanc  ou  corps  pr[e]is 
De  la  Vierge  pucelle  sage, 

1885  Par  noncion  de  ton  message. 

Puis  en  fuz  nez  com  homs  en  terre, 
Li  troys  roy  te  vindrent  requerre 
[44  r°]  Et  portèrent  de  leur  trésor 

En  tonneuz  mirre,  encens  et  or. 

1890  Parquoynoust'avons,  c'est  la  somme, 
A  Dieu  et  a  roy  et  a  homme, 
Puis  fuz  mors  en  la  croiz  et  mis, 
D'enfer  gettas  tous  tes  amis, 


Et  au  tiers  jour  de  passion 
1895  Venis  a  résurrection, 

Es  cieulx  montas  en  joie  clére 
Ou  siez  a  la  destre  ton  ])ére, 
Les  vifz  et  les  mors  jugeras, 
Et  a  tous  leur  loyer  rendras. 
1900  Dieux,  si  com  c'est  droite  créance, 
Octroyés  tu  par  ta  puissance 
Qu'a  femme  ma  fillole  preigne 
Le  filz  au  conte  de  Bretaigne, 
Se  il  Tavoit  par  aventure, 
1905  Tant  lacongnoys  de  nourreture, 
Et  tant  la  croy  de  hault  lignage, 
Tant  la  sçay  belle,  preuz  et  sage, 
Et  tant  a  en  li  de  bontez. 
Que  bien  se  sçaroit  amontez. 
1910  Car  li  homs  de  riens  ne  s'amonte 
Qui  prent  parage,  avoir  et  honte. 
Honte  prent  qui  prent  folle  femme, 
Si  se  desconfist  etafolle. 
Mais  femme  sage,  c'est  li  voirs, 
1915  Vault  mieulx  que  parage  n'avoirs. 
Moult  fait  proudom  belle  ga[a]igne 
Qui  belle  et  sage  a  a  compaigne. 
Dont  ne  se  puet  cil  aviller 
S'il  a  ma  fillole  a  mouUier, 
1920  Non  voir,  quar  sa  bonne  apresure 
Ne  sens  de  femme  ne  mesure 
Doit  alever  n'essaulcier  "homme. 
Dont  seroit  cil  sire  de  Rome, 
S'il  lavouloit  a  femme  prendre  ; 
1925  Car  il  n'a  en  li  que  reprendre 
[44  v°]  Qu'elle  ne  soit  et  belle  et  noble, 
Pour  avoir  de  Constantinoble 
Les  chasemens  et  tout  l'empire. 
Certes  elle  n'est  mie  pire, 
1930  Encor  n'ait  elle  la  puissance. 
Que  s(er)oit  la  royne  de  France 
Ou  la  duchesse  de  Bourgoigne. 


—  53  — 

S'a  ce  venoit  ceste  besoigne 
Qu'il  se  voulsissent  assembler, 
1935  De  joje  me  pourroit  sembler 
Que  nulz  ne  peust  mes  sorfaire 
Chose  dont  j'eusse  contraire.» 

Ainsi  ont  parlé  moult  ensemble. 
Galeren  aime  Fresne  et  tremble, 
1940  Que  jour  et  nuyt  ne  s'en  recroit. 
Si  s'entrement,  bien  les  en  croit 
Le  bon  Lohier,  et  bien  les  choile. 
Moult  scet  bien  faire  de  li  voile 
Pour  eulx  et  couvrir  et  celer, 
1945  Quant  ensemble  les  voit  parler. 
Pour  li  ne  se  cuevrent  de  rien(t), 
Car  il  les  asseure  bien. 
Or  sont  a  aise  et  asseur, 
Or  ont  ga[a]igné  grant  eur. 
1950  Souvent  sont  ensemble  et  déduisent, 
Comme  davant,  mais  ne  leur  nujs  eut 
Li  félon  envieux  engrez, 
Car  leur  maistre  les  sieult  de  prez, 
Qui  le  souspeçon  d'eulx  estaint. 
1955  Or  n'a  mais  le  visaige  taint 

Fresne  comme  elle  seut  avoir. 
Ne  ne  puet  mie  parcevoir 
Que  Galeren  ait  le  sien  pale. 
Grant  destresse  est  et  vie  maie 
1960  D'amans  qui  eulx  convient  guetier, 
Ce  les  fait  taindre  et  deslietier. 
Mais  quant  il  ont  temps  et  loisir 
Qu'il  se  voient  a  leur  plaisir, 
[45  r°]  Mains  en  sont  mat  et  debrisé, 
1965  Galeren  fait  ja  l'envoisié, 

Ja  se  déduit,  ja  rit,  ja  chante, 
Ne  monstre  mes  chiére  dolente. 
Fresne  se  reset  bien  déduire, 
Bien  se[t]  mouvoir  les  doiz  et  duire 
1970  A  la  harpe,  bien  s'i  afaicte. 

Or  n'en  parle  nulz  ne  ne  guecte. 


—  54  — 

Or  vont  menant  feste  et  revel. 
Galeren  a  un  son  nouvel 
De  l'amour  qui  le  point  trouvé, 
1975  Ou  il  a  son  cuer  esprouvé. 

Si  a  doulx  chanz  et  plesans  diz 
Sans  villanie  et  sans  mesdiz, 
Ci  a  plaie  de  doulceur  pleine 
Qui  les  amans  a  pleurs  rameine, 
1980  Quand  ilz  cuident  jouer  et  rire. 
Cil  qui  (de)  ce  lay  seulent  escripre 
L'apelent,  au  dit  et  au  ton, 
Le  lay  Galeren  le  breton. 

Ung  pou  après  le  jour  de  may 
1985  Qu'on  oit  la  maulviz  et  le  gay, 

Li  oriens  {sic)  les  chans  commence 
Et  li  roussigneul  plede  et  tence 
Par  ces  boys  et  sa  joie  maine; 
La  doulce  ceson  nous  ramaine 
1990  Herbe  en  verdeur  et  fleur  en  prez, 
Que  li  temps  redevient  temprez, 
Et  y  ver  repont  sa  froidure. 
Arbres  reviennent  a  nature 
Qui  de  leurs  fuilles  se  recuevrent. 
1995  Mouches  se  pourchassent  et  ouurent, 
Et  les  yaues  de  ces  rivières 
Ne  courent  plus  troubles  ne  fiéres, 
Ains  noent  asseur  poisson. 
La  violete  est  ou  buisson 
2000  Et  la  rose  au  matin  ouverte. 
Est  Fresne  qui  tant  est  apporte 
[45  voj  Matin  levée  et  hors  yssue. 
D'une  chemise  bien  tyssue 
Blanche  et  souef  pare  son  corps. 
2005  Par  les  coustures  per  li  ors  : 
S'a  un  surcot  affublé  sus 
Moult  chier,  fourré  de  cisemus, 
D'un  drap  d'Antioche  estelé, 
D'orfroiz  estoit  entour  ourlé 
2010  Et  listé  d'u[ne]  liste  d'or. 


Nue  et  sans  guimple,  a  son  chief  sor 
S'est  dessainte  et  eschevelée  : 
D'une  cercle  non  guaires  lée, 
Ouvrée  a  pierres  et  a  flours, 

2015  D'or  et  d'asur  et  de  couleurs, 

Tient  les  cheveux,  ce  m'est  advis. 
Qu'il  ne  lui  voisent  vers  le  vis; 
Mais  desus  les  a  sans  destresse, 
Par  les  espaules  (li)  va  la  tresse, 

2020  Si  les  a  couvers  d'un  brun  voil 
Qui  bien  li  siet  sur  le  blont  poil. 
S'est  d'uns  souliers  estroit  chaussie, 
Sa  herpe  a  vers  son  piz  haussie 
Qui  riche  est  moult,  ce  povez  croire. 

2025  Les  chevilles  en  sont  d'iviere 
Et  les  cordes  en  sont  d'argent. 
Pletron  y  a  et  riche  et  gent. 
C'est  de  la  couronne  d'un  serpent. 
La  herpe,  qui  au  coul  li  pent 

2030  Bien  ouvrée,  a  sauvages  bestes 
Qui  ont  divers  et  corps  [e  tjestes, 
Si  ont  les  yeux  pains  et  les  piz 
D'esmeraudes  et  de  rubis 
Misez  a  or  de  Galidoine  : 

2035  Plus  riche  n'ot  oncques  Lidoine 
De  cler  son  ne  de  soutil  oevre. 
Li  fourriaux  est  dont  l'en  la  cuevre 
De  samit  et  de  bougueren. 
Ainsi  encontre  Galeren 
[46  r°]  Com  je  la  vous  ay  devisée. 
Cil  l'a  bien  de  l'ueil  ravisée 
Qui  est  com  haulx  homs  atournez. 
Il  est  d'une  robe  aournez. 
De  cote  et  surcot  d'un  dyapre 

2045  Ausques  pour  l'or  et  roide  et  aspre. 
S'(en)  est  la  fourreure  d'ermines. 
S'a  es  espaules  deux  sardines 
En  or  assises  du^surcot. 
Dont  ferme  la  cheveste  et  clôt. 


—  56  — 

2050  S'a  sur  son  chief  blont  et  tonsel 
Assiz  ung  envoisié  chapel, 
Qui  bien  l'embelit  et  alose 
Fait  de  violete  et  de  rose. 
Si  l'a  Fresne  s'amie  fait. 

2u55  Si  soûler  sont  a  or  pourtrait, 

Ses  chausses  d'un  brun  paile  cher 
Qu[e]  il  a  faictes  destranchier 
Et  fourrer  de  paile  vermeil. 
Des   enz  a  mis  jus  le  sonmeil. 

2060  Ses  ganz  es  mains  cousuz  a  or, 
Ung  esprevier  de  plume  sor 
Tient  sur  son  poign  bien  affaitié. 
Oaleren  a  le  cuer  hetié 
Quant  il  voit  davant  li  s'amie, 

2065  Mai[n]s  Fresne  n'a  le  sien  lié  mie 
Quant  elle  Galeren  regarde. 
Leur  maistre  les  a  pris  en  garde 
Qui  leur  fait  matin  oyr  messe. 
Par  le  congié  de  l'abeesse, 

2070  Prennent  vers  ung|vergierleu[r]  voje, 
Pour  ce  qu'on  ne  cougnoisse  et  voje 
La  grant  amour  qui  les  esprent. 
Apres  eulx  deulx  son  chemin  prent 
Li  bon  Lohiers,  s'en  sont  jojant 

2075  Car  davant  li  et  li  ojant 

Moustrent  il  bien  leur  priveté, 
S'en  ont  par  li  grant  seurté. 
[46  v°]     Li  vergiers  siet  sur  la  rivière  ; 
Arbres  de  diverse(s)  manière 

2080  Y  a  plantez  et  bas  et  haulx, 
Si  druz  qu'a  peine  li  soulaus 
Les  puet  de  sa  raje  entamer. 
Leens  fait  il  seur  amer 
Et  demourer  avec  sa  drue, 

2085  Car  l'arbre  y  est  et  verte  et  drue. 
Et  li  umbres  resant  et  fres. 
Dessus  les  rainz  chantent  espes 
Et  volent  li  oysel  sauvaige. 


—  57  — 

Qui  retentir  font  le  rivage 

2090  Par  leur  doulx  chanlx  et  par  leurs  criz. 
Roussignlos  {sic),  melles  et  niaulviz 
Y  font  leur  gorge  si  estendre 
Com  s'ilz  voulsissent  faire  entendre 
A  ceulx  leur  chans  et  leur  langage. 

2095  Tant  vont  les  amans  par  Ferbage 
Qu'ilz  ont  trouvée  une  fontaine, 
Dont  Feaue  est  clére,  froide  et  saine, 
Et  le  fons  cler  com  est  argens. 
S'en  queurt  li  ruissaulx  biaux  et  gens, 

2100  Et  sourt  dessoubz  ung  foulu  chesne. 
La  est  première  assise  Fresne, 
EtGaleren  lez  li  s'assiet, 
Qui  de  neent  ne  li  messiet 
Ainz  li  plest  plus  que  riens  qui  vive. 

2105  Et  celle  le  point  et  ravive, 

Qui  Ta  d'amour  saint  et  lacié, 
Et  jusqu'au  cuer  son  dart  lancié 
Si  qu'on  ne  le  puet  rechassier. 
Lohier  ne  les  veult  approucher, 

2110  Ainz  est  d'eulx  assez  trait  arriére. 
Si  va  regardant  la  rivière, 
Et  les  chans  des  oyseaux  escoute. 
Bien  veult  qu'ilz  parolent  sanbzdoubte 
Que  nulz  nés  puit  grever  ne  nujre, 

2115  Tant  qu'ensemble  vouldront  déduire. 
[47  r°]     Galeren  se  commence  a  plaindre  : 
c(  Fresne,  fait-il,  [cil]  ne  scet  feindre 
Qui  lojaulment  et  de  cuer  ayme. 
Trop  est  hardiz  qui  s'en  reclaime 

2120  S' amours  ne  loe  ou  il  ne  prise. 
De  tricheur  het  le  servise 
Et  semblant  qui  vient  de  cuer  faulx. 
Mes  se  veilliers,  pensers  et  maulx 
Qui  le  mien  me  va  aggrevant 

2125  Doit  reproucher  ne  mectre  avant 
Amant  qui  soit  leans  en  terre, 
Dont  li  doj  je  bien  mercy  querre, 


—  58  — 

Et  je  l'avray,  si  corn  je  croy. 
Or  me  repens,  or  me  recroy 

2130  De  ce  dire,  qu'ell'  a  usage 

De  moustrer  s'ire  et  son  outrage 
A  celi  qui  de  cuer  la  sert. 
S'en  a  le  piz  qui  mieulx  dessert. 
Avec  déserte  estuet  eur. 

2135  Quant  je  cuit  plus  estre  asseurs 

Dont  sent  je  meins  mon  desconfort  ; 
Qui  pourquant  qui  se  tient  fort 
En  bonne  amour,  puis  qu'i[l]  lui  plaise, 
Voist  avant,  aint  et  soit  a  ese. 

2140  Car  je  suis  cil  qui  aymerai 
Ne  ja  ne  m'en  repentirai. 
Les  maulx  d'amours  endurer  vueil. 
De  tant  se  vantent  bien  my  oeil 
Qu'i[l]  bien  ont  servy  leur  seigneur, 

2145  Mieulx  vaillant  proie  ne  greigneur 
Ne  puent  il  mes  pourchassier 
Pour  moy  servir  ne  solacier. 
Servir?  Qu'ay  je  dit?  J'ay  mespris. 
Qu'il  ont  tant  chassie  qu'ilz  sont  pris. 

2150  Si  va  le  char  davant  les  buefs. 
Chasser  cuidérent  a  mon  oez. 
S'avient  souvent  tel  chiet  qui  chasse, 
La  proye  a  pris  les  chiens  en  chasse. 
[47  v°]  Or  ay  mal  dit,  si  Dieu  me  voye, 

2155  Je  ne  voy,  en  sentier  n'en  voye, 
Comment  coulpe  y  aient  [mi]  oeil 
Puisqu[e]  ilz  vont  la  ou  je  vueil. 
Si  les  retray  puis  les  envay 
Ne  les  doy  pas  blasmer  mes  moy  ; 

2160  Ne  moy  n'en  renvueil  pas  blasmer. 
Car  je  vueil  bien  tousjours  amer. 
D'amours  me  lo  et  tout  suis  siens, 
N'il  ne  me  puet  mie  ses  biens 
Trop  vendre  ne  trop  enchérir, 

2165  S'il  ne  me  veult  ses  maulx  merir  » 
Galeren,  Fresne,  doulx  amis, 


—  59  — 

Ce  dit  Fresne,  vous  avez  mis 
Enmoy  amer  tout  vo  povoir. 
Ce  puis  bien  par  dehors  veoir; 

2170  Mais  je  ne  sçay  jugier  dedens. 
Quant  la  parole  est  hors  desdens 
Pence  le  cuer  souvent  tel  chose 
Qui  est  a  la  bouche  forclose. 
Ne  àj  mie  pour  vous  mescroire, 

2175  Se  mal  souffrir  fait  amans  croire 
Qu'il  soit  lojaulx  sans  trahison, 
Estre  en  devez  un  par  rayson. 
A  loyal  vous  tieng  sans  mentir. 
Non  pourquant  a  douleur  sentir 

2180  Vers  moy  ne  vous  aatissez  ; 

Mais  de  l'amour  tout  me  laissiez 
Le  fez  et  la  cure  et  l'entente. 
A  tous  biens  recevoir  suis  tente, 
Quant  a  m'amour  un  petit  pens  ; 

2185  Qu'il  m'est  avis  en  mon  pourpens 
Que  j'ay  arée  pierre  et  grève, 
Ou  point  n'a  d'amour  {sic)  ne  de  sève 
Et  comment  me  puet  ferme  faire 
Amours  qui  m'est  tout  a  contrere, 

2190  Qui  me  fait  entendant  la  briche  ? 
[48  r°]  Ce  que  l'en  vous  tient  tant  a  riche 
Et  extrait  de  si  hault  lignaige 
A  si  prisié  et  a  tant  sage 
Vous  fera  de  moy  départir. 

2195  Ne  me  doy  a  vous  aatir. 

Pource  que  sui  povre  et  basse, 
Non  tant  que  james  vous  osasse. 
Si  m'est  venu  de  grant  follie  ; 
Mais  cil  qui  n'est  en  sa  baillie 

2200  Ne  se  puet  a  droit  conseillier. 
Or  me  veult  amours  exiller. 
Et  vous  par  temps  m'en  occirez, 
Puisqu'on  voustre  pais  irez, 
Et  demourrez  la  sans  retour. 

2205  En  moy  n'a  conseil  fors  un  tour, 


—  60  — 

S'(i)en  mourraj,  bien  le  scay  de  voir. 
Car  par  force  et  par  estouvoir 
Amezez  {sic)  autre,  bien  le  seaj. 
Mar  vous  vy  et  mar  vous  osay 

2210  M'amour  donner  et  octroier. 
Si  j'en  peusse  renvoier 
Mon  cuer,  je  n'eusse  mal  mie  ; 
Mais,  puisque  je  seray  amie 
Et  j'avray  perdu  mon  amy, 

2215  Tenir  pourray  pour  ennemy 

Le  cuer  qui  (de)  ce  m'a  pourchacié. 
Vous  vous  tenez  si  a  lacié 
Qu[e]  a  grant  peine  pourrez  vivre, 
Et  je  suis   et  saine  et  délivre 

2220  Quant  my  oeil  m'ont  ainsi  trtiye  ! 

Bien  m'ont,  ce  me  semble,  en  haje, 
Quant  par  eulx  et  par  leur  pourchaz 
En  tel  manière  a  mort  me  chaz. 
Par  eulx  sans  faille  a  mal  m'atour  ; 

2225  Par  leur  guenchir  et  par  leur  tour 
A}' je  le  cuer  espris  de  feu, 
[48  yo]  Mais  tant  sachiez  que  je  vous  veii  : 
Ja  destresse  qu'amours  me  face 
Ne  pourra  faire  que  vous  hace  ; 

2230  Ainz  me  sera  pour  vous  amer 
Doulx  a  souffrir  travail  amer. 
Car  amour  n'est  pas  vraye  et  pure 
Qui  en  temps  fault  et  un  temps  dure.» 
Or  voit  Galeren  quanque  Fresne 

2235  Pence  que  qu'elle  se  desrene, 

Son  cuer  congnoist  et  sa  parolle  : 
«  M' amie,  fait  il,  se  pour  folle 
Vous  povez  pour  m'amour  tenir, 
Donc  me  doit  il  bien  mal  venir. 

2240  Bien  pert  que  vous  m'amez  de  voir. 
Comment  pourriez  vous  savoir 
Ma  grant  amour  et  ma  grant  cure  ? 
Tenez,  je  vous  fians  et  jure, 
Ma  foy  vous  dons  et  vousplevis: 


-  61  — 

2245  Tant  com  je  suis  en  terre  vis, 

Et  qu'en  vostre  corps  savray  Famé, 
N'avraj  autre  que  vous  a  famé. 
Ne  vous  faz  ore  de  plus  sage, 
Mais  Dieux  me  mette  en  tel  aage 

2250  Ou  quiter  en  puisse  ma  foy.  » 

—  «  Certes,  dit  Fresne,  je  l'otroy, 
Je  n'en  quier  plus  estre  seure, 
Tant  que  la  chose  est  si  meure, 
Qu'elle  sera  a  point  venue,  i 

2255  Depuis  ne  s'est  Fresne  tenue 

Vers  li,  mais  son  déduit  requiert 
De  tout  quanque  a  honneur  affiert. 
S'en  est  moult  Galeren  [a]  aise, 
Qui  doulcement  l'acole  et  baise, 

2200  Et  celle  li  moult  voulentiers. 

Leur  amour  est  vraye  et  entiers, 
Qui  de  plus  ne  veulent  baisier 
Fors  d'accoller  et  de  baisier. 
[49  ro]  De  ce  voir  ne  baisent  il  mie. 

2205  Se  li  amant  baise  s'amie, 
S'il  l'acole  ou  paroUe  a  li, 
N'en  devez  celle  ne  celi 
Blasmer  ne  tenir  a  ventance. 
Or  ont  faicte  leur  pénitence 

2270  Et  or  leur  sont  li  fer  cheu. 

De  quanque  leur  est  mescheu, 
En  mal  souffrir  et  endurer, 
En  veillier,  en  plaindre,  en  plorer 
Ne  se  sentent  il,  ce  me  semble, 

2275  Puis  qu[e]  ilz  pueent  estre  ensemble. 
Feste  se  font  et  bonne  et  belle. 
Li  variez  esmeut  la  pucelle 
A  son  déduit  qu'il  a  trové: 
«  Fresne,  fait  il,  j'ay  esprouvé 

2280  Mon  engin  a  un  novel  lay. 

Si  désir  moult  que  sans  delay 
Tout  le  déduit  vous  en  apreigne. 
Maiscomment  qu[e]  ilvousenpreigne, 


—  62  - 

Ne  vueil  qu'autre  que  vous  le  sache. 
2285  Mieulx  vouldroie  estre  d'une  hache 

Occis  qu'autruy  l'apreissiez  .» 

—  <(  One  ne  vous  en  [ajatissiez 

De  tel  chose,  dit  elle,  amis. 

Mieulx  souifreroie  que  maumis 
2290  Fust  en  un  feu  mon  corps  et  ars. 

Plus  loign  a  savoir,  que  cent  mars 

Me  laississez  au  départir. 

De  tant  me  vueil  de  vous  sentir. 

N'avoir  ne  vueil  du  vostre  plus 
2295  Tant  corn  de  moj  serez  en  sus. 

«  Mais  commenciez,  je  herperay 

Et  eu  ma  harpe  l'aprenray.  » 

Il  commence,  celle  l'escoute, 

Qu'en  la  harpe  ses  doiz  i  boute. 
2300  Quant  les  notes  a  entendues 
[49  v"]    Au  pletron  les  a  entendues 

Et  atrempées  a  droit  point. 

Ce  lay  destraint  Fresne  et  point. 

Car  cil  qui  si  doulcement  chante 
2305  Au  commencier  d'amours  se  vante, 

Apres  la  blasme,  après  la  prise. 

Plaine  est  de  joye  si  la  reprise. 

D'amours  y  est  tout  le  contrere  ; 

Si  est  cruel,  cy  débonnaire, 
2310  Cil  fait  plo  urer  et  cil  fait  rire  ; 

En  cestuy  vers  l'amant  empire, 

En  cestuy  le  fait  amender, 

En  cest  aultre  l'estuet  garder  ; 

Et  par  de  cza  n'a  point  de  soign, 
2315  De  ça  pert  tout  a  grant  besoign, 

Et  de  la  rest  tous  esbaudiz. 

Doulx  est  li  chans  et  doulx  li  diz. 

Et  cil  li  chante  tant  et  note, 

Qu'elle  scet  le  dit  et  la  note  ; 
2320  A  sa  harpe  l'a  accordée 

Quiestoit  d'argent  encordée. 

Bien  scet  le  lay  tout  sans  mentir. 


—  63  — 

Le  vergier  en  fait  retentir 
Des  plesans  sons  que  la  voix  donne, 
2325  Et  a  la  herpe  qu'elle  sonne. 
Le  laj  aime  plus  a  savoir 
Qu'autre  richesse  nj  avoir 
Corn  li  seust  donner  en  terre. 
Lohier  les  revient  a  tant  querre  : 
2330  «  Or  toust,  fait  il,  sans  plus  targier 
Levez  vous,  sy  irons  mengier. 
Je  ne  lo  plus  le  demourer,  » 
Ceulx  qui  a  peine[s]  endurer 
Pueent  de  eulx  deulx  la  dessevrance 
2335  Sont  levez  sus  a  grant  pesance, 
Et  leur  maistre  les  en  retourne, 
Qui  d'estreblasmer(s2c)  les  destourne. 
Si  les  fait  yssir  du  vergier 
[50  ro]  A  droite  heure  d'aller  mengier. 
2340       Geste  vie  ont  menée  ensemble 
Quinze  ans  et  demy,  ce  me  semble, 
Entre  Fresne  et  Galeren, 
Tant  qu'un  jour  de  la  saint  Jehan, 
Ung  pou  après  mengier,  advint 
2345  Que  de  Bretaigne  leans  vint 

Un  des  haulx  hommes  de  la  terre, 
Qui  le  damoisel  venoit  querre. 
Ses  parens  fu  et  ses  amys, 
Dedens  l'abbaye  s'est  mis 
2350  A  grant  compaignée  de  gent. 
Li  sires  du  cheval  descent 
Et  vient  a  rabba[e]sse  Ermine, 
Qui  est  sa  germaine  cousine, 
Si  la  salue  haultement 
2355  De  par  celi  qui  a  tourment 

Donna  pour  ses  amis  son  corps, 
Quant  il  les  geta  d'enfer  hors 
Par  la  seue  mort  qu'il  souffry. 
Et  rabba[e]sse  li  [r]offry 
2360  Son  salu  bel  et  haultement  ; 
Encontre  li  courtoisement 


—  64  — 

S'est  levée,  puis  le  regarde, 
Et  quant  de  li  s'est  prise  garde 
Si  li  fait  joye  et  haulte  feste 

2365  Com  a  puissant  liom[me]  et  lioneste, 
Apres  li  demande  nouvelles. 
«  Certes,  dit  il,  ne  sont  pas  belles 
Ne  bonnes  ceulx  que  je  vueil  dire. 
Mes  or  n'en  aiez  trop  grant  ire, 

2370  Ne  marrie  trop  n'en  soiez 
De  nouvelles  que  vous  oyez. 
Car  vous  povez  souvent  oyr 
Qu'on  dit  que  nulz  trop  esjoir 
Ne  se  doit  de  prospérité, 

2375  Ne  trop  douloir  d'aversité. 

Donc  n'ayez  de  trop  douloir  cure, 
[50  v°]    Se  fortune  vous  est  trop  dure, 
Car  sa  rouele  souvent  tourne 
En  tel  lieu  dont  elle  est  retourne, 

2380  Dont  li  dolens  devient  puiz  (plus)  liez 
Li  sirez  qui  t'u  travailliez, 
Par  qui  sommes  hors  d'enfer  mis, 
A  jette  un  de  ses  amys 
En  foy  et  en  confession 

2385  De  ceste  mortel  passion. 

Si  l'a  mené  par  sa  desserte 
Hors  de  ceste  Egypte  desserte 
En  la  haulte  Jérusalem. 
Si  com  je  croy,  de  tant  doit  l'en 

2390  Itele  novelle  prisier  : 

Alibranz  nous  a  fait  laissier 
La  mort  qui  a  tous  est  commune. 
De  mes  nouvelles  vous  vueil  une 
Avec[ques]  cest[e]  encore  dire. 

2395  Or  ne  soiez  trop  plaine  d'ire, 
Ne  n'aiez  trop  marri  le  cuer, 
Morte  est  la  contesse  vo  suer, 
La  bonne  Yde,  la  bonne  sainte. 
Pour  son  baron  fu  si  atainte 

2400  De  duel  qu'elle  en  mourut  après; 


—  65  — 

Mais  se  li  contes  fu  bien  confes 
Et  repentans  de  ses  péchiez, 
Pour  voir  vous  dj,  bien  le  sachiez, 
Que  tout  aussi  fu  la  contesse.  » 

2405  Quant  la  nouvelle  oit  rabba[e]sse 
Hault  s'escrie,  si  li  convient 
A  pasmer  et,  quant  el  revient, 
Dolente  s'appele  et  chetive 
De  ce  qu'  elle  remaint  tant  vive. 

2410  Moult  se  plaint,  moult  se  desconforte, 
Et  dit  qu'el(le)  vouldroit  estre  morte. 
Sa  se[re]urregrete  et  le  conte. 
Plus  ne  vous  faz  de  son  duel  conte. 
Et  Galeren  grant  duel  demeine. 
[51  r  ]   Fresne  est  aussi  de  douleur  plaine 
Pour  Galeren,  ce  povez  croire, 
Car  elle  scet  bien  etespoire, 
Comment  que  la  chose  mes  preigne, 
Qu'aller  l'en  convient  en  Bretaigne. 

2420      Li  sires  Galeren  appelle 
Qui  apportée  a  la  nouvelle. 
Il  vient  a  li  et  cil  l'accole, 
Tout  en  plourant  a  li  parolle 
Et  a  rabba[e]sse  s'antein. 

2425  Quant  il  parçoit  que  il  sont  plein 
Et  assouvj  de  lermes  rendre, 
Si  leur  veult  raison  faire  entendre. 
«  Dame,  fait  il,  et  vous,  biau  sire. 
Ne  vous  puis  mie  contredire 

2430  Le  pleurer  ne  le  faire  duel. 
Mais  vous  le  leriez  mon  vueil 
Que  il  ne  puet  faire  nul  bien, 
Quant  recouvrer  n'j  povez  rien. 
Si  vous  en  dj  meilleur  confort  : 

2435  Nuls  duel  ne  ressuscite  mort. 
S'en  soit  la  douleur  plus  ligiére, 
Se  l'en  fait  aulmosne  ou  prière 
Pour  les  mors.  Il  ne  veulent  el. 
Cil  qui  remainent  en  l'ostel 

5 


—  66  — 

2440  Moult  a  envis  veulent  mourir. 
Tant  com  il  puissent  vif  garir, 
Si  n'y  a  que  du  conforter. 
Le  duel  convient  laisser  ester 
Et  pencer  chascun  de  bien  faire. 

2445  Galeren,  tout  le  cuer  m'esclere 
De  ce  que  si  vous  voy  appert. 
De  li  corps  par  le  cuer  ne  pert, 
Je  vous  tesmoing  et  si  vous  vant, 
Estre[zJ  prodom  cy  en  avant. 

2450  N'est  riens  a  dire  de  biau  corps 
S'il  a  de  maulves  cuer  le  mors, 
Car  néant  plus  ne  vault  l'escorce 
151  v»]    Qui  est  sans  moelle  et  sans  force. 
Ne  vault  biauté  de  corps  ne  grâce 

2455  Quant  mauvaistié  de  cuer  l'efface. 

Biaux  homs  sans  cuer  vaillant  et  sage 
Est  tout  aussi  comme  l'ymage 
Qui  d'or  et  d'argent  est  couverte, 
Et  qui  l'a  par  dedens  ouverte 

2460  N'  i  a  fors  fust  ou  pierre  ou  terre. 
Galeren,  venu  vous  suis  querre  ; 
Avec  moy  vous  convient  venir, 
Si  vous  convient  bons  devenir, 
Ce  me  demoustre  voz  aages. 

2465  Recevoir  devez  voz  homages 

Comme  contes,  de  vous  l'en  tendra. 
Galeren,  sire,  or  y  perra 
D'estre  preuz,  larges  et  courtoys. 
D'Angleterre  vous  a  li  roys 

2470  Mandé  que  vous  a  li  viengnez, 
Car  il  veult  que  de  li  tiengnez 
Les  fiez  qu'il  donna  voustre  père. 
Li  roys  fu  cousins  vostre  mère, 
Et  je  suis  ses  parreins  sans  faille.  » 
2475  Or  ne  laira  que  ne  s'en  aille 
Galeren  avec  son  parent 
Qu'on  appelle  Brun  de  Clarent. 
Bon  chevalier  est  et  esliz. 


~  67  — 

Or  pert  Fresne  tous  ses  deliz. 
2480  Or  pleure,  or  soupire,  or  se  deulst, 
Quant  Galeren  aller  s'en  veulst 
Avec  Brun  le  bon  chevallier. 
Il  font  leur  erre  appareillier 
Pour  Tendemain  matin  movoir, 
2485  S'atournent  tout  leur  estouvoir. 
En  une  chambre  a  voulste  clére 
Font  la  prieure  et  son  bon  frère 
Fresne  et  Galeren  venir. 
«  Or  ne  vous  puet  mes  détenir, 
2490  Font  il,  Galeren,  clef  ne  serre 
[52  ro]    Que  vous  vaillez  [sic)  en  vostre  terre . 
Si  vous  escuet  (sic)  Fresne  guerpir 
Qui  chascun  jour  fait  tant  souppir 
Pour  vous  et  tant  tourment  endure, 
2495  Que  merveille  est  quant  elle  dure 
Tant  11  veons  maulx  endurer. 
Longuement  ne  puet  pas  durer 
Si  vous  n'avez  de  li  mercj.  » 
—  «  Biaux  maistres,  je  la  leray  o.v 
2500  Et  avec  vous  en  vostre  garde. 

Mais  maulx  feuz  a  celle  heure  m'arde 
Que  je  de  rien  lui  mentiraj. 
Ne  ja  ne  le  vous  celeray, 
Je  la  vourray  a  femme  avoir, 
2505  Car  je  Tay  plevie  pour  voir. 

Si  ne  li  soit  point  de  moy  grief. 
Car  si  je  vifz  et  vieign  a  chief 
De  recevoir  en  paix  ma  terre, 
Je  la  revenray  céans  querre, 
2510  Si  la  feray  dame  et  contesse, 
Se  bien  em  pesoit  rabba[e]sse 
Et  aussi  a  tous  mes  amys. 
Ce  li  promet  et  ay  promis. 
Et  si  j'envoy  a  li  messaige, 
2515  Privéement  le  faictes  sage 
De  parler  a  li,  ce  vous  proy. 
Ja  ne  s'esmoit  que  fille  a  roy, 


—  68  — 

Tant  soit  riche  ne  belle  en  face. 
En  lieu  de  li  m'espouse  face, 

2520  Si  lui  faittes  hounour  et  feste. 
De  son  avoir  et  do  sa  teste 
Se  pourroit  povrement  fier, 
Ce  vous  puiz  je  bien  affier, 
Qui(l)  li  feroit  ennuy  ne  honte.  » 

2525  Liez  et  jojanx  sont  de  ce  conte 
Cil  et  la  prieure  sa  seur. 
Si  lié  en  a  chascun  son  cuer 
Qu'il  en  pleurent  de  joye  fine. 
52  Vj    A  m'antein  rabba[e]sse  Ermine 

2530  Ne  soit  ja  ce  conseil  sceuz, 
Que  nous  n'en  soions  deceuz, 
Fait  il,  se  vous  requier  je  bien,  n 
Cil  dient:  a  N'en  doubtez  de  rien, 
Nous  nous  lairions  ainçoys  pendre 

2535  Qu'(a)  autrui  le  feissons  entendre.  » 
Atant  finent  leur  parlement. 
Galeren  a  privéement 
Fresne  d'une  part  acostée, 
Si  l'a  doulcement  confortée 

2540  Que  ne  s'esmait  de  riens  qu'elle  oye. 
Puis  la  baise  et  des  braz  li  loye 
Le  coul  et  doulcement  li  lasse  ; 
Le  nez  et  la  bouche  et  la  face 
Li  va  baisant,  et  forment  pleure. 

2545  La  grant  amour  qui  leur  court  seure 
Les  tient  ensemble  longue  pièce. 
Nulle  chose  qui  tant  leur  siéce 
N'est  a  leur  gré  fors  estre  ensemble. 
A  tant  leur  maistre  les  dessemble, 

2550  Qui  crient  que  trop  valent  [sic)  targié. 
Au  départir  et  au  congié 
Pl[e|Urent  et  font  un  duel  trop  fort. 
Qu'avoir  ne  cuident  mes  confort 
Qu[e]  il  se  puissent  rev[e]oir. 

2555  Ces  deux  a  bien  en  son  povoir 
Amours,  et  bien  les  a  guettiez. 


-  69  — 

Au  chappelain  en  prent  pitiez 
Quant  veuz  les  a  deppartir. 
Au  dessevrer  sont  vray  martir 

2560  Tant  y  seuifrent  tant  mal  et  peine. 
Le  maistre  tous  deux  les  enmeine 
Davant  sa  dame  et  davant  Bruns, 
Qu'il  sont  ausques  mat  et  embruns. 
Mais  ne  pourquant  bien  se  confortent 

2565  Par  dire  contes  se  depportent. 
S'ont  souppé  ausques  par  loisir, 
[53  r°]   Puis  vont  repouser  et  gésir 

Jusqu[es]  au  matin,  au  cler  jour. 
Qu'il  sont  yssu  de  Biausejour. 

2570  Et  Galeren  a  congié  pris 

Comme  affaictié  et  bien  apris 
A  rabba[e]sse  et  a  Fre[slnein. 
N'y  a  prestre  n'y  a  nonnein 
Que  au  partir  pleurer  ne  voye. 

2575  Mais  Fresne  moult  pou  le  convoyé 
Qui  de  l'estrange  gentse  doubte. 
Apres  le  congié  sieust  la  rote 
Galeren,  et  a  tant  se  part, 
Et  rabba[e]sse  d'autre  part 

2580  Et  les  nonnains  qui  s'en  retournent 
Ou  service  faire  s'atournent, 
Que  Dieux  mette  en  paradis  l'ame 
D'Alibren  et  de  Ydein  sa  femme. 
Le  grant  ennuy  et  le  contraire 

2585  Ne  vous  pourroit  bouche  retraire 
Que  Fresne  nuyt  et  jour  demeine. 
Car  Galeren  son  cuer  enmaine 
Qui  le  corps  menast  voulentiers. 
Dont  ne  demeure  mie  entiers 

2590  Le  corps  puisque  son  cuer  ne  garde. 
Si  fait,  qui  raison  y  esgarde  : 
Voirs  est  que  Galeren  l'en  porte 
Qui  du  sien  cuer  Fresne  en  conforte, 
Fresne  a  le  cuer  de  son  amy. 

2595  N'a  povoir  en  so}-  que  demy 


—  70  - 

Galeren  qui  son  cuer  n'a  mie, 
Car  il  a  changé  a  s'amie, 
Qu'elle  son  cuer  et  li  le  sien. 
Dont  ne  perdent  leurs  deux  corps  rien, 
2600  Car  si  Fresne  a  le  cuer  celi 

Et  il  le  Fresne,  un  font  endui. 
Puisque  li  cuer  font  doncques  un 
Entiers  est  le  corps  de  cbascun, 
[53  Vo]   Qu'il  y  est  tout  et  celle  toute. 
2605  Entiers  sont  il  n'est  mie  doubte 

Quant  un  seul  cuer  a  deux  corps  sert. 
La  pueelle  a  plourer  s'aert 
Qui  en  une  chambre  s'en  entre. 
Tant  dolent  a  le  cuer  du  ventre 
2610  Que  sus  les  piez  ne  puet  ester, 
Ains  se  commence  a  dementer. 
Si  s'est  sus  une  forme  assise. 
((  Ha,  Galeren,  or  suis  je  prise, 
Fait  elle,  biaux  doulx  chiers  amys  ! 
2615  Apri[s]més  est  mes  ennemys 

Li  dieu  d'amours  qui  me  guerroie. 
Trop  est  irez,  trop  se  desroje 
Vers  moy,  et  trop  cruel  le  sens. 
Dieux,  pourquoy  vis  (s«c)  je  de  mon  sens 
2620  Quant  Galeren  céans  ne  voy? 
Je  ne  le  sien  [sic)  ne  ne  convoy. 
Je  ne  parole  ali  mie. 
Comment,  sote,  es  tu  mes  s'amie? 
Vouldras  le  tu  donc  mes  amer? 
2625  Cy  a  trop  dur  mot  et  amer, 

Quant  j'ay  demandé  tel  oultrage. 
Je  suis  de  la  demande  sage. 
Respondre  y  puis  comme  certeine  : 
Mon  cuer  a  li  amer  m'ameine 
2630  Et  veulstbien  que  s'amie  soye. 
Il  le  veulst  voir,  si  je  dysoie 
Qu'avoir  n'y  voulsist  son  assens. 
Si  vueil  je  amer  contre  mon  sens. 
Contre  mon  sens  ?  quelle  l'ay  dite  ? 


•      —  71  — 

2635  Suiz  je  plus  vieus  et  plus  despite 
Se  j'aign  Galeren  de  Bretaigne  i 
Je  cuidoye,  si  Dieux  me  praigne,    . 
Que  tenue  en  fusse  plus  chiére. 
Dieux!  pour  son  corps  et  pour  sa  chiére, 

2640  Pour  sa  biauté,  pour  sa  valleur, 
Suiz  je  cheue  en  grant  douleur  ! 
[54  r  1        "  Cheue?  s'il  t'a  fait  cheoir 
Ne  te  puet  pour  ce  mescheoir, 
Car  souffrir  d'amours  la  mesaise 

2645  Et  la  douleur  pour  qu'elle  plaise, 
N'est  meschante  mes  deduiz. 
Pourliveult  estre  mes  cuers  duiz 
A  travail  endurer  et  paine. 
Cil  qui  le  mal  d'amours  ne  paine, 

2650  Qui  tent  tousjours  a  son  vouloir. 
S'il  avant  ne  le  fait  douloir 
Ne  scet  qu'est  déduit  ne  joje  ; 
Car  nulz  n'ayme  ne  ne  conjoye 
Chose,  se  l'en  chier  ne  l'achate. 

2655  Dont  vueil  je  bien  qu'amours  me  bâte 
Pour  mieulx  congnoistre  joye  après. 
Lasse,  de  ses  couz  suis  je  près, 
Mais  de  ses  biens  suis  je  esloignée! 
Bien  m'est  ma  douleur  aloignée 

2660  Quant  Galeren  ainsi  m'esloigne. 
Lasse,  or  ai  je  de  ce  besoigne 
Dont  je  seul  avoir  grant  planté! 
My  oeil  seulent  la  voulenté 
De  mon  cuer  pestre  et  assouvir, 

2665  Or  ne  le  puent  mes  servir, 

Ne  ne  sçavent  a  quoy  aerdre, 
Puisqu'on  leur  fait  leur  proye  perdre. 
Qu'ay  je  affaire  de  leur  servise  ? 
Or  ay  parlé  com  mal  aprise, 

2670  Car  de  tant  com  Galeren  virent 
Voulentiers  et  bien  me  servirent, 
Et  serviront  a  leur  povoir 
Tant  com  il  le  pourront  veoir. 


—  72  — 

Et  de  tant  m'est  il  bien  (mes)cheu, 

2675  Qu'en  ce  pourchaz  qu'ilz  ont  eu 
.Se  déduit  mon  cuer  et  remire. 
A  li  [me]  sache  amours  et  tire 
Qu'endeux  nous  joint  et  met  ensemble. 
Nul  de  partir  ne  me  dessemble, 
[54  v„|   Car  esloigner  n'esloigne  mie 
Amy  vray  de  loyal  amye.  » 

Tout  ainsi  chascun  jour  par  rente 
Se  plaint  la  pucelle  et  démente, 
Et  deul  demeine  amer  et  fort, 

2685  Ne  prise  chastoy  ne  confort 
Que  son  parrein  Lohier  li  face. 
Et  Galeren  toust  se  pourchasse 
Qui  venuz  est  en  sa  contrée. 
Au  recevoir  et  a  l'entrée 

2690  Li  font  ses  hommes  grant  hounour, 
Si  com  l'en  doit  faire  a  seigneur. 
Touz  l'ounourent  et  baz  et  hault, 
Apres  li  loent  qu'il  s'en  aut 
Oultre  mer  au  roy  d'Angleterre. 

2695  Pour  ses  fiez  et  et  ses  droiz  requerre, 
Apres  en  Bretaigne  retourt, 
Et  puis  se  pourvoie  et  atourt 
Pour  estre  chevalier  nouvel. 
Galeren  ne  pensa  pais  d'el. 

2700  En  son  pays  plus  ne  séjourne, 
Ainçoys  se  pourvoit  et  atourne 
Ne  il  n'a  guaires  arresté. 
Chevaliers   enmaine  a  planté, 
A  la  mer  vient  et  oultre  passe. 

2705  Apres  s'efforce  tant  et  lasse 

Qu'a  Londres  vient  a  bon  conroy. 
La  trêve  son  cousin  le  roy 
Qui  li  fait  feste  et  belle  chiére. 
En  boys  le  meine  et  en  rivière, 

2710  Et  deux  moys  le  tient  ave[c]  ly. 
Tant  qu'il  n'a  ja  a  court  cely 
Qui  ne  le  tiengne  a  moult  courtoys. 


—  73  — 

A  merveille  Tamoit  li  roys. 
Si  le  fait  servir  et  hounourer. 

2715  Tant  le  veult  faire  demeurer 
Avec  li  qu'il  soit  chevalier; 
Mais  celi  qu'  amours  fait  veillier 
[55  r°j  N'encores  ne  s'est  encusé, 
L'a  contredit  et  refusé 

2720  Et  le  roj  de  l'ouneur  mercie. 
Un  jour  vient  a  li  si  li  prie, 
Com  bien  parlans  et  comme  sages, 
Qu[e]  il  reçojve  ses  homages. 
Li  roys  qui  bien  est  conseilliez 

2725  Les  reçoit  et  cil  en  est  liez. 

S'(i)  a  prins  congié  de  retourner, 
Et  li  rojs  li  fait  atourner 
Quanqu'il  li  fault  et  fait  venir. 
Quant  plus  ne  le  puet  retenir. 

2730  Du  sien  li  donne  grant  trésor, 
Robes,  chevaux,  argent  et  or, 
Et  despens  pour  fournir  sa  voye. 
Et  tant  le  conduit  et  convoya 
Que  Galeren  entre  en  la  mer, 

2735  Qui  ne  puet  oblier  l'amer. 
S'ont  tant  nagié  et  estrivé 
Qu'il  sont  a  droit  port  arrivé. 
De  lanef  yssent,  si  s'entournent. 
Nul  lieu  n'arrestent  ne  séjournent 

2740  Jusqu'il  sont  a  Nantes  venu. 
Viel  et  jenne,  blont  et  chenu 
Qui  de  li  doivent  tenir  fiez, 
Li  sont  allez  requerre  aux  piez. 
Et  il  leur  rentsur  fevetez. 

2745  Or  est  sire  de  sept  citez 

Et  de  cent  chastiaus  bons  et  fors. 
Or  n'a  voisin  qui  ait  elfors 
Ne  hardement  vers  li  de  guerre, 
S'il  ne  veult  perdre  corps  et  terre. 

2750      Sires  est  Galeren  sans  faille, 
Mais  or  li  sourt  une  bataille 


—  74  — 

D'amours  qui  le  presse  et  tourmente. 

Si  mise  y  a  la  nuyt  s'entente 

Qu'entendre  ne  puet  a  dormir, 
2755  Qu'amours  le  fait  plaindre  et  frémir, 
[55  v°]   Tourner  et  retourner  sus  couste. 

«  Dieux  !  com  trayt  amours  son  hoste  ! 

Celi  fait  il  qui  bien  le  sert. 

Biaux  sire  Dieux,  comment  dessert 
2760  Mon  corps  vers  amour  qu'i[l]  l'occie  ? 

J'ay  veu  l'oste  qui  mercie 

Celui  qui  Touneure  et  qui  Tayme. 

Se  mon  corps  donc  d'amours  se  claynie 

Nuls  nel'e)  doit  tenir  a  merveille  : 
2700  Si  je  Tonneur  il  me  traveille, 

Si  mon  service  rien  ne  prise. 

Ne  cuit  que  nul  a  sa  devise 

Le  puit  servir  n'a  son  vouloir. 

Loyaulté  ne  m'y  puet  valloir. 
2770  Loyaulté?  Certes  trop  me  vant, 

Et  me  puet  bien  venir  devant 

Qu'elle  n'est  en  moy  ne  j'en  li  : 

Puisque  j'entreles  et  oubly 

Celle  par  qui  je  puis  mourir, 
2775  Et  qui  bien  me  repuet  guarir 

Des  grans  douleurs  qui  m'ont  seurpris. 

Puisque  j'ay  o  li  congiépris, 

Si  loyauté  en  moy  eusse, 

Avoir  veue  la  deusse 
2780  Au  moins  .x.  foiz  ou  .xv.  ofuj  .xx. 

One  mes  certes  d'autruy  n'avint 

Qu'i[lJ  n'eust  cuer  et  voulenté 

De  retourner  a  sa  santé. 

Ma  santé  est  ce  voirement. 
2785  Si  je  n'y  voys  prochainement, 

Recevoir  m'en  couvient  la  mort. 

Sa  debonnaireté  me  mort 

Sa  belle  chiére  et  sa  biauté. 

S'en  moy  ne  faulsist  loyaulté 
2790  Je  trovasse  amour  débonnaire, 


—  75  — 

Qu'elle  veult  troverleal  paire 
Et  un  tout  seul  cuer  en  deux  corps. 
De  ceste  paire  suis  je  hors, 
[56  r°]    Brisée  Tay  et  entamée. 

2795  S'elle  ajme  et  elle  n'est  amée 
Li  gieu  mau  party  en  est  siens. 
Je  li  ay  promis  tous  les  biens, 
L'ouneur  de  moy  et  de  ma  terre. 
Puisque  je  revins  d'Angleterre 

2800  Ne  li  envoyé  mon  message. 

S'amour  me  veult  chierc'est  oultrage, 
Je  cuit  que  pour  mon  bien  le  fait  ; 
S'elle  me  bat  pour  mon  meffait 
Je  n'en  vourray  moult  amender. 

2805  Sans  nul  noncier,  sans  nul  mander, 
Vueil  a  li  de  moy  présent  faire. 
Ne  m'en  voulrroye  {sic)  plus  retraire 
Que  le  matin  ne  mueve  au  jour 
Pourchevauchier  a  Biausejour. 

2810      Moult  s'esgressa,  moult  s'estourmv 
Galeren  qu'onques  ne  dormy 
La  nuyt.  Que  que  deust  grever 
Ses  sergens  fist  au  jour  lever, 
Pour  les  celles  mettre  et  les  frains. 

2815  II  n'est  mie  des  d[e]errains 
Monté  sur  le  cheval  courant. 
De  la  cité  se  part  errant 
Com  cil  qui  het  a  séjourner, 
Ne  veult  meignée  grant  mener 

2820  Mais  qu'il  enmeine  avec  li  Brun. 
Il  a  fait  entendre  a  chascun 
Qu'il  va  veoir  sa  bonne  antein 
Qu'il  n'a  veue  en  jour  lointain. 
Cil  dient  qu'il  fait  que  loyaux. 

2825  Un  sommier  qui  porte  joyaux, 
Et  or  et  argent  en  monnoye. 
Toile  de  lin,  et  draps  de  soye 
En  fait  mener,  et  tant  esplette 
De  chevauchier  la  voie  droite 


—  76  — 

2830  Qu'il  est  a  Biausejour  venuz. 
A  joie  est leans  receuz 
[56  v°]  Et  festoiez,  ce  povez  croire. 

Les  nonnains  et  clerc  et  prouvoire 
Le  conjoient  et  li  font  feste, 

2835  Et  s'ante  rabba[e]sse  honneste 
L'acole  deux  cent  foiz  et  bese. 
Fresne  d'autre  part  est  [a)  aise 
Qui  li  jecte  ses  braz  au  coul. 
Cil  qui  n'a  mie  le  sens  foui 

2840  Doutes  toutes  et  touz  solacier, 
Li  reset  bien  le  sien  lassier, 
Si  la  baise  enmy  la  face, 
La  costume  estoit  lors  a  ce. 
Moult  a  a  tous  grant  feste  faicte. 

2845  En  surs  de  li  s'est  Fresne  traicte 
Et  cil  de  li  si  bellement 
Qu'encor  n'y  a  decevement . 
Chascun  conjoit,  chascun  aresne. 
Li,  et  Lohiers,  et  belle  Fresne, 

2850  La  prieure,  et  des  nonains  siz, 
Se  sont  en  [un]  prael  assiz. 
Mais  que  Galeren  fu  arriére, 
Lez  li  Fresne,  s'amie  chiére, 
Qui  se  demainte  (sic)  et  plaint  a  li 

2855  Du  grant  tourment  et  de  l'ennuy 
Que  pour  s'amour  endure  et  porte. 
Mais  Galeren  la  resconforte 
Qui  est  aussi  desconfortez. 
((  Belle,  fait  il,  si  vous  portez 

2860  N'endurez  pour  moj  mal  estouz 
N'en  resui  pas  quitte  pour  vous. 
Ne  quitte  n'en  vueil  estre  mie. 
S'en  se  doit  douloir  pour  s'amie, 
Bien  en  faz  ce  qu'on  doit  tenir. 

2865  Amours  m'a  cj  fait  revenir 

p]t  pour  vous  me  met  en  doubtance. 
De  tant  aiez  vraye  espérance 
Que  je  vous  tendray  ma  promesse  : 


—    77  — 

Je  suis  contes  vous  serez  contesse. 
[57  r"]    Onques  n'en  soiez  en  esmoy[s]. 

Ainz  que  passé  soient  cinqmoj[s], 
Vouldraj  pour  vous  chevalier  estre. 
Adonc  serez  par  main  de  prestre 
Ma  famé  et  je  vostre  barons. 

2875  Ce  qu'il  vous  fault  adonc  arons. 
Car  avoir  ne  povons  loisir 
D'estre  ensemble  a  nostre  plaisir.  » 

Ainsi  conforte  la  pucelle, 
Et  puis  Lohier  son  maistre  apele, 

2880  Si  lui  dist:  «  Maistre,  entendez  ça. 
Noustre  affaire  savez  pieça. 
J'ay  céans  jojaulx  a  planté 
Dont  Fresne  avra  sa  voulenté, 
Toile  et  deniers,  et  draz  de  soie, 

2885  Je  ne  vueil,  maistre,  ou  que  je  sove 
Que  riens  li  faille  ne  souffreigne. 
N'a  céans  ne  la  hors  compaigne, 
Estrange  dame,  ne  seigneur. 
En  qui  n'en  emploit  par  hounour 

2890  Et  mett(r)e  tout  a  abandon, 

Envers  ceulx  qui  vauldront  le  don. 
Ce  li  vueil  je  moult  bien  apprendre. 
Car  ja  tant  n'en  savra  despendre 
Com  elle  en  avra  plus  ass(i)ez. 

2895  Recevez  les,  et  si  pensez 

Du  bien  garder  com  a  son  oez.  » 
Le  bon  Lohier  li  respont  lues  : 
«  Grant  mercy  de  Dieu  et  de  ly. 
Nulle  rien  plus  ne  m'embelly 

2900  Que  vostre  voulenté  a  faire. 
Fresne,  fait  il,  n'aiez  contraire 
Puisque  vous  avez  mon  povoir. 
Souvent  vous  revenra  veoir, 
Ne  vous  allez  ja  démentant.  » 

2905  Levé  sont  du  prael  a  tant. 

Si  vont  laver  et  puis  mengier. 
Servi  sont  bien  et  sans  dangier, 


—  78  — 

[57  Vo]    Puis  vont  gésir,  et  au  cler  jour 
Se  départent  de  Biausejour. 
2910  Le  grant  duel  ne  le  grant  martire 
Ne  vous  vueil  recorder  ne  dire 
Que  Galeren  etFresne  mainent. 
Galeren  et  Brun  tant  se  peinent 
Qu'ilz  sont  a  Nantes  retourné. 
2915  Amours  a  si  mal  atourné 

Galeren,  qu'il  ne  puet  durer 
N'en  son  pays  plus  demourer. 
Ne  le  tint  besoing  ne  séjour 
Que  souvent  n'aille  a  Biausejour. 
2920  De  chevauchier  la  ne  li  poise 

Car  trop  li  est  tart  qu'il  y  voise. 
Tout  adez  y  vouldroit  aller, 
Mais  trop  redoubte  mau  parler; 
Et  non  pourquant  l'en  en  paroUe 
2925  Tant  que  l'en  en  tient  Fresne  a  folle, 
Et  en  a  blasme  et  villennie. 
«  Li  contes  Galeren  l'a  honnie  », 
Fait  li  uns.  —  «  Elle  a  plus  honny, 
Fait  li  autres,  ce  vous  pruet  cy 
2930  Qu'il  est  contes  et  sire  de  terre. 
Si  ne  veult  mes  yssir  de  serre, 
Ne  de  delez  Fresne  lever. 
Ce  puet  nostre  pais  grever 
Et  ses  parens  et  ses  amys, 
2935  Quant  il  a  si  tout  son  cuer  mis 
En  une  garce  povre  estrange.  » 
Ainsi  honnit,  ainsi  ledenge 
Chascun  qui  de  Fresne  parole. 
Galeren  en  est  a  escolle, 
2940  Si  l'en  chastie  Brun  souvent. 

Qui  sa  parolle  en  jecte  au  vent, 
Car  sil  de  ne(e)ant  ne  la  prise. 
Son  chastiement  plus  l'atise, 
Et  si  Tem  plaistplus  Biausejour. 
2945  Car  la  bêle  y  est  et  le  jour 
[58  r"]   Qui  les  autres  vaintde  biauté, 


—  79  — 

Aussi  corn  un  cler  jour  d'esté 
Vaint  d'iver  tout  le  plus  oscur. 
Galeren  cuide  estre  asseur, 

2950  Un  jour  qu'il  est  avec  s'amie  ; 
Mais  par  une  langue  ennemie, 
Est  deceuz  et  il  et  elle. 
Si  les  encuse  une  pucelle, 
Dit  l'a  a  sa  dame  en  appert 

2955  Que  Galeren  son  nepveu  pert, 
Et  tous  ses  amys  l'ont  perdu. 
Car  en  Fresne  a  tout  despendu 
Et  cuer  et  corps  par  li  hanter. 
Si  n'en  puet  Ten  nul  bien  chanter. 

2960  S'est  lionis  qui  terre  tient 

Qui  soignant  haulte  ne  maintient. 
Puisque  ce  vient  a  ce  vouloir 
L'en  doit  choisir  qui  puet  valloir. 
Cesti  ne  veult  nuUi  veoir 

2965  Quant  il  puet  lez  Fresne  seoir. 
Bien  cuide  avoir  conquis  Damas. 
—  «  Est  or  voir  ce  que  tu  dit  m'as?  » 
Fait  celle  :  —  «  Ouil  »  dit  l'abbafejsse 
Plus  de  cent  foiz  s'apelle  lasse 

2970  L'abba[e]s3e  qui  oit  ce  dire 

Du  grant  duel  qu'ell'  a  et  de  l'ire 
Li  commence  le  viz  a  teindre. 
A  regreter  prent  et  a  plaindre 
Galeren,  son  nepveu,  de  cuer. 

2975  ((Ha!  quens  Alibran,  Yde  seur, 
Ne  cuiday  que  vous  eussiez 
Enfant  dont  vous  ne  deussiez 
Avoir  hounour,  et  vous  (et)  de  ly. 
Mais  or  a  cy  honte  et  ennuy. 

2980  Si  Galeren  bien  ne  se  pr(e)ueve 
Qui  estre  avec  les  bons  ne  rueve, 
Ainz,  est  d'une  garce  souzprins. 
Lasse  !  il  deust  monter  en  pris, 
[58  v°l  Hanter  haulx  hommes  roys  et  contes. 

2985  Lasse  !  com  est  villain  cil  contes  ! 


—  80  — 

Or  sera  m'(on  h)onneur  amenrie, 

S'une  garce  que  j'ay  nourrie 

Le  fait  de  s'onneur  tresbuchier  ! 

Je  li  feroie  ainçojs  sacher, 
2990  Les  mamelles  de  la  poitrine, 

Comment  que  soie  sa  marraine, 

Qu'a  tousjours  mes  ne  l'en  tournasse  ! 

A  tant  se  liéve  et  avant  passe, 

Et  fait  Galeren  appeller. 
2995  Elle  ne  li  veulst  rien  celer 

Lorsqu'il  vient,  ainz  li  prent  a  dire  : 

«  Galeren,  niers,  or  estez  sire. 

Or  voj  que  vous  y  gaaigniez. 

Si  vous  estiez  rooigniez 
3000  Et  renduz  plus  seriez  richez, 

Car  céans  a  moult  doulces  miches. 

Si  n'est  pas  bon  le  retourner, 

Car  moult  y  a  biau  séjourner. 

Four  ce  a  non  ce  lieu  Biausejour. 
3005  Bien  dut  Bretaigne  amer  le  jour 

Que  vous  venistes  en  aage.  » 

—  «  Je  n'aj  garde  de  voustre  oultrage.  » 

—  ((  Nourrj  vous  aj,  si  suiz  vostre  ante, 
Si  vous  diray  comme  dolente 

3010  Mon  vouloir  et  ce  que  je  pens. 

En  vous  n'avez  guaires  de  sens 

Qui  amez  une  garce  folle. 

S"  estes  revenuz  a  l'escolle 

Qui^a  hault  homme  est  a  contraire 
3015  Quant  ne  met  peine  a  s'en  retraire. 

Ne  vous  bla[s]masse  pas,  par  m'ame, 

S'amissiez  une  haulte  dame.  » 
Galeren  ne  scet  que  respondre, 

Ne  scet  ou  il  se  voist  repondre. 
3020  Li  villain  mot  l'ont  si  attaint 

Que  de  honte  en  a  le  vis  taint. 
1^59  To]    Oultre  s'en  va,  rien  ne  respont. 

N'a  si  desconfit  en  ce  mont. 

N'a  duel  fors  que  de  la  pucelle. 


—  81  — 

3025  Un  sien  varlet  a  li  appelle, 

Commande  li  (a)  les  selles  mettre. 
Cil  et  autres  qui  entremettre 
S'en  durent,  les  ont  mises  lors. 
Biaux  hernoys  bien  tenans  et  fors 
3030  A  dessus  le  cheval  au  bert  (sic). 
Oncques  en  Festrief  pié  ne  met 
Ainz  sault  es  archons,  si  s'en  tourne. 
Sa  maigniée  après  li  s'atourne. 
Chevallier,  varlet  et  sergeant. 
3035  A  chevauchier  après  errant 
S'ont  tant  et  nujt  et  jour  allé 
Qu'ilz  sont  a  Nantes  hostellé. 
La  veulst  Galeren  séjourner 
A  qui  Bruns  ne  puet  destourner 
3040  L'amour  dont  il  est  tant  pensiz. 
En  cinq  sepmaines  ou  en  six 
Ne  veult  Galeren  chevauchier 
Comme  cil  qui  ne  s'a  riens  chier, 
Ainz  se  veult  chascun  jour  occire. 
3045  Bruns  une  chose  li  désire 
A  eno[^rjter,  si  li  a  dit  : 
«  Sire,  sachiez  que  Ton  m'a  dit 
De  vous  ades  en  ceste  terre  — 
Fait  cil  qui  cuide  acheson  querre 
3050  Dont  li  poujst  s'amour  embler  — 
D'ore  en  avant  vous  puet  sembler 
Que  vous  avez  sens  et  aage 
D'eschever  folie  et  oultrage. 
Ne  vous  ne  veez  par  raison 
3055  Que  par  séjourner  en  maison 

Puist  a  grant  fruit  hault  hom  venir; 
Ne  vous  devez  mais  maintenir, 
Comme  enfantis  ne  comme  nices. 
Yssiez  hors  et  rompez  les  lices. 
[59  v°]  Aprenez  gens  a  bien  veoir  ; 

Comme  haulx  homs  de  grant  povoir 
Soiez  largez  et  haulx  et  liez. 
Certes  maulves  blasme  acueillez. 


—  82  -' 

Trop  mate  avez  adez  la  chiére. 

30(35  Par  Dieu  n'avez  mie  trop  chiére 
Celle  qu'on  dit  que  vous  amez. 
Si  de  s' amour  vous  reclamez, 
Je  vous  en  conjur  et  le  vueil 
Que  vous  haulssier  en  apper  l'ueil 

3070  Et  faittes  biau  semblant  et  lié. 
Si  qu'on  vous  truit  appareillé 
Pour  joye  maintenir  et  feste. 
Certes  plus  est  vieux  qu'autre  beste 
Qui  bien  ayme  et  qui  ne  s'envoise. 

3075  Dores  en  avant  vraiement  me  poise 
Quant  chevalier  n'estes  noviaus. 
Faictes  mander  dix  damoiseaux 
Fieus  a  haulx  hommes  de  vo  terre, 
Si  les  mener  {sic)  pour  armez  querre 

3080  A  court  ou  de  conte  ou  de  roj, 
Et  aller  {sic)  a  si  hault  conroj 
Qu'on  en  parle  jusque(s)  outre  mer. 
Haulx  homs  joyeux  qui  veult  amer 
Se  doit  atourner  a  proesce 

3085  N'eschever  hounour  ne  largesce, 
Qu'assez  povez  partout  donner. 
Faictes  tost  vostre  erre  atourner 
Pour  mouvoir  en  ceste  sepmaine.  » 
Galeren,  qui  amours  demeine, 

3090  S'aparçoit  qu[e]  il  oit  bien  dire 
Qui  dores  en  avant  est  le  pire 
Qui  vive  et  du  peieur  eur 
S'il  n'a  de  li  conseil  meur. 
Or  se  voulra  mieulx  contenir, 

3095  Or  veult  chevalier  devenir. 

Car  son  cuer  li  loe  et  conseille. 
Savoie  tourne  et  appareille. 
[60  r°]    Pour  plus  haster  assez  sa  voie 
Partout  ses  messaiges  envoyé. 

3100  Si  fait  venir  variez  de  priz 
Qu[e]  il  a  en  sa  terre  pris, 
Gentilz  hommes  sains  et  hetiez 


—  83  — 

Jusqu'à  dix  moult  bien  aflfaitiez. 
Avec  li  yront  pour  s'(on  hjounour 
3105  A  la  court  d'aucun  grant  seigneur 
Pour  chevaliers  estre  avec  li. 
Mais  il  sera  troublez  d'ennuy 
S'il  n'a  enquis  ainçoys  nouvelle 
De  Fresne,  s' amie  la  belle, 
3110  Qui  pour  li  soustient  maint[e]  honte. 
Yneslement  un  varlet  monte 
Qui  emporte  ses  lettres  closes, 
Ou  il  a  mises  maintes  choses 
Et  meintes  privetés  d'amours. 
3115  Puis  li  commande  que  ja  jours 

En  lit  n'en  hostel  nel(e]  souzpreigne, 
Tant  qu'il  soit  arrive  en  Bretaigne 
Venuz,  et  ait  fait  son  message. 
Ainsi  a  fait  Galeren  sage 
3120  Le  varlet,  et  cil  lors  s'en  tourne. 
Jour  et  nuyt  d'errer  pou  séjourne 
Jusque(s)  il  vient  à  l'obédience, 
Tout  a  droit  point  que  l'en  commence 
La  messe,  et  que  chascun  l'escoute. 
3125  Le  messagier  n'est  mie  en  doubte 
Qu'il  ne  face  bien  ce  qu'il  trace. 
Tant  quiert  son  affaire  et  pourchace 
Qu'il  parole  au  bon  chappelain. 
Cil  le  fait  parler  de  Fresnein 
3130  Privéement  que  qu'en  dit  messe, 
Que  ne  le  sache  rabb[a]esse. 
Et  celi  la  salue  ainçoys 
De  par  Galeren  le  courtoys. 
Et  puis  li  a  baillé  l'escript, 
3135  Ce  qu'elle  y  voit  enmi  escript 
[60  v°j   Congnoist  elle  bien  et  scet  lire, 
Qu'elle  scet  diter  et  escripre. 
Si  la  salue  ses  amys, 
Et  de  ce  qu'il  li  a  promis 
3140  Li  mande  qu'elle  n'ait  doubtance. 
Car  bien  li  tendra  convenance, 


—  84   - 

Et  qu'il  s'en  va  demander  armez. 
Adonc  courent  espes  lez  larmes 
Des  enz  {sic)  Fresne  quant  a  tout  lit. 

3145  En  li  n'a  joie  ne  délit 

Puisque  Galeren  voit  mander 
Qu'il  s'en  va  armes  demander, 
En  terre  loing  de  son  visnage. 
Non  pourquant  elle  s'asouage  {sic) 

3150  Par  son  escript  qui  la  conforte. 
Au  varlet  a  mengier  apporte 
Qui  moult  se  haste  de  râler. 
Quant  Fresne  ne  puetplus  parler 
Celle  voit  qu'il  a  mengié, 

3155  N'a  de  rien  nulle  après  targié, 
Ainz  court  un  coffre  deffermer. 
A  cellui  que  tant  puet  amer, 
C'est  le  bon  Galeren  le  bret, 
Veulst  envoler  par  le  varlet 

3160  Une  seue  manche  bien  faicte, 
Ou  elle  a  de  fin  or  pourtraicte 
S'jmage  et  sa  harpe  a  son  coul. 
«  Frère,  ne  te  tien[t]  pas  pour  foui, 
Fait  la  pucelle,  mes  amjs, 

3165  Qui  t'a  jcj  a  moj  transmjs. 
Or  t'en  va  et  si  le  salue 
De  par  celle  qui  est  sa  drue, 
Et  qui  d'autre  ne  se  reclaime. 
Et  [se]  li  dy  que  s[e]  il  m'ajme 

3170  Ainsi  com  a  moy  s'en  descueuvre, 
Son  mandement  vendra  a  euvre. 
Et  si  je  vif  bien  le  savraj. 
[61  r°]    Mais  que  qu'il  face  je  seray 

Siene,  n"autruy  estre  ne  vueil 

3175  Que  que  j'aj-e  trové  u  fueil, 
Ke  que  qu'il  face  ne  qu'il  die. 
Entrée  sui  en  l'enresdie, 
Siene  mouray  ;  c[e]  est  m'estuide. 
Pour  querre  hounour  son  pais  vuide, 

3180  Si  le  craing  de  demourer  et  dout. 


—  85  — 

Mais  Dame  Dieux  qui  a  fait  tout 

L'ameint  et  retourt  sauf  et  sain. 

Mettez  ceste  manche  en  vo  saing, 

Et  dictes  que  je  li  envoy, 
3185  Si  li  souvendra  mieulx  de  moy 

Quant  chevalier  sera  nouviaux. 

Se  par  li  est  meus  cembiaux 

En  tournoy  ou  en  autre  estour, 

S'il  la  porte  et  il  a  m' amour, 
3190  Qu'il  ne  l'oblit,  en  remembrance, 

Mieulx  en  savra  ferir  de  lance. 

Car  qui  bien  ayme  mielx  en  vault 

Et  en  estour  et  en  assault, 

Plus  en  est  sages  et  hardiz. 
3195  Au  de[e]rrain  après  ce[z]  diz 

Vous  li  direz  de  par  s'amye, 

Qui  s'amour  tost  ou  tart  oublie 

N'a  droit  en  ganz  d'amours  n'en  manche.  » 

Ainsi  dit  la  pucelle  franche. 
3200       Quant  ce  a  dit  la  damoiselle, 

Le  messagier  monte  en  la  sele, 

Congié  a  pris  et  si  s'en  part. 

Fresne  s'est  traicte  a  une  part 

Qui  grant  douleur  en  son  cuer  porte . 
3205  Mais  son  bon  parrein  la  conforte 

Tant  qu'esleechier  la  convient. 

Arriére  en  Bretaigne  revient 

Le  varlet,  s'a  fait  son  message. 

Au  breton  esprent  le  courage 
3210  Le  plesant  salut  de  s' amie. 
[61  v"]   Le  messagier  ne  lui  a  mie 

Les  paroUes  Fresne  celées, 

Ainçoys  li  conte  en  recelées 

Qu'oncques  de  mot  nul  ne  mesprint. 
3215  Et  en  son  seing  la  manche  print 

Que  Fresne  flst  par  grant  entente, 

Si  li  donne  lors  et  présente, 

Car  el[e]  veult  que  il  la  port. 

Se  il  tant  ayme  son  déport, 


-  86  — 

3220  Quant  chevalier  est  de  nouvel. 
Le  messagier  a  bien  et  bel 
Son  message  dit  et  conté. 
Tout  en  a  ja  de  grant  fierté 
Galeren  plain  le  cuer  du  ventre, 
3225  En  une  chambre  lors  s'en  entre 
Sans  compaignée,  et  puis  desploie 
La  manche,  et  voit  Feuvre  de  soie, 
D'or  et  d'autre  couleur  moult  gente. 
Souvent  en  regarder  s'entente 
3230  Met  l'jmage  qu'il  voit  escripte. 
Tant  s'i  entent,  tant  s'i  délite, 
Qu'il  s'i  oublie  une  grant  pièce. 
Il  n'i  voit  rien  qui  ne  li  siesse, 
Car  il  li  semble  et  avis  est 
3235  Que  celle  soit  qui  tant  li  plest. 
Du  doy  la  touche  et  va  disant: 
Ycj  est  Fresne  la  plaisant, 
C'est  cy  son  nez,  qui  s'en  prent  garde, 
Cy  sont  ci  oeil  dont  ill  [sic)  esgarde, 
3240  C'est  cy  son  front,  c'est  cy  sa  face. 
C'est  cy  sa  gorge  qui  me  lace, 
Cy  est  son  chief,  cy  est  son  corps. 
Or  est  acreu  mes  trésors, 
Quant  j'ay  Fresne  cy  avec  moy. 
3245  Bon  tesmoing  enay,  car  je  voy 

Cest[e]  en  son  gros,  cest[e]  en  son  hault. 
Ainsi  tient  elle  son  bliaut 
Quant  elle  harpe  et  elle  passe. 
[62  r°]   Bien  scet  pourtraire  et  bien  compassé 
3250  Celle  qui  est  ycy  tyssue. 

Il  n'y  fault  plus  fors  que  l'issue 
De  la  voix,  si  fust  Fresne  entière. 
Certes  cy  a  riche  baniére. 
Ne  doit  avoir  le  cuer  couart 
3255  Qui  en  ceste  met  son  esgart. 

Or  say  je  de  voir  qu'ell'  est  sage, 
Qu[e]  elle  m'a(i)  mis  en  courage 
Ce  qu'encores  n'y  a  esté. 


—  87  — 

Or  ay  je  bonne  voulenté 

3260  D'armes  prendre  mesqu'aDieu  plaise. 
Je  voy  bien  que  cil  sont  a  aise 
Qui  prenent  les  armez  et  aiment. 
Carsil  d'amours  se  reclaiment 
Et  ilz  veulent  a  pris  entendre, 

3265  Plus  en  puent  souffrir  et  rendre 
Couz  en  estour  et  en  bataille. 
Et  pour  ce  que  je  mieulx  en  vaille 
Ne  vueil  estre  plus  a  séjour, 
Ainz  m'en  yray  demain  au  jour, 

3270  Puis  que  la  belle  m'en  avoie 

Qui  ceste  manche  m'en  envoyé. 

Galeren  a  la  manche  prise, 
A  ses  yeux  l'a  moult  trestost  mise. 
Baisée  l'a,  puis  la  reploie. 

3275  En  une  touaille  de  soie 

L'envelope,  puis  la  met  puer 
Dedens  son  sein  contre  son  cuer 
La  la  garda  plus  de  sept  ans. 
Monnoie,  esterlins  et  besans 

3280  A  fait  le  jour  peser  et  querre. 
Aller  veulst  en  estrange  terre  : 
Si  li  estuet  porter  avoir. 
De  ce  fait  il  moult  grant  savoir, 
Qu'estranges  homs  est  mal  venuz 

3285  Qui  d'avoir  est  povre  tenuz. 
Et  li  richez  est  a  honneur, 
[62  v°]    Si  le  tiennent  touz  a  seigneur 

Tantcom  a  Vautre  puet  bien  faire. 
Toust  fait  atourner  son  affaire 

3290  Et  [toz]  ses  compaignons  armer, 
Ceulx  qu'avec  li  vourra  mener, 
Et  garniz  comme  li  chascun. 
Sa  terre  a  commandée  a  Brun, 
Qui  ses  homs  est  et  ses  cousins 

3295  Le  plus  vaillant  de  ses  voisins, 
Pour  la  seigneur[i]e  enchargier. 
Les  chevaulx  ont  pour  chevauchier 


-  88  — 

Atourné  le  nouviau  hernojs. 
Trente  sommiers  blans  comme  noiz 

3300  Font  chargierTendemain  de  draps, 
D'escuelles  et  de  hanaps, 
De  culliers  et  de  poz  d'argent, 
Et  d'autre  trésor  bel  et  gent. 
Si  comme  de  robes  et  d'armes. 

3305  Bourgeoys  y  pleurent  meintez  lermes 
Quant  il  jssent  hors  de  la  tour. 
A  grant  gent  et  a  bel  atour, 
Se  part  Galeren  de  son  estre. 
Dix  destriers  fait  mener  en  destre, 

3310  Que  li  donna  le  roj  d'Espaigne. 
Ainsi  est  partiz  de  Bretaigne 
Li  variez  et  trespasse  France. 
Tant  a  allé  qu[e]  il  s'avance 
Si  comme  aventure  le  meine 

3315  Tout  droit  a  Mez  en  Lo[e]rraine, 
Le  jour  de  feste  saint  Jehan. 
N'a  le  jour  en  la  ville  enhan, 
Ne  villennie,  ne  douleur, 
Car  un  sires  de  grant  valleur 

3320  Y  a  mil  chevaliers  par  ban, 

Qui  tient  Lo[e]rreine  et  Breban 
Et  Bourgoigne  jusqu'à  Losenne. 
S'est  sires  de  Loz  et  d'Ardane 
[63  r°]    Et  de  Hollande  jusqu'en  Frise. 

3325  Moult  l'aj-me  cj  sieclez  et  prise 
Qu'il  est  sages,  puissans  et  doulx, 
Honnourez  et  cheriz  de  tous, 
Et  de  haulx  et  de  baz  amez, 
Li  dux  Heljmans  est  clamez. 

3330  Pour  ce  qu'il  [i]  fu  au  dit  jour, 
Et  il  les  huit  jours  a  séjour 
Et  chascun  an  y  tient  court  grant, 
Galeren  se  voit  moult  en  grant 
Qu'il  puit  a  celle  court  aller, 

3335  Dont  il  oit  tant  en  bien  parler. 

S'envoie  avant  pour  prendre  ostel. 


-  89  — 

Et  l'en  li  prent  moult  bon  et  bel, 
N'en  la  ville  n'a  si  plaisant. 
Tout  sagement  et  déduisant 

3340  Entre  Galeren  en  la  ville 

Ou  il  oit  de  destriers  .x.  mille 
Parmy  ces  rues  cler  hanir, 
Chevaliers  aller  et  venir 
Sur  chevaulx  reposez  et  fres. 

3345  Cil  autre  y  jouent  aux  esch(e)es, 
Et  cil  aux  tables  se  déportent, 
Cil  varlet  ces  presens  y  portent 
Parles  hostels  a  ces  pucelles 
Et  aux  dames  vaillans  et  belles. 

3350  Planté  y  a  de  damoiseaux 

Qui  font  gorges  a  leurs  oyseaux. 
Si  sont  fichées  ces  baniéres 
Et  cil  escu  taint  de  manières 
Sus  fenestres  de  tours  perrines. 

3355  De  couvertoers  vairs  et  d'ermines, 
Et  d'autres  chiers  draps  traiz  de  maies 
Ont  pourfendues  ses  {sïc)  grans  sales. 
Autres  ront  mise  leur  entente 
De  jonchier  ces  rues  de  mente 

3360  Et  de  vers  joncs  et  de  jagleux. 
Cy  sont  a  vendre  cist  chevreux 
[63  v°]  Et  chers  et  autres  venoisons, 
Et  de  la  est  la  grant  foisons 
D'oues,  de  jantes  et  de  grues, 

3365  Qu'on  va  portant  parmy  ces  rues, 
Et  d'autre  volaille  assez. 
Trop  (re)pourroit  [on]  estre  lassez 
De  nommer  et  de  mectre  en  nombre 
Les  poissons  que  l'en  vent  en  l'ombre. 

3370  Si  povez  veoir  ou  chemin 

Planté  de  poivre  et  de  coumin, 

D'autres  espices  et  de  cire. 

Si  sont  li  changeurs  en  tire 

Qui  davant  eulx  ont  leur  monnoye, 

3375  Cil  change,  cil  conte,  cil  noie, 


—  90  - 

Cil  dit:  a  C'est  voirs»,  cil:  a  C'est  mençonge.  » 
Onques  yvres,  tant  fust  en  songe, 
Ne  vit  en  dormant  la  merveille 
Que  cil  puet  cy  veoir  qui  v(u)eille. 
3380  Cil  n'y  resert  mie  d'oj^seusez 
Qui  y  veult  pierres  précieuses, 
Et  3^mages  d'argent  et  d'or. 
Autre  ont  davant  grant  trésor 
De  leur  riche  vesselement. 
3385  La  en  a  vint,  la  en  a  cent 

Qui  brere  font  lyons  et  ours, 
En  mi  la  ville  es  quarrefours. 
Viele  cil,  et  cist  y  chante, 

Cil  y  tumbe,  cist  [i]  enchante. 
3390  Cy  orriez  cors  et  bousines. 

Et  les  cousteaux  par  ses  (sic)  cuisines 
Dont  cil  queu  lez  viandes  couppent. 

Qui  des  meilleurs  morsiaux  s'encoupent, 

Cy  a  grant  noise  des  mortiers, 
3395  Et  des  cloches  de  ces  moustiers 

Qu'en  sonne  par  la  ville  ensemble. 

Y  telle  feste  court,  ce  me  semble, 

Mais  or  est  morte  en  nostre  aage, 

Pas  ne  régnent  li  seigneurage. 
[1  r°]        Li  breton  est  en  Mez  entrez  : 

De  tous  dont  il  est  encontrez 

Est  saluez  avenaument, 

Entr'  eulx  en  font  leur  parlement 

Et  dient,  si  comme  il  s'amassent: 
3405  «  Qui  sont  cil  qui  par  cy  s'en  passent? 

Je  cuit  que  cil  biaux,  ciladroiz, 

Qui  siet  sur  le  cheval  si  droiz, 

Est  roys  ou  ducs  ou  quens  sans  doubte.  » 

Galeren  les  oit  et  escoute, 
3410  S'ezgarde  voulentiers  la  feste. 

Ne  nulle  part  ne  s'i  arreste, 

Et  ses  sergens  l'ont  avoié 

Qui  furent  davant  envoyé 

A  son  hostel,  que  ilz  ont  pris. 


—  91  — 
3415  Moult  par  est  l'ostel  de  grant  pris, 
Et  l'osiesse  vaillant  et  belle. 
Au  descendre  jus  de  la  selle 
Le  saluent  et  bien  et  bel. 
Tous  descendent  li  damoisel, 
3420  Si  sont  monté  en  une  sale 

Qui  n'est  [ne]  villaine  ne  sale, 
Ainz  est  du  travers  et  du  lonc, 
D'erbe  vert  jonchie  et  de  jonc, 
Et  les  paroiz  a  la  roonde 
3425  Cueuvre[n]t  li  plus  biau  drap  du  monde, 
Qu'on  a  pourtendu  tout  autour. 
Li  hostes  est  de  grant  atour, 
Si  [se]  scet  moult  bien  entremettre 
Du  trésor  a  sauveté  mectre, 
3430  Et  des  chevaulx  faire  hosteler. 

Li  breton  —  qu'en  vault  le  celer  ?  — 
Ses  compaignons  ali  apele, 
Robe  donne  a  chascun  novelle, 
Chiére  et  bonne  de  grant  conroy, 
3435  Que  chascun  semble  filz  de  roy. 
Son  hoste  a  revestu  de  neuf 
[1  v]    Des  autres  ne  vault  moins  d'un  oef. 
Celui  jour  Galeren  s'en  tourne, 
A  son  hostel  plus  ne  séjourne, 
3440  Ainz  va  au  moustier  messe  oyr; 
Et  priera  Dieu  que  joir 
Le  laist  de  ce  qu'il  a  affaire. 
Apres  la  messe  s'en  repaire 
A  son  hostel.  Petit  demeure, 
3445  Quand  il  entent  [de]  disner  l'eure 

Des  cors  qu'on  sonne  et  des  bousines. 
Tous  les  voisins  et  les  voisines 
Estourmissent  cil  menest(e)rel. 
N'y  a  près  n'e[n]  lointeing  ostel 
3450  Cler  oiant  qui  n'oye,  ne  sourt, 
L'eaue  qu'on  va  criant  a  court. 
Galeren  meïsmes  l'entent 
Qui  a  ce  met  le  cuer  et  tent 


—  92  - 

Qu'il  puit  hounour  au  siècle  avoir. 

3455  Or  li  convendra  recevoir 

Sens  etpourveance  et  mesure 
Par  quoy  li  homs  en  hounour  dure. 
Car  chascun  estuet  mesurer, 
S[e]  il  veult  en  hounour  durer, 

3460  Le  chief  avant  de  son  affaire. 
Et  puis  après  la  fin  pourtraire, 
Et  mectre  ensemble  fin  et  chief, 
Qu'en  son  affaire  n'ait  meschief. 
Pour  ce  esgarde  li  brez  et  vise 

3465  Sa  besoigne  ainçojs  et  [a]uise. 
Apres  n'y  voulst  plus  arrester 
Qu'au  duc  ne  [se]  voist  présenter, 
Avant  qu'il  assiée  au  mengier. 
Car  mieulx  assez  pourra  jugier 

3470  Du  vouloir  au  duc  ainz  qu'il  boyve, 
Mains  doubtera  qu'il  ne  deçoyve  ; 
Qu'il  advient  que  vin  fait  souvent 
Avoir  telle  chose  en  couvent 
[2  r"]   Qui  puis  va  ausques  a  descorde. 

3475  Galeren  a  aller  s'acorde 

A  la  court  davant  le  disner. 
Son  hoste  le  scet  bien  mener 
Jusq'u  palais  au  duc  vaillant; 
Puis  li  a  dit  tout  en  alant  : 

3480  «  Ce  grant,  a  ce  tretiz  visage, 

Qu'on  tient  tant  a  doulx  et  a  sage, 
Qui  siet  au  chief  du  doiz  lassus 
Saluez,  sire,  c'est  li  dus.  n 

Parmjlagent  passe  oultre  estrange 

3485  Li  brez  qui  ses  compaignons  renge  : 
Davant  s'en  va,  ceulx  vont  après. 
Tant  vont  qu'ilz  viennent  du  duc  près, 
Puis  ploient  les  genoiz  a  terre  : 
«  Dieux  qui  vint  ou  siècle  nous  querre, 

3490  Ce  dit  Galeren  le  gentieus. 
Qui  tant  fu  larges  et  pieus 
Que  par  son  sanc  nous  rachata 


-  93  — 

Et  de  la  goule  au  lou  jetta, 
Il  sault  le  meilleur  duc  qui  vive. 

3495  La  renommée  cy  m'arive 

Qui  vostre  renon  partout  porte, 
Qui  dit  que  vous  estes  la  porte 
De  tous  estranges  recevoir, 
Qui  ont  mestier  de  vostre  avoir. 

3500  Pour  ce  ne  dy,  j'en  ay  assez, 
Pour  les  biens  qu'avez  amassez. 
En  vous  vous  suis  venu  requerre. 
S'en  ay  mon  pais  et  ma  terre 
Vuydé,  et  laissié  tout  mon  aise, 

3505  Pour  vous  servir,  mais  qu'il  vous  plaise. 
Qu'avec  vous  demeurer  désir.  » 

—  «  Dieux  qui  tout  fist  a  son  plaisir, 
Ce  [dit]  li  ducs,  amis  vous  sault, 

Et  voz  gens  si  li  plaist  consault. 

3510  Bien  cougnoys  a  vostre  parole 
[2  V"]   Qu'avez  esté  a  bonne  escole 
Ou  l'en  les  sages  entroduit. 
A  droit  chemin  vous  a  conduit 
Qui  a  ma  court  vous  fist  venir. 

3515  Voulentiers  vous  vueil  retenir. 
Haulx  hom  me  semblez  au  visage 
Et  a  l'abit  et  au  coursage, 
Mais  voulentiers  vouldroie  enquerre 
Qui  vous  estes  et  de  quel  terre. 

3520  Tant  serez  vous  plus  chiers  tenuz.  » 

—  «Sire,  puisqu'a  ce  suis  venuz, 
Je  vous  diray,  dit  Galerens, 
Mon  père  fu  quens  Alibrens 

Et  la  contesse  Yde  ma  mère  ; 

3525  Mais  perdu  ay  li  et  mon  père. 
De  Bretaigne  furent  seigneur. 
Leur  mort  m'en  a  mis  en  l'onneur. 
S'(i)  ay  non  Galeren  le  breton, 
Ces  varies  sont  my  compaignon 

3530  Que  j'ay  avec  moy  amenez.  » 
Li  ducs,  qui  tant  par  est  senez, 


—  94  — 

Quant  du  breton  a  oy  tant 
Si  est  levez  en  son  estant, 
Vers  li  s'en  va,  et  comme  frans 

3535  Le  liéve  amont  parmy  les  flans. 
Si  l'a  besié  en  my  la  face  : 
«  Galeren,  si  Dieu  bien  me  face, 
Ce  dit  li  ducs  davant  sa  gent, 
Asseis  plus  de  mil  mars  d'argent 

3540  Ain  je  et  pris  vo  remanance. 
Je  fui  ja  en  la  court  de  France 
Ou  j'en  mestier  de  conseil  grant. 
La  viz  je  vostre  père  en  grant 
De  moy  conseillier  sans  faintise, 

3545  Contre  le  roy  de  saint  Denise  ; 
Et  me  donna  de  ses  joyaulx. 
J'en  issy  maulgré  les  royaulx, 
[3  r"]    Car  moult  y  avoie  entrepris  ; 

En  meint  lieu  la  souvent  repris, 

3550  Et  encores  bien  m'en  souvient, 

Quanqu'a  gentil  homme  convient. 
Gommant  qu[e]  on  vous  face  avoir 
Du  mien,  ne  ja  nel(e)  quier  savoir, 
Mais  tout  vous  soit  mis  a  bandon.  » 

3555  —  «  Certes,  sires,  cy  a  biau  don  », 
Respont  le  breton  Galerens. 
Dont  sont  sur  formes  et  sus  bans 
Li  chevaliers  assis  sans  plus. 
Au  chief  du  doiz  s'assiet  li  ducs, 

3560  Si  l'a  Galeren  servy  bel, 
Et  tous  li  autres  damoisel 
Savent  bien  par  les  rens  taiilier 
Soit  davant  dame  ou  chevalier. 
Adonc  et  autre  foiz  bien  sert 

3565  Galeren  le  duc,  bien  dessert 

L'ouneur  d'armes  qu'il  en  atent. 
Ou  duc  biau  servir  tant  atent. 
Et  tant  y  puet  grant  peine  mectre, 
Qu'a  court  n'a  nul  qui  entremettre 

3570  S'en  puit  ne  souffrir  si  grant  soign, 


-  95  — 

Quel  qui  soit  (ou)  de  près  ou  de  loign. 
Bien  se  prent  de  son  seigneur  garde, 
Mainte  belle  dame  y  esgarde. 
De  bien  servir  sur  tous  a  los 

3575  Soit  a  table,  a  rivière,  en  bos. 
Soit  en  tournoy,  soit  en  estour, 
N'y  a  nul  tant  y  sache  tour 
Ne  tant  ait  apris  d'escremie. 
Sans  ire  est  et  sans  arramie, 

3580  Sans  meffait  et  sans  desraison. 
N'a  en  l'ostel  n'en  la  maison 
Au  duc  sergent  qui  ne  s'en  lot. 
Au  los  avoir  met  bien  son  lot, 
C'est  par  robes  qu[e]  il  leur  donne. 
[3  v°]   Et  or  et  argent  abandonne 

Aux  povres  chevaliers  honteux 
Qui  sont  sej[ou]rnans  es  hostielx 
Par  povreté  et  par  mesaise. 
Ja  n'esconduira  riens  qui  plaise 

3590  Ou  soit  a  court  ou  soit  en  ville. 
En  li  n'a  ne  barat  ne  guile, 
Ainz  dit  et  fait  bien  a  chascun, 
Et  quant  il  puet  noter  aucun 
Qui  est  envieux  de  sa  vie, 

3595  Par  donner  le  met  hors  d'envie, 
Celi  fait  il  bien  et  hounoure. 
Li  ducs  me[i]smes  prise  l'eure 
Qu'il  le  détint  en  son  servise, 
Car  il  le  sert  a  sa  devise, 

3600  Si  li  vouldra  guer[e]donner. 
Ainsi  ne  fine  de  donner 
Et  de  servir  deux  ans  li  brez. 
En  ces  deux  choses  est  apers, 
C'est  de  donner  et  de  servir 

3605  Pour  amour  et  los  desservir. 

Ainsi  sert  le  jour  son  seigneur 
Mais  il  (le)  sert  la  nuyt  a  gregneur 
C[e]  est  amours,  a  qu[i]  il  pense, 
A  qui  il  fait  si  grant  despence 


-  96  - 

3610  Du  cuer  qui  pou  dort  et  repouse. 
Encontre  li  souvent  oppose, 
Souvent  se  blasme  et  Fresne  prise, 
Et  dit  qu'en  maulves  lieu  s'est  prise, 
Car  en  tel  homme  son  cuer  met 

3015  Qui  des  biens  adez  li  promet 

Ne  pour  ce  un  seul  ne  l'en  avient. 
Et  chascun  mojs  y  va  et  vient 
Un  message  qu'il  y  envoie. 
4        Galeren  ades  le  convoyé 

3620  Et  meine  en  son  cuer  et  ramaine. 
C'est  aussi  com  la  famé  en  paine 
[4  r°]    Qui  son  baron  raaine  a  Saint  Gile, 
Et  dit  :  —  «  Or  gist  a  celle  ville, 
Demain  sera  cy  qui  est  près.  » 

3625  Puis  n'en  vient  il  d'uit  jours  après 
Qu'en  son  cuer  de  venir  le  haste. 
Souvent  desploie  et  souvent  taste 
Galeren  la  manche  s'amie, 
Quant  sa  meignée  est  endormie  ; 

3630  Souvent  l'acole  et  souvent  baise, 
S'en  a  grant  déduit  et  grant  aise; 
Et  long  temps  ainsi  se  déporte. 
Cil  qui  s'en  va  a  Fresne  et  porte 
De  par  Galeren  ses  escripz 

3635  Est  ellevez  de  mauvez  criz, 
Qu'il  est  de  plusieurs  parceuz 
Et  son  affaire  est  tous  seuz. 
Si  le  scet  l'abbeesse  Ermine 
Par  une  mal  pensant  meschine 

3640  Qui  sur  Fresne  estoit  envieuse, 
Pour  ce  qu'elle  est  de  la  prieuse 
Amée  et  bien  de  la  maison. 
En  une  chambre  en  trayson 
En  a  rabba[ejsse  menée. 

3645  Adonc  n'est  mie  bien  senée 

La  pucelle,  ainz  se  tient  a  foie, 
Car  en  la  chambre,  ou  el  parole 
De  Galeren  a  son  message. 


-  97  — 

Li  vient,  com  fait  beste  sauvage 

3650  Que  chien  ont  mort  et  entreprise, 
L'abba[e]sse  d'ardeur  esprise. 
Andeux  les  voit  parler  ensemble, 
De  felonnie  et  d'ire  tremble, 
Vers  Fresne  vient,  si  li  dist  lues  : 

3655  «  Mau  soiez  vous  cy  a  voustre  ues 
Venue  et  pour  voustre  mau  preu. 
Souvent  oez  de  mon  nepveu 
Nouvelles  dont  mon  cuer  se  deulst  ; 
Vous  les  sçavez,  mes  il  ne  veulst 
[4  vo]   Que  je  nulles  de  luj  en  sache.  » 
A  tant  unes  lettres  li  sache 
Si  fort  des  mains  et  tost  a  force. 
Que  d'un  des  doiz  li  a  l'escorce 
A  ses  oncles  sursoulevée, 

3665  Com  celle  qui  semble  desvée, 
Dont  le  doit  l'en  a  moult  doulu. 
Tantost  com  ell'  a  le  salu 
Veu  que  son  nepveu  li  mande, 
Si  li  a  dit  :  «  Orde  truande, 

3670  Com  tu  m'as  ou  cuer  grant  duel  mis. 
Quant  Galeren  est  tes  amjs, 
Qui  sires  est  de  ceste  marche  !  s 
Les  lectres  a  ses  piez  démarche. 
Et  crache  par  desdeign  dessurs. 

3675  ((  Varlet,  or  toust,  il  n'j  a  plus, 
Fait  elle  a  celi,  or  en  voiez  ! 
Garde  que  si  hardj  ne  soies 
Que  tu  céans  james  repères.» 
Li  messages  est  débonnaires 

3680  Et  honteux,  si  doubte  la  dame. 
Vermeil  de  honte  et  de  diffame 
S'est  departiz  de  Biausejour. 
Tant  erre  de  nujt  et  de  jour 
Qu'il  est  venu  en  Lo[e]rreine. 

3685  Ceste  foiz  est  la  derreniere  (sic), 
Car  Galeren  plus  n'y  envoie. 
La  mescheance  de  sa  voie 


—  98  — 

Li  a  le  message  contée. 

Ne  veulst  que  plus  soit  hault  montée 
3690  Galeren  la  honte  s'amie, 

Ainz  veult  souffrir  tant  qu'endormie 

Et  obliée  soit  de  tous, 

Ne  veulst  mie  ouvrer  comme  estouz 

Ainz  soufferra  tant  qu'il  ait  armes. 
3605  Or  se  dolouse,  or  espant  lermes, 

Ne  scet  que  faire,  or  se  tourmente. 

Plus  privéement  se  démente 
[5  r°]    Qu'il  puet  et  celé  sa  doulour. 

Souvent  sent  froit,  souvent  chalour, 
3700  Quant  il  pense  a  sa  nourreture. 

Et  autre  foiz  se  remesure 

Qu'il  esgarde  en  son  cuer,  et  note 

Que  trop  penser  maint  homme  assole, 

Quant  l'en  le  voit  a  chose  entendre 
3705  Dont  encore  ne  puet  fin  prendre. 

Si  s'en  esbat  et  se  conforte 

Et  entre  la  gent  se  déporte. 

Ce  li  est  de  grans  sens  venu. 

Pour  ce  qu'en  voit  plusieurs  chanu 
3710  Viel  et  fronchié  de  grant  aage 

Qui  ne  puet  vaincre  son  courage. 

Pour  Galeren  souvent  endure 

Fresne  villanie  et  laidure, 

Chascun  la  lesdenge  et  assault. 
3715  Amictiez  d'acquest  rien  ne  vault, 

Ce  puet  Fresne  leans  veoir, 

Mais  fiance  en  son  savoir; 

Amis  charnelz  vault  plus  qu'avoir, 

Elle  n'a  leans  nul  povoir, 
3720  Car  quant  sa  dame  la  rancune 

Chascun  li  dit  let  et  chascune. 

Las  !  la  n'a  parens  ne  cousins, 

Ainz  demeure  entre  maulx  voisins 

Belle  Fresne.  Or  est  espleurée, 
3725  Or  li  griefve  la  demourée 

Du  breton  qu'el  ne  puet  hair. 


-  99  - 

Quant  il  commence  a  meschair, 

Aoneschant  si  li  meschiet. 

Or  trébuche  Fresne,  or  deschiet, 

3730  Or  li  est  fortune  envieuse, 
Orli  monstre  chiére  cruieuse, 
Or  li  pleure  qui  li  seut  rire, 
Or  la  commence  a  desconfire 
Par  ses  biens  qu'elle  li  retaille. 
[5  V]   Le  bon  Lohier  a  mis  en  taille 
La  mort  et  a  ravj  du  monde. 
Par  confession  nette  et  monde 
Le  fait  Dieux  user  de  ses  biens 
En  paradis  avec  les  siens, 

3740  Ou  nous  puissons  tous  adressier. 
En  Fresne  n'a  que  courroucier 
Quant  el  voit  mort  ses  bons  parreins. 
Pour  tout  l'or  qui  es(t)  jusqu'à  Rains 
Ne  le  voulsist,  si  eust  droit, 

3745  Que  aidé  li  a  en  bon  droit 
Et  bien  ensaignée  et  aprise. 
S'avoit  rabba[e]sse  reprise 
Souvent  davant  mainte  nonnain 
De  ce  qu'elle  heoit  Fresnein, 

3750  Si  s'en  relaschoit  l'abba[e]sse. 

Maint  bon  servise  et  mainte  messe 
En  a  fait  chanter  de  loujer 
Fresne  pour  son  parrein  Lohier. 
Cil  qui  tant  fu  [et]  doulx  et  frans 

3755  Lj  a  laissié  d'esterlins  blans 

Quarante  mars  de  son  avair  (s/c), 
A  son  vivant  li  fist  avoir 
Pour  ce  qu'  il  [l]i  avront  mestier. 
Chascun  jour  list  Fresne  un  saultier 

3760  Qu'a  sauveté  puit  venir  s'ame. 
Ne  ja  n'orrez  mes  duel  de  famé 
Que  l'en  doie  au  sien  comparer. 
La  mort  li  fait  chier  comparer 
L'amour  qu'elle  avoit  au  prodomme. 

3765  Ce  duel  et  cel  annuy  Tasomme 


Oniversii;,.  ~ 


—  100  — 

Qu'eir  a  du  bret  qu'il  ne  repère. 
Il  n'est  mal  qui  premier  n'apere 
En  vis,  si  taint  le  sien  sa  face 
Qui  sa  belle  couleur  efface. 

3770  Si  devient  pale  et  tainte  Fresne. 
Oiant  la  prieuse,  l'aresne 
L*abba[e]sse,  qui  tant  est  fiére. 
De  son  semblant  et  de  sa  chiére 
[6  r']  Qui  de  jour  en  jour  li  empire 

3775  Si  li  a  commencé  a  dire  : 

«  Fresne,  il  estuet  son  cuer  refraindre 
De  chose  ou  l'en  ne  puet  attaindre. 
Vous  estes  jaune(s)  comme  cire: 
Foie  est  la  famé  qui  se  mire 

3780  Qui  tel  vis  com  vous  portez  porte. 
Il  semble  que  vous  soiez  morte 
Tant  estes  et  mortie  et  flestre. 
Menez  vous  tel  duel  pour  vo  mestre 
Ou  pour  Galeren  mon  nepveu? 

3785  Vous  avez  voué  aspre  veu 

Se  pour  Dieu  en  vo(i)ez  la  chose 
Qui  vostre  char  vous  a  forclose 
De  la  biauté  qu'avoir  souIez.» 
—  ((Vous  dictes  ce  que  vous  voulez, 

3790  Respont  Fresne  qui  pleine  est  d'ire, 
Vous  me  povez,  dame,  assez  dire 
Com  bien  parlant  et  escollée. 
Cil  qui  au  mieulx  de  la  meslée 
Est  seurement  (se)  puet  combatre. 

3795  Legiérement  me  puet  abatre 

Qui  a  moy  se  veult  prendre  a  luite. 
Bien  sçay  que  cuer  enfrain  s'aquite 
Qui  s'escume  rent  parla  bouche. 
Dit  avez  ce  qu'au  cuer  vous  touche 

3800  A  celle  qui  povre  est  d'avis. 
Si  j'ay  mon  cuer  a  douleur  mis 
Il  est  droiz  que  mon  cuer  s'en  sente 
Je  n'ay  mie  mise  m'entente 
Si  en  veu  que  je  pour  Dieu  face 


—  101    — 

3805  Que  pour  ce  soie  laide  en  face  ; 

Mais  vous  devez  tainte  estre  et  perse 
Qui  par  veu  vous  estes  aerse 
A  Dieu,  si  vous  devez  pener, 
Par  veillier  et  par  jeûner, 
3810  Par  aulmosne,  et  par  oroison, 
D'aller  en  la  haulte  maison 
[6  v]   Ou  entreront  et  saint  et  saintes. 

Les  nonneins  doivent  estre  taintes 
Et  en  mal  aise  a  Dieu  servir, 
3815  Si  que  le  puissent  desservir. 
Et  vous  qui  tant  par  estes  sage 
Ne  devez  mie  dire  oultrage 
A  famé  qui  du  siècle  fust. 
Suis  je  de  pierre  ne  de  fust 
3820  Que  tousjours  puisse  estre  hetiée?  » 

—  «  Moult  avez  la  langue  affaictiée, 
Fait  la  dame,  belle  fillole. 

Qui  a  fol  se  prent  ou  a  folle 

Ne  désert  qu'on  le  prise  guaires, 

3825  Pour  ce  que  langue  de  maleres 
Fait  bon  eschever  qui  pourroit, 
Et  pour  ce  que  mon  cuer  vourroit 
De  tous  biens  et  hounours  joyr, 
Vous  vueil  faire  entendre  et  ojr 

3830  Une  chose  que  je  vueil  dire. 
Le  los  de  vostre  corps  empire 
Qui  tant  souloit  estre  plaisans, 
Et  les  gens  sont  moult  mesdisans. 
S'estes  d'amis  povre  et  d'avoir 

3835  Moult  bon  gré  devriez  savoir 
Qui  vous  donroit  vo  guarison.  » 

—  «  Dame,  vous  dictes  bien  raison. 

Ce  dist  Fresne,  et  bien  le  voulrroie  {sic) 

—  Celle  respont  :  «  Je  vous  feroye 
3840  Moult  voulentiers  céans  nonnain.  » 

—  «  Par  saint  Denis,  ja  de  Fresnein, 
Dit  Fresne,  ne  ferez  rendue. 

J'ay  si  aprise  et  entendue 


-^  102  - 

Joie  qu'en  seust  mener  en  cloistre, 
3845  Que  je  n'y  puis  m'onneur  accroistre. 
Nuls  n'y  fait  euvre  qui  Dieu  plaise, 
Chascune  se  rent  pour  vivre  aise. 
Pour  ce  encore  ne  me  vueil  rendre. 
Si  je  vueil  a  rendage  entendre 
[7  Pc]    Je  m'en  istraj  de  Biausejour, 
S'entreraj  en  plus  dur  séjour 
Pour  eschever  aise  et  délit.» 
—  «  Quel  déport  avez  vous  eslit, 
Fait  rabba[e]sse,  et  quel  houneur? 
3855  Vouldrez  vous  donc  prendre  seigneur? 
Guidiez  vous  donc  estre  royne  ? 
Bien  pourchassiez  vostre  ruyne 
Com  garce  baude  et  lecheresse. 
Galeren  vous  fera  contesse  ! 
3860  Atendez  le  tant  que  vous  preigne. 
Par  Dieu  bien  voy  vostre  bartaigne, 
Bien  barcaignes  vostre  grant  honte 
Si  vous  cuidez  famé  estre  a  conte. 
Mais  si  Dieu  plaist  ja  n'avenra  ; 
3865  Ains  sachiez  qu'il  vous  convenra, 
Se  diz  ans  vivez,  avoir  peine, 
Pour  du  pain  peignier  autre  laine 
Etdechiez  laver  pour  m[a]aille.  » 
— ■  «  A  Dieu  ne  plaise  qu'ainsi  aille, 
3870  Ce  dit  Fresne  a  madame  Ermine. 
L'en  voit  mainte  povre  racine 
Dont  verge  assez  grellete  vient 
Qui  puis  arbre  portant  devient. 
Si  je  suis  povre  et  foible  et  lasse 
3875  Je  ne  suis  mie  de  cuer  basse, 
Car  basseté  de  petit  cuer 
Met  souvent  famé  a  petit  fuer, 
Et  qui  chace  oisel  oisel  prent. 
Mon  cuer,  madame,  si  m'aprent 
3880  Que  je  ne  face  aultre  mestier 
Le  jour  fors  lire  mon  saultier 
Et  faire  euvre  d'or  ou  de  soie, 


—  103  — 

Ojr  de  Thebes  ou  de  Troye, 
Et  en  ma  herpe  lays  noter, 

3885  Et  aux  eschez  autruy  mater, 

Ou  mon  oisel  sur  mon  poign  pestre. 
Souvent  ouy  dire  a  mon  maistre 
Que  tel  us  vient  de  gentillesse. 
[7  v°]  Tant  le  vueil  mon  cuer-s'i  adresse 

3890  Que  je  n'en  pourroie  estre  lasse. 
S'or  peust  estre  que  j'amasse 
Un  conte  dont  je  fusse  amée, 
Encor  puisse  je  estre  clamée 
Contesse  et  dame  de  grant  terre.  » 

3895  --  «  Allez  en  Lo[e]rraine  querre 
Galeren,  ce  respont  la  dame, 
Soit  vo  baron  et  vous  sa  famé. 
Je  cuit  qu'aussi  y  pensez  vous.  » 
—  u  Dame,  dit  Fresne,  mes  espous 

3900  Pourroit  il,  si  Dieux  vouloit,  estre; 
Qu'en  aveu  maint  povre  prestre 
Que  l'en  sçavoit  bien  entechié 
Venir  a  grant  arceveschié. 
Aussi  puet  povre  famé  avoir, 

3905  Ainz  qu'elle  meure,  grant  avoir, 

Qu'avoir  ne  nest  mie  avec  Tomme. 
Telz  est  riches  qui  en  la  somme 
Vient  de  richesse  a  povreté, 
Tel  ra  povres  au  nestre  esté 

3910  C'on  voit  puis  mourir  en  richesse. 
Hom  qui  ayme  senz  et  proesse 
Ne  se  devroit  ja  esmayer. 
Car  Dieux  le  savra  bien  paier.  » 
Or  voit  de  quel  pié  Fresne  cloche 

3915  La  dame  qui  son  cheval  broche. 
Ire  la  transporte  et  ardure. 
Sa  langue  broche  oultre  mesure 
Qui  li  desvoie  le  courage. 
A  Fresne  a  dit  par  grant  oultrage  : 

3920  «Vieus  garce,  chioche  couée. 
Qui  fustes  la  dehors  trouvée 


—  104  - 

Sur  le  fresne  davant  ma  porte, 
Com  par  vous  surmonte  et  tresporte 
Mauves  orgueil  et  lecherie, 

3925  Quant  de  si  haulte  deverie 

Vous  estes  davant  moy  vantée  ?  » 
[8  r°]  —  «  Or  estes  vous  trop  enchantée 
Quant  de  ce  m'avez  mis  en  voje 
Que  de  vérité  ne  savoye. 

3930  Bien  m'en  avez  conté  le  voir?» 

—  «  En  vous  nourrir  aj  bien  l'avoir 
Despendu  qu'en  vo  bers  trovay. 
De  folie  voir  me  grevay 

Quant  sur  le  fresne  vous  fiz  prendre, 
3935  Pour  ce  que  je  vous  vy  si  tendre. 
Vous  fiz  je  davant  voustre  (sic)  autel 
Avoir  baptesme,  pour  le  sel 
Qui  fu  trovez  en  la  chevesce. 
Un  oreillier  de  grant  richesse 
3940  Aviez  dessouz  voustre  teste, 

En  un  drap  plain  de  mainte  beste 
Et  d'autres  diverses  figures 
Ouvrées  selon  leur  natures 
De  fil  d'or  parmy  soie  entret. 
3945  Voustre  non  a  l'arbre  retret. 
Car  il  demoustre  et  si  devise 
Que  sur  le  fresne  fustes  prise, 
Pour  ce  estes  vous  Fresne  nommée.» 

—  «  Tout  n'en  soit  il  pas  renonmée  ?  a 
3950  —  «Si  vous  ay  je  conté  vray  conte; 

Et  pour  accroistre  vostre  honte 
En  verrez  ja  la  vraie  enseigne.  » 
Lors  par  une  sue  compaigne, 
A  qui  el  fait  les  clefs  baillier 

3955  Envoie  querre  l'oreillier 

Et  le  drap  ouvré  de  fil  d'or, 
Qu'eli'  a  gardé  en  son  trésor. 
Le  bers  avec  emporte  celle 
Ou  fu  couchie  la  pucelle. 

3960  Dont  li  monstre  tout  rabba[e]sse; 


—  105  — 

«  Fresne  doit  bien  estre  contesse, 
Fait  elle,  et  venir  en  povoir, 
Qui  son  tesmoing  puet  cy  v[e]oir. 
Ceens  estvoustre  cougnoissance.  » 
[8  V]  — «  Dame,  en  y  puet  los  et  puissance, 
Dit  Fresne,  mieulx  noter  que  honte. 
Par  ce  doj  estre  famé  a  conte 
Qui  la  chose  saroit  entendre. 
Par  ce  me  puet  cons  ou  rojs  prendre, 
3970  Car  j'en  voy  cybon  tesmoignage. 
Ce  drap  note  moult  liault  linage, 
Qu'avoir  me  pourroit  a  mouUier, 
Je  sçaj  bien  par  cest  oreillier, 
Vo  niés  Galeren  de  Bretaigne. 
3975  Bien  le  me  moustre  ceste  enseigne 
Qui  me  tesmoigne  a  gentil  famé.  » 
Par  telz  mos  a  Fresne  sa  dame 
Empaint  en  si  grant  fellonie 
Qu'elle  Ta  de  leans  banic, 
3980  Mais  que  son  drap  li  a  rendu, 
Qu'ele(n)  n'avroit  mie  vendu 
S[e]  el[e]  en  avoit  cent  mars  pris. 
L'oreillier  qui  est  de  grant  pris 
Prent  lapucelle  avec  le  drap. 
3985  Le  bers  qui  n'est  mie  de  sap 
Ne  voulst  recevoir  par  despit, 
Ainz  li  a  dit  :  «Dame,  respit 
Me  donnez  jusqu[es]  a  demain.  » 
Puis  li  rent  le  bers  en  la  main, 
3990  Si  li  a  dist  :  «  Tenez,  madame, 
S'il  a  céans  nonnain  ne  famé 
Qui  mestier  ait  d'enfant  couchier. 
Vous  devriez  avoir  moult  chier 
Qu'elle  fust  de  ces[t]  bers  aidée. 
3995  Sij'aj  voustre  maison  vuidiée, 
Au  départir  c'est  sans  ordure.  » 
L'abba[e]sse  pleine  d'ardure 
La  lesse  a  tant  et  si  s'en  tourne . 
Et  Fresne  tout  ce  jour  s'atourne, 


—  106  — 

4000  Qui  le  drap  prent  et  Foreillier; 
Tant  se  peine  d'appareillier, 
Et  de  son  hernajs  emmaillier  [sic), 
[9  r"]  Qu'il  n'y  a  mes  que  de  l'aler. 

La  pucelle  tendrement  pleure, 

4005  Avec  la  prieuse  demeure 

En  sa  chambre  le  jour  en  cloistre. 
Or  commence  le  duel  a  croistre 
A  la  prieuse  pour  son  frère 
Dont  elle  maine  vie  amére, 

4010  Et  pour  sa  fillole  Fresnein. 
Pour  li  ne  pour  autre  nonnein 
Ne  voulst  plus  Fresne  demourer. 
Toutes  commencent  a  pleurer 
Pour  li  comme  s'elle  fust  morte. 

4015  Fresne  la  prieuse  conforte, 

Si  li  a  dit  :  «  Doulce  marraine, 
Ce  siècle  est  plein  de  toute  peine. 
De  trayson,  d'orgueil,  d'envie 
Est  conciliée  ceste  vie. 

4020  Gens  y  ont  une  foletesche; 

Qui  plus  y  est  et  plus  y  pèche. 
Le  plus  grant  y  est  plain  d'ordure. 
Ce  que  chascuns  petit  y  dure 
Et  qu'il  y  meurent  foible  et  fort 

4025  Vous  devroit  donner  resconfort 
Du  bon  Lohier  dont  il  vous  poise. 
Ne  puis  laissier  que  je  ne  m'en  voise, 
Et  ne  pourquant  je  demeurasse. 
Mais  il  n'a  ancelle  si  basse 

4030  Ceens  ne  garson  qui  y  serve, 

S'il  vouloit,  ne  me  clamast  serve, 
Truande,  avolée  ou  couvée. 
S'en  seroie  assez  plus  grevée 
Que  de  vous  ou  d'une  autre  dame, 

4035  Cil  qui  puet  joindre  corps  et  ame, 
Et  qui  a  povoir  de  deffaire, 
Vous  vueille  a  sa  partie  traire 
Des  grans  biens  que  vous  m'avez  faiz. 


—  107  — 

S'il  a  céans  qui  soit  meffaiz 

4040  Ne  homme  ne  famé  vers  moy 
[9  v°]    Je  leur  pardon,  et  si  leur  proj 

Mercj,  si  vers  eulx  suis  mesprise, 
Dieux  puist  essaulcier  ceste  église 
Et  défendre  ses  biens  en  terre 

4045  De  feu,  de  tempeste  et  de  guerre, 
Et  de  madame  ma  marraine 
Face  il  en  paradis  reyne, 
Et  li  rende  les  biens  a  Famé 
Qu'elle  m'a  fait  ma  bonne  dame. 

4050  Car  elle  m'a  nourrie  a  aise.  » 
Chascun  acolle,  chascun  baise, 
A  tous  print  doulcement  congié. 
A  pou  que  ne  sont  enragié 
Plusieurs  de  duel  de  la  pucelle. 

4055  N'y  a  nonnein,  ne  damoiselle, 
Ne  clerc,  ne  sergent  qui  ne  die  : 
«  Dieux]  com  est  de  foie  enresdie 
Madame  et  de  sotie  plaine, 
Quant  ceste  pucelle  ainsi  meine, 

4060  Et  ainsi  l'en  fait  aller  seule. 

Mal  ait  et  la  langue  et  la  gueule 
Qui  ce  mantalent  y  a  mis. 
Ha!  belle  Fresne,  sans  amys. 
Com  estes  hors  d'autre  confort  ! 

4065  Or  vous  envoit  Dieux  conseil  fort 
Et  il  vous  deffende  de  honte. 
Moult  ayme  son  nepveu  le  conte 
Madame  qui  congié  vous  donne. 
Pleust  a  Dieu  qui  abandonne 

4070  Son  soleil  a  tous  en  commun 
Qu[e]  endui  ne  feissiez  q'un 
Par  force  de  saint  mariage  !  » 
Ainsi  blasme  chascun  l'outrage 
Et  le  forfait  de  l'abbeesse. 

4075  La  prieuse  le  jour  ne  cesse 
De  faire  duel  et  de  pleurer, 
Quant  Fresne  ne  veult  demourer. 


—  108  — 

Bien  li  seust  faire  s'acorde  ; 
Mais  Fresne  point  ne  s'i  acorde. 
[10  r"]   S'(i)a  jusqu'à  demain  attendu 

Que  Dieux  a  le  cler  jour  rendu. 

La  pucelle  matin  s'esveille, 
Sa  harpe  et  sa  maie  apareille, 
Et  pour  11  mieulx  porter  l'afeste  ; 
4085  Quant  la  prieuse  s'en  deshete 
De  ce  qu'aller  a  pié  s'en  veulst. 
Le  cuer  de  grant  pitié  s'en  deulst, 
Si  li  donne  sa  mule  lues 
Ou  li  hernays  est  frois  et  nefs  {sic), 
•4090  Que  son  frère  li  achata. 

Oncques  sur  meilleur  ne  monta 
Famé  pourli  porter  a  aise. 
Les  piez  a  la  prieuse  en  baise 
De  fine  joie  la  pucelle. 
4095  Sa  maie  fait  derrier  sa  selle 

Trousser,  et  met  sa  harpe  au  coul. 
Gente  sambue  et  pennel  mol 
A  la  mule  et  le  frain  doré. 
Au  monter  a  Fresne  plouré 
4100  Et  est  au  départir  troublée. 
D'une  chappe  s'est  affublée 
D'un  pers  drap  de  Flandres  moult  chier. 
La  prieuse  li  voulst  chercher 
Sergent  ou  garson  ou  compaigne. 
4105  Fresne  avec  li  mener  ne  daigne  ; 
N'en  a,  ce  dit,  talent  ne  cure, 
Car  la  terre  est  moult  bien  seure. 
Serjans  avra  a  voulenté, 
Qu'ell'  a  de  l'avoir  a  plenté 
4110  Pour  faire  despens  vespre  et  main. 
Escourgieez  tient  en  sa  main 
Nouéez  et  dures  de  ners 
Ne  sçay  ou  de  buef  ou  de  cerfs. 
Puis  se  tourne  vers  sa  marraine, 
4115  Au  départir  du  chief  s'encline 

Et  tous  ceulx  qui  sont  au  mouvoir. 


—  109  ~ 

Autre[s]  saluz  n'en  pue(n)t  avoir 
[10  V]   La  prieuse,  car  la  grant  ire 
Et  la  pitié  ne  li  lait  dire  : 

4120  «A  Dieu  vous  commans  tous  ensemble  !  » 
Sur  la  mule  qui  souef  amble 
S'en  va  Fresne  et  départ  a  tant. 
Et  l'a  prieuse  en  démentant 
Prie  Dieu  qu'i[l]  l'a  gart  et  port 

4125  A  droit  chemin  et  a  droit  port. 
Puis  l'a  beneye  et  seignée, 
Et  com  Dame  bien  enseignée 
Arriére  en  son  cloistre  s'en  vient. 
Ne  scet  puis  que  celle  devient 

4130  Qui  s'esloigne  de  Biausejour 
Et  erre  seule  toute  jour. 

Belle  Fresne  chemine  seule 
Cui  une  garce  par  sa  gueule 
A  fait  laissier  sa  nourreture. 

4135  N'  i  âmes  mise  trop  sa  cure 

Ainz  s'en  esbat  et  biau  déporte, 
Et  la  mule  souef  l'emporte 
Qui  de  fresche  nef  est  plus  blanche. 
Le  cuer  a  Galeren  li  penche, 

4140  N'a  autre  chose  plus  ne  tache  ; 
Le  duel  de  Biausejour  l'en  cache 
Et  le  pencer  de  son  amy. 
N'a  l'ueil  ne  le  cuer  endormy, 
Ainz  va  laiz  et  chançons  notant. 

4145  S'a  de  journées  faictes  tant 

Que  conter  en  puet  l'en  près  d'uit. 
De  soulaz  et  de  grant  déduit 
Est  aux  hostelz  ou  elle  vient. 
Nulle  plus  sage  ne  convient 

4150  Ne  pour  conter,  ne  pour  paier. 
Si  ne  l'estuet  trop  esmaier 
De  riche  lit  net  et  qui  plaise. 
Souvent  la  fait  gésir  a  aise 
La  bonne   herpe  qu'elle  porte, 
[11  r°]    Dont  souvent  ses  hostes  déporte, 


—  110  - 

Qu'a  pou  ou  aneent  esco(u)te. 

Elle  n'est  englesce  n'escote; 

Ainçoys  qu'elle  voist  asseoir 

Veult  elle  sa  mule  veoir 
4160  S'elle  est  a  ese.  Ainsi  s'em  passe 

Et  ainsi  erre  tant  et  lasse 

Qu'eir  est  dedens  Rouen  entrée. 

Ne  s'est  en  la  ville  moustrée, 

Ne  veult  que  nus  ou  vis  la  voye, 
4165  Ainz  chevauche  toute  la  voye, 

Soubz  sa  blanche  guimple  embronchie. 

Mainte  rue  a  le  jour  cerchie 

Et  prie  a  Dieu  que  il  l'avoit. 

Une  moult  riche  maison  voit, 
4170  A  Fuis  se  siet  une  bourgeoise 

Moult  débonnaire  et  moult  courtoise, 

Qui  veufve  femme  est  [et]  moult  franche. 

Nommée  fut  par  droit  nom  Blanche. 

Delez  li  se  siet  sa  pucelle 
4175  Et  une  sienne  fille  belle 

Qui  assez  est  de  joenne  aage. 

Et  belle  Fresne  comme  sage 

La  dame  et  celles  biau  salue. 

N'y  a  celle  ne  soit  saillue 
4180  Enpiez  et  qui  ne  li  responde  : 

«  Belle,  Dieu  qui  créa  le  monde 

Vous  puit  a  joie  maintenir, 

Et  bien  puissiez  vous  ça  venir. 

Qui  estes  vous?  dont  estes  née?  » 
4185  Et  Fresne  respont  com(me)  senée 

Si  a  dit  a  la  dame  avant  : 

«  Dame,  moy  ne  les  miens  ne  vant. 

Ne  ne[s]  abes,  ne  ne  les  haulx. 

Brete  sui,  s'ay  a  non  Mahaus, 
4190  Si  suis  une  pucelle  estrange 

Qui  n'ay  terre  maison  ne  grange, 

Ne  rente  dont  je  puisse  vivre. 
[11  Vo]   Je  ne  sçay  fors  tenir  mon  livre 

Et  en  ma  harpe  laiz  chanter  ; 


—  111  — 

4195  Et  des  esches  me  puis  vanter 
Et  des  tables  qu'assés  en  sçay. 
Ne  n'a  jusque{s)  ou  pays  d'Ausay 
Femme  ouvrant  mieulx  d'or  et  de  soye, 
Ne  je  ne  doubt  ou  que  je  soye 

4200  Que  ne  me  garisse  a  hounour. 
Foie  ne  suis  ne  n'ay  seigneur 
Ne  poursuite  de  compaignon 
Se  la  de  Dieu  le  puissant  non. 
Ne  n'a  en  moy  barat  ne  guille. 

4205  Mon  vueil  meindroie  en  ceste  ville 
Que  moult  l'ay  oye  nommer. 
Si  vous  me  vouliez  louer 
Vostre  oustel  je  le  lou[e]roye, 
Ou  pour  l'amour  Dieu  le  prenroye. 

4210  Et  pour  Dieu  (le)  vous  requier  et  proy, 
Se  messeant  veez  en  moy 
De  villanie  et  de  ramposne, 
Du  chastier  ferez  aulmosne. 
Et  sedepartir  ne  m'en  vueil 

4215  Pour  vo(us)  chastoy,  pour  mon  orgueil, 
Mettez  moy  de  vostre  hostel  hors. 
Tant  cuit  de  bien  en  vostre  corps 
Et  tant  de  bonne  gent  estraicte, 
Qu'entour  vous  ne  me  seroit  faicte 

4220  Ne  honte  ne  laide  hantise.  » 
La  dame  ses  paroUes  prise, 
Mais  elle  li  respont  :  «  Amye, 
Herbergeresse  ne  suis  mie  ; 
Damedieu  vous  puis[t]  herbergier. 

4225  Nous  ne  savons  mie  jugier 

Ce  que  cha[s]cuns  pence  dedens. 
Bel  ahurte  la  langue  aux  dens, 
S'avez  bien  ditte  vostre  queste. 
Bien  fait  qui  pour  Dieu  Fostel  preste 

4230  A  ceulx  qui  en  sont  besoigneux. 
[12  r°]    A  maint  bon  toulst  li  engigneux 
Et  li  guillierres  le  bienfait. 
Le  bon  souvent  mescroire  fait 


~  112  — 

Li  maulves  homs  que  l'en  houneure. 

4235  Allez  avant,  Dieu  vous  secoure.  » 
Or  est  Fresne  toute  abatue, 
Aussi  com  s'en  Feust  batue. 
Quant  la  dame  oit  ainsi  parler, 
Passer  s'en  veult  oultre  et  aller, 

4240  Mais  la  fille  a  la  dame  en  pleure 
Et  ainsi  comme  Dieu  aeure 
Joint  ses  mains  et  dit  a  sa  mère  : 
«  Deme,  de  l'ame  mon  bon  père 
Aiez  pitié  liuj  en  cest  jour. 

4245  Pour  Dieu  trayez  en  a  séjour 

En  vostre  hostes  (sic)  ceste  pucelle 
Qui  tant  est  avenant  et  belle, 
Et  simple,  et  de  bon  lieu  venue. 
Elle  n'est  ne  povre  ne  nue 

4250  Ne  ne  semble  famé  mauvaise. 
Certes  j'en  gerray  plus  aese 
S'elle  gist  céans  avec  moj.  » 
La  mère  l'en  a  fait  octroy. 
Puis  apelent  et  font  descendre. 

4255  A  la  mule  scet  bien  entendre 
La  fille  a  la  dame  aaisier. 
Fresne  qui  tant  fait  a  prisier 
Est  haultement  leans  servie. 
Entr'  elles  mainent  bonne  vie  ; 

4260  S'est  asseur  elle  et  sa  chose. 
La  fille  a  la  dame  a  non  Rose, 
S'(i  h)ounoure  Fresne  quanqu'el  puet 
Et  sert  si  bel  com  il  estuet. 
Moult  va  entour  li  et  moult  l'aime. 

4265  Damaiselle  Mahault  la  clame. 
Ainsi  se  fait  Fresne  nommer. 
Ne  se  veult  mie  renommer 
Ainz  veult  que  partout   l'en  l'oublit. 
[12  V*]   Elle  et  Rouse  n'ont  q'un  seul  lit 

4270  En  une  chambre  nette  et  clére. 
Li  et  sa  fille  fait  sa  mère 
Davant  li  tout  adez  gésir. 


—  113  — 

En  tant  a  Fresne  son  désir 
En  ce  qu'eir  est  bien  hebergie, 
4275  N'est  de  la  dame  ledengée 

Mais  hounourée  et  chier  tenue, 
Et  est  liée  de  sa  venue 
Qu'elle  la  voit  et  sage  et  simple. 
A  Rose  donne  mainte  guimple 
4280  Et  maint  tjssu  et  mainte  atache. 
De  son  mestier  veult  qu'elle  sache, 
Or  l'en  aprent,  si  fait  que  gente. 
Tant  en  retient  et  met  s'entente 
Que  bien  euvre  de  soie  et  d'or, 
4285  Dont  elle  assemble  bon  trésor 

Qui  moult  mielx  li  vault  de  sa  terre. 
De  la  cité  viennent  requerre 
Fresne  leans  tout  li  plus  hault 
Qui  se  fet  appeller  Mahaut. 
4290  A  famé  la  veust  chascun  prendre  ; 
Si  les  en  voit  en  entreprendre. 
Mais  ilz  ne  sçavent  qu'elle  pence. 
Maint  avoir  y  est  en  despence 
Et  mainte  lance  en  tronchons  mise. 
4295  Hault  homme  aroit  a  sa  devise 
S'elle  vouloit  baron  avoir. 
Leans  g[a]aigne  grant  avoir 
En  draps  qu'elle  euvre  et  qu'elle  vent. 
Loyaux  est  et  de  bon  couvent, 
4300  Ne  veult  mentir  quar  pechié  doubte. 
Madame  Blanche  fournit  toute 
Et  la  meingnie  d'un  et  d'el. 
Ne  se  muet  oncques  de  l'ostei 
Fors  quant  elle  va  au  moustier. 
4305  Chascun  jour  lit  de  son  saultier 
Le  quart,  le  tiers  ou  la  moitié. 
[13  r°]    Des  povres  gens  a  grant  pitié 
Si  les  repest  de  sa  gaaigne. 
Ne  prise  ne  ne  contredaigne 
4310  Ceulx  qui  l'aresnent  de  folie, 
Trop  ne  se  vante  ne  humilie 

8 


—  114  — 

Ne  ne  va  vagant  par  la  ville. 
Les  guilleurs  déçoit  et  guille 
Car  bien  se  scet  d'eulx  délivrer. 

4315  En  sur  jour  entent  a  ouvrer  ; 
Mais  au  ma(t)in  et  a  la  vesprée 
A  sa  herpe  bien  atrempée 
Ou  elle  note  laiz  et  chante. 
Le  jeu  d'eschees  par  festes  hante 

4320  Et  joue  a  dame  ou  apucelle  ; 
Ne  semble  villainne,  n'ancelle, 
Qui  son  corps  esgarde  et  son  vis. 
Ainz  est  bien  a  cbascun  avis 
Qu'a  conte  soit  fille  ou  a  roy. 

4325  Sans  villanie  et  sans  desroy 
Est  ainsi  plus  d'an  et  demy  ; 
Et  pence  ades  a  son  amy 
Que  tous  autres  en  met  arriére, 
Comme  amie  vraye  et  entière. 

4330       Ainsi  se  tient  Fresne  a  séjour 
Quant  elle  yssi  de  Biausejour. 
Sans  plus  targier  en  la  sepmaine 
La  prieuse  qui  en  fu  pleine 
De  grant  mau  talent  en  fu  sage  : 

4335  A  Galeren  par  [un]  message 
Fait  conter  tout  privéement 
L'ennuy  et  le  département 
De  Fresne  qui  tant  l'aime  fort. 
Avec  li  fait  noncer  la  mort 

4340  Son  maistre  qu'i[l]  tant  pot  amer. 
Quant  li  Brez  oit  le  mot  amer 
De  la  belle  Fresne  s'amie, 
Si  tient  s'antein  a  ennemie. 
Car  le  coup  li  donne  mortel 

4345  Ce  qu'elle  l'a  de  son  hostel 
■13  v°]  Par  sa  felonnie  hors  mise, 
Et  si  ne  scet  en  quelle  guise 
Il  la  puit  trover  n'en  quel  terre. 
Par  vingt  messages  la  fait  querre. 

4350  C'est  par  le  pays  de  Bretaigne 


—  115  — 

Et  d'ilecques  jusqu'en  Espaigne, 
Et  en  Provence,  et  en  Gascoigne, 
Et  en  France  jusqu'à  Couloigne, 
En  Flandres  et  en  Normendie, 

4355  Oultre  les  mons  en  Lombardie, 

En  Tosquane,  en  Fouille,  en  Cecille. 
Ne  remeint  bourc,  cité  ne  ville 
Ne  en  Hongrie,  ne  en  Frise, 
Qu'en  ne  Tait  demandée  et  quise. 

4360  Cherchie  l'ont  et  quise  un  an. 
Et  vous  desconfit  Galeren, 
Quant  il  ne  scet  ou  elle  habite. 
Or  est  sa  joie  ausques  petite. 
Souvent  se  prent  a  dementer 

4365  Et  son  gent  corps  a  regreter  : 
«  Fresne,  fait  il,  belle  jouvente. 
Plus  aj  que  je  ne  seul  entente, 
Plus  aign  que  je  ne  seul  assez, 
Ja  mes  jour  n'en  seray  lassez  ; 

4370  Car  nuls  ne  s'en  doit  ja  recroire. 

Comment  me  pourroit  ja  mes  croire. 
Autre  famé  quej'aymeroie 
Se  ceste  amour  laissier  vouloie. 
Mau  dehez  ait  qui  la  laira. 

4375  S'elle  vit  elle  reperra, 

Et  si  Dieu  a  de  moy  envie 
Qu'o  li  en  ait  l'ame  ravie. 
De  mon  duel  m'eust  osté  hors 
S'il  eust  l'ame  et  moy  le  corps. 

4380  S'est  couvoiteux  de  tout  avoir 
Quant  je  ne  sçay  de  li  le  voir.  » 
Plus  que  davant  se  desconforte. 
Or  veulst  cuidier  qu'elle  soit  morte 
[14  r°]  Quant  savoir  ne  puet  son  repair. 

4385  Dieux  !  en  quel  terre  et  en  quel  air 
Maint  m'amie  la  débonnaire  ? 
Dieux  !  a  quel  point  me  puis  atraire 
S'elle  est  morte?  Tu  l'ameras, 
Ja  pour  ce  t' amour  ne  leras. 


—  116  — 

4390  Leras  ?  ainz  t'estuet  autre  prendre 
Puis  qu'en  li  n'a  fors  os  et  cendre 
Qu'on  ne  doit  v[e]oir  ne  toucher. 
Tu  doiz  autre  amour  encerchier  ; 
Ce  n'est  riens  d'amer  famé  morte. 

4395  Certes  le  cuer  a  ce  me  porte 

Qu'amer  la  vueil  morte  ou  vivant. 
Ne  seront  mie  bien  prouvant 
Ceulx  qu'[en]  amours  la  mort  départ. 
Je  ne  suis  mie  de  leur  part, 

4400  Car  s'ell'  est  morte  amer  la  vueil. 
Dieux!  que  sont  devenuz  cy  oeil, 
Son  biau  nés  et  sa  doulce  face  ? 
La  mort  qui  tout  trouble  et  eflface 
A  ceste  cy  prise  et  laciée. 

4405  Li  a  elle  pour  ce  effaciée 

Sa  couleur  et  sa  grant  biauté  ? 
Nennil.  Trop  aroit  cruauté, 
S'enchargiée  l'as  mort  villaine! 
Dieux  !  en  peust  en  sentir  l'aleine, 

4410  On  la  voit  en  venir  n'aler  ! 

Com  bon  fu  nez  qui  Tôt  parler, 
Et  qui  oit  les  laiz  qu'elle  note  ! 
Par  foy,  je  cuit  qu'elle  rasote 
Qu'a  autruy  puet  avoir  couvent. 

4415  Qu'avenu  est,  s'  avient  souvent 

Qu'amours  pert  ausques  son  povoir 
Quant  li  amans  ne  puet  veoir 
Ce  qu'il  désire  donc  long  temps. 
De  tant  suis  je  vers  amours  frans 

4420  Qu'onques  m' amie  ne  trahy, 
Et  se  elle  m'a  enhay 
("14  vo]  Ne  la  vueil  je  pas  pour  ce  hayr  : 
Qu'a  leauté  ne  scet  trahyr. 
Trahy r?  j  a  ne  la  trahiray, 

4425  Ne  ja  pour  ce  ne  la  herray 

S' elle  me  het.  Tu  diz  oyseuse, 
En  elle  sage  et  noiseuse. 
Si  s'est  muciée  a  escient 


—  117  — 

Pour  ce  qu'en  la  va  enuiant 

4430  De  ce  que  je  suis  ses  amis. 
Si  j'estoie  ou  reperier  mis 
En  Bretaigne,  pour  que  V  seust, 
Et  el  vie  et  santé  eust, 
A  moj  vendroit  tost  com  an  [sic)  sien. 

4435  Or  li  dont  Dieux  hounour  et  bien 

Ou  qu'elle  soit.  N'en  sçay  que  dire.» 
Privéement  esgarde  et  mire 
L'ymage  de  Fresne  en  la  manche 
Galeren,  qui  de  rien  n'estanche 

4440  Sa  douleur  qu'il  porte  ainz  l'essaulce  ; 
La  manche  vers  sa  bouche  haulce, 
Si  la  baise  et  touche  a  son  vis. 
Tant  li  plest  qu'il  lui  est  advis 
Qu[e]  il  s'en  sente  un  pou  plus  sain, 

4445  Puis  la  met  arriére  en  son  sain. 
Et  quant  il  repence  a  son'maistre 
Si  li  commencent  es  yeulx  nestre 
Les  lermez  qu'en  parfont  cuer  puise. 
Ne  puetestre  que  ne  li  cuise, 

4450  Et  que  grant  duel  ne  l'en  soit  pris, 
Car  il  Tôt  doulcement  apris. 

En  de  s'accorde  cuer  et  corps, 
Car  duel  de  cuer  pert  par  dehors. 
S'en  son  cuer  a  li  brez  douleur 

4455  Par  dehors  pert  a  sa  couleur. 
Si  que  le  corps  ja  l'en  empire. 
Si  commencent  plusieurs  a  dire  : 
a  Com  changie  et  mue  (est)  Galerens 
Qui  souloit  estre  biaux  et  blans. 
[15  r°]    Com  a  perdue  sa  biauté  ! 
Il  a  aucune  enfermeté, 
Ou  c'est  amours  qui  le  travaille. 
Puis  qu'il  jeune  tant  et  veille. 
Et  qu'il  ne  gist,  ainz  va  et  vient, 

4465  D'aucune  amour  voir  li  souvient. 
Esmerée  est  espoir  s' amie 
La  fille  au  duel  (sic)  Il  n'entre  mie 


Ainsi  en  chambre  pour  oiseuse. 

Se  ele  en  estoit  angoisseuse 
4470  Et  il  angoisseux,  si  la  preigne. 

En  est  il  conte  de  Bretaigne? 

N'a  il  en  li  hault  homme  et  riche  ?  » 

Fait  11  uns  :  «  Le  duc  d'Osteriche, 

Guimans,  enespant  meintes  lermes 
4475  Qui  le  duc  sert  pour  avoir  armes. 

Haulx  homs  est  et  de  grant  affaire. 

Elle  n'a  de  s'amour  que  faire.» 

—  «  Comment  qu'il  aient  oultre  mesure, 
Fait  li  autres,  s'(i)  a  plus  sa  cure 

4480  Ou  breton  amer  qu'en  Guynant.  » 

—  «  Qu'elle  le  voit  plus  avenant, 
Ce  dit  le  tiers,  et  plus  adroit.  » 

—  a  Par  foy,  fait  le  quart,  elle  a  droit.» 
Ainsi  devisent  et  parollent, 

4485  Tant  que  les  novelles  en  voilent 
Jusqu'à  Guynant,  tant  qu'il  entent 
Que  fous  est  cuer  d'omme  qui  tent 
Vers  famé,  et  qu[i]  amer  trop  l'ose. 
S'il  ne  l'a  si  estroit  enclose 
4490  Que  du  tout  en  soit  en  fiance. 
A  Guynant  avoit  aliance 
D'amours  la  fille  au  duc  de  Mez, 
Que  rompre  li  a  fait  le  brez. 
Sur  ce  qu[e]  il  ne  s'en  prent  garde. 
4495  Quant  Esmerée  un  jour  l'esgarde, 
Pour  li  jusques  ou  cuer  se  blesce, 
S'en  seuffre  lonc  temps  la  destresse, 
[15  V]  Qu'a  Une  s'ose  descouvrir. 
«  En  la  fin  m'estuet  il  ouvrir, 
4500  Fait  Esmerée  en  son  pourpens, 
A  Galeren  ce  que  je  pens. 
Car  la  santé  est  bonne  acquerre. 
Comment?  Veulx  tu  doncques  requerre 
Le  breton  d'amours  tout  avant? 
4505  Tousjours  mes  te  seroit  davant 
Mis  ytel  ledure  et  tel  honte. 


—  119  — 

Qui  chaut?  puisqu'a  nulle  ne  monte 
Fors  a  moj  si  je  faz  folie. 
Et  quant  je  n'ay  de  moy  baillie, 
4510  Qu'amours  me  mestroie  et  justise, 
En  lieu  de  moj  en  soit  reprise 
Et  seue  en  soit  la  reprouvance. 
S'issir  hors  de  ma  mesestance 
Lessoie  par  maulves  orgueil 

4515  Gardé  avroye  en  maulves  fueil. 
Se  li  dy,  pour  ce  seray  sage. 
Mais  s'il  a  en  li  tant  d'oultrage 
Que  recevoir  m' amour  ne  veille 
Toute  la  honte  l'en  accueille, 

4520  Qu'a  moy  ne  vendra  elle  mie. 
Puis  que  je  seroie  s' amie 
Et  il  ameroit  mielx  autruy. 
Si  le  les  amour  et  a  luy.  » 
Ainsi  devise  la  pucelle. 

4525  Ce  li  fait  dire  l'estencelle 

De  s'amour  qui  l'eschaufe  et  point. 
Or  ne  veult  Guynans  avoir  point 
A  Galeren  de  priveté 
Qu'il  cuide  qu'il  ait  baraté. 

4530  Bien  l'aparçoit  et  bien  le  sent 
Mais  Galeren  point  ne  s'asent 
De  pourchassier  ytel  domage 
Que  li  fait  entendant  sa  rage. 
De  néant  vers  li  ne  mesprent. 

4535  Des  ore  congnoist  et  aprent 
[16  r°j    Que  Guynans  let  semblant  li  fait. 
Puis  que  [de]  riens  ne  li  meffait 
Assez  le  met  en  biau  déport 
En  quel  lieu  que  besoign  l'aport. 

4540       La  duchesse  Galeren  ayme, 

Par  bonne  amour  son  fil  le  clayme, 
Et  fait  lez  sa  fille  seoir 
Souvent,  quant  il  la  va  veoir. 
Et  il  si  vient  esbanoyer 

4545  En  ces  chambres  pour  ravoyer 


-  120  — 

Son  cuer  et  traire  a  droite  entente. 
Esmerée,  qui  moult  est  gente 
Et  plaisant,  le  scet  bien  atraire. 
Pour  amesurer  son  contraire, 

4550  Et  pour  li  qu'il  veult  conforter. 
S'en  va  un[e]  heure  déporter 
A  li  Galeren,  s'est  assiz 
Ausques  maz,  doulens  et  pensiz. 
Esmerée  li  fait  [grant]  feste  : 

4555  Un  chapel  qu'ell'  a  en  sa  teste 
Li  met  sur  le  sien  et  assiet, 
Qui  Galeren  point  ne  messiet, 
Puis  le  regarde  en  my  le  vis  : 
((  Galeren  frère,  il  m'est  avis, 

4560  Fait  privéement  la  pucelle, 

Que  vous  estes  dessouz  l'esselle 
D'une  plaie  bleciez  oscure, 
Ou  il  ne  pert  point  d'ouverture  ; 
Ainz  avez  playe  sans  pertuis. 

4565  Congnoistre  n'oriner  ne  ruis 
Voustre  mal  fors  a  la  couleur. 
Si  vous  sentez  au  cuer  douleur 
Qui  vous  voie  grevant  par  covrir. 
Vous  la  devez  moult  bien  ouvrir 

4570  Et  moustrer  la  dont  vous  cuidiez 
De  vostre  mehaign  estre  aidiez. 
Dictes  moy  si  je  vous  dy  voir.  » 
[16  v°]  Or  puet  Galeren  parcevoir 

Quanque  Esmerée  note  et  pence, 

4575  Et  voit  qu'il  n'a  en  li  deffence 
Qu'elle  ne  soit  s'il  veult  s'amie. 
La  pencée  a  toute  endormie 
En  Fresne  dont  il  !i  souvient. 
Or  voit  celle  qu'il  i  convient 

4580  Dire  plus  ouverte  parolle  ; 
Le  breton  qui  se  taist  acolle, 
Si  li  a  dit  :  a  Galeren  frère, 
Aiez  vers  moi  la  chiére  clére. 
Si  ne  me  tenez  a  estoute, 


-  121  — 

4585  Si  je  suis  en  vo  commant  toute 
Pour  vous  oster  de  ce  mahaign.  » 
Cil  n'a  cure  de  tel  gaaign, 
Ains  li  a  dit  courtoisement  : 
«  Damoiselle,  de  l'oignement 

4590  Ne  suis  je  mie  bien  certains 

(Pour  ce  qu'il  m'est  ausquesloigteins), 
Dont  ma  plaje  puet  estre  saine. 
Si  suis  navrez  en  [i]tel  vaine, 
Que  me(di)cine  nulle  n'y  vault 

4595  S'elle  n'a  celle  qui  lui  fault. 
Elle  li  fault,  ce  poise  moy. 
Nulle  garison  cy  ne  voy 
Qui  de  mon  mal  me  puist  aidier.  » 
—  ((  Dont  ay  je  en  fol  cuidier, 

4600  Fait  celle,  et  vueil  boire  la  mer 
Quant  je  met  peine  a  vous  amer. 
Et  ne  pourquant  amer  vous  vueil, 
Ja  ne  leray  pour  voustre  orgueil, 
Car  qui  bien  ayme  il  se  humilie. 

4605  Puis  que  hors  suis  de  ma  baillie, 
Et  en  vous  me  suis  du  tout  mise. 
Je  verrai  vostre   gentillise 
Tant  (quant)  qu'elle  s'acort  et  assente 
La  ou  j'ay  tournée  m'entente.  » 

4610       Cil  s'est  de  li  tourné  a  tant, 
17  r°]    Si  l'a  laissie  démentant 

D'une  amour  qui  pleine  est  d'oiseuse. 
Le  bret  la  tient  a  oultrageuse 
Quant  de  li  amer  s'entremet. 

4615  Esmerée  tout  son  cuer  met 

A  li  amer,  comment  qu'il  preigne, 
Ne  ne  laist  qu'a  li  ne  se  pleigne 
Quant  elle  en  a  laisir  et  temps. 
Tant  que  l'en  dit  que  Galerens 

4620  Va  a  Guynant  s' amie  emblant. 
Si  l'en  monstre  cil  let  semblant, 
Et  het  quanqu'il  puet  et  rancune 
Le  bret  qui  ne  pence  qu'a  une, 


—  122  — 

Tant  en  est  loyaux  et  surpris. 

4625  En  bon  renon  et  en  hault  pris 
A  entour  le  duc  demouré 
Quatre  ans.  Si  Ta  moult  hounouré 
Li  ducs  et  amé  son  servise. 
Tant  qu'en  son  cuer  voit  et  devise 

4630  Li  ducs  le  temps  du  guerredon. 
Or  metra  [il]  tout  abandon 
Le  sien  pour  grant  avoir  despendre. 
Or  veulst  mettre  peine,  et  entendre 
A  Galeren  chier  frère. 

4635  Or  veulst  qu'a  tout  le  monde  père 
L'amour  dont  il  le  breton  ayme. 
A  ce  temps  qu'on  voit  prez  et  raime 
De  fuille  et  de  fleur  revestir, 
Et  qu'on  oit  ces  boys  retentir 

4640  Dez  doulx  chans  des  oyseaulx  sauvages, 
Veult  li  bons  ducs  vaillans  et  sages, 
Un  jour  de  Pasques  jour  [sic)  tenir  : 
Plenté  de  gent  y  fait  venir 
Et  les  barons  de  mainte  terre. 

4645  En  leur  pays  envoye(r)  querre 
Galeren  parens  et  cousins, 
Et  ses  homes  et  ses  voisins, 
[17  v"]    Et  maint  loingtain  de  grant  renon 
La  sont  assemblé  Bourgoignon, 

4650  Et  Loherenc  et  Alemant. 

Et  par  prière  et  par  commant 
Flamans  y  a,  et  Avaloys, 
Et  Brebenchons,  etBouloignoys, 
Et  autres  que  li  dus  assemble. 

4655  Maint  y  reviennent,  ce  me  semble. 
Pour  Galeren,  le  damoisel. 
Ce  sont  Berruier  et  Mancel, 
Françoys,  Normans  et  Poitevin, 
Gascon,  Breton  et  Angevin, 

4660  Toute  la  fleurs  et  li  effors. 

Dont  vient  au  breton  grant  confors, 
Et  grant  soulaz  et  grant  honneurs. 


—  123  - 

Tant  y  a  dames  et  seigneurs 
Qu'en  Mez  ne  puent  hebergier, 

4665  Ainz  en  convient  le  tiers  logier 

Aux  champs,  et  leurs  paveillons  tendre. 
N'en  puet  passer  sans  moult  despendre 
Li  ducs  qui  le  bret  fait  armer, 
Et  ces  compaignions  acesmer, 

4670  De  quanqu'a  chevalier  amonte. 
Pour  l'ouneur  Galeren  le  conte 
Fait  li  ducs  atourner  Guynant, 
Et  maint  damoisel  avenant, 
Qui  du  pays  sont  d'Osteriche. 

4675  Galeren  vest  un  haubert  riche 
S'a  ses  chausses  de  fer  laciéez. 
Qu'en  li  a  telles  pourchaciées 
Que  trenchant  n'en  doubte  la  maille. 
Un  duc  li  lasse  la  ventaille, 

4680  Et  un  autre  li  met  ou  dos 

Ung  samit  d'Inde  de  grant  los, 
Ou  ses  cougnoissances  sont  faictes. 
Ou  il  a  egles  d'or  pourtraictes, 
Une  davant,  l'autre  derrière. 

8  r"]    De  ce  meismes  a  baniére 

Riche,  et  parant,  et  de  grant  feste. 
Li  tiers  li  a  mis  en  la  teste 
Le  heaulme  qui  a  or  luist  eler. 
Oncques  Françoys,  Griffons,  n'Escler 

4690  Ne  virent  plus  bel  ne  plus  gent  : 

Qu'il  vault  plus  de  cent  mars  d'argent. 
Que  pour  les  pierres,  que  pour  l'euvre, 
Que  pour  l'or  qui  entour  le  cueuvre. 
Bien  l'a,  cil  qui  le  donne,  amé. 

4695  Aussi  sont  tuit  li  autre  a[r]mé 
Chascun  selon  sa  congnoissance. 
«  EnAlemaigne,  ne  en  France, 
N[e]  en  duché,  ne  en  royaume. 
N'a  plus  séant  a  tout  [le]  heaulme  », 

4700  Ce  dient  privé  et  estrange 

Du  bret.  S'emporte  la  louenge 


—  124  — 

De  la  biauté  et  de[l)  déport. 

Ne  n'est  que  Guynant  ne  l'em  port 

Envie  plus  que  il   ne  seust. 

4705  Li  brez  du  duc  s'onneur  requeust, 
Qu'il  li  chance  l'esperon  destre, 
Si  com  la  coustume  seult  estre. 
Ainsi  fait  aux  autres  sans  terme. 
Un  qucns  l'autre  esperon  li  ferme. 

4710  Et  li  autre  en  ront  leur  hounour 
Soit  de  conte  ou  d'autre  seigneur, 
Qui  par  les  renz  leur  vont  chaucier. 
Une  espée  a  trenchant  acier, 
Clére  et  lettrée,  a  pomel  d'or, 

4715  Que  li  dus  prent  en  son  trésor, 
(Et  fu  emblée  en  Babilloine, 
S'est  le  feurre  de  Calidoine, 
Moult  bien  ouvré  a  belles  renges) 
Donne  au  breton,  voiant  estranges, 

4720  Li  dus.  Si  li  a  dit  :  «  Amys, 
A  celi  en  qui  Dieux  a  mis 
De  ceulx  qui  ceens  sont  venu 
"18  v°]  Soit  en  jenne,  soit  en  chanu. 
Plus  de  loenge  et  de  proesce, 

4725  Si  tu  l'i  voiz,  si  t'i  adresse, 
Et  si  li  prie,  de  par  moj, 
Pour  ce  que  Dieu  puit  mettre  en  toy 
Les  grâces  dont  Dieu  l'a  fait  oste, 
Que  ce  branc  te  ceigne  a  ta  coste.  » 

4730       Galeren  a  l'espee  prise, 

Qui(l)  partout  tant  esgarde  et  vise 
Qu'il  voit  le  vaillant  Brundoré. 
Damedieu  enaaouré. 
Car  c'est  le  plus  vaillant  de  terre. 

4735  Puis  li  va  doulcement  requerre 
Que  de  l'espée  houneur  li  face. 
Et  cil  li  ceint  tantost  et  lace, 
Voiant  tous,  au  costé  senestre. 
Puis  li  donne,  de  lafmain  destre, 

4740  La  collée  qui  signifie:^ 


—  125  — 

L'ordre  de  la  chevalerie, 

Et  si  li  a  dit  au  donner  : 

<(  Chevalier,  Dieux  te  puit  tourner 

A  si  grant  houneur  en  la  somme 

4745  Qu'il  face  de  ton  corps  proudomme, 
En  pencer,  en  dit  et  en  fait.  » 
Aux  autres  a  tout  aussi  fait. 
L'escu  au  coul  a  l'egle  d'or 
Li  met  la  duchesse  au  chief  dor, 

4750  Pour  l'amour  sa  fille  Esmerée. 
Tant  est  courtoise  et  hounourée 
Qu'aux  autres  fait  aussi  pour  li. 
En  toute  la  court  n'a  celi 
Qui  ne  l'en  tiengne  a  dame  entière. 

4755  Pour  a  Dieu  faire  leur  prière 

Vont  tous  au  moustier  ojr  messe. 
De  haultes  gens  y  a  grant  presse 
Et  d'autres  qui  ont  esgardé 
[64  r°]  Ceulx  qui  messe  oient  touz  armé, 

47G0  Hyaulmes  eschiez  et  fer  vestu, 
Espées  ceintes  ;  car  tel  fu 
Anciennement  la  coustume. 
Esmerée  le  bret  alume 
Son  cierge,  et  davant  li  le  tient. 

4765  Guynant  a  peine  s'en  soustient 
D'envie  sur  piez  qu'il  ne  chiece. 
Honte  li  est  qu'il  ne  s'aciece. 
Assiz  s'est,  qu'il  ne  puet  droiz  estre. 
Apres  le  service  a  le  prestre 

4770  Commenié  les  adoubez. 

Des  evesques  et  des  abbés 
Et  du  clergié  y  a  grans  routes. 
Escomunchié  sont  tuit  et  toutes, 
Puis  s'en  repèrent  pour  disner  ; 

4775  Que  li  ducs  a  fait  atourner 

Le  mengier  si  grant  et  si  gent 
Qu'assovir  en  pourroit  la  gent 
Qui  sont  a  Reins  et  aNevers. 
L'en  oste  aux  armez  les  haubers, 


—  126  — 

4780  Heaulmes,  chauces,  escuz,  espées. 
Robes  qu'en  leur  a  aportées 
Ont  vestues  li  chevalier 
Qu'en  leur  a  fait  coudre  et  taillier 
De  dras  de  soie  ou  luitli  ors, 

4785  Qui  sont  fait  en  la  terre  aux  Mors  ; 
Et  les  pennes  en  sont  d'ermines. 
Parmy  les  dos  et  les  poitrines 
Des  robes  pairent  d'or  les  listes. 
Plus  biaux  chevaliers  ne  veistes, 

4790  Ne  ne  verrez  qu'est  li  bretons. 
En  un  surcot,  clos  a  boutons 
Et  a  pierres  entour  la  bouche, 
Est  Galeren  qui  amour  touche 
Jusq'u  cuer  Esmerée  et  trenche. 

4795  Au  laver  li  tient  une  manche 
Un  ducs  et  l'autre  la  duchesse 
[64  v°]  Qui  de  faire  joie  ne  cesse. 

Et  puis  sont  assis  au  mengier. 
Bien  sont  servy  et  sans  dangier, 

4800  Car  li  dus  a  la  table  sert, 
Et  par  les  biens  de  li  désert 
Le  service  de  Galeren 
Le  bret  qui  l'a  servy  meint  an, 
Sert  du  vin  en  la  coulpe  d'or. 

4805  Entre  madame  Melior, 

La  duchesse,  et  li,  ce  me  semble, 
Boivent  et  menjuent  ensemble, 
Et  Brundorés,  avec  la  fille, 
Qui  en  son  cuer  Guynant  avilie, 

4810  Et  le  breton  loue  et  amonte. 

Apres  mengier  vienentli  conte, 
Et  les  chançons  [et]  les  ystoires  ; 
Cil  les  dit  faulses,  cil  les  dit  voires, 
Et  cil  vielle,  et  cil  estive. 

4815  Mais  Esmerée  est  moult  pensive, 
Et  Galerens  aussi  pensiz. 
Cy  en  a  cinq,  cy  en  a  sis. 
Qui  contes  oient  et  parolles  {sic). 


—  127  — 

Mais  les  cuers  a  ceulx  ailleurs  volent, 

4820  Que  celle  a  Galeren  s'acorde, 
Et  li  brez  de  li  se  descorde  ; 
Car  autre  déduit  le  déporte 
Qui  son  pencer  a  Fresne  porte. 
C'est  a  Pasques,  au  novel  temps, 

4825  Que  chevaliers  est  Galerens. 
A.  grant  joye  en  Mez  la  cité. 
Pour  la  haulte  soUemnité, 
N'ont  mie  aux  armez  entendu, 
Jusqu'à  demain  ont  attendu 

4830  Galeren  et  si  compaignon. 
Et  cil  qui  tendent  au  renon, 
Et  au  priz  pour  eulx  mettre  avant. 
Li  brez  le  jour  s'arme  devant. 
[65  r°]  S'est  yssuz  de  la  cité  hors. 

4835  Tous  li  autres  ont  armé  leur  corps 
Des  adoubez  jusqu'à  quarante. 
La  a  drecie  mainte  hante 
De  coulour  teinte  a  Ijonciaux, 
Laventelle  maint  penonciaux, 

4840  La  puet  on  maint  escu  veoir, 

Et  maint  homme  de  grant  povoir, 
Maint  heaulme  et  mainte  congnoissance, 
Et  maint  destrier  de  grant  puissance 
Qui  son  seigneur  roidement  porte. 

4845  Lance  ou  poing  qui  n'est  mie  torte 
Tient  le  damoisel  de  Bretaigne, 
Qui  siet  sur  Passeavant  d'Espaigne 
Dont  li  bons  ducs  li  a  fait  don. 
Ne  le  veult  poindre  a  bandon, 

4850  Ainz  chevauche  avec  Brundoré, 
Qui  le  tient  par  le  frain  doré, 
Davant  touz  le  trait  dur  arçon. 
Si  li  devise  sa  leçon. 
Comment  il  doit  lance  tenir, 

4855  Et  son  escu  faire  venir 

Davant  son  piz  a  l'assemblée, 
Comment  il  doit  traire  l'espée, 


—  128   — 

Chacier,  guenchir  et  encontrer, 
Cheval  poindre,  et  en  presse  enirer, 

4860  Et  a  meschief  yssir  d'estour. 

Mainte  guenche  et  meint  bon  tour 
Li  a  moustré,  et  cilTaprent, 
Qui  depuis  de  rien  n'en  mesprent, 
Tant  y  a  mise  peine  et  cure, 

•1865  Le  sens  l'en  donne  ausques  nature 
Qui  l'orne  rent  ou  sage  ou  sot. 
Nuls  ne  puet  faire  de  buysot 
Espervier  ne  gentil  oysel. 
Cil  laisse  aller  le  damoisel, 

4870  Et  a  Damedieu  le  commande. 
[65  v°]  Galeren  point  par  my  la  lande 
L'escu  au  col,  ou  poing  la  lance, 
Et  outre  les  autres  s'avance 
Si  bien,  et  fait  si  bel  eslez, 

4875  Qu'onques  de  tel  ne  fu  faitplez, 
Ne  diz,  ne  contes  d'aventure. 
Li  brez  le  cheval  ramesure, 
Si  retourne  les  saulz  menuz. 
Guynant  est  encontre  venuz, 

4880  Qui  la  jouste  demande  et  veult. 
Galeren  le  destrier  esqueust 
Aux  espérons  dont  il  le  touche, 
Le  frain  litrestire  a  la  bouche, 
Si  le  fait  saillir  lance  et  demie. 

4885  Guynant  li  vient  par  arramie, 

Qui  jusqu'au  sang  broche  le  sien, 
Ferir  cuide  le  breton  bien  ; 
Mais  li  ne  son  cheval  n'adoise, 
S'en  est  honteux  et  trop  l'en  poise. 

4890  Mais  li  brez,  qui  vers  li  s'ezlesse, 
A  l'aprouchier  sa  lance  besse, 
Si  r(i)  a  en  my  le  piz  ateint. 
En  l'escu  le  fiert  que  le  teint 
Et  le  fust  li  perse  et  maumet. 

4895  La  force  de  son  corps  y  met  ; 

Mais  le  haubert  lance  ne  doubte. 


—  129  — 

Et  Galeren  si  fort  le  boute 

Et  empeint  qu'il  brise  sa  lance, 

Teste  desouz  jus  le  balance 

4900  Par  dessus  la  croupe  au  destrier, 
Que  mestier  ne  li  ont  estrier, 
Ne  cengles,  ne  poitral,  n'arçons. 
Ne  s'en  part  pas  comme  garçons, 
Quar  au  passer  outre  qu'il  fait, 

4905  L'espée  de  son  fuerre  trait, 
Sans  arrester,  et  maintenant 
S'en  fiert  un  compaignon  Guynant, 
[66  po]    Amont  par  my  le  lujsant  heaulme. 
La  coifle  li  vauit  un  reaulme, 

4910  Qu'il  en  fust  venu  [a]  meschief  ; 
En  deux  moitiez  eust  le  chief 
Pourfendu,  se  ne  fust  la  maille. 
En  tel  manière  et  en  tel  taille 
Va  le  bret  lez  (sic)  Gujnant  requerra. 

4915  Nuls  ne  fiert  qui  ne  vole  a  terre. 

Chascun  des  siens  y  est  moult  preuz. 
Quant  li  dus  [s]"est  fera  entr'  euz 
Et  li  autre  hault  homme  ensemble, 
Li  ducs  les  départ  et  dessemble, 

4920  S'en  rit,  et  grant  feste  en  demeine. 
Galeren  par  le  frain  enmaine. 
Et  les  Bretons  tous  en  retourne. 
Gujnant  a  remonter  s'atourne, 
Qui  la  journée  terne  a  honte. 

4925  Chascun  des  siens  après  remonte, 
En  Mez  repairent,  si  descendent, 
A  desarmer  leurs  corps  entendent. 
Desarmé  sont  et  revestu 
Li  Breton  et  li  abatu. 

4930  Lavé  ont  et  puis  ont  mengié, 
N'ont  mie  encores  prins  congié. 
Ainz  y  départ  le  duc  meint  don 
Car  il  y  met  [tôt]  a  bandon 
Or  et  argent,  robes  et  dras, 

4935  Roncins,  destriers,  pallefroiz  cras, 

9 


-  130  — 

Et  armes,  et  autre  richesce-. 
Li  brez  y  moustre  sa  largesce, 
Car  son  avoir  y  abandonne. 
Tant  y  départ,  et  tant  y  donne 
4940  Que  meint  povre  y  fait  du  sien  riche. 
Neis  les  gens  Guynant  d'Osteriche . 
Le  prisent  plus  que  leur  seigneur. 
Tant  fait  a  tout  le  siècle  hounour 
Qu'il  n'y  a  celi  bien  n'en  die 
4945  De  Bretaigne  et  de  Normendie. 
[66  v°]  Et  sont  les  chevaliers  [a]  aise, 
Et  Brundoré  le  col  li  baise, 
Et  moult  en  a  lié  le  courage, 
Pour  ce  qu'apertle  voit  et  sage, 
4950  Et  qu'a  son  jouster  a  apris 
Qu'il  sera  chevalier  de  pris. 

Esmerée,  qui  tant  est  blanche, 
A  ris  souvent  dessouz  sa  manche, 
De  Guymant  {sic)  qui  si  a  jousté 
4955  Qu'a  terre  en  a  joint  le  costé. 
Feste  et  joye  en  va  démenant. 
A  l'eure  de  nonne  sonnant 
Entre  un  messagiers  en  la  ville; 
Ne  semble  mie  que  de  guille 
4060  Ne  de  menç-onge  servant  voise. 
Son  cheval  guaires  ne  s'envoise, 
Qu'es  quatre  piez  n'a  clou  ne  fer, 
Et  li  variez  semble  d'enfer 
Eschappez,  tant  a  chevauchié 
4965  Qu'il  a  le  visage  séché, 

Megre  et  lialé.  A  tant  s'aproche, 
Brochant  le  cheval  qui  tout  cloche, 
Du  palays  qu'au  perron  descent. 
Voiant  de  barons  plus  de  cent, 
4970  Est  venu  au  duc,  sil(e)  salue, 
Puis  li  dit  qu'or  li  est  faillue 
Vertuz  et  hounour  et  proesce  ; 
Si  li  dit  :  «  Que  la  grant  haultesce 
Qui  en  vous  est  sent  [sic)  nostre  marche  ! 


—  131  — 

4975  Li  roys  Flochiers  de  Danemarche 
Est  passez  oultre  en  vostre  terre, 
Et  si  vous  le  voulez  requerre, 
Trover  le  povez  en  Horlande, 
Garny  de  gent  et  de  viande  ; 

4980  Et  sont  par  le  pays  espars. 
Ja  l'a  demy  destruit  et  ars,  ' 
Ne  encore  ne  s'en  recroit.  » 
[67  r°]    Li  ducs  le  varle(r)t  bien  en  croit, 
Qui  est  ses  homs  riches  et  haulx. 

4985  Or  est  li  ducs  assez  mains  baux, 
Et  plus  en  a  la  chiére  basse. 
Les  barons  de  sa  court  amasse 
Les  plus  puissans  privéement. 
Si  leur  a  prié  doulcement 

4990  Qu[e]  il  [l'Jen  aydent  et  conseillent, 
Car  s[e]  ilz  pour  li  se  travaillent, 
Guerredonner  bien  leur  savra. 
Ils  responnent:  «  Or  y  perra. 
Ja  ne  sarrez  sur  nully  courre 

4995  Que  nous  ne  vous  aillons  secourre, 
Mais  mouvez  le  matin  au  jour,  n 
Or  n  ot  entr'eulx  point  de  séjour; 
Car  des  l'avesprée  s'atournent  : 
L'endemainde  Mez  tous  s'entournent, 

5000  Si  ne  finent  jusqu'en  Horlande. 
Tant  a  de  gent  et  tant  en  mande 
Li  ducs  après  li,  qu'or  puet  dire 
Qu'il  ne  doubteroit  tout  l'empire. 
A  i'ost  qu'il  meine  et  au  conroy 

5005  Tant  aprouchie  {sic)  Fiochier  le  roy, 
Tant  le  sieult,  et  tant  le  pourmeine, 
Qu'il  l'embat  en  honteuse  peine, 
Car  son  ost  destruit  et  maumet. 
Galeren  quanqu'il  puet  s'i  met 

5010  Et  embat  en  pluriex  meschiez, 

Tant  qu'en  [dit]  qu'il  en  est  li  chiez 
De  I'ost  et  tout  li  mielx  vaillans. 
A  son  brant  qui  bien  est  taillaiis 


—  132  — 

Mahaignc  Danois  et  détaille. 

5015  Le  roy  Flochier  prent  en  bataille 
Et  rent  le  duc,  volant  sa  gent. 
Tant  donne  au  duc  or  et  argent, 
Pour  ses  despenset  ses  dommages, 
Li  roy  Flochiers  et  livre  ostages 

5020  De  paix  tenir  a  son  povair, 
[67  vj   Que  il  doit  bien  au  duc  seoir. 
Bien  li  siet  qu'il  en  est  bien  fis. 
Ainsi  s'en  départ  desconfiz 
Li  roys  Flochiers  oultre  la  mer. 

5025  Le  duc  doit  Galeren  amer 
Et  Brundoré,  le  chastelain  : 
N'ont  mie  ouvré  comme  villain 
Vers  le  duc,  ainz  l'ont  servy  bel. 
Tant  feist  Galeren  cembel, 

5030  Ne  tant  se  meist  au  jouster, 

Ne  voult  onc(ques)  la  manche  porter 

Que  s'amie  li  présenta, 

Car  du  maumettre  se  doubta 

Ou  il  la  peust  moult  tost  perdre. 

5035  Si  ne  se  seust  mais  aerdre 

A  chose  nulle  en  mj  le  monde 
Qui  li  representast  la  blonde 
Fresne,  qui  si  fort  le  demaine. 
Li  ducs  retourne  enLo[e]rraine, 

5040  S'en  maine  Galeren  o  ly 
Et  Brundoré.  N'y  a  cely 
Des  autres  qui  le  sien  n'emport. 
Guynant  qui  ayme  le  déport 
D'Esmerée  ei  le  doulx  soulaz, 

5045  Qui  le  tient  priz  aux  courans  laz, 
Est  retourné  avec  le  père. 
Grant  teste  fait  avec  sa  mère 
Esmerée  de  ceulx  qui  doivent 
Retourner,  et  bien  les  reçoivent 

5050  Comme  elles  pueent  faire  plus. 
Galeren  le  bret  a  li  ducs 
Huit  jour[s]  détenu  et  Guynant, 


—  133  — 

Et  Brundoré,  sil(e)  va  menant 

Et  par  rivière  et  par  forest. 
5055  Un  jour  li  ducs  séjournez  s'est 

Qu'il  ne  se  set  a  quoy  entendre. 

Galeren  va  les  eschez  prendre, 
[68  r"]    Si  joue  aGuynant  pour  un  mat. 

Ainsi  se  déporte  et  esbat  ; 
5060  Le  bret  y  fait  meint  soutil  tret, 

Guynant  plus  de  li  y  mescret. 
Joué  ont  jusques  près  de  tierce  : 

D'un  seul  paon,  et  d'une  fierce. 

Et  de  son  roy,  et  d'un  auffin 
5065  A  maté  Guynant  en  la  fin 

Galeren,  qui  moult  lié  se  fait. 

N^a  envers  Guynant  plus  meffait  ; 

Et  cil  qui  jeu  souffrir  ne  puet. 

Par  si  grant  ire  s'en  esmuet, 
5070  Qu'il  le  ledenge  de  contrueve. 

Et  le  roy  Artu  li  repreuve 

Que  le  chat  occist  par  enchaus. 
•    De   ce  n'est  point  Galeren  chaus 

Ne  embrasez  de  maltalent. 
5075  Et  cil  va  toutevoys  parlant 

Et  Galeren  qui  rit  lesdenge  ; 

D'un  mot  ausques  cuisant  se  venge 

Qu'il  a  contreuvé  mal  séant  : 

Breton  l'apele  recréant 
5080  Et  aux  autres  Bretons  s'esclere. 

((  Il  ont  parole  sans  plus  faire, 

Ce  di[t],  n'en  eulx  n'a  fors  vantise.  » 

De  ceste  reprouche  s'atise 

En  grant  maltalent  Galerens, 
5085  Mais  il  respont  comme  assez  frans: 

«  Sire  Guynant,  fait-il,  mercy, 

Ne  blamez'plus  les  Bretons  cy; 

Estre  courtoys  doivent  amant. 

Se  sommez  mauves,  Alemant 
5090  Certes  sont  vaillans  gens  assez.  » 

—  «  Cil  vous  ont  de  tous  biens  passez.» 


—  134  — 

—  «  Ne  valons  mie  pour  ce  mains  ; 
Par  Dieu,  Bretons  ont  aussi  moins 
Et  force  de  cuer  et  d'avoir 
[68  "V"]  Comme  autre  gent  puent  avoir, 
Ne  de  plus  prisier  ne  les  vueil. 
Mais  il  vous  est  venu  d'orgueil 
Qui  recréant  m'avez  clamé. 
Plus  que  vous  moy  vous  ay  amé, 
5100  Et  encore  vous  vueil  amer. 

Ne  n'en  vouldray  au  duc  clamer, 
Que(n)  n'a  mie  partout  ses  droiz, 
Mais  vous  estes  et  biaux  et  droiz, 
Et  si  vous  tien  a  moult  vaillant. 

5105  Bien  sçay  que  vous  par  mal  talent 
M'avez  honte  dite  et  laidure, 
Or  vous  respon  tant  de  mesure, 
Si  n'en  seoiez  ja  a  malaise. 
Nommez  une  court  qui  vous  plese, 

5110  Soit  davant  duc  ou  davant  roy, 
[Se]  de  la  honte  et  du  desroy 
Corps  a  corps  ne  me  puis  deffendre 
Vers  vous,  je  m' abandons  a  prendre.» 
Et  Guynant  a  ce  mot  s'acoise 

5115  Qui  n'a  cuer  de  ceste  noise, 
N'envers  le  breton  aatie. 
Ne  pourquant  [c]il  li  a  partie 
Autre  parchon,  oyant  sa  gent, 
Si  li  ra  dit  et  bel  et  gent  : 

5120  «  Et  se  ce  ne  vous  plaist  a  prendre 
Ouez  a  quoy  je  vueil  entendre  : 
Nous  sommes  nouviau  chevalier. 
Si  nous  devrions  esveiller 
En  acquerre  los  et  proesce. 

5125  Cil  que  amours  a  en  destresse 
Se  doivent  plus  qu'autre  pener 
Qu'a  hounonr  puissent  assener. 
Et  vous  en  estes  un,  ce  croy. 
Je  envers  vous  et  vous  vers  mo}' 

5130  Un  tournoiement  plevissons, 


—  135  — 

Soit  ou  [a]  Rains  ou  a  Sessons. 

Si  ameint  chascun  son  povair. 
[69  ro]  Adonc  y  pourra  Ten  veoir 

Qui  le  mieulx  est  au  départir.  » 
5135  A  ce  se  veult  bien  assentir 

Guynant  encontre  Galeren. 

Aux  octieves  de  saint  Jehan 

Sera  entre  Challons  et  Rains. 

Si  le  plevissent  de  leur  mains. 
5140      N'en  mentiroit  pour  mil  mars  d'or 

Li  brez,  qui  prent  a  Melior 

Et  au  duc  Tendemain  congié. 

Esmerée  a  la  nuytsongié. 

Un  songe  hideux  qui  l'afolle, 
5145  Qu'elle  portoit  une  grant  mole 

Amont  une  montaigne  sus, 

Puis  la  relessoit  rouler  jus, 

Et  puis  querre  la  revenoit, 

Reporter  sus  li  convcnoit, 
5150  Si  la  relessoit  jus  ch[e]oir 

(Ce  songe  cuidoit  estre  voir), 

Oncques  ne  faisoit  autre  chose. 

Davant  les  gens  duel  faire  n'ose 

Pour  Galeren  qui  s'en  départ, 
5155  De  parler  a  li  d'une  part, 

Pour  son  père  qui  le  convoie. 

Par  le  songe  est  bien  mise  a  voie 

Que  l'amour  Galeren  li  fault. 

A  li  amer  autant  li  vault, 
5160  Comme  ou  songie  {sic)  porter  la  mole. 

Ne  pourquant  amer,  corne  foie, 

Le  veult,  encore  ne  l'aint  il. 

Tuit  li  baisent  et  celle  et  cil, 

Et  il  a  congié  pris  a  tous. 
5165  Li  dus,  qui  tant  est  frans  et  dous, 

L'a  deux  journées  convoie. 

Et  Galeren  li  a  prié. 

Que  s'il  y  a  besoing  ne  guerre, 

Qu'il  preigne  li  prest  et  sa  terre. 


—  136  — 

5170  Si  l'a  mercié  de  s'onnour 
[69  v°J    Non  cora  amy  mais  com  seigneur. 
Et  11  ducs  ausques  li  espont 
De  son  pence,  si  li  respont  : 
«  Quens  Galeren,  dieux  vous  conduie! 
5175  Vous  convoier  rien  ne  m'ennuie, 
Que  je  vous  aign  par  bonne  foy, 
Et  vouldroie  que  vous  a  moy 
Eussiez  aucune  aliance, 
Dont  plus  durast  nostre  acointance.  » 

5180  Et  puis  se  départent  a  tant. 
Galeren  erre  et  va  tant 
Ce  que  li  ducs  li  a  promis, 
Mais  il  a  son  cuer  ailleurs  mis. 
Bien  voit  qu'il  li  donroit  sa  fille. 

5185  Ne  prise  du  monde  une  bille 
Tout  le  déduit,  fors  de  la  belle 
Dont  il  ne  puet  oyr  novelle 
Et  qui  l'a  mis  en  grant  doubtance. 
Tant  ont  erré  qu'ilz  passent  France, 

5190  II  et  si  homme.  Et  Brundorés, 
Li  bons  chastellains  hounourez, 
A  la  Roche  Guyon  le  maine. 
Pour  séjourner  une  sepmaine 
Tant  l'a  prié,  que  il  y  tourne, 

5195  Et  VIII  jour[s]  avec  lui  séjourne. 

Ne  vous  vueil  faire  trop  lonc  conte 
De  la  feste  qu'a  fait  le  conte 
Gente,  la  famé  Brundoré, 
Et  Flurie  au  biau  chief  soré, 

5200  Qui  plus  est  blonde  que  fin  ors. 
Gente,  sa  mère,  a  gent  le  corps 
Et  semble  de  grant  gentillesse, 
Comme  la  fille  au  roy  de  Perse. 
S'en  est  s'ainée  suer  royne, 

5205  Et  si  est  germaine  cousine 

Le  seigneur  qui  tient  Lo[ejrraine. 
Galeren  par  la  main  en  maine 
[70  r°]    En  chambres,  quant  salué  l'a, 


—  137  — 

Longuement  Ta  la  festoie, 

5210  Et  Fleurie  qui  lez  li  siet. 
Or  li  prie  que  ne  li  griet 
Gente,  qui  va  a  son  seigneur  : 
a  Belle  fille,  faictes  hounour, 
Fait  elle,  a  mon  seigneur  le  conte.  » 

5215  Celle  n'a  mie  trop  grant  honte, 
Ainz  est  courtoise  et  bien  aprise, 
N'est  vers  le  conte  de  riens  prise. 
Et  de  ce  a  riche  avantaige, 
Qu'il  la  voit  simple  et  belle  et  sage, 

5220  Et  ausquesbien  parlant  pucelle. 
Si  est  a  Fresne  suer  jumelle, 
Et  tant  la  ressemble  de  vis 
Qu'entre  ces  deux,  ce  m'est  avis. 
N'a  descorde  n'en  piez,  n'en  membre. 

5225  Cil  la  regarde,  si  li  membre 

De  l'amour  dont  il  est  soubzpris. 
Esbahiz  est  et  maz  et  pris  ; 
Si  dist:  «  Belle,  ne  vous  soit  grief, 
Ostés  la  guimple  de  vo  chief, 

5230  Qu'apertement  vous  vueil  v[e]oir.  » 
—  «  Sire,  ce  me  doit  bien  s[e]oir. 
Puis  que  vous  siet,  et  bien  le  vueil  », 
Fait  celle  ou  il  n'a  point  d'orgueil. 
Ostée  l'a.  Quant  cil  l'esgarde, 

5235  S'a  le  cuer  sans  sens  et  sans  garde, 
N'i  entent  raison  ne  devise, 
Entre  ses  braz  l'a  tantost  prise, 
Si  l'acole  et  vingt  foiz  la  baise, 
Cui  qu'il  soit  lait  ou  cui  qu'il  plaise. 

5240  Et  Fleurie  n'y  scet  qu'entendre, 
Qui  ne  s'en  puet  vers  li  deflfendre, 
Et  se  merveille  dont  ce  vient. 
Si  li  a  dit  :  «  Comment  advient, 
Biau  sire,  de  si  vaillant  homme, 

5245  Com  vous  estes,  qui  si  s'asomme 
[70  V]  De  grant  folie  et  de  grant  rage? 
Quant  une  famé  en  vostre  aace 


—  138  — 

N'avez  veue  n'ele  vous, 

S'i  vourrez  jouer  comme  espoux 

5250  Joue  a  espouse?  C'est  laide  ouvre. 
Fouis  est  amans  qui  ne  se  cuevre, 
Jusques  il  ait  aessay  mise. 
Si  d'amours  m'eussiez  requise, 
Ainoojs  que  vous  me  baillissiez, 

5255  Greigneur  hounour  y  eussiez, 
Et  je  le  voulsisse  octroyer. 
Pou  povez  voustre  esbanoier, 
Si  com  moy  semble  et  je  le  sens, 
Loer,  si  je  ne  m'y  assens. 

5260  Car  li  déduis  si  s'onor  porte 
Quant  entièrement  se  déporte 
Le  paire  et  met  deux  cuers  en  un.  » 
Pour  tout  l'or  qui  est  a  Verdun 
Ne  la.vousist  avoir  baisiée 

5265  Galeren,  c'or  ail  baisiée, 

Ce  dist,  s' amie.  Or  s'en  repent. 
Tel  se  destruit  et  tel  se  pent 
Qui  Dieux  ne  va  si  fort  matant. 
De  la  chambre  se  part  a  tant, 

5270  Que  plus  demourer  ne  li  siet. 
Et  en  une  loge  s'assiet 
A  une  fenestre  de  marbre  ; 
S'esgarde  en  un  vergier  meint  arbre, 
Et  les  oyseaux  qui  y  font  feste. 

5275  Des  biaux  yeulx  pleure  de  sa  teste. 
Car  du  vergier  de  Biausejour, 
Li  souvint  ou  il  fu  maint  jour 
A  grans  déduis  avec  s'amie. 
Fait-il  fa  Com'estes  endormie  ! 

5280  Com  m'estes  esloignée,  belle! 

Quant  je  ne  sçay  de  vous  novelle. 
Encor  suis  je  plus  endormiz, 
Qui^si  estoie  or  arramiz 
[71  r"]  De  baisierj]une  famé  estrange. 

5285  S' elle  m'en  assault  et  laidenge, 
Certes  elle  a  moult  grant  raison, 


—  139  - 

Qu'i[l]  m'est  venu  de  trayson, 
Et  m'amor  avil  et  abays 
Quant  autrui  que  ma  mie  bajs. 

5290  J'abajs  m'amour?  Certes  non  faz, 
Ne  de  moj  pour  ce  ne  le  faz, 
N'ele  ne  s'en  courroucie  mie, 
Si  je  bays  la  semblant  m' amie. 
Ay  je  dont  {sic)  fait  si  grant  oultrage  ? 

5295  Enne  bays  je  souvent  s'ymage 

Qu'elle  a  en  sa  manche  pourtraicte? 
Quelle  raison  ay  avant  traite  ? 
Fresne  l'a  tyssue  a  ses  mains, 
S'en  y  a  fait  ne  plus  ne  mains 

5300  Qu'il  a  en  li,  si  la  ressemble. 

Par  foy,  greindre  resons  me  semble 
A  la  pucelle  de  ceens 
Qu'a  l'ymage,  qui  est  niens 
Envers  li,  qu'elle  me  présente 

5305  Fresnain,  tant  est  et  belle  et  gente. 
Et  pour  Fresnain  amer  la  vueil. 
Le  semblant  Fresnain  porte  en  l'ueil. 
En  nés,  en  bouche  et  en  visage. 
En  chief,  en  braz  et  en  cour[s]age, 

5310  Et  en  mainte  autre  contenance. 

Quand  je  n'ay  ceste  congnoissance 
S'elle  m'est  ou  morte  ou  faillie, 
Ne  m'est  pour  ce  toute  tollie. 
Si  m'en  escuet  (sic)  souffrir  la  perte. 

5315  En  ceste  la  voy  si  apporte 
Que  par  li  la  puis  recovrer. 
Dieux  com  scet  bien  nature  ovrer 
Qu'ainsi  me  fait  Fresnein  revivre! 
Et  puis  que  ceste  en  soy  me  livre 

5320  Ce  que  j'ay  perdu  si  grant  pièce, 
Ou  li  soit  bel  ou  il  li  siesse, 
[7i  v"]   Ne  m'en  repens  de  li  baisier. 

Ainz  me  devroit  [l'en]  moult  prisier, 
S'  amoyl'en  veilpour  Fresnein  traire, 

5325  Quant  autre  chose  n'en  puis  traire,  n 


—  140  — 

Li  cuers  tout  aussi  se  deglenge. 
De[lJ  courroux  et  de  la  lesdenge 
Que  la  pucelle  li  a  faicte 
S'esmaie  petit  et  deshaite, 

5330  Ne  mais  ne  se  veult  repentir. 
A  la  pucelle  fait  sentir 
D'une  novelle  amour  l'assault. 
Seule  en  la  chambre  s'en  assault 
Quant  parlé  a  si  durement. 

5335  Si  s'en  maudit  villainement, 
Pour  ce  qu'elle  sent  ja  devoir 
Que  del(i)  conte  pourra  avoir 
Jusqu'à  ne  gaires  grantmestier. 
Apres  li  se  met  au  sentier, 

5340  S'est  delez  li  seoir  venue, 
La  parolle  ra  maintenue, 
Si  li  a  dit  :  «  Sire,  mercy, 
Je  ne  me  vueil  partir  de  cy, 
Si  me  soie  avons  racordée. 

5345  Moult  m'avez  or  huy  regardée. 
Si  m'avez  moustré  grant  soulaz. 
Cil  cui  amours  prent  a  son  laz 
Ne  se  puet  mie  bien  donter, 
Ne  vous  estuet  de  moy  doubter, 

5350  Ne  vous  diray  mais  felenie. 
Quant  vous  jouez  sans  villanie 
Je  vueil  ausques  d'un  jeu  souffrir. 
A  vous  me  suis  venue  offrir, 
Que  je  l'ay^du  commant  ma  mère, 

5355  Qui  dit  que  je  vos  fusse  clére 

Et  vous  feisse  hounour  et  feste.  » 
Cil  la  regarde  en  vis,  en  teste, 
En  gorge,  en^coul,  en  braz,  en  corps, 
Si  la  voit  Fresnein  par  dehors 
'72  r°]   Et  prez  va  qu'en  Une  la  cuide. 
Quant  tant  y  a  mise  s'estuide, 
Si  li  a  dit  :  «  Ma  damoiselle, 
Cuers  qui  ayme  en  maint  lieu  oysele. 
En  maint  lieu  pence,  en  maint  lieu  va. 


—  141  — 

5365  Se  mes  deduiz  huy  vous  greva, 
A  moj  ne  vous  en  prenez  mie, 
Mais  prenez  vous  en  a  m' amie. 
Qui  m'a  fait  cest  oultrage  faire.  » 
Flourie  son  cuer  en  esclaire, 
5370  Qui  le  mot  n'entent  mie  bien. 
Par  tant  cuide  le  conte  a  sien, 
Et  com  soue  a  li  se  présente. 
Or  y  met  Galeren  s'entente. 
Et  pour  autruy  Tesgarde  et  ayme, 
5375  Si  Tapelle  s'amie  et  claime  ; 
Décevant  la  va  loyaument, 
Ne  de  rien  s'amour  n'en  desment. 
Et  s'on  li  voit  celi  mentir, 
S'amours  s'i  doit  bien  assentir, 
5380  Qu'il  ne  la  mue  ne  ne  change  ; 
Car  s'il  la  met  en  famé  estrange, 
N'a  s'amie  pour  ce  changie. 
Flourie  a  l'amour  hebergie 
Que  Galeren  li  a  prestée, 
5385  Si  ne  l'a  mais  fors  qu'empruntée. 
Celle  le  festoie  et  hounoure, 
Tant  que  li  temps  aprouche  et  l'eure 
De  mengier.  Si  leur  revient  Gente, 
Et  Brundorés,  et  plus  de  trente, 
5390  Qui  le  viennent  pour  mengier  querre. 
Ce  que  eaue  porte  et  airs  et  terre 
Ont  a  moult  grant  plenté  eu. 
A  grant  richesse  sont  peu 
Li  quens  et  tout  si  compaignon 
5395  Huit  jours,  a  la  Roche  Guyon, 
Et  festoie  et  hounoure. 
S'ont  a  la  famé  Brundoré 
[72  v°|  Li  breton  pris  congié  ensemble. 
A  leur  départir  pas  ne  semble 
5400  Flourie  lie  mais  doulente. 

Mais  li  quens,  qui  a  li  se  vante 
Qu'il  la  vendra  souvent  veoir, 
Li  rent  ausques  de  son  espoir, 


—  142  — 

Et  si  l'en  a  fait  conforter. 

5405  En  Bretaigne  pour  déporter, 
Enmaine  son  père  avec  li. 
Flourie  n'en  a  mie  ennuy, 
Ainz  en  a  plus  cler  le  menton, 
Quant  acointance  a  au  breton; 

5410  Bien  ajme  d'eulx  deux  l'amitié. 
De  l'aler  se  sont  exploicté, 
S'ont  envoyé,  quart  jour  ainçoj'S, 
Par  tout  le  pays,  a  bourgeoys 
Et  font  sçavoir  a  chevaliers 

5415  Qu'a  cens  viennent  et  a  milliers, 
0  eulx  leur  famés  pour  hounour, 
Encontre  leur  loyal  seigneur. 
Qui  repaire  de  Lo[e]rraine. 
Chascun  avec  soy  y  ameine 

5420  Ou  famé,  ou  fille,  ou  sa  parente. 
La  a  meinte  pucelle  gente. 
Qui  le  conte  acole  et  salue, 
Et  mainte  dame  sor  sambue, 
Maint  chevalier  de  grant  proesce, 

5425  Et  maint  bourgeois  de  grant  richesse. 
Et  maint  instrument  qui  cler  sonne  ; 
Si  semble  bien  que  Diex  y  tonne. 
Tant  y  a  grant  bruit  et  grant  noise. 
Chascun  y  fait  feste  et  envoise 

5430  Pour  la  venue  a  leur  seigneur. 
Nuls  homs  ne  vit  joie  greigneur 
Comme  il  li  demaine  chascuns. 
Joyaux  [sic)  en  est  ses  parens  Bruns 
Qui  sa  terre  li  a  gardée. 
[73  r°]  Nourrie  l'a  et  amendée 

Tant  com  il  fut  en  Lo[e]rreine. 
A  Nantes  font  une  sepmaine 
Feste  pour  leur  seigneur  le  conte. 
Or  ne  puet  mie  mettre  en  conte 
5440  L'ounour  qu'i[l]  fait  de  Brundoré  ; 
Tant  l'a  servy  et  hounouré, 
Com  le  puet  tenir  a  merveille. 


—  143  — 

Bruns  le  conte  loe  et  conseille 
Qu'aBrundoré  paront  le  preu 

5445  Pour  son  los  accroistre  et  son  preu, 
Et  tant  li  pait  et  tant  li  doigne, 
Que  Brundorés,  sans  mettre  essoigne, 
Soit  ses  plus  maistres  conseillers, 
Car  il  est  loyaux  chevaliers, 

5450  Haulx  lioms  sages  et  débonnaires. 
S'en  avra  moult  mielx  ses  affaires, 
Cil  a  compaignon  le  détient. 
Li  quens  cel  conseil  a  bon  tient 
Qu'il  voit  qui  vient  de  bonne  escolle  ; 

5455  Au  vaillant  Brundoré  parolle 
Si  li  donne  tant  et  promet, 
Que  cil  du  tout  a  li  se  met, 
Non  mie  pour  don  qu'i[l]  li  face, 
Mais  pour  avoir  sans  plus  sa  grâce. 

5460  Cil  vient  servir  et  conseillier, 
S'amera  moult  le  travaillier 
Qu'il  pourra  faire  en  son  servise. 
Brundorés  tantost  li  devise 
Et  loe  que  partout  envoit, 

5465  Car  aprouchier  le  terme  [voit] 
Del  tornoiement  qu'il  a  mis. 
Si  face  venir  ses  amis, 
Et  les  mielx  vaillans  de  sa  terre, 
S'envoit  loingtains  et  prouchains  querre, 

5470  Sans  espargner  or  ny  argent. 
Tant  qu'il  soit  si  garny  de  gent, 
A  Reins  au  terme  en  s'aunée, 
[73  v°]  Qu'il  chast  Guynant  une  journée. 
Et  qu'i[l]  li  rende  ses  oultrages. 

5475  Partout  envoie  ses  messages 

Li  quens  qui  en  a  cure  et  soing. 
Que  tous  viennent  a  son  besoing. 
Cil  de  Poitou  et  de  Bretaigne, 
Et  cil  de  France  et  de  Champaigne, 

5480  De  Flandres  et  de  Normendie. 
N'y  a  celi  qui  l'esconduie 


—  144  — 

De  ceulx  qui  sont  par  terre  errant, 
Et  los  et  renon  acquérant. 
A  maint  autre  le  fait  savoir, 

5485  Qui  niieulx  ayme  que  nul  avoir 
Et  les  cembiaus  et  les  estours. 
De  de  la  saint  Martin  a  Tours 
Jusqu'à  Troy[e]s  n'a  chevalier, 
C'om  sache  errant  ne  travaillier 

5490  Par  sa  proesce  en  los  acquerre, 
Qui  voulentiers  n'y  se  desserre. 
Garniz  d'atour  fres  et  novel 
Si  s'ahatissent,  par  revel, 
De  despendre  le  leur  sans  conte, 

5495  Pour  l'ounour  Galeren  le  conte. 
Tout  ainsi  s'apareillent  tuit. 
Par  maint  pais  mainent  grant  bruit 
Li  chevalier  nouvel  de  pris. 
Au  termine  qu'il  ontapris 

5500  S'assemblent  a  Reins  la  cité. 

Guynans  qui  rest  de  grant  fierté, 
N'espai'g[n]e  argent,  or,  n'autre  avoir, 
Qu'il  ne  face  partout  savoir 
Et  loing  et  près  ceste  hatie, 

5505  Tant  qu'il  a  bien  en  sa  partie 
.XV.  cens  chevaliers  ensemble. 
Guynans  a  Cha[a]lons  assemble. 
Si  sontdedenset  fors  logié. 
Galeren  ne  se  ra  targié, 

5510  Ainz  est  de  Bretaigne  partiz 
i'74  r"]  A  grant  compaign(e)e  et  ahatis 

De  monstre[r]  d'armes  son  povoir. 

Brundorés  le  maine  veoir 

Ce  que  ses  cuers  faulcement  veult, 

5515  Et  dont  il  loiaument  se  deust. 
Loyaux  en  est  en  son  douloir, 
Et  s'en  est  faulx  en  son  povoir. 
S'a  ainsi  faulce  loyauté 
En  soy  et  loyal  faulceté. 

5520  Par  quoy  amours  nel(e)  doit  reprendre 


—  145  — 

S'ele  soit  loyauté  entendre, 
Car  s'il  ayme  autrui  pour  s'amie, 
Amours  ne  le  doit  blasmer  mie, 
Qu'il  n'ayme  des  deux  fors  que  l'une. 

5525  Ne  veult  le  soulail  pour  la  lune 

Changier.  N'y  puet  son  [sens]  atraire. 
S'entre  en  un  merveilleux  contraire 
D'estrange  amour  dont  il  s'encombre. 
Aussi  com  Narcisus  de  s'ombre 

5530  Fu  en  la  fontaine  soupris 
Galeren  est  de  l'ombre  pris 
Fresnain,  ce  est  de  son  semblant. 
Ainsi  li  va  Fleurie  emblant, 
Qui  la  ressemble,  son  courage. 

5535  Grente,  qui  est  vaillant  et  sage, 

Fait  faiste  (a?'c)  quanque  puet  le  conte, 
Quant  il  s'en  départ  et  il  monte, 
Fleurie,  qui  n'est  mie  aese  ; 
Ens  en  son  cuer  m[il]  foiz  la  baise, 

5540  Et  cil  au  départir  l'acoUe  : 
Li  cuers  dedens  a  Fresne  vole 
Si  n'en  a  que  les  braz  Fleurie. 
De  tant  com  en  voit  est  garie, 
Et  cil  de  tant  s'en  rassouage. 

5545  Ne  séjournent  mie  a  oultrage, 

Ainz  se  départent,  si  s'en  tournent, 
Nulluy  jusqu'à  Reins  ne  séjournent, 
Richement  y  sont  herbergié. 
[74  v°]   Maint  hault  home  a  dehors  logié, 

5550  Pour  le  déduit  du  temps  serain. 
Dieux!  il  y  a  tant  cler  lorrain 
Burny  a  or,  et  tant  poitral, 
Ouvré  a  pierres  de  cristal, 
Et  tante  celle  bien  taillie, 

5555  Tante  couverture  maillie, 

Tant  destrier  et  tant  palefroy, 
Qui  bénissent  par  grant  effroy, 
Tant  penoncel,  tante[s]  baniére[s] 
Fremée[s]de  plusieurs  maniére[s], 

10 


—  MG  — 

5560  Tante[s]  lance[s]  de  couleur  taintes, 
Haubers  et  cauches  de  fer  maintes. 

Y  repovez  veoir  rouler 
Tante  espée,  tant  heaulme  cler 
De  grant  richesse,  et  tant  escu(z) 

5565  Et  par  les  champs  tant  tré(s)  tendu(8), 

Dont  li  pomel  a  or  flamboient. 

Il  esgardent  tuit  cil  et  voient 

Qui  d'une  luie  (sic)  les  aprouchent. 

Diex  !  tant  bon  cheval[ier]  y  brochent, 
5570  Qui  essaiant  vont  leurs  chevaulx. 

Et  par  champaignes  et  par  vaulx, 

Vestus  de  robes  avenans. 

De  tous  les  biens  lor  est  venans 

Et  suians  (sic)  plentez  et  foisons. 
5595  C'est  de  forest  la  venoisons, 

Et  de  poissons  de  mer  et  d'Ayne. 

A  tel  planté  com  glan  de  chesne 

Y  est  li  pains  blans  comme  noiz, 
Et  li  bons  vins  de  Soissonnojs 

5600  Et  cil  d'Auverre  et  de  Loon. 
D'autre  part  le  fruit  j  ra  on. 
A  si  bon  temps  c'om  y  amaine 
Et  l'erbe  et  le  feurre  et  l'avaine, 
Que  nulle  eure  n'en  ont  besoigne. 
5605  Le  jour  de  terme  sans  essoigne, 
Viennent  en  la  pièce  de  terre 
[75  v°]  Ou  ilz  veulent  honnour  acquerre. 

Encontre  eulx  vient  en  la  champaigne 
Gujnans,  a  toute  sa  compaigne, 
5610  Et  sont  souz  un  tertre  arresté. 
Alemans  y  a  a  plenté, 
Et  Avaloys  et  Brebenchons. 
Entr'  eulx  demeinent  grans  tenchons 
Et  grant  orgueil  en  leur  langaige. 
5615  Le  jour  cuident  avoir  bon  gaige 
Et  de  Bretons  et  de  Françoys; 
Mais  maint  archons  y  ert  ainçoys 
Fraiz,  et  vuidé[e]  mainte  selle, 


—  147  — 

Soit  ou  pour  dame  ou  pourpucelle, 
5620  Et  mainte  lance  en  tronçons  mise, 
Brundorés  le  tournoy  devise 
Par  devers  Galeren  le  bret. 
Chascuns  des  haulx  hom[e]s  se  met 
Par  soy  etdresce  sabaniére. 
5625  Galeren  est  de  bonne  chiére, 
Et  s'a  le  cuer  de  grant  confort 
Sen  (sic)  Passeavant  son  destrier  fort. 
De  toutes  armes  est  armés, 
Entour  lui  a  bien  acesmez 
5630  Ses  .x.  compaignons  de  Bretaigne. 

Sus  leurs  courans  chevaulx  d'Espaigne, 
Sient  armé  d'un  seul  conroy, 
Hardiz  et  preu   sans  grans  desroy, 
Tiennent  lances  a  tout  panons. 
5635  Nommer  en  sçay  de  tous  les  noms  : 
Dukezy  est  de  Quornehont, 
Qui  est  du  linaige  au  Morhont, 
Et  siet  sur  Ferrant  de  Venisce. 
Gornemans  de  la  Maie  Lice 
5640  Y  siet  sur  Malreé  le  bay; 

Bandons,  li  filz  au  duc  d'Angay, 
Y  est  sur  le  courant  liart, 
Plus  a  vermaulx  de  feu  qui  art 
Yeux  et  narines  et  oreilles  ; 
[75  v°]  Li  sires  del  Lit  as  vermeilles, 
Nathanahors  d'Esquanaron, 
I  siet  sur  le  meilleur  vairon 
Qui  sur  doz  eust  onques  selle  ; 
Sor  le  Mor  y  est  de  Tudele 
5650  Blandins  de  la  Forest  oscure  ; 
Li  Blonz  des  liiez  d'aventure 
Siet  sur  le  Sor  de  Portigal  ; 
Encoste  li  le  preu  Rigal, 
Qui  filz  est  au  forestier  Blon, 
5655  Oncques  en  pié  n'ot  fer  ne  clou 

Ses  destriers  Fauveaus  deTolete. 
Li  fillastres  Gorfrain  la  Brete, 


—  lis  - 

Porûllionz  du  Gué  trenchant 
Arondel  y  va  chevauchant, 

5660  Qui  oncques  ne  gousta  d'aveine, 
IN'oncques  ne  fu  seignez  de  vaine, 
Si  court  plus  que  ne  vole  aronde  ; 
Tallas  de  la  Lande  reonde 
Siet  sur  Volant  de  Bonivent, 

5665  Qui  ne  lait  a  courre  pour  vent, 

Ne  pour  montaigne,  ne  pour  roche, 
Quant  on  le  point  a  droit  et  broche  ; 
Sur  rOrgueilleux  siet  Hardibrans, 
Qui  ne  veult  aller  sans  deux  brans 

5670  En  bataille  nj  en  estour  ; 
Brundorés  est  de  son  atour 
Si  bien  et  si  bel  atournez. 
Qu'il  semble  qu'il  soit  a  tout  nez; 
Si  poursieut  de  près  le  Breton  ; 

5675  Telz  deux  cens  avec  en  voit  on 
N'y  a  celi  ne  soit  hardiz 
Et  plus  vaillans  en  faiz  qu'en  diz, 
Et  qui  lance  tainte  ne  port. 
Ou  il  a  manches  par  déport, 

5680  Et  penonciaux  fermez  a  clous. 
Li  uns  est  vers,  li  autres  blous, 
Li  tiers  jaunes,  li  quars  vermaulx. 
[76  r°]  Ce  jour  reluist  cler  li  solaus  ; 

Si  sont  en  p[l]aine  longue  et  lée. 

5685  Li  brez,  qui  quiert  jouste  et  meslée, 
Tient  en  son  poing  une  grosse  lance  ; 
Davant  ses  compaignons  s'avance 
Le  trait  d'un  arc  ou  d'arbeleste. 
Guy[nans]  de  courre  a  li  s'apreste 

5090  Qui  duel  a  de  ce  qu'il  aprouche. 
Des  espérons  le  cheval  broche. 
Si  ront  sa  rote,  et  vient  au  plain  ; 
Grosse  lance  tient  en  sa  main. 
Ou  li  penons  est  fuillolez. 

5695  Galeren  est  encontre  allez. 
S'a  davant  son  piz  l'escu  mis: 


—   149  — 

Ne  se  moustrent  chiére  d'amis, 
Mais  as  fers  des  lances  s'essaient. 
Si  grans  cops  es  escuz  se  paient, 

5700  Que,  par  la  force  des  destriers 
Et  des  lances,  laissent  estriers 
Et  archons  si  qu'anduy  s'abatenf. 
De  relever  en  piez  se  hastent, 
Et  revienent  errant  es  frains. 

5705  Tost  rest  montez  li  deesrains. 

Qui  qu'en  doie  avenir  le  mesclief , 
Si  s'entresloignent  de  recliief. 
Et  au  retourner  se  requièrent, 
Si  fort  es  escuz  se  refiérent 

5710  Des  lances  qu'ilz  ont  rabaissiées, 
Que  les  ais  outre  en  ont  froussiées. 
Mais  li  haubert  entiers  se  tienent. 
Et  les  lances  en  tronchons  viennent, 
Qui  volent  vers  le  ciel  en  hault. 

5715  Ainçoys  que  nul  des  lors  y  aut, 
Ont  escuz  et  heaumes  fraiz 
As  brans  forbiz  qu[e]  ilz  ont  traiz. 
Dont  cops  félons  et  grans  se  paient. 
Longuement  au  ferir  s'essaient 

5720  Sans  espergnier  et  sans  menace. 
[76  v°]  Galeren  par  le  coul  embrace 

Gujnant,  le  seigneur  d'Osteriche  : 
Es  estriers  durement  s'afiche, 
Vers  li  l'estraint,  et  si  l'en  meine  ; 

5725  Et  Guynans  huche  a  grant  alaine 
Sa  gent,  et  va  criant  s'ensaigne. 
Gent  s'en  esmeuvent  d'Alemaigne, 
N'y  a  celi  qui  n'ait  am^^e. 
Le  breton  ne  saluent  mie, 

5730  Ainz  l'assaillent  de  toutes  pars. 
Il  se  deffent  comme  lyenpars  [sic); 
Mais  ilz  l'ont  si  tuit  entrepris 
Qu'il  laisse  Guynant  qu'il  ot  pris, 
Et  luy  enmainent  tout  bâtant. 

5735  Li  compaignon  poignent  a  tant, 


—  150  - 

Et  Brundorés  le  cheval  broche, 
Alemans  quanqu'il  puet  aproche, 
Il  et  tel  cent  qui  vont  après. 
N'y  a  cely  ne  soit  engres 

5740  Et  volentiz  du  bret  secourre. 

La  veissiez  maint  cheval  courre, 
Baissier  lances  et  gonfanons. 
N'y  a  celi  des  compaignons 
Un  Alemant  ne  port  a  terre. 

5745  Brundorez  en  va  un  requerre 
Que  ties  clairement  en  degraine 
Le  senechal  de  Landongraine, 
Bon  chevalier  et  avenant; 
S'a  des  armes  apris  Guynant, 

5750  Et  ses  atours  de  fierté  porte. 
Sa  lance  qui  n'est  mie  torte 
Li  met  oultre  parmy  l'escu  ; 
A  l'empaindre  l'a  abatu 
A  terre  du  courant  destrier. 

5755  A  mains  ont  fait  guerpiz  estrier 
Li  Breton,  qui  ont  leur  seigneur 
Rescous  par  force  et  par  rigueur  (sic). 
[77  r"]       Galeren  ont  rescous  li  sien, 
Cui  il  a  fait  mainte  foiz  bien, 

5760  Et  donné  souvent  maint  biaux  dons. 
Dukes,  Gornemans,  et  Bandons, 
Et  Nathanahors,  et  Blandins, 
Li  Blons  des  liiez,  leur  cousins, 
Et  Rigaus  et  Parfilionz, 

5765  Qui  plus  est  fiers  que  n'est  lyons, 
Hardibrans,  et  li  preuz  Tallaz, 
Qui  des  armes  n'est  oncques  laz, 
Li  sont  adez  près  de  sa  coste. 
Galeren  maint  chevalier  oste, 
5770  Par  force  de  braz,  de  la  selle; 

Le  branc  tient  un  (5?c),dont  l'alemelle 
Est  trenchans  et  fourbie  et  clére  ; 
Qui  il  ent  ataint  ehier  compère 
Et  s'irour  et  son  maltalent. 


—  151  - 

5775  Des  heaulmes  leur  va  détaillant, 
Et  esquartelle  leurs  escuz. 
Ne  puet  durer  ne  fers,  ne  fuz, 
Encontre  ses  cops  ne  que  cire. 
Les  ungs  sache,  les  autres  tire, 

5780  Ceulx  fait  fouir  au  branc  d'acier, 
A.  ceulx  fait  prison  fiancier 
Qui  doubtent  ses  cops  et  sa  force. 
Brundorés  li  preus  se  resforce; 
A  luy  n'en  puis  nul  comparer, 

5785  Quant  il  set  plus  que  buefs  d'arer 
Et  des  armes  et  du  cheval. 
Alemans  met  du  mont  aval, 
Qui  les  enchauce  le  branc  nu. 
Dix  en  sont  par  lui  retenu 

5790  Qui  leur  prison  ont  fianciée. 
Alemans  ont  leur  voix  haulciée 
Et  crient  a  grant  crj  :  «  Secours  !  n 
Li  quens  Palais  s'i  met  au  cours, 
A  tout  cent  chevalier[s]  de  pris. 
[77  vj    La  fussent  li  Breton  tuit  pris, 

Que  ilz  seuffrent  grant  faiz  ainçoys. 
Quant  li  Flamen  et  li  Françojs, 
Et  li  chevalier  de  Champaigne, 
Brochent  les  bons  chevaulx  d'Espaigne, 

5800  Et  11  Berruier  et  Normant. 
Adonc  s'esmevent  Al[e]mant, 
S'ont  les  baniéres  au  vent  mises 
Jaunes  et  vers,  blanches  et  bises  ; 
Auvec  poignent  Frison  et  Saisne. 

5805  La  a  mainte  lance  de  fresne 
Brisiée,  et  maint  escu  percié, 
Et  maint  cler  heaulme  depecié, 
Et  desmaillée  mainte  maille 
Et  de  haubers  et  de  ventaille, 

5810  Occis  et  navré  maint  destrier, 
Dont  li  poitral  et  li  estrier 
Et  les  cengles  vont  traînant. 
Maint  chevalier  s'i  va  plaignant, 


—  152  — 

Qui  bleciez  est  dedens  le  corps; 
5815  Li  uns  y  a  le  braz  estors, 
Et  li  autre  la  cuisse  rote. 
Galerent  y  ront  mainte  rote; 
11,  et  Breton,  et  Brundorés 
Les  heaulmes  qu'ilz  ont  dorés 
5820  Ont  tous  enbiez  et  fenduz. 
Ne  cuide  mie  que  renduz 
S'i  soit  le  jour  li  brez  assez. 
De  mont  [sic)  a  les  autres  passez 
A  cops  donner  et  recevoir. 
5825  Ce  dient  Alemant  pour  voir 

Qu'il  ne  sçavent  meilleur  de  ly. 
En  tout  le  tournay  [sic)  n'a  cely 
Qu'a  grant  merveille  ne  l'esgart. 
11  crie  Guynant  qu'il  se  gart, 
5830  Qui  grant  piesce  s'est  reposez. 
Comme  hardiz  et  alousez, 
S'en  va  vers  lui,  l'espée  traict(i)e, 
[78  r"]   Puis  l'en  fiert  si  qu'il  lui  a  fraicte 
La  boucle  de  l'escu  luysant. 
5835  Et  Guynant  le  rêva  visant, 

Si  le  fiert  de  la  trenchant  espée 
Si  qu'il  li  a  parmy  coupée 
L'aigle  du  heaulme  quireluist. 
Cest  cops  Galeren  griesve  et  cuist, 
5840  S'einsi  s'en  va,  rien  ne  se  prise. 
Parmy  le  chief  en  son  le  vise, 
Si  le  fiert  si  fort  qu'il  ne  puet  plus. 
Mais  l'espée  vient  coulant  jus 
Si  li  trenche  l'arçon  davant, 
5845  Au  destrier  va  li  cops  grevant, 
Car,  entre  le  coul  et  le  dos, 
Li  fausse  le  cuir  et  les  os, 
Et  l'espée  tant  li  embat 
Parfont  que  le  cheval  abat, 
5850  Cui  la  mors  destraint  et  assaut. 

Guynans  en  piez  moult  tost  resault, 
Si  cuide  yssirjhors  de  la  presse  ; 


-   153  — 

Mais  Galeren  de  près  Fengresse, 

Si  le  prent  par  le  heaulme  et  pourmaine, 

5855  Mais  cil  s'ëscrie  a  grant  alaine  : 
a  Osteriche  !  »  pour  li  secourra. 
Donc  poez  veoir  vers  11  courre 
Cent  chevaliers  de  sameignée, 
Qui  la  gent  n'ont  mie  espargnie 

5860  Galeren,  ne  celi  de  France. 

La  mectent  entr'eulx  mainte  lance, 
Et  font  maint  tour  et  mainte  luite, 
Ainz  qu'ilz  raient  leur  seigneur  cuite. 
Mais  tant  y  fierrent  et  tant  painent, 

5865  Que  hors  de  la  presse  renmenent, 
Sans  heaulme  en  pure  la  ventaille. 
Galeren,  qui  Ta  par  bataille 
Conquis,  maugré  Guynant  Feuporte, 
Et  les  siens  ausques  en  conforte, 
[78  v°j  Car  en  la  presse  ou  il  s'embat, 
Si  fort  du  heaulme  se  combat, 
Qu'il  n'est  nuls  qui  l'ost  aprochier. 
Hz  n'ont  ne  lui  ne  ses  cops  chier, 
Tant  s'acointe  a  eulx  asprement. 

5875  Les  vespres  du  tournoiement 
Finent,  si  se  sont  âieparty, 
Mais  ainçoys  se  sont  ahaty 
De  revenir  matin  arriére. 
Chascun  renvoie  sa  baniére, 

5880  Si  repairent  a  leur  rechés. 
Les  loz  en  a  de  tous  li  brez 
Qui  vivement  s'i  est  provez  ; 
Ne  fu  en  terre  oncques  trovez 
Nuls  contes  de  si  grant  gaaigne, 

5885  Com  seur  cil  ont  fait  d'Alemaigne 
Françoys  et  Breton  et  Normant. 
Sera  de  la  maint  Alemant 
Qui  conquis  y  ra  grant  avoir. 
Pour  ce  dit  li  villains  [de]  voir: 

5890  Au  marché  vont  sot  et  apert, 
S'un  y  gaaigne,  l'autre  y  pert. 


—  154   - 

La  nujt  s'aaisent  es  hostelz  ; 
Atournemens  ne  fu  mes  telz 
Coin  cil  chevalier  vont  faisant. 

5895  Maintes  choses  vont  devisant 
Cil  bachelier  qui  après  tendent. 
Cil  varlet  a  rouller  entendent 
Haubers  et  chances,  et  ventailles, 
Et  vont  boutant  parmy  ces  mailles 

5900  Courroiez,  si  refont  ces  laz. 
Galeren  va  blasmant  ces  braz, 
Qui  rien  en  son  cuerne  se  prise, 
Quant  il  a  Ta  haitie  prise, 
N'encore  n'a  des  armes  fait 

5905  Pour  c'on  doie  louer  son  fait. 
Fresnein  oublie,  ce  li  semble, 
Pour  Flourie  qui  la  ressemble. 
[79  r°]    Veult  il  demain  porter  la  manche, 
Que  li  donna  Fresne  la  blanche, 

5910  Qui  chascun  jour  prie  pour  li 

Que  Diex  le  puist  garder  d'ennuj. 
Et  s'onnour  et  sa  joie  accroistre. 
Nulle  nonne,  tant  soit  en  cioistre, 
Ne  maine  sa  vie  plus  sainte. 

5915  En  une  lance  grosse  et  tainte 
Fait  li  brez  la  manche  atachier, 
A  .XII.  cloz  d'or  qui  sont  chier, 
Dont  il  vouldra  ses  cenbiaus  faire. 
L'endemain,  quant  li  jours  esclaire, 

5920  Li  chevalier  sont  tuit  levé, 
Messe  ont  oye,  si  ont  lavé, 
Puis  menj[u]ent.  Apres  mengier 
Lacent  les  chances  sans  targier, 
Et  les  cotes  a  armer  vestent  ; 

5925  Puis  sont  monté,  ne  ne  s'arrestent, 
Jusque(s)  ilz  revienent  en  la  plaine. 
Chascun  de  soy  armer  se  peine 
D'armeures  neufves  et  fresches. 
Li  uns  j  porte  unes  bretesches 

5930  En  son  escu  reluisant  cler, 


—  155  — 

Cil  un  Ijon,  cil  un  cengl(i)er; 
Cil  porte  son  heaulme  en  son 
Cil  un  liepart,  cil  un  poisson, 
Beste  ou  oisel  ou  flour  aucune  ; 

5935  Cil  porte  une  bani[é]re  brune, 
Cil  blanche,  cil  jnde,  cil  vert. 
L'autre  y  poez  veoir  couvert 
D'armes  vermeilles  foilloll[é]es  ; 
Cil  veulent  joustes  et  meslées, 

5940  Et  autre  plus  de  mil  par  conte. 
N'y  a  celi  ne  vaille  un  conte, 
En  proesce  et  en  semblance. 
S(i)  'a  chascuns  une  tainte  lance 
[79  v°]   Ou  li  penons  de  soye  pent. 

5945  Davant  les  autres  un  arpent 

S'est  li  brez  sur  Passe  avant  mis; 
A.  un  herault  a  dit  :  a  Amis, 
Aller  a  Guynant,  si  li  dictes 
Que  cil  ne  doit  mie  estre  hermites 

5950  Qui  de  riens  d'amours  se  reclaime  ; 
Ou  soit  qu'il  aint  ou  que  on  l'aime, 
Mieulx  en  scet  ferir  et  jouster. 
Cui  qu'il  doive  de  nous  couster, 
S' amours  le  cuer  point  et  avive, 

5955  Vieigne  a  moy  jouster  pour  la  vive. 
Et  je  jousteray  pour  la  morte.  » 
Li  heraulx  le  message  emporte 
Que.  Galeren  a  Guynant  mande. 
Tant  l'a  cerchié  aval  la  lande 

5960  Qu'il  le  voit,  puis  li  dit  et  conte, 
Oiant  tous,  mot  a  mot  son  conte  : 
«  0  tu,  ducs  Guynant  d'Osteriche, 
Nuls  ne  se  doit  tenir  a  chiche 
—  Si  te  dit  li  brez  renommez  — 

5965  Qui  a  amie  et  est  amez. 
Et  si  tu  aymes  par  amours, 
Mielx  en  doivent  valoir  tes  meurs, 
Et  meindres  (sic)  en  doiz  partout  estre, 
Si  tu  ne  veulx  ressembler  prestre 


—  156  — 

5970  Ou  hermite  qui  hait  estour. 
La  est  armez  de  son  atour 
Li  br(eb)ez,  qui  au  jouster  t'atent. 
Se  tes  cuers  point  vers  amours  tent, 
Il  te  mande  que  tu  t'envoises, 

5975  Et  que  pour  jouster  a  luy  voises, 
Par  la  vive  qui  t'a  lacié, 
Car  la  morte,  qui  l'a  blecié, 
Le  fait  la  seul  la  jouste  attendre.  » 
Gujnant  ne  scet  les  moz  entendre, 
[80  r°]    Qui  est  irez  et  a  grant  honte 
De  ce  que  li  herault  li  conte. 
Tout  le  corps  en  a  plain  d'ardure, 
Et  au  herault  faisist  laidure 
S'il  le  trovast  seul  en  la  place. 

5985  Li  ducs  Guynant  son  heaulme  lace, 
Si  s'afiche  sur  ses  estriers. 
Bien  est  armez,  et  ses  destriers 
Est  ausques  bon  pour  la  besoigne. 
La  lance  droisse  et  fort  l'empoigne, 

5990  S'a  davant  son  piz  l'escu  joint, 
Des  espérons  le  cheval  point 
Qui  trente  piez  li  sault  de  terre. 
Et  Galeren  le  vient  requerre 
Qui  le  voit  yssir  de  la  route. 

5995  La  manche  a  desploie  toute, 
Si  li  ventelle  contre  vent. 
11  la  regarde  et  covent  (sic) 
Qu'il  en  a  acrut  au  veoir 
Son  hardement  et  son  povoir; 

()000  Esgardantla  va  que  qu'il  broche. 
A  ce  que  li  uns  l'autre  aproche, 
Des  lances  abaissent  les  pointes. 
Et  si  se  fièrent  que  desj  ointes 
Ont  les  aiz  de  leurs  fors  escuz. 

0005  A  Guynant  vault  moult  pou  li  fuz 
De  sa  lance  qu'en  tronz  l'a  mise, 
Mais  Galeren  l'a  a  devise 
Si  féru  parmy  l'escu  point  (sic)^ 


—  157  — 

Que  maugré  soy  l'a  jus  enpaint, 

6010  Jambes  levées,  du  cheval. 

«  Je  suis  amont  et  vous  aval  ; 
N'aiez  paour  qu'ainsi  vous  fiére  », 
Fait  cil  qui  a  sa  lance  entière. 
Si  rabandonne  au  vent  la  manche, 

6015  Au  cheval  met  la  main  esclamge  [sic], 
Si  l'enmaine,  maugré  Gujnant 
[80  V°]  Et  ceulx  qui  li  viennent  poignant 
Pour  le  rescourre  ;  mais  c'est  gaz  ; 
Mené  l'en  a  plus  que  le  pas, 

6020  Jusqu'a[u]  harnes  a  garison. 
A  un  varlet  de  sa  maison 
Commande  que  il  tantost  le  maint 
A  celi  qui  fait  a  duel  maint 
Pour  li,  et  cbascun  jour  compère 

6025  Ce  qu'il  s'est  partiz  de  son  père, 
C[e]  est  la  fille  au  duc  de  Mez  ; 
Et  ce  li  die  que  li  brez 
Lui  envoie  ce  bon  destrier, 
Que  ses  pères  donna  l'autrier 

6030  Guynant,  quand  il  fu  adoubez. 
S'en  yert  de  li  Guynant  gabez, 
Quant  elle  savra  dont  il  vient. 
Et  puis  qu'a  faire  le  couvient, 
Li  variez  monte,  si  s'en  tourne. 

6035  Nulz  de  sa  voie  nel(e)  destourne 
Jusque(s)  il  a  fourny  son  message. 
Alemant  demeinent  grant  rage 
Qui  Guynant  voient  abatu. 
A  force  l'ont  et  a  vertu 

6040  Remonté  sur  un  destrier  grant. 
De  leur  honte  vengier  en  grant, 
Baissent  les  lances  vers  Flamens 
Et  vers  Françoys.  Es  vous  les  rens 
Desrengiez.  Si  lieve  la  tence, 

6045  Et  li  tournoiement  commence. 
A[s]pres  et  durs  est  commenciez; 
Galeren  s'est  dedens  lanciez. 


—  158  — 

S'encontre  le  conte  Palais, 
Son  destrier  lait  courre  a  eslais, 

0050  Si  regarde  l'image  belle 

Qui  encontre  le  vent  ventelle, 
La  lancebaisse,  et  fiert  le  conte 
[81  ro]    Que  du  cheval  jus  le  desmonte, 
Un  sien  frère  reporte  a  terre, 

0055  Apres  en  va  telz  d'eulx  requerre, 
N'j  a  celi  tous  plaz  ne  gise. 
Guynans  de  luy  vengier  s'atise 
Qui  tient  lance  grosse  et  senée. 
Galeren  sa  resne  a  tournée 

6000  Vers  luy,  et  durement  se  fièrent. 
As  fers  des  lances  se  requièrent 
Si  que  li  fuz  vole  en  tronçons; 
De  leurs  cops  ploient  es  arçons, 
Et  un  bretons  recuit  (sk)  la  manche  . 

0005  L'espée  a  traicte  qui  bien  trenche 
Li  brez,  s'en  a  féru  Guynant, 
Qui(l)  nel{e)  rêva  mie  espergnant, 
Ainz  li  redonne  cops  félons, 
Qu'il  est  et  fel  et  gros  et  Ions, 

0070  S'a  les  brazfors  comAlemans. 
Li  ducs  de  Souaive  Hermans 
Encontre  le  preu(z)  Brundoré(s), 
Si  le  fiert,  souz  l'escu  doré(s), 
D'une  grosse  lance  qu'il  porte  ; 

0075  Mais  Brundorés  point  nel(e)  déporte 
Qu'i[l]  ne  voist  a  luy  encontrer. 
Parmy  l'escu  li  fait  entrer 
La  lance  et  le  penon  de  soie. 
Au  brisier  de  la  lance  ploie 

0080  Li  ducs,  et  près  va  qu'il  ne  chiet. 
Sans  ch[e]oir  assez  li  meschiet 
Que  Brundorez  le  fiert  et  bat. 
Et  a  ses  hommes  se  combat. 
Il  et  Normant,  et  tant  s'i  peine 

0085  Que  le  cheval  et  lui  enmaine. 
Et  .VI.  des  siens  prent  avec  li. 


—  159  — 

Es  vouz  la  porriére  et  le  huy 

Qui  parles  champs  liéve,  et  la  noise 

Des  cops  c'om  y  donne  et  entoise, 

6090  Et  des  enseignes  c'on  y  crie. 
[81  v°]   Li  entrepris  mercy  y  crie 

Qu'escuier  ont  pris  en  leur  nasse. 
Brundorés  avant  y  repasse, 
S'entre  en  la  presse  la  dedens  : 

6095  Aux  uns  brise  mentons  et  dens 

Et  cels  d'aucun(s)  membre  mahaigne. 
Li  ducs  {sic)  compaignon  de  Bretaigne 
Vont  Galeren  de  près  suivant, 
Aux  Alemans  vont  anuiant, 

6100  Entr'  eulx  se  fièrent  et  assaillent. 
Ne  puet  dire  qu'assez  ne  vaillent 
Li  breton,  et  que  preu  ne  soient 
Guynant  et  Alemans  qui  voient 
Comment  ilz  se  prenent  vers  eulx. 

6105  Bretons  les  fièrent  parmy  colz, 
Et  parmy  vis,  et  parmy  testes, 
Si  nés  espargnent  ne  que(lz)  bestes, 
Ainz  les  vont  laidement  menant. 
Et  la  force  recroist  Guynant 

6110  Du  duc  Alanborc  qui  li  vient. 
Des  Bretons  refuser  convient, 
Et  ilz  refuient  une  archée. 
Ne  puet  est[re]  qu'aucuns  n'y  chiée. 
Dukes  y  chiet  et  Gornemans, 

6115  S'ont  entre  eulx  [deus]  trente  Alemans 
Qui  les  ont  sachiez  et  detraiz. 
Relevé  sont,  s(i)  'ont  les  brans  traiz 
Dont  il  entour  eulx  se  defi'endent  ; 
Mais  Alemans  tant  cops  leur  rendent 

6120  Que  leur  defi'ence  pou  leur  vault. 
L'enseigne  au  breton  crient  hault, 
Tant  que  cil  les  ont  entenduz 
Qui  mains  cops  bons  y  ont  renduz, 
Et  vendu  s'i  sont  li  jour  chier. 

6125  Le  faiz  prenent  a  encerchier, 


—  160  — 

Et  Galeren  premier  y  point. 
Li  autre  ne  séjournent  point. 
[82  r"]   «  Nanthes  !  »  crient  [li]  Galeren. 
Ei(sic)  vous  Tallas  etHardizbran 

0130  Et  Nathanahot  {sic)  et  Bandon 
Qui  s'e[3]laissent  a  abandon, 
Et  Pourfilionz  qui  moult  vault, 
Le  Blont  des  Illes  et  Rigaut; 
[Et]  Blandins  d'Oscure  forest 

6135  Avec  les  autres  mis  s'i  rest, 

Pour  rcscourre  ses  compaignons. 
Tel  cent  etpoignent  a  penons, 
N'j  a  celi  n'i  ait  sa  drue. 
Chascun  le  suen  a  terre  rue 

6)40  De  cenlx  qui  les  penons  y  portent. 
Mais  li  compaignon  s'i  déportent 
A  brans  dont  il  donnent  grans  cops; 
Des  Al[e]mans  ont  rescoux  chous. 
A  la  rescousse,  a  grant  meslée, 

6145  Par  force  de  lance  et  d'espée, 
Ont  li  Breton  rescous  le[s]  leur. 
Contre  Alemans  ont  le  meilleur, 
Que  Françoys  les  fièrent  et  malent, 
Et  li  Champenois  les  assaillent, 

6150  Et  Berruier  bien  s'i  contiennent, 

Normans  et  Flamens,  qui  j  viennent, 
A  brans  d'acier  leur  courent  sus. 
Alemant  se  traient  en  sus. 
Et  Galeren,  qui  les  acqueulst, 

6155  Maint  bon  coup  y  donne  et  requeulst  ; 
Et  Brundorez  bien  y  refiert  ; 
Dukez  au  branc  nu  les  requiert. 
Il  et  ses  compaigns  Gornemans, 
Qui  sont,  maugré  les  Alemans, 

6160  Remonté,  si  les  vont  cerchant. 
Galeren  tient  nu  le  trenchant 
Et  contre  Guynant  s'abandonne. 
Parmy  le  chief  tel  cop  li  donne, 
Qu'il  l'embrunce  sur  Tarçon  jus. 


—  161  — 

[82  v°]  Mestier  ne  li  eust  mais  jus, 

N'erbe,  n'e[m]plastre,  ne  puisons, 
Ne  {sic)  ne  parfust  la  garisons 
Et  li  secours  de  la  ventaille. 
Hors  le  sache  de  la  bataille, 

6170  Maugré  ceulx  qui  li  vont  aidant, 
Et  Dukés  le  va  deffendant, 
Il  et  Gournemans  et  Tallas. 
Si  sont  mené  de[l]  trot  au  pas 
Li  Alemant,  que  tuit  recroient. 

0175  Or  primes  soivent  il  et  recroient 
Que  li  Breton  les  ont  passez; 
Tant  en  y  a  d'armes  lassez 
Que  chascun  fait  son  vouloir  d'eulx. 
Françoys  les  prennent  par  les  quelx 

6180  Si  ligiérement,  sans  deffendre, 

Com  on  voit  le  lou  brebiz  prendre  ; 
Et  si  ont  tels  .m.  c.  d'eulx  pris. 
Qui  en  orent  avant  le  pris, 
Au  commencier  de  l'ahatie. 

6185  La  gent  Guynant  est  départie 
Qui  ne  li  puent  plus  aidier. 
Au  fuir  font  sellez  wuider 
Breton  qui  les  en  vont  menant. 
Galeren,  qui  pris  a  Guynant 

6190  Et  laidement  ançoys  traictié, 

L'en  maine  au  harnes  mal  lia[i]tié, 
Ou  l'en  son  heaulme  li  deslace. 
.  Arriére  revient  a  la  chace, 
Si  point  le  bon  cheval  et  broche; 

6195  Gui  sil  {sic)  consuit  et  il  aproche 
Ne  le  sequeurt  chevaulx  ne  fuite. 
Sans  grans  estour  et  sans  grans  luite 
En  a  .xiiii.  detenuz. 
Brundorez  s'i  est  maintenuz 

6200  Com  bon  chevalier  et  esliz. 

En  terre  en  fait  prendre  lor  liz 
[83  r°]  A  plus  de  sept,  cui  il  abat. 

Celz  prent,  celz  mahaigne,  celz  bat, 

11 


—  162  — 

Cels  cache  qu'il  ne  puet  ataindre. 
0205  Li  Françoys  ne  s'en  puent  plaindre, 
Flamen,  Normant  et  Champenoys, 
Ne  cil  qui  sont  de  Boulenoys, 
Ne  de  la  terre  de  Ponthy, 
Ne  cil  d'Anjou  ne  de  Berry, 
6210  Qu'il  n'aient  assez  g[a]aigné. 
Mal  ont  mené  et  mahaigné 
Le  conte  Palais,  qu'ilz  ont  prins. 
Li  Champenois  li  ont  aprins 
Comment  prinsons  fait  bource  plate. 
0215  Li  ducs  de  Ramborc  chier  rachate 
L'ostrage  Guynant  d'Osteriche. 
Li  Flamen  sont  de  lui  tuit  riche 
Qui  l'ont  raiens,  lui  et  sa  gent, 
Qua(r)tre  cens  mars  ou  plus  d'argent. 
0220  Et  li  Françoys  vaillant  et  preu, 
Si  pueent  il,  rontfait  leur  preu. 
Car  le  duc  de  Saisoigne  en  mainent. 
Sans  garse  laidement  le  sainnent, 
Que  paier  li  font  cinq  cens  mars. 
6225  Ainsi  est  li  tournois  espars. 
Si  s'en  fuit  qui  fuir  s'en  puet. 
Nulz  espuisier  l'avoir  ne  puet 
Que  tuit  li  autre  y  ont  conquis. 
Tout  cest  oultrage  a  Guynant  quis, 
0230  Qui  aubert  {sic)  de  .vu.  c.  mars  fine. 
«  Bien  quiert  sa  honte  et  sa  ruine, 
Fait  a  luy  li  brez,  qui  laidenge 
Homme  que  congnoist  estrange. 
S'avient  souvent  que  maulx  en  [n]aist.  » 
0235  Guynant  d'Osteriche  se  taist, 
Qui  tous  est  abatus  de  honte. 
A  mains  d'avoir  se  part  du  conte 
Et  asse[z]  a  plus  de  péchiez, 
[83  V]  Mais  fait  a  que  bien  entechiez 
6240  Li  Brez,  qu'assez  le  reconvoie 
Et  a  riche  hernoys  renvoie, 
Ne  le  sien  retenir  ne  daigne. 


—  163  — 

Biuindorez  moult  j  reg[a]aigne, 

Car  entre  lui  et  Galeren 
6245  Au  duc  de  Soaine  {sic)  ont  mis  ban, 

Qui  quatre  c.  mars  li  promet, 

Parmj  bons  pièges  qu'il  y  met, 

Ainz  qu[e]  il  s'en  retourt  arriére. 

Puis  tourne  chascun  sa  baniére, 
6250  Vers  son  rechet  si  s'en  repaire. 

Cilz  doivent  bien  grans  despens  faire . 
Grant  feste  mainent  celle  nujt 

De  grans  despens,  oui  qu'il  ennuyt. 

Se  vont  compassant  par  grant  royes 
6255  Sur  autruy  cuir  larges  couroyes  : 

Telz  est  de  tournoy  la  coustume. 

Et  l'endemain,  quant  Diex  ralume 

Le  monde  du  jour  et  resclaire, 

Chascuns  en  son  pays  repaire, 
6260  Et  Galeren  ainsi  s'entourne, 

Vers  cui  l'enors  et  le  los  torne 

De  l'estour  ou  il  a  esté. 

Ne  [se]  sont  gaires  arresté, 

Ne  ne  séjournent  aoultrage 
6265  En  bourc,  n'en  ville,  n'en  passage. 

Jusqu'e(s)l(e)  palais  sont  revenu 

Brundoré(s),  qui  a  retenu 

Galeren  et  ses  compaignons. 

Maante  et  Gisors  et  Vernons 
6270  Et  li  vaulx  de  Rueil  est  siens, 

Et  li  chastel  et  tous  li  biens 

Jusqu'à  Rouen  sont  en  sa  main. 

Une  heure  en  bos  et  l'autre  en  plain, 

Autre  en  rivière  le  bret  maine. 
[84  r°]    Retenu  l'a  une  sepmaine. 

Et  s'esbanoie  avec  Flourie, 

Qui  sa  douleur  a  amenrie 

Quant  elle  puet  a  li  parler. 

Mais  la  [le]  bret  n'en  puet  aller, 
G280  Qu'ades  de  Fresnein  li  souvient. 
Et  ses  messages  li  revient 


-  164  — 

Qu'il  avoit  a  Mez  envoie, 

De  Guynant,  qui  a  desvoié 

Le  cuer  pour  son  cheval  de  pris; 

6285  Li  dit  ce  qu'il  en  a  apris, 

Et  tout  ainsi  comme  Esmerée, 
Cui  il  trova  toute  esgarée, 
Le  receut  bel  et  avenant, 
Et  comment  elle  en  a  Guynant 

0290  Despit,  et  mis  sur  luy  ses  gaz, 
Comment  Guynant  s'apelle  las, 
Pour  ce  qu'elle  ne  le  conjoie. 
Or  en  a  Galeren  grant  joye 
Qui  a  mis  entr'  eulx  la  descorde. 

6295  A  plus  séjourner  ne  s'acorde 
Galeren,  qui  raller  s'en  veulst 
Et  se  déduit  par  sa  forest. 
Et  il  et  Brans  {sic)  et  Brundorez, 
Qui  est  avec  li  demourez, 

6300  Si  vont  en  bos  et  en  rivière. 
Galeren,  en  mainte  manière, 
Par  le  pris  des  armes  s'avance. 
Tournoiz  ne  li  eschappe  en  France, 
N'en  Bourgoigne,  n'en  autre  marche. 

6305  Tellos  et  tel  priz  en  encerche 

C'on  le  tient  du  monde  au  meilleur. 
Si  (l)a  la  manche  en  grant  valleur 
S'amie  mis,  bien  l'a  vendue, 
Car  telz  qui  l'a  li  a  rendue, 

6310  Si  l'a  portée  a  deux  tournoiz, 
Ou  il  a  bien  fait  ses  esploiz, 
[84  V**]  Car  tant  com  durée  a  entière, 
N'y  otne  rote  ne  baniére 
Ne  chevaliers  qu'i[l]  n'ait  passez. 

6315  S'en  vault  encore  mielx  assez 
Et  mielx  vauldra  toute  sa  vie. 
Si  a  la  pencée  ravie 
Et  [sic)  s' amour,  dont  il  lui  souvient, 
Qu'entre  la  gent  souvent  devient 

6320  En  petit  d'eure  blans  et  brans. 


—  165  - 

Garde  s'en  prent  mis  sire  Bruns, 
Qui  bien  est  ses  prochains  amis  ; 
Bien  parçoit  quMl  a  son  cuer  mis 
En  lieu  dont  il  nel(e)  puet  retraire  ; 

6325  S'en  a  en  soy  moult  grant  contraire. 
Quant  la  couleur  li  voit  muer, 
Autre  heure  avoir  froit  et  suer, 
Si  voit  bien  que  son  cuer  j  met, 
Qui  langour  et  mort  li  promet, 

6330  Si  ne  l'en  tourne  a  garison. 
Or  se  pence  d'une  raison, 
Que,  s'il  li  povoit  faire  entendre 
A  ce  que  famé  voulsist  prendre, 
Estaindre  pourroit  tost  la  flame 

6335  Par  la  hantise  de  sa  famé. 

Autre  conseil  n'y  scet  qui  vaille. 
Or  ne  laira  qu'il  ne  l'en  aille 
Mettre  a  essay  de  ceste  chose. 
A  lui  qui  point  ne  se  repose 

6340  Qu'en  son  cuer  n'ait  assez  tourment, 
S'en  est  venuz  Bruns  erraument. 

Bruns  li  a  dit  :«Quens,biaux  doulx  sire, 
Une  chose  vous  vouldray  dire; 
S'est  mestiers  que  vous  le  sachez. 

6345  Encombre(z)  vos  aroit  péchiez 
Si  ceste  terre  estoit  sans  oir. 
Ne  seroit  mais  ne  main  ne  soir 
Sans  guerre  d'orne  gouvernée, 
[85  v°]    Si  voustre  vie  estoit  finée, 

6350  Que  Damedieux  puit  esloigner  ! 
Nuls  ne  puet  la  mort  esloignier. 
Tant  soit  sain,  puis  qu'elle  Fasaille. 
Voz  pensers  de  moult  vous  retaille 
Et  vostre  force  et  vo  biauté, 

6355  S'en  poez  tele  enfermeté 

Encerchier  qui  vous  sera  griefz, 
Et  voustres  en  yert  li  meschiefz, 
Si  vous  finez  par  mecheance. 
Or  deussiez  aller  en  France 


—  166  — 

6360  Et  la  fille  le  roy  v[cjoir. 

Bien  fust  qu'endroit  vostre  povoir 
Queississiez  aucun  mariage. 
Voulez  adez  yceste  rage 
Qui  vous  tient  ou  cuer  maintenir? 

6365  A  fin  vous  en  estuet  venir, 
Se  mourir  jennes  ne  voulez. 
Ce  que  vous  amer  tant  soûlez 
Ne  pourrez  ja  mes  recouvrer. 
Or  vous  estuet  ailleurs  ouvrer, 

6370  Ou  vous  truissiez  joie  novelle. 
En  terre  a  mainte  famé  belle, 
Filles  et  de  roys  et  de  contes, 
Dont  maûlx  ne  vous  vendront  ne  hontes, 
S[e]  a  espouse  en  voulez  une. 

6375  Ainsi  com  vous  povez  la  lune 

De  voz  braz  ceindre  et  aprocher, 
Povez  vous  mais  celi  toucher 
Qui  vous  met  ceste  rage  ou  corps, 
Puisqu'elle  est  de  cest  siècle  hors, 

6380  Et  nuls  novelle  n'en  scet  dire. 
Voulez  en  vous  perdre  le  rire 
Et  le  déduit  d'un'  autre  amer  ? 
Mieulx  vous  vauldroit  estre  outre  mer 
Et  estre  esclaves  au  Kahaire. 

6385  Penezvous  d'autre  chiére  faire, 
[85  V]   Si  prenez  famé  qui  vous  siéce. 
Ne  demourra  mie  gran  pièce 
Que  vous  n'obliez  voz  doleurs, 
S'en  aurez  siècle  meilleurs, 

6390  Et  s'en  serez  moult  plus  doubtez; 
Si  cest  pais  est  irritez  (sic) 
De  voz  enfans  et  vostre  terre, 
Mainz  en  doubterez  autrui  guerre. 
Or  vous  en  ay  dit  mon  assens.  » 

6395  Galeren  en  a  tout  le  sens 

Troublé  et  mué  le  courage, 
Quant  parler  ot  de  mariage 
D'autruy  que  de  Fresnein  la  belle, 


-  167  - 

Ne  pourquant  en  son  cuer  s'apelle 

6400  Sot  et  plain  de  mal  escient, 
Quant  ce  le  va  si  ennuyant 
Dont  nul  confort  ne  puet  avoir. 
Il  entent  bien  que  Bruns  dit  voir, 
Mais  il  n'en  puet  son  cuer  refraindre. 

6405  Bruns,  qui  le  voit  pencer  et  plaindre 
Et  a  luy  respondre  arrester, 
Laisse  a  tant  la  parole  ester, 
Jusqu'à  .VIII.  jours  qu'i[l]  li  ra  dite 
Tel  chose  que  cil  ra  despite, 

6410  Ou  il  ne  se  veulst  assentir  « 

Par  biau  parler  et  par  mentir. 
Huy  et  demain  a  grant  atrait 
L'a  tant  mené  Bruns  et  atrait,  , 
Qu'il  li  octroyé  son  vouloir, 

6415  Si  vaille  tant  com  puist  valloir, 
Car  il  ne  scet  qu'estre  en  pourra 
Ne  se  ja  mes  s'amour  laira, 
Mais  tant  li  dit  cil  voir[e]ment  : 
«  Sire  Bruns,  je  vous  dy  briefment 

6420  Que  j'ay  Fresnein  de  cuer  amée. 
Mainte  famé  m'avez  nommée, 
Esmerée  de  Lo[e]rraine, 
[86  r'']    Qui  est  ass(i)ez  de  biauté  plaine 
Et  riche  endroit  moy,  et  Parise, 

6425  La  fille  auroy  de  Saint  Denise, 
Et  belle  Doain  de  Galice, 
La  fille  au  roy  d'Illande  Amice, 
Et  d'autres  plus  de  .vi.  ont  (s?c)  d'uit; 
Mais  je  n'ay  mie  le  cuer  duit 

6430  Ne  volentif  de  famé  prendre, 

Ce  vous  vueil  je  bien  faire  entendre. 
Si  je  n'ay  celle  que  je  sçay. 
Par  ceii  me  puis  je  a  essay 
Mettre  d'oublier  ma  pe(n)sance.  » 

6435  Or  en  est  Bruns  en  grant  doubtance, 
Qu'il  ne  veult  famé  par  contraire 
Dont  on  le  face  arriére  traire  ; 


--  108  — 

Puis  li  a  dit  :  «  Sire,  nommer 
Celle  que  vous  a  prendre  amer.  » 

(MiO  Et  cil  respont  :  «  Je  ne  Taim  mie, 
Ainz  porte  le  semblant  m'amie  ; 
Si  la  désir  plus  a  [a]voir 
Que  famé  de  greigneur  povoir; 
C[e]  est  la  tille  Brundoré.  n 

6445  Or  en  a  Bruns  Diex  aouré, 

Quant  c'est  Fleurie  qu'il  veult  prendre, 
Car  il  n'a  en  li  qu'entreprendre 
Qu'elle  ne  soit  moult  gentil  famé. 
«  Sire,  sa  (sic)  Dieux  m'aist  a  Tame, 

6450  Ce  respont  Bruns,  ce  me  siet  bien. 
Vous  ne  vous  abaissiez  de  rien, 
Ainz  vous  haulcier  et  amonter  (sic). 
Qu'en  son  père  a  moult  de  bontés, 
Et  s'a  en  luy  hault  homme  et  sage, 

6455  Et  sa  fille  est  de  haulte  marge. 
S'est  belle  et  plaisant  a  devise. 
Ses  taions  fu  li  roys  de  Frise, 
Et  si  povez  prendre  assez  terre.  » 
|86  V]  Galeren  l'a  faicte  requerre 

6460  Par  deux  evesques  a  son  père, 
Et  Brundorés,  a  chiére  clére, 
Li  octroyé  luez  et  fiance. 
Mais  cil  n'y  prent  que  la  semblance 
Fresnein  que  la  pucelle  porte. 

6465  Flourie  de  tant  se  conforte, 

Qu'il  n'y  ayme  que  le  semblant, 
Mais  li  sourplus  li  va  troublant. 

Partout  vole  la  renonmée 
Que  Galeren  a  tant  amée 

6 170  La  fille  Brundoré  le  sage. 

Qu'avoir  la  doit  par  mariage. 
S'en  est  ja  li  pays  tout  plains. 
De  Nantes  en  court  jusqu'à  Reins 
La  nouvelle,  et  d'ilec  a  Mez. 
6475  Quant  Esmerée  ot  que  li  brez 
A  famé  autre  que  li  plevie, 


—  169  — 

Une  langueur  saisist  sa  vie 
Dont  movoir  ne  se  puet  du  lit. 
Flourie  en  a  joie  et  délit, 

6480  Qui  qu'en  ait  mau  talent  au  cuer. 
Mais  Fresne  en  demaine  sa  seur 
Grant  duel,  qui  l'ot  conter  a  maint, 
En  la  cité  ou  elle  maint. 
Son  duel  privéement  en  maine  ; 

6485  «  Lasse  !  or  est  m'esperance  vaine, 
Fait  elle  a  le,  quant  j'ay  perdu 
Celui  qui  j'ay  tant  atendu. 
Tant  Tay  amé  que  plus  n'en  peu, 
Mais  je  n'y  ay  gaaigné  preu  ; 

6490  S'ay  mesonné  en  wide  esteule. 
Lasse  !  or  suis  esgarée  et  seule  ; 
Or  ne  sçay  je  mais  que  je  face; 
Or  est  il  droiz  que  je  me  hace, 
Quant  li  bretons  ainsi  me  fault. 

6495  Se  Dieux  a  l'ame  me  consault, 
[87  r°]    Ja  pour  ce  faillir  ne  li  vueil, 

Qui  me  vendroit  de  grant  orgueil 
Se  pour  ce  en  oubly  le  mettoie. 
Lasse!  Il  scetbien  que  je  n'estoie 

6500  Ne  sa  pareille,  n'endroit  luy, 
Que  je  ne  sçay  nommer  cely 
Qui  m'apartiengne  tant  envoyé. 
Par  foy,  ce  l'a  bien  mis  en  voye 
De  moy  laissier  et  autre  prendre, 

6505  Dieux!  comment  se  pot  il  deffendie 
Vers  l'amour  dont  il  se  plaignoit? 
Comment  ?  Certes  il  se  faignoit. 
Ce  n'estoit  mie  amour  entière; 
Je  n'en  avoie  que  la  chiére, 

6510  Et  li  cuers  estoit  dedens  faulx, 
Qui  tous  y  entendoit  les  maulx. 
Mal  entendans  estoit  il  voir; 
Ce  puet  on  ore  bien  savoir, 
Et  je  me[i]sme  bien  le  voy. 

6515  Je  fusse  sage,  s'endroit  moy 


—  170  — 

Voulsisse  amer  et  mon  pareil. 
Je  ne  vouls(y)  croire  le  conseil 
Mon  bon  parrein  ne  son  chastoj. 
Il  me  dist  souvent  :  a  Garde  toy; 

6520  La  aime  ou  tu  soies  amée.  » 

Je  n'ay  rien  dit,  car  plus  blasmée 
En  doy  estre  que  Galerens, 
Qui  est  tant  de  doulx  cuer  et  frans 
Qu'il  venist  cy,  s'il  m'y  seust, 

(3525  N'autre  famé  que  moy  n'eust, 
S'il  pensast  que  je  fusse  vive. 
Je  suis  de  sens  foie  et  chetive 
Quant  a  lui  ne  me  suis  monstrée, 
Des  (ce)  qu'il  revint  en  sa  contrée 

6530  De  la  terre  de  Lo[e]rraine  !  » 
Ainsi  se  plaist  une  semaine 
Et  nuyt  et  jour,  qu'onques  ne  cesse, 
[87  V]  Tant  que  Rose  une  nuyt  la  presse, 
Qu'elles  sont  en  leur  lit  ensemble, 

6535  Et  sent  Fresnein  qui  pleure  et  tremble. 
Si  li  a  dit  :  «  Ma  damoiselle, 
Je  suis  d'une  couleur  (sic)  novelle 
Esmute  qui  au  cuer  me  point, 
Pour  ce  que  je  ne  vous  sens  point, 

6540  Ha[i]tie,  si  com  m'est  advis  ; 
Vous  avez  tout  mollet  le  vis 
De  lermes,  et  s'alez  tremblant. 
Car  me  dictes  vostre  semblant 
Et  le  mahain  que  vous  sentez. 

6545  S'aidier  vous  povoit  masantez, 
Certes  toute  la  vous  donroie, 
Ne  rien  détenir  n'en  querroie, 
Si  suis  de  vostre  mal  atainte. 
Tant  vous  estes  huy  et  hier  plainte 

6550  Que  paour  ay  de  voustre  corps. 
Est  vous  failli  argent  ny  ors  ? 
Avez  vous  voir  mestier  d'avoir? 
Nuls  fors  moy  nel(e)  doit  mielx  savoir, 
Car  je  vous  aing  plus  que  ma  mère, 


-  171  — 

6555  Ne  ja  n'iére  vers  vous  amére 

Que  je  ne  vende  ainçoys  le  mien 
Que  vous  aiez  besoing  de  rien  ; 
De  ce  vous  fazje  moult  bien  sage. 
Je  ne  pris  rien  mon  héritage 

6560  Pour  qu'avoirs  vous  faille  a  despendre.  » 
Or  puet  Fresnein  l'amour  entendre 
Dont  Rose  l'ame  sa  compaigne. 
Ne  se  tient  qu'a  li  ne  se  plaine, 
Et  puis  li  a  dit  en  plorant  : 

6565  «  Rose,  voir  je  me  voiz  morant  ; 
Se  n'ay  mes  de  ma  santé  cure, 
Mais  tant  suis  certaine  et  seure 
De  vous,  qui  m'amez  loyaument, 
Que  ja  sçarez  mon  esrement.  » 
[88  r']      Rose  l'acole,  si  l'escoute, 
Et  Fraisne  li  a  dicte  toute 
Da  [sic)  sa  vie  la  mesestance, 
Et  comment  ell'  est  par  fiance 
Au  breton  jointe  et  aloie. 

6575  Adonc  Ta  Fresne  moult  prie 

Qu'elle  n'en  paroUe,  ainz  s'en  taise. 
Rose  li  respont  :  «A  malaise, 
Damoiselle,  n'en  soiez  mie. 
Suiz  je  doncques  vostre  anémie 

6580  Que  je  vueille  vostre  courroux?  » 
—  «  Ros(t)e,  li  festus  en  est  rous, 
Ce  dit  Fresne,  car  aller  vueil 
V[e]oir  celi  dont  je  me  dueil, 
Au  jour  qu'il  doit  sa  femme  prendre. 

6585  La  pourray  je  moult  bien  apprendre 
Comment  cuers  se  prouve  d'amer. 
S'a  amie  me  veult  clamer, 
Si  comme  il  a  maintez  foiz  fait. 
Nous  en  verrons  moult  bien  le  fait, 

6590  Que  vraie  amour  ne  puet  mentir. 
S'a  ce  vous  voulez  assentir, 
Car  y  vueillez  avec  moy, 
Lie  en  seray,  si  vous  en  proy 


—  172  — 

Que  compaignée  m'y  faciez.  » 
6595  — «Ma  damoiselle,  commenciez 
A  faire  vo  vouloir,  dit  Rose; 
Que  ja  ne  vouidrez  faire  chose 
Que  aussi  avec  vous  ne  face. 
Pour  qu'elle  vous  agrie  et  place, 
6600  Et  pour  que  je  faire  la  puisse.  » 

—  ((  Or  est  il  dont  bien  que  je  truisse, 
Ce  respont  Fresne,  une  raison 

Par  quoy  nous  ayons  achoison 
D'aller  as  noces  Galeren.  » 
6605  Dist  Rose  :  «  J'ay,  près  [va]  d'un  an, 
[88  vo]  Voué[e]  la  voye  et  promise 

Par  mon  malaige  a  Saint  Denise, 
S'y  vueil  aller  sans  plus  targier. 
Sor  ce  savraj'  bien  losengier 
6610  Ma  mère,  et  tant  dir(e)  d'un  et  d'el 
Qu'elle  demour[r]a  a  l'ostel. 
Et  je  et  vous  nous  en  yrons.  » 

—  «Vous  dictes  bien,  et  si  dirons, 
Ce  dist  Fresne,  que  je  vueil  vendre 

6615  Mon  drap  et  l'argent  qu'il  vault  prendre. 
S'en  auray  [bien]  .lx.  mars, 
Car  s'il  m'estoit  emblé  ou  ars, 
Je  y  aroie  domage  grant. 
Tost  se  vendroit  11  quens  en  grant 

6620  De  l'achater,  s'il  le  veoit, 

S'en  donroit  plus,  si  li  seoit, 

Qu'uns  autres  homs  ne  pourroit  faire.  » 

—  «  Ceste  achoisons  est  bonne  a  traire  ; 
Ja  ma  dame  nel(e)  desdira. 

6625  Quanque  vo  bouche  li  dira 

Vouldra  elle  bien  octroyer, 

Ne  ja  ne  s'en  fera  prier. 

Qu'elle  vous  croit  plus  que  le  monde  ; 

Si  estes  la  femme  seconde 
6630  Apres  mon  corps,  ce  respont  Rose, 

Qu'elle  plus  ayme  et  plus  alose  ; 

Mais  soiez  en  asseurée.  » 


—  173  - 

Or  n'est  mais  si  Fresne  esgarée 
Comme  elle  a  quatre  jours  esté  ; 

6635  Plu(r)s  ra  qu'elle  ne  sout  santé 

Et  mains  sent  maulx  et  arrommiez. 
Ambedeux  se  sont  endormies. 

Matin  se  liesve  Rose  et  Fresne 
Qui  sa  dame  le  jour  araisne  : 

6640  «  Dame,  fait  elle,  oy  hier  dire 
Que  famé  doit  sans  contredire 
Li  quens  de  Bretaigne  esposer. 
[89  r°]    Si  me  puis  cy  trop  repouser, 

Qu'il  la  doit  prendre  ainz  .xv.  jours. 

664^  Un  chier  dr[a]p  ay  gardé  mains  jours 
Dont  je  vouldroie  bien  l'avoir 
Tenir  c'om  en  pourroit  avoir: 
Biau  dr[alp  y  a  riche  et  plaisant. 
Si  va  tous  li  séclez  disant 

6650  Qu'a  la  Roche  Guyon  sera 
Li  lieux  ou  il  l'espousera. 
Si  ne  puis  plus  demeurer  cy, 
Ains  vous  pry  par  vostre  mercy 
Que  Rosain  y  laissiez  venir. 

6655  Compaignée  me  veult  tenir. 
Si  vous  octroyer  le  voulez, 
Et  nient  plus  que  vous  soûlez 
Ne  soiez  d'elle  a  mesaise. 
Qu'elle  ait  chose  que  li  desplaise. 

6660  N'y  avra  honte  ne  domage.  » 

—  «  Dame,  dit  Rose,  elle  est  tant  sage. 
Et  si  se  maine  loyaument 

Qu'aler  y  puis  seurement, 
Et  je  ne  resuis  mie  sote, 

6665  C'om  m'y  doye  tollir  ma  cote. 

Ne  mon  hernoys,  ne  faire  honte. 
Quant  nous  arons  vendu  le  conte 
Le  drap  qu[e]  elle  vous  devise. 
Nous  en  yrons  a  Saint  Denise  ; 

6670  Si  pa[r]iray  la  mon  voyage.  » 

—  «  Andeux  estes  de  tel  aage, 


—  174  ^ 

Respont  la  dame,  et  de  tel  sens 
Que  s'en  aller  est  mes  assens, 
N'y  doy  villanie  pencer, 

6675  Anduy  vous  sarez  bien  tenser 
De  mauvais  pas,  si  corn  je  croy. 
Fille,  allez  y,  jel(e)  vous  octroy, 
Si  li  soiez  bonne  et  loyaux. 
Mieux  li  garderez  ses  joyaux 
[89  v°]   Et  ses  draz  qu'autre  ne  feroit.  » 
Nuls  a  dire  ne  vous  saroit 
Comment  elles  sont  eulx  deulx  liées. 
Le  jour  se  sont  appareillées 
De  quanqu'il  leur  fault  a  devise. 

6675  Fresnein  a  une  penne  prise, 
Si  l'enmale,  d'ermine  riche. 
Ne  vouldra  c'om  la  tiengne  a  chiche, 
S'elle  puet  aller  a  la  feste. 
En  son  hostel  plus  ne  s'arreste, 

6680  Mais  Tendemain  quant  il  adjourne, 
Son  hernays  trousse,  si  s'atourne, 
Elle,  et  Rouse,  qui  est  montée 
Une  mule  qu'a  empruntée. 
Chevauche  lez  sa  damoiselle, 

6685  [Et]  li  porte  dessouz  s' aisselle 
La  harpe  qu'ell'  a  au  col  mise. 
Une  escha[r]pe  a  chascune  prise 
Et  un  bourdon,  s'ont  chappes  perses. 
Aleur  chemin  se  sont  aerses, 

6690  En  semblance  de  pèlerines, 

Leurs  deux  cuers  uns  sans  coubines. 
Si  chevauchent  en  deduysant  ; 
A  l'autre  va  l'une  disant 
Tout  ce  qu'elle  en  pense  et  fait. 

6695  N'y  a  chose  qui  a  meifait 

Leur  doive  tourner  [n']a  reprochez. 
Tant  chevauchent  et  mons  et  roches, 
Par  bos  [etj  par  plains  et  par  sentes. 
Qu'elles  ont  mis[es]  leurs  ententes 

6700  D'entrer  en  la  Roche  Guyon. 


—  175  — 

Leans  a  ce  droit  point  crie  on  : 
«  Que  chascuns  atourt  son  hostel 
A  son  povoir,  et  face  tel 
Com  pour  haulx  hom[e]s  recevoir.  » 

6705  Si  leur  fait  on  a  tous  savoir 
[90  r°]  Que  Dimenche  y  erent  les  noces. 
Tant  y  avra  d'abbez  a  croces, 
Et  clers,  et  evesques  mittrés, 
Et  chevaliers  logiez  en  trez 

6710  Aux  champs,  pour  eulx  moins  encombrez, 
Que  nuls  n'yert  sages  du  nombrez. 
S'en  est  chascuns  garniz  par  ban. 
Or  ot  le  voir  de  Galeren 
Fresne,  s'en  est  toute  adoulée. 

6715  D'une  blanche  guymple  ausques  lée 
Lie  son  chief  tout  environ, 
Et  dessur  met  son  chapperon. 
Pour  ce  qu'aucuns  ne  la  congnoisse. 
De  ce  qu'elle  ot  a  telle  angoisse 

6720  Que  li  oueil  de  duel  l'en  lermoient. 
Une  ruele  povre  voient 
Qui  est  d'ostelz  petiz  aisinz. 
A  belle  Fresne  plaist  li  liuz, 
Qu'elle  le  voit  ausques  privé. 

6725  Un  basset  en  y  ont  trové 
A  une  vefve  famé  fille  : 
«  Dame, pour  Dieu  et  pour  saint  Gile, 
Dist  Fresne  qui  est  arrestée, 
Je  me  suis  huy  moult  démontée 

6730  D'oustel  trover;  or  je  vous  proy, 
Par  si  que  se  je  truis  et  voy 
En  vous  bonté  et  lié  semblant, 
Je  vous  donray  ma  mule  ambiant, 
Ou  .X.  mars  de  blans  esterlins, 

0735  Dont  ne  maint  chanvre  ne  lins.  » 
Respont  celle  qui  en  piez  sault  : 
«  Or  descendez.  Si  Dieux  me  sault, 
Céans  serez  bien  herbergiez  ; 
Par  folie  fussiez  logiez 


-  176  — 

0740  Lassus  amont  en  cel  chastel. 
Bien  vous  saray  faire  wastel 
Et  vostre  mengier  achater. 
[90  v°]   Ne  m'escuet  {sic)  la  hors  emprunter 
Ne  dras,  ne  coitez,  ne  coissins  ; 

6745  S'aj  de  Tavaine  trente  aissins, 

Et  du  mien  pré  bon  faing  novel.  » 
Respont  Fresne  :  «  Cy  a  revel. 
Bien  seront  voz  bontez  rendues.  » 
Adonc  sont  andenz  {sic)  descendues. 

6750       Or  sont  assez  plus  envoisces, 
Quant  leurs  mules  sont  [ajaisées 
Et  leur  chose  est  a  sauveté. 
De  tout  leur  fait  avoir  plenté 
Leur  ostesse,  et  si  leur  va  querre.     - 

6755  Fresne  fait  un  tapiz  a  terre, 

Qui  leur  fait  destrosser,  estendre. 
Sus  va  son  drap  taillant  et  fendre, 
Prent  la,  sel  fent  et  si  le  taille. 
Oncques  ouvriers  a  mains  de  taille 

6760  Ne  taille  robe  comme  ceste. 

En  pencée  a  qu'elle  s'en  veste  ; 
S'en  a  taillé  mantel  et  cote. 
En  son  cuer  l'en  tient  Rose  a  sote  : 
S'a  fait  oultrage,  ce  ly  semble. 

6765  De  fil  d'or  et  de  soie  ensemble 
Ont  la  robe  si  bel  cousue 
Com  s'elle  fust  ainsi  tissue, 
Carl'euvre  com  davant  y  pert; 
Si  sont  li  quartier  si  apert, 

6770  Ou  les  ymages  sont  pourtraictes, 

Com(me)  s'elles  fussent  arsoir  faictes. 
N'y  a  ne  pièce  ne  chantel. 
S'a  mise  la  penne  ou  mantel 
D'erminetez  blanches  et  belles, 

6775  Et  unes  atachez  nouvelles 

Y  met  qu'eir  a  leans  ouvrées. 
Jamais  ne  seront  recouvrées 
Teles,  que  nuls  ne  scaroit  mie. 


—  177  — 

La  ville  est  toute  estourmie 
[91  r°]    Des  hostels  qu'on  y  prent  et.quiert  ; 
Mais  nuls  le  Fresnain  ne  requiert, 
Que  ce  Fem  porte  ausques  garant 
C'om  le  voit  povre  et  mal  parant. 
De  tout  ce  ne  li  puet  chaloir, 

6785  Qu'elle  a  dedens  tout  son  vouloir. 
Et  la  ville  va  emplissant 
Le  sabmadi  avesprissant. 
Ytant  baron  et  [yjtant  conte, 
Que  je  n'en  sçaj  nommer  le  conte, 

0790  Et  d'autre  gent  y  ra  foison  ; 
Si  n'y  a  loge  ne  maison 
Qui  ne  soit  de  gent  toute  plaine. 
Et  on  y  aporte  et  amaine, 
Et  sur  charretes  et  sur  chars, 

0795  Cerfs  et  cengliers  et  autres  chars, 
Et  sur  les  sommiers  le[s]  poissons. 
Pour  nient  seroit  a  Soissons, 
Que  vin  y  vient  fort  et  plaisant. 
Si  y  a  maint  cygne  et  main  faisant, 

0800  Et  foison  de  pain  beluté, 

Plus  blans  que  n'est  lis  en  esté. 
Feurre  et  avaine  y  a  assez. 
Ainçoys  seriez  tous  lassez 
Que  l'avoir  eussiez  cerché, 

0805  Qu'on  va  vendant  par  le  marché, 
De  dras  et  d'autre  mercerie. 
Pour  Galeren  et  pour  Flourie 
S'i  assemblent  li  menest(e)rel; 
Li  uns  sert  d'un,  li  autres  d'el, 

0810  Qui  savent  les  mestiers  divers. 
Li  un  y  font  combatre  vers, 
Li  autre  y  font  beter  ces  ours 
A  chiens  qui  les  suivent  a  cours, 
Cil  y  tient  lyon  ou  liempart  {sic). 

6815  V[e]oir  povez  de  l'autre  part 

Oustours  et  faucons,  c'om  y  porte. 
[91  vo]    Ainsi  se  déduit  et  déporte 

12 


—  178  - 

La  gent  qui  y  est  assemblée. 

La  ville  est  de  tous  biens  comblée, 
G820  Por  les  noces  qui  sontsor  main, 

S'ont  attendu  jusqu'à  demain. 

Toute  nujt  pence  en  son  courage 

Galeren  a  son  mariage, 

Si  se  merveille  qu'estre  puct, 
G825  Quant  autre  famé  li  estuet 

Que  Fresne  la  belle  espouser. 

S[e]  il  s'en  povoit  excuser, 

Voulentiers  s'en  excuseroit 

Ne  jamais  ne  Tespouseroit. 
(3830  Pour  ce  n'a  toute  nuyt  dormy  : 

«  Sont,  fait  il,  desvé  my  amy, 

Qui  me  vont  mariant  a  force. 

Donner  m'en  pueent  bien  l'escorce 

Et  li  fuz  dessouz  en  soit  leur. 
6835  Arbres  a  escorce  meilleur 

Que  le  fust  a  nature  fierre, 

C'est  Fleurie  qui  a  la  chiére 

Et  le  semblant  plus  avenant 

Qu'elle  n'ait  tout  le  remenant. 
G840  Li  remenant  voir  m'en  descorde 

Puis  qu'au  semblant  point  ne  s'acorde. 

Moult  y  amasse  Facordance  ; 

Mais  puisque  j'y  voy  la  doubtance 

Je  ne  m'acort  point  a  li  prendre. 
6845  Dieux!  comment  m'en  puis  je  deffendre 

A  m'onneur  de  ce  mariage? 

Elle  est  a  un  homme  si  sage 

Fille,  qui  [a]  tante  vertu. 

S'or  te  demande  :  «  Veus  la  tu  ?  » 
6850  Comment  te  peuz  tu  assentir 

A  respondre  oil  sans  mentir  ? 

Mauvaisement  je  ray  en  sens 

Que  mariage  fait  assens. 
[92  r°]    Si  je  dy  oil,  j'ay  menty. 
0855  Si  m'y  ai  je  voir  assenty 

Selon  qu[e]  on  juge  dehors. 


—  179  — 

Comment  pourra  sentir  mes  cors 
Le  veu, quant  je  li  mentira}? 
Sans  assentir  Tassentiraj', 

6860  En  tant  com  Dieux  juge  dedens. 
Si  prendray  famé  pour  ses  dens, 
Et  pour  ses  yeulx,  et  pour  sa  bouche, 
Quant  de  si  peu  m' amie  touche 
Celle,  [ne]  n'em  porte  que  l'ombre  !  » 

6865  De  li  espouser  ne  s'encombre, 
Car  ce  seroit  faulce  jointure. 
Et  Dieux  !  qu'i[l]  ne  soit  Faventure 
Que  Fresne  soit  de  li  si  près  ! 
Il  diroit  ja  tout  el  aprez, 

6870  Car  il  diroit  :  «Je  n'en  vueil  mie. 
Quant  j'ay  Fresne  ma  doulce  amie, 
Qu'en  li  sur  autres  ay  m'entente.  » 
Toute  nuyt  ainsi  se  démente 
Jusqu'au  jour  que  du  lit  se  part. 

6875  Brundorez  est  de  l'autre  part 
Levez,  et  tuitli  chevalier. 
Gente,  qui  veult  appareillier 
Sa  fille  et  enbellir  se  peine. 
Se   faire  en  povoit  belle  Hélène 

6880  Ou  Lavine  ou  Ysolt  la  blonde, 
Qui  fu  la  plus  belle  du  monde. 
Mettre  y  vouldroit  cure  et  travail . 
Robe  d'un  clert  samit  vermail 
A  flours  ovré  entraictez  d'or, 

6885  Dont  la  penne  vault  un  trésor, 
Veult  Gente  que  sa  fille  veste. 
Puis  li  a  sur  sa  sore  teste 
Une  cercle  estroicte  d'or  mise, 
Ou  il  [a]  mainte  pierre  assise, 

6890  Rubiz  et  esmeraudez  mainte. 
Et  d'un  tyssu  riche  l'a  sainte 
[92  V"]   A  boucle  d'or,  ouvré  de  neuf. 
Si  l'a  desouz  un  fausdestuef 
Assise  en  une  chambre  belle. 
6895  Bien  puis  dire  de  la  pucelle 


—  180   — 

Qu'on  li  a  famé  moult  plaisant 
De  biau  corps  et  de  chief  luisant, 
Et  de  clcr  viz  et  de  biaux  jeulx. 
Mais  on  doit  Fresne  prisier  mielx, 

6900  Car  aussi  com  genne(sîc)vaint  voirre, 
Et  la  rose  la  primevoirre, 
Vaint  sa  s[er]eur  Fresne  la  gento, 
Qu'on  aourne  a  si  grant  entente 
Pour  ce  que  plus  l'aint  Galerens. 

6905  De  surtapiz  et  de  sur  bans 
Se  sient  privé  et  estrange. 
De  chevaliers  y  a  grant  renge 
Et  de  dames  et  de  pucelles. 
Par  le  palais  content  novelles. 

6910  Ce  dit  cil  voir  et  cil  menconge, 
Et  cil  li  va  monstrant  son  songe, 
Cilz  conte  laiz,  cil  y  vielle, 
Cil  harpe,  cil  y  challemelle  ; 
S'atendent  l'eure  de  grant  messe. 

6915  Galeren  si  est  hors  de  la  presse 
Qui  liement  ne  s'esbatguaires. 
Maint  chevalier  a  robes  vaires 
A  entour  li  et  mainte  dame. 
Bruns  qui  y  est  voit  que  sa  f[l]ame 

6920  Ne  li  est  mie  toute  esteinte. 
Aventure  li  conte  meinte, 
Oyant  ceulx  qui  sont  entour  luy, 
Pour  lui  ouster  de  son  ennuy  ; 
Mais  il  n'y  scet  tant  adj  ouster 

6925  Qu'il  le  puist  de  s'amour  oster, 
Que  s'entente  n'y  ait  tournée. 
Dechiet  ainsi  la  matinée. 

Ainçoys  que  voisent  au  mo[sJtier, 
[93  r°]    Vouldra  servir  de  son  mestier 

6930  Fresne,  car  faire  li  convient. 
De  plus  avenant  ne  souvient 
Homme,  ne  de  plus  belle  née. 
De  sa  robe  s'est  atournée. 
Qui  vault  .Lx.  mars  d'argent. 


--  181  — 

6935  S'a  un  tyssu  saint  bel  et  gent, 

Plain(s)  de  saffirs  et  de  jagoncez.; 
Es  membres  a  plus  de  quatre  uncez 
D'or  rouge,  et  en  la  boucle  riche 
S'a  noische  dont  elle  s'afiche. 

6940  N'est  mie  povre  ne  petite, 
Qu'il  y  a  mainte  crisolite, 
Et  berilles,  et  calcidoines, 
Et  ametixtes,  et  sardoines  ; 
Si  li  ot  Galeren  donnée. 

6945  De  blanche  gujmple  est  atournée  ; 
S'en  a  repost  e[t]  nez  et  face. 
Ne  veult  mie,  que  qu'elle  face, 
Que  nuls  si  tost  a  court  la  sache. 
A  sa  noische  ferme  l'atache 

6950  De  son  mantel,  qui  ne  se  meuve. 
Rose  vest  une  robe  neufve 
D'escarlete,  cote  et  surcot. 
Ainçojs  paient  bien  leur  escot 
Qu'elles  yssent  de  l'ostel  hors. 

6955  Fresne,  la  belle,  au  séant  corps. 
Et  Rose  tant  se  sont  hastées 
Que  sur  leurs  mules  sont  montées. 
Rose  la  he[r]pe  a  son  coul  pent 
Et  le  vaillant  orillier  prent; 

6960  Puis  s'entournent  grant  ambleure, 
Car  l'eure  point  n'est  asseure 
C'om  veult  la  grant  messe  chanter. 
Jusqu'au  palais  sans  arrester 
[93  v°]  Sont  venues  et  si  descendent. 

6965  Tous  cil  qui  les  voient  entendent 
,  A  regarder  belle  Fresnein. 
Sa  harpe  prent  a  une  main, 
Que  Rose  lues  li  a  rendue. 
Fresne  a  son  coul  l'a  pendue, 

6970  S'al'oreillier  a  son  piz  mis. 
A  cesti  deust  estre  amis 
Ung  roys  qui  tenist  tôt  le  monde  ! 
Font  cinq  cens  qui  a  la  r[e]onde 


-  182  — 

La  oaingncnt  et  mirent  son  corps. 
6975  Galeren  yert  de  son  sen  hors, 
Si  cestui  ne  fait  davant  lui 
Esbanoier  encor  ancuy, 
Ainçoys  que  de  la  court  en  voyt. 
Fresne  a  Rosain  dist  ne  li  poist, 
0080  Proie  li  que  les  mules  gart  : 
«  Alez,  n'y  aiez  ja  regart 
Que  je  nés  gart  bien  »,  ce  dist  Rose. 
Et  Fresne,  sans  dire  autre  chose, 
S'en  va  errant  tout  a  eslaiz. 
6985  Ne  fine  jusques  el  (le)  palays, 

Puis  chante  quant  elle  est  en  my  : 
((  Je  voiz  aux  noces  mon  amy  : 
Plus  dolente  de  moy  n'y  va  !  » 
Geste  note  premiers  trova 
6990  Fresne  qui  de  chanter  se  peine. 
Les  doiz  en  la  harpe  pourmaine  : 
Si  va  herpant  tant  doulcement 
Que  li  menest(e)rel  erraument 
Mettent  leurs  instrument  arriére, 
6995  Car  tous  leurs  sons  et  leur  manière 
Vallent  vers  la  harpe  aussi  peu 
Com  vers  vielle  voix  de  leu. 
S'en  sont  esbahy  touz  ensemble. 
A  chevaliers  et  a  tous  semble, 
7000  Tant  en  loent  la  mélodie, 
[94  r"]  Q'angez  du  ciel  lor  chant  [et]  die 
Ce  que  Fresne  leur  va  notant. 
Et  Galeren  se  va  matant 
Qui  encore  peus'aparçoit. 
7005  Fresne  l'esgarde,  si  le  déçoit 
Et  davant  li  de  gré  se  porte 
Par  un  doulx  lay  le  desconforte. 
Les  autres  layz  celuy  a  pris 
Que  Galeren  li  a  apris. 
7010  Et  le  dit  ne  mesprent  n'en  la  note 
De  Galeren  le  breton  note. 
Si  l'escoutent  toutes  et  tuit  ; 


—  183  - 

Des  moz  n'entent  nulz  le  déduit 

Fors  que  dui,  mais  li  chans  est  doulx  : 
7015  Si  les  fait  entendre  a  li  tous. 
Que  que  Graleren  ot  le  laj, 

Li  sancs  li  mue  sans  delay, 

Ne  soit  ou  il  est  ne  qu'il  face. 

La  couleur  li  voit  en  la  face 
7020  Fresne  muer,  et  sel  voit  taire. 

Dont  parole  a  li  par  contraire. 

«  Quens  Galerens,  com  faicte(s)  chiére, 

Com  avez  vostre  famé  chiére, 

Qui  ne  vous  voulez  envoisier  ! 
7025  Peu  vous  doit  amer  et  prisier. 

Quant  si  fait  semblant  nous  moustrer. 

Estes  vous  si  de  goûte  outrez 

Ou  de  paour  ou  d'avarice  ? 

Est  ce  pour  mantel  ou  pour  plicc 
7030  Que  jevueille  du  voustre  avoir? 

Dieux  mercy,  j'aj  assez  d'avoir. 

Ne  soiez  ja  si  esbahiz. 

Voiez,  il  cuide  estre  trahiz, 

Quant  je  paroi  de  ces  dons  cy. 
7035  Est  ce  cops  qui  vous  a  nercy 

D'espée  ou  de  lance  (ou)  de  fresne?» 
[94  v"]    La  pucelle  plus  ne  l'araisne, 

Qui  maté  l'a  et  desconfit, 

Ne  pour  les  moz  ne  pour  l'alit, 
7040  Mais  pour  ce  qu'il  la  congnoist  bien. 

En  soy  n'a  nul  povoir  de  rien, 

S'il  n'a  des  piez  lever  puissance. 

Fresne  voit  bien  a  la  semblance 

Qu'il  s'aparçoit  et  est  soupris. 
7045  S'a  aux  autres  le  congié  pris  : 

((  Seigneurs,  fait-elle,  Diex  vous  sault 

Et  l'espouse  gart  et  consault. 

Bien  voy  que  pou  du  suen  aray. 

A  l'espousée  m'en  iray, 
7050  Si  saray  s'elle  est  plus  courtoise.» 

Puis  s'entourne,  si  se  renvoise. 


—  184  - 

S'entre  en  la  chambre  Tespousée. 
«  Cil  Diex  qui  fist  ciel  et  rosée, 
Fait  elle,  quant  de  luj  vient  près, 

7U55  Sault  Tespousée  et  en  après 

Les  dames  et  les  damoiselles  I  » 
A  li  respondre  sont  ysnelles, 
Si  li  respondent  :  «  Bien  venans 
Soiez,  sur  toutes  avenans 

TOGO  Et  sur  les  belles  qui  sont  nées  !  » 
A  ce  sont  toutes  assenées 
Qu'ainz  maiz  ne  virent  sa  pareille. 
Esgardant  la  vont  a  merveille. 
Qu'elles  cuydentde  li  royne. 

7065  Fresne  a  sa  harpe  a  sa  poitrine. 
Ses  doiz  y  met,  lors  va  harpant. 
Les  cuers  leur  emble  et  va  hapant  ; 
Si  sont  par  le  son  toutes  vaines. 
Li  brez  est  levez  a  grant  peines, 

7070  S'a  son  mantel  mis  sur  son  chief  ; 
Veoir  la  joie  lui  est  grief. 
Si  s'est  de(s)  ses  barons  sevrez. 
[95  r°]    Bruns  voit  qu'il  est  touz  eny vrez 

Et  que  li  cuers  li  deulst  du  ventre  ; 

7075  En  une  chambre  ou  il  s'en  entre 
Li  sont  luez  de  près  en  taisant. 
«  Sire,  je  vous  voy  moult  pesant. 
Si  li  dist  Bruns,  [or]  qu'avez  vous  ?  » 
—  <(  Je  ne  seray  huy  mes  espoux 

70S0  A  celle  que  m'avez  donnée, 

Quant  Damediex  m'a  ramenée, 
Respont  li  brez,  Fresne  la  belle, 
Dont  je  ne  sceu  piecza  novelle. 
Et  bien  en  poist  tous  mes  amys, 

7085  Celle  en  qui  j'ay  mon  cuer  mis 
Et  que  j'ay  amée  d'enfance 
A'ueil  avoir,  qui  qu'en  ait  pesance. 
Elle  est  céans.  Bruns,  si  vous  proy, 
Si  vous  amez  ne  vous  ne  moy, 

7000  Que  garde  faictes  de  le  prendre.  » 


—  185  ~ 

Or  y  voit  moult  Bruns  a  reprendre, 
Ce  li  semble.  Ne  soit  que  dire, 
N'il  ne  li  ose  contredire 
Ne  son  commant  ne  son  vouloir. 
7095  «  Sire,  fait  il,  moult  puet  valloir 
Chastoiement,  s'on  le  veult  croire. 
Pour  ce  qu'on  ne  voie  recroire 
Vo  cuer(s)  des  biens  qu'il  sot  porter, 
A  ce  vous  laissiez  enhorter 
7100  Que  vous  dictes  :  Malades  sui. 
Si  vous  laist  repouser  mez  huy 
Brundorés  d'espousez  [sic)  sa  fille. 
Car  trop  s'abaisse  et  trop  s'aville 
Haulx  homs  qui  s'enfance  ne  cuevre. 
7105  Souvent  avient  que  cil  qui  euvre 
Par  guille,  s'ounour  en  détient.  » 
Galeren  a  bon  conseil  tient 
Ce  que  Bruns  li  loe  et  endite, 
Seulement  pour  ce  qu'il  respite 
[95  V]  Jusqu'au  demain  le  mariage. 

Tout  ce  li  loe  il  pour  (pour)  sa  rage. 
Que  faire  chose  ne  li  face 
Dont  Brundorés  a  droit  le  hace. 
Tant  qu'il  sont  la  privéement 
7115  Fresne  euvre  de  son  instrument, 
Si  va  les  dames  envoisant. 
Gente,  qui  la  va  [r]envoisant, 
Li  a  mainte  chançon  chantée 
Que  Fresne  en  la  harpe  a  notée. 
7120  Et  quant  elle  s'est  tant  déduite, 
Elle  qui  est  el  cuer  recuite 
S'arreste  en  pencer  moult  parfont  ; 
D'une  pensée  se  confont 
Et  d'une  chose  se  prent  garde, 
7125  Que  le  drap  de  la  robe  esgarde  : 
Si  le  va  visant  destre  et  senestre  ; 
Si  se  merveille  que  puet  estre 
Qui  celi  fist  le  drap  avoir, 
Qu'elle  voit  bien  et  scet  de  voir 


—  186  — 

7130  Qu'elle  y  a  les  ymages.  faictes 

l'^t  les  lijstoires  enz  pourtraictes  ; 
Bien  scet  que  li  drapz  est  de  s'euvi'o. 
De  sang  mue,  qui  le  descuevre 
La  face,  s'em  pert  la  couleur. 

7135  «  Dame,  ne  cuit  que  drap  meilleur 
Maniast  nulz  onques  encore  », 
Fait  Fresne  qui  toute  Tacore 
[Et]  esbahist  et  espovente. 
Voiant  dames  plus  de  quarante, 

7140  Chiet  Gente  jus  sans  arrester. 
Que  sur  ses  piez  ne  puet  ester. 
Pasmée  s'est,  le  cuer  li  fault. 
Au  revenir  souspire  hault, 
Et  bas  a  dit  :  «  Que  feray,  lasse  !  » 

7145  Sus  s'est  levée,  avant  s'em  passe 

Et  entre  en  une  chambre  painte. 

[96  r^l    Et  les  dames  l'ont  assez  plainte 

Qui  cuidoient  qu'elle  fust  morte, 

Et  dis[en]t  que  maulves  mal  porte 

7150  Dont  elle  puet  morir,  ce  cuident. 
Gente  commande  qu'elle[s]  wident 
La  chambre,  et  elles  s'en  vont  fors. 
Fresne  fait  venir  a  li  lors. 
Laiens  se  sont  audens  [sic]  enclosez. 

7155  Fresne  repense  a  maintes  choses, 
Et  ce  la  fait  pencer  et  taire 
Qu'eir  a  a  la  dame  veu  faire  ; 
N'y  pence  mainz  que  fait  la  dame. 
«  Belle,  fait  Gente,  sur  vostre  ame, 

7160  Sur  vo  baptesme,  sur  vo  foj, 

Et  sur  Dieu,  vous  conjur  et  proy 
Que  vous  me  diez  erraument 
Vostre  affaire  et  privéement. 
Savoir  le  vueil,  nel(e)  celez  mie. 

7165  Avant  me  dictes,  doulce  amie, 
Comment  vous  estes  appellée  ?  » 
—  «  Dame,  ja  ne  vous  yert  celée 
Ma  vie  »,  Fresne  li  respont. 


—  187  — 

Li  foux  (sir)  surnom  choile  et  repont, 

7170  "  Fresne  suis  par  droit  non  nommée.  » 
—  a  Belle  Fresne,  ou  fustes  vous  née  ? 
Dist  la  dame,  savoir  le  vueil.  » 
Lues  deviennent  mojste  li  oueil 
A  Fresne,  quant  ce  s'oit  enquerre. 

7175  En  plorant  respont  :  «D'une  terre 
[Dont]  ne  vous  puis  je  [le]  voir  dire. 
Ja  nel(e)  voulsisse  contredire 
Que  volentiers  nel(e)  vous  deisse.  » 
Respont  Gente  :  «  Savoir  voulsisse 

7180  Ou  vous  avez  nourrie  esté.  » 
Fresne  voit  que  rien  conquesté 
N'arroit  en  celer  son  affaire. 
'96  vo]  «  Dame,  fait  elle,  mon  contraire 
"Voulez  savoir,  ce  le  vous  diray. 

7185  Ja  voir  ne  vous  en  mentiray. 
Ainz  que  de  fons  fusse  levée, 
Fuz  je  sur  un  arbre  trouvée. 
Si  me  norry  une  abba[e]sse 
Et  un  chappelains  chantant  messe, 

7190  Qui  maint  bien  me  fist,  Diex  ait  s'amc, 
Et  si  conseult  ma  bonne  dame 
Par  qui  je  suis  si  espennie. 
Bien  estoie  en  mon  bers  warnie. 
Qui  riches  estoit  a  devise. 

7195  Quant  je  fu  deslie  et  prise, 

Si  vit  l'en  sel,  par  congnoissance 
Qu'encor  n'estoie  a  la  créance 
N'a  la  foy  Jhesu  Crist  donnée. 
Si  fuz  luel  (sic)  par  le  sel  renée 

7200  En  la  sainte  eaue,  en  sainte  église. 
S'en  Fresne  a  non  par  la  devise 
Que  sur  le  fresne  me  trovérent  ; 
Fresne  pour  ce  m'en  appelèrent. 
Puis  fuz  gardée  a  grant  déduit. 

7205  Cinq  c.  besans  en  ont  d'or  cuit 
L'abb[a]esse,  si  com  je  croy. 
Qui  trové  furent  avec  moy. 


-   188  — 

Si  trova  l'en  cest  oreillier 
Que  vous  me  veez  cj  baillier 

7210  Contre  mon  pix,  quant  har[)ez  {sic)  vuei 
Cel  drap  qui  fu  de  grant  orgueil 
Et  encore  est  de  grant  richesse 
Trova  l'en  dessouz  ma  chevesce. 
Mais  ne  say  que  ce  signifie. 

7215  De  ce  soiez  certaine  et  fie 
Que  la  dame  qui  me  trova 
Doulcement  vers  moy  se  prova, 
Car  moult  de  bien  me  fist  aprendre. 
Le  drap  et  l'oreillier  fist  prendre, 
[97  To]    Selle  le  fait  en  son  trésor  sauver. 
Bi.en  sçay  lire  et  bien  embriever, 
Latin  parler,  et  harper  laiz, 
Et  faire  eskardire  voz  laiz; 
Dont  j'ay  puis  eu  moult  grant  preu. 

7225  Madame  avec  un  sien  nepveu 

Me  fist  nourrir  en  (en)  sa  maison. 
Quant  nous  venismes  en  saison 
Qu'il  fu  grans  et  je  me  connuy, 
Si  nous  entresmasmes.  Mais  l'ennuy 

7230  Que  chascun  en  a  puis  eu 
N'ariez  vous  huy  mais  sceu 
N'en  tous  les  jours  qui  sont  en  may. 
Ma  dame  ot  duel  quant  je  l'amay, 
S'ot  paour  qu'il  ne  m'esposast. 

7235  Et  il  moult  bien  faire  l'osast 
S'il  en  peust  avoir  loisir. 
Et  ne  pourquant  par  son  plaisir 
Eu  je  sa  foy,  sachiez  sur  m'ame. 
Qu'il  n'espouseroit  autre  femme, 

724i>  Et  encore  l'a  bien  sauvée. 
En  la  fin  fu  toute  desvée 
Ma  dame,  si  li  ennuya 
D'un  message  qu'il  m'envoya, 
Qu'elle  trova  a  moy  parlant. 

7245  Si  m'en  ala  tant  assaillant 
Par  moz  et  tout  li  respondy, 


—  189  - 

Que  mon  oreillier  me  rendy 
Et  ce  drap  dont  je  suisvestue. 
Mais  ce  me  desconfit  et  tue 

7250  Qu'elle  me  reprova  ma  honte. 
En  la  fin  vous  dj  de  mon  conte 
Qu'en  moj  n'ot  oncques  lecherie. 
Si  laissai.  Si  m'en  suis  garie 
A  Rouen  puis  a  grant  honnour. 

7255  Or  vouldroie  trover  seigneur 
Ou  dame  entour  cui  j'estuisse, 
[97  V]  Qui  par  hounour  servir  puisse.  » 
Esbahie  est  madame  Gente 
Qui  a  mis  a  oyr  s'entente 

7260  Ce  que  Fresne  lia  conté. 

Bien  soit  et  cougnoist  vérité, 
Au  drap  et  a  ce  qu'elle  conte, 
Que,  pour  le  cry  et  pour  la  honte 
De  la  parolle  qu'el'  ot  dite, 

7265  L'en  fist  enfant  en  bers  petite 
De  novel  née  destourner. 
Lues  lafaicte  desarnoter 
De  sa  guymple  pour  T[e]oir  nue. 
Et  Fresne  son  vis  en  desnue 

7270  Qui  la  face  a  vermeille  et  belle. 
Lues  que  Gente  voit  la  pucelle, 
[De]  s'autre  fille  si  li  semble. 
Pour  ce  qu[e]  elle  li  ressemble  ; 
Mais  Fresne  de  biauté  la  passe. 

7275  La  mère  en  son  cuertout  compassé 
Yeulx  et  nez  et  menton  et  bouche, 
Et  nature  le  cuer  li  touche. 
Si  fait  remeuvre  vraie  amour 
Qui  morte  y  a  esté  maint  jour. 

7280  Pour  ce  que  cuers  ne  puet  mentir, 
Li  fait  pitiez  l'amour  sentir; 
Si  regarde  piteusement 
Fresne,  et  li  jecte  erraument 
Ses  braz  au  col  ;  si  le  {sic)  estraincte, 

7285  Par  grant  doulceur  et  par  grant  plainte. 


—  190  — 

L'a  baisie  plus  de  cent  foiz 
Enyeulx,  en  bouche,  en  mains,  en  doiz. 
Et  en  la  face  belle  et  clerc. 
Dont  s'escrie  com  vraie  mère  : 

7290  «  Belle  Fresne,  douceur  de  cuer  ! 
Ma  fille  es,  et  celle  est  ta  seur 
Qui  la  hors  siet  a  grant  hounour. 
[98  r°]  S'atent  Galeren  a  seigneur 
Qui  la  doit  espouser  ancui. 

7295  Ma  doulce  fille  Fresne,  a  cui 
Seras  tu  en  droit  toy  donnée? 
Aussi  es  tu  de  mon  corps  née 
Et  fille  aBrundoré  le  preu. 
Fille,  quel  hounour  et  quel  prou 

7300  As  tu  de  noz  deux  receu  ? 
Lasse  !  il  n'a  encore  sceu 
De  toy  ne  mençongie  ne  voir. 
Si  n'en  doit  blasme  recevoir, 
Mais  tout  avoir  le  doit  la  folle, 

7305  Je  qui  diz  la  laide  paroUe 
A  Marsille,  la  sainte  dame, 
Que  follie  avait  fait  la  femme 
Qui  portoit  deux  enfans  jumiaux, 
Pour  ce  qu'elle  en  avoit  deux  biaux. 

7310  Que  folle  diz  et  mesdisans  ; 

Si  doubtay  puis  les  moz  nuysans, 
Qu'ensemble  en  eu(z)  deux  en  mon   corps, 
Toy  et  cel[e]  qui  siet  la  hors  ; 
Dont  fui(z)  je  mère  par  contraire. 

7315  Honte  me  fist  tel  chose  faire 
Qui  a  langour  me  tourna  puis. 
Quant  tu  yes  vive,  et  je  [te]  truis. 
Ne  puet  estre  que  Dieux  ne  m'aint. 
Car  en  moy  seule  ne  remaint 

7320  Que  tu  n'aies  esté  perie. 

Car  pleust  a  Dieu  que  Flourie 
Fust  en  ton  lieu  et  tu  ou  sien  ! 
Or  vouldroie  assez  plus  ton  bien 
Que  le  sien,  si  Dieux  bien  me  face. 


—  191  - 

7325  Soit  qu'il  m'enaint  ou  qu'il  m'en  hace, 
Ton  père  le  feray  savoir. 
Quant  conté  l'en  aray  le  voir, 
Si  li  siet,  si  le  me  pardoint, 
Ou  s'il  li  plaist  la  mort  m'en  doint, 
[98  v°]   Que  ja  mais  ne[l]  li  celeray, 

Doulce  fille,  quant  ton  cors  ray.  » 

Fresne  repleure  d'autre  part, 
Ne  de  sa  mère  se  départ, 
Jusqu*  ele  l'a  c.  foiz  baisie  ; 

7335  Ne  fu  oncques  mais  aaisie. 
Si  li  fait  le  vray  cuer  baisier 
Nature  qui  ne  soitboisier. 
Que  qu'elle  la  baise  si  pleure  : 
a  Doulce  mère,  bonne  m'est  l'eure 

7340  Que  je  vins  cy,  dist  la  pucelle. 
Encor  ne  m'aist  vostre  mamelle 
Livrée  en  enfance  peuture, 
Si  m'en  repaist  toute  nature 
Qui  de  vostre  amour  me  saoule. 

7345  Amours  naturelz  a  mooule, 

Mais  celle  est  wide  et  petit  dure 
Qui  fondée  est  sur  norreture. 
Mains  amer  pour  ce  ne  devez 
Vostre  enfant  que  nourri  [n']avez. 

7350  Car  si  vous  ne  m'avez  nourrie 
N'est  pas  pour  ce  en  moy  perie 
Vraie  nature  qui  me  prent. 
En  peu  d'eure  mon  cuer  aprent 
Ce  que  n'a  veu  ne  apris. 

7355  Amours  naturelz  l'ot  si  pris, 

Quant  pour  moy  muastes  la  chiére, 
Qu'onques  puis  ne  l'en  peuz  arriére 
Tourner,  car(s)  vous  estes  ma  mère. 
Mais  pour  Dieu  faictes  moy  mon  père 

7360  Cy  venir  tant  qu'il  m'ait  veue, 
Par  si  quant  il  avra  seue 
Ma  vie  et  de  mon  corps  le  conte, 
S'il  vous  en  fait  ennuy  ne  honte, 


-  192  — 

Ou  cuer  m'en  ferray  d'un  coutel.  » 

7365  Gente  en  pur  le  corps  sans  mantel 
[99  r°]  Vient  à  Tuis  de  la  chambre  errant, 
S'envoie  querre  tout  courant 
Son  seigneur,  et  il  vient  la  lues. 
L'uis  de  la  chambre  qui  est  neufs 

7370  Ferme  la  dame,  et  ses  espoux 

Lia  dit:  «Dame,  que  plaistvous?» 
Celle  l'esgarde  et  mot  n'a  dit, 
Ainz  se  laisse  sans  contredit, 
Jointes  mains,  a  ses  piez  ch[e]oir  : 

7375   «  Sire,  fait  elle,  qui  povoir 
Avez  de  moy  occire  cy. 
De  ceste  lasse  aiez  mercy. 
Regehir  vous  vueil  mon  pechié. 
S'en  vous  tient  a  bien  entechié 

7380  Et  je  ne  sen  voustre  bonté, 
Faulcement  vous  ont  araonté 
Cil  qui  vous  prisent  par  le  monde. 
Toute  première,  non  seconde, 
Doit  famé  du  baron  sentir 

7385  La  courtoisie,  sans  mentir, 

Ainçoys  que  nulz  autres  la  sente. 
Bons  Brundorés,  ja  suis  je  Gente 
Qui  meifait  ay;  si  m'en  repent. 
Se  tu  veulx,  sire,  si  me  pent, 

7390  Car  forfait  l'ay  par  jugement. 
Et  si  Dieux  prenoit  vengement 
Selon  ce  que  pechierres  pèche, 
Que  s'ireurs  fust  de  pitié  sèche. 
Trop  nous  ferroit  de  dure  corde. 

7395  Mais  il  a  de  miséricorde 
Atrempée  si  s'a[s]preté. 
Que  tuit  sachent  de  vérité 
Qu'il  vouldra  mielx  gueredonner 
Les  biens  aux  bons,  que  mal  donner 

7400  A  ceulx  qui  l'aront  desservy. 
Sire,  ja  vous  ai  je  servy 
De  corps  loyal,  qu'eins  n'en  mespris. 


—  193  — 

[99  v°]  Si  d'autre  chose  ay  entrepris, 
Mercy  de  vous  avoir  en  doy. 
7405  Et  par  un  convent  la  vous  proy 
Que  je  me  occiray  tart  ou  tempre, 
Si  pitié  ne  vous  en  atrempe, 
Voire  ainçoys  que  li  jour  nous  faille.» 

—  «  Levez  sus  et  sachiez  sans  faille, 
7410  Ce  dist  Brundorés  qui  l'en  liéve, 

Que  dolent  suis  et  moult  me  griefvc 
Quant  tant  avez  esté  a  terre. 
Dieux  a  mercy  de  ceulx  qui  querre 
Li  veulent  de  tous  leurs  meflfaiz. 
7415  Se  si  villains  estoit  voz  faiz 

Que  vous  murdrir  me  voulsissiez, 
Pour  que  vous  en  repentissez. 
Si  vueil  je  tendre  a  vo  pardon.  » 

—  M  Sire,  cy  a  moult  riche  don, 
7420  Ce  dit  Gente  ;  dont  m'escoutez, 

N'a  engigniez  ne  vous  sentez, 
Car  ce  que  je  conter  vous  vueil 
Est  voir  comme  evangille  en  fuel. 
Sire,  tout  avant  vous  diray 
7425  Que  plus  assez  el  cuer  dire  ay 

Que  mestier  ne  fust,  quim'enpire. 
Ne  je  ne  cuit  en  nul  empire 
Homme  tant  sage  a  bien  entendre 
Corn  ne  puit  d'autre  dit  reprendre. 
7430  Jel(e)  diz  pour  moy,  quar  je  diz  ja 
Tel  chose  dont  mes  los  changea. 
Mes  parler  a  tous  mesavient. 
Près  a  vingt  ans,  si  m'en  souvient. 
Que  vous  tenistes  une  court. 
7435  La  n'ot  il  cler  oyant  ne  sourt 
Qui  n'entendist  ma  villanie. 
Je  diz  que  femme  estoit  honnie 
Qui  de  deux  jumiaux  estoit  mère, 
Qu'avoir  dévoient  plus  d'un  père. 
[100  r°]  Ce  diz  je  com(me)  folle  et  estoute. 

Sachez  qu'il  m'avint  puis  sans  doubte 

13 


—  194  — 

Que  j'eu  deux  filles  a  un  lit. 
De  ce  n'ou  je  point  de  délit, 
Quant  fait  en  eu  si  villain  conte. 

7445  Car  pour  ester  mon  corps  de  honte, 
En  fis  une  loing  destourner, 
Et  si  la  fis  si  adourner  {sic) 
D'avoir,  de  sel  et  d'oreillier, 
Et  d'un  chier  drap,  qui  travillier 

7450  Me  fist  plus  de  quatre  ans  entiers, 
Qu'on  la  nourrj  bien  voulentiers. 
Quant  elle  fu  trovée  et  prise. 
Le  tesmoingde  sa  gentillise 
Monstra  li  draps  c'om  y  trova. 

7455  Une  abba[e]sse  la  leva, 

Par  le  sel,  qui  fu  note  et  esme 
Quelle  vouloit  eaue  et  cresme. 
Et  se  vous  cuidiez  que  je  mente, 
Que  que  je  mettoie  m'entente 

7460  El  (le)  drap  de  soie  et  d'or  pourtraire. 
De  ce  vous  vueil  je  sage  faire, 
Maintes  foiz  venistes  seoir 
Delez  moy  pour  l'euvre  v[e]oir, 
Si  devisiez  les  hystoires. 

7465  Pour  ce  que  vous  tenez  a  voires 
Les  paroUes  que  dictes  ay, 
Monstrer  vous  en  vueil  bon  essay: 
C'est  li  draps,  c'est  li  orilliers, 
C'est  ceste  que  vostre  mouilliers 

7470  Destourna  loing  qu'elle  fu  née. 
Or  l'a  Dieux  a  droit  rasenée, 
Qui  monstre  a  celi  s'amistié 
De  qui  il  veult  avoir  pitié. 
En  cest  drap  esprouve  mon  cuer; 

7475  Et  la  royne  Aude  ma  suer 

Ce  chier  oreillier  m'envoya.  » 
[lOOv"]  Son  baron  tourné  a  voie  a 

Ausques  la  dame,  et  il  s'en  seigne. 
En  son  conte  voit  mainte  enseigne, 

7480  Si  s'en  recongnoist  et  adresce. 


—  195  - 

Maintes  tbiz  vit  a  sa  chevesee, 
Ce  li  est  advis,  l'oreillier, 
Et  raaintez  foiz  vit  travaillier 
Sa  femme  ce  drap  qu'il  manoie. 

.7485  Rien  ne  descongnoist  ne  ne  noyé. 
Fresne  lieve  par  le  menton  : 
«  Par  foy,  fait  il,  céans  voit  on 
Le  voir  de  quanque  j'ay  oj.  » 
Adonc  a  le  cuer  esjoy, 

7490  Quant  du  nés,  des  jeulx  et  du  vis, 
Semble  estre  l'autre  a  son  avis, 
Et  pitiez  lues  el  cuer  l'en  touche. 
Doulcement  li  baise  la  bouche 
Plus  de  vingt  foiz  ou  plus  de  trente. 

7495  II  l'esgarde,  si  la  voit  gente, 
Et  belle,  et  plaisant  a  devise. 
Entre  ses  braz  Ta  tantost  prise, 

*  Hault  la  liéve,puis  la  rebaise. 

Tant  par  en  a  au  cuer  grant  aise 

7500  Que  deviser  ne  le  pourroie. 

«  En  non  Dieu,  fait  il,  je  seroie 
Aussi  fel  com  Noiron  de  Rome, 
Qui  tant  se  par  descorda  d'ome 
Que  son  mefFait  ne  fesist  nuls, 

7505  Si  de  moy  vous  mettoie  en  sus. 
Ma  fille  estes,  jel(e)  sçay  et  voy, 
Si  je  vous  aing  ne  m'en  desvoy. 
Car  nature  ja  m'en  avoie 
Qui  toute  m' amour  vous  envoyé; 

7510  Si  (je)  vous  "aing  plus  que  tout  le  monde. 
Fille  avenans  et  belle  et  blonde. 
Que  si  estes  gente  et  apperte. 
Com  doloreuse  fust  la  perte, 
101  T°]  S'a  tousjours  mais  fussiez  perdue. 

7515  Dieux  qui  m'a  ma  fille  rendue 
En  merciz  je  par  sa  bonté.  » 
N'aroie  huy  ne  demain  conté 
La  grant  joie  qu'il  en  a  faicte. 
Il  est  assiz,  les  lui  l'a  traicte  ; 


—   190  — 

7520  Si  11  enquiert  sa  vie  toute. 

Fresne,  qui  a  le  cuer  sans  double 
Mais  tout  saur,  conte  a  sou  pérc 
Tout  ce  qu'elle  ot  dit  a  sa  niére, 
Et  de  celi  qu'ell'  a  amé; 
7525  Mais  encore  ne  l'a  nommé, 

Quant  ses  pères  nommer  li  fait. 
En  aventure  del  meffait, 
Comment  que  la  chose  se  praigne, 
Ou  que  on  l'en  lot  ou  repreigne, 
75;50  Li  dist  Fresne  :  «  C'est  Galerens 
De  qui  j'ay  eu  tous  mes  bans; 
S'a  bien  cinq  ans  qu'il  m'a  plevie.  )> 
Brundorés  pleure  de  sa  vie, 
Car  souflFerte  a  mainte  durté. 
7535  Quant  de  Fresne  sent  la  purté, 
A  Galeren  le  vouldra  dire, 
Pour  savoir  s'il  veult  contredire 
Flourie,  et  Fresne  prendre  a  famé. 
I)a  {sic)  s' amour  a  et  de  sa  flame 
7540  Parler  en  plusieurs  lieux  oy, 
Que  si  fort  l'avoit  esbloy 
Une  famé  estrange  et  soupris. 
Que  maint  disoient  que  son  pris 
En  yroit  perdant  en  la  fin. 
7545  De  vray  cuer  naturel  et  fin 
L'a  si  enamée  en  peu  d'eure 
Qu'il  n'en  puet  laissier  qu'il  ne  queure 
A  Galeren  plus  que  le  pas. 
Qu'il  treuve  essoigne  par  compas 
7550  Que  famé  ne  puet  espouser, 
[101  v°]  Par  faindre  se  veult  excuser. 
Fresne  son  père  dire  rueve, 
Ainz  que  pour  querre  le  bret  meuve, 
Qu'il  die  que  Fresne  s' amie 
7555  Le  mande,  et  qu[e]  il  ne  laist  mie 

Qu'il  ne  viengne  a  li  sans  nul  terme. 
L'uis  de  la  chambre  lues  defi'erme 
Cil  qui  d'aller  au  bret  entent. 


Graleren  se  plaint  et  estent, 

7560  Et  baaille  et  de  cuer  souspire. 
Il  cuide  qu[e]  il  vienne  dire 
Que  d'aller  au  moustier  est  temps. 
Premiers  parolle  G-alerens  : 
«  Sire,  fait  il,  je  n'ay  mestier 

7565  D'uj  mais  oir  messe  en  moustier, 

Car  maulx  m'a  tout  le  cuer  soupris. 
Si  soit  li  jour  a  demain  pris 
De  ce  que  nous  devons  huj  faire, 
Pour  (ce)  que  Diex  me  vueille  retraire 

7570  A.  la  santé  que  ravoir  vueil.» 

Brundorés  cluigne  Brun  de  l'ueil 
Qui  bien  voit  le  pie  dont  il  cloche. 
«  Je  ne  autre  ne  vous  aproche, 
Respont  Brundorez,biaux  doulx  sire, 

7575  A  ce  dont  vous  oj  esconduire. 
Ce  ne  vous  vueil  je  dire  mie  ; 
Ainz  vous  dj  :  Fresne,  vostre  amie, 
Ma  belle  fille  au  corps  séant, 
Vous  mande  s'il  vous  va  grevant 

7680  Qu'a  li  vieignés  a  chiére  clére, 
La  ou  elle  est  avec  sa  mère. 
Mais  vous  n'avez  mie  loisir, 
Pour  le  mal  qui  vous  fait  gésir, 
Et  maladie  est  droit'  escuse.  » 

7585  Li  brez  qui  ce  entent  lues  s'escuse 
Qu'il  ne  sent  mal  n'enfermeté  ; 
Pour  ce  qu'il(t)  ot  ra  sa  santé 
[102  r°]  Ne  plus,  ce  dist,  n'est  deshaitiez. 
Or  ne  scet  Bruns  s'il  est  gaitiez, 

7590  Ne  se  Brundorés  veult  savoir 
N'atemdre  de  s'amour  le  voir. 
Si  li  a  dit  Bruns  en  l'oreille  : 
«  Sire,  dire  vous  oj  merveille, 
Et  tout  li  mons  vous  tient  a  sage. 

7595  Ne  faictes  mon  seigneur  oultrage 
Ne  mençonge  par  gas  entendre  ; 
Jennes  est,  s'a  mestier  d'aprendre. 

13^ 


—  198  — 

Si  le  povez  si  desvoier 

Que  paine  aroit  au  ravoier, 
7600  S'en  pourroitmaulx  naistre  et  péchiez.  » 

—  «  Mis  sire  Bruns,  de  voir  sachiez, 

Ce  dist  Brundorés  li  gentieux, 

Que  je  ne  suis  mie  si  vieux 

Ne  si  foulx  qu'entendre  li  face 
7605  Choses  dont  [il]  n'autres  me  hace. 

Sire  quens,  je  vous-ay  voir  dit.  ;> 

Li  brez  n'en  quiert  point  d'esconduit, 

Car  il  le  scet  bien  vraiement. 

En  la  chambre  vont  erraument 
7610  Tous  trojs,  si  sont  leans  entré. 

Fresne  a  Galeren  encontre 

Et  Galeren  li  qui  l'acole. 

Qui  que  de  ce  la  tiengne  a  folle. 

Elle  acole  aussi  le  breton. 
7615  En  bouche,  en  yeulx  et  en  menton, 

Et  en  face  se  vont  baisant, 

Et  li  pères  se  va  taisant. 

11  et  Gente  et  Bruns  li  entiers 

Si  les  esgardentvoulentiers. 
7620  Chaseuns  en  a  pitié,  s'en  pleure. 

Bruns  de  bon  cuer  Dieux  [en j  aoure, 

S'a  dit  :  «  Cy  a  belle  aventure  ; 

Amez  se  sont  de  nourreture; 

Si  se  cougnoissent,  ce  me  semble.  » 
[102  vp]   Li  dut  amant  pleurent  ensemble  ; 

Si  se  sont  couste  a  couste  assiz. 

Fresne  se  taist,  cilz  estpensiz  ; 

Si  n'ont  povoir  que  fors  des  dens 

Monstrent  ce  qu'ilz  pensent  dedens. 
7630  Si  les  estraint  amours  et  bat 

Que  de  parler  les  contrebat. 

Ne  se  dientmot,  ainz  se  taisent, 

Et  tout  en  plourant  s'entrebaisent 

Et  déduisent  en  eux  veoir. 
7635  Bien  a  vroje  amour  grant  povoir, 
Car  qui  bien  ayme  ne  craint  honte. 


—  199  — 

Brundorez  voit  que  bien  les  donte 

Amours  qui  le  parler  leur  tost. 

Or  ne  laira  qu'il  ne  parost, 
7640  Pour  mettre  de  parler  en  voje 

Ceulx  qu[e]  il  voit  qu'amours  desvoie. 
Brundorez  le  breton  araisne  : 

((  Dans  quens,  il  me  semble  que  Fresne, 

Qui  ma  fille  est,  vous  ame  et  veulst. 
7645  Espoir  voustre  cuer  se  redeulst 

Pour  li,  ce  puet  sentir  chascuns. 

Voz  amis  est  mis  sire  Bruns, 

Si  vous  doit  a  droit  conseillier. 

Pour  prendre  ma  fille  a  moillier 
7650  Qui  la  hors  est  venistes  ça, 

Et  vous  amez  moult  grant  piecza 

Fresne  ma  fille  qui  cy  siet. 

Or  me  dictes,  s'il  ne  vous  grief, 

Laquelle  vous  voulez  avoir.  » 
7655  —  «  Sire,  ce  sachiez  vous  de  voir, 

Respont  Galeren,  que  je  vueil 

Cdi  des  deux  dont  plus  me  dueil, 

C'est  Fresne  qui  me  fait  douloir. 

Je  plevis  contre  mon  vouloir 
7660  Vostre  fille  qui  siet  la  hors. 

A  un  autre  donnez  son  corps, 
[103  r"]    Car  point  ne  l'aing  ne  ne  Famoje, 

Ne  ja  siens  n'jere,  n'elemoye. 

Mais  Dieux  vous  laist  de  li  joir.  a 
7665  Oncques  mais  ne  pot  chose  oyr 

Qui  mielx  li  pleust  Brundorez. 

«  Dieux  en  soit,  fait  il,  adourez. 

Qu'or  suis  je  de  tous  biens  peus. 

Et  pour  ce  que  je  moins  creus 
7670  Soie  de  li  qui  ma  fille  est, 

Je  vous  octroie  une  forest, 

Mil  mars  et  de  mes  chasteaulx  troys. 

Avec  li  donc  je  vous  acroys 

Ce  qu'en  l'autre  deviez  prendre.» 
7575  —  «  Certez  trop  chier  vous  voulez  vendre, 


-  200  — 

Dist  Galeren,  ccste  aliance. 

Or  soiez  de  ce  a  fiance 

Que  se  j'aing,  c'est  sans  décevoir. 

N'ajme  mie  qui  pour  avoir 
7680  Refuse  ce  qu'il  ame  ou  prent. 

Amours  m'enseigne,  si  m'aprent 

Que  par  amours  preigne  m'amie. 

De  vostre  avoir  ne  weil  je  mie. 

L'autre  en  mariez,  jel(e)  vous  doinz. 
7685  Toute  ma  part  vous  en  pardoinz; 

N'en  ay,  quant  j'avray  li,  que  faire. 

La  moitié  li  dons  en  douaire 

De  quanque  je  tiens  en  Bretaigne.  » 

Or  s'accorde  Bruns  qu'il  la  preigne, 
7690  Qu'or  voit  il  bien  et  puet  sentir 

Que  ses  pères  est,  sans  mentir, 

Brundorés  et  sa  mère  Gente. 

A  ce  mettent  tout  leur  entente 

Qu'on  les  face  espouserle  jour. 
7695  Sans  esloignier  et  sans  séjour 

S'aparaillent  des  noces  faire. 

Flourie  font  arriére  traire, 

Qui  près  va  de  duel  ne  se  tue. 
[103  V]    Tout  aussi  com  Fresne  est  vestue 
7700  De  sa  robe  qui  riche  est  tant, 

La  mainent  au  moustier  hastant. 

Si  ra  sa  mule  demandée 

Que  Rose  li  a  tant  gardée, 

Com  pucelle  vaillant  et  simple. 
7705  Fresne  qui  son  chief  a  sans  guimple 

Se  fait  regarder  a  merveille; 

Qu'eir  est  de  rose  plus  vermeille, 

Et  s'est  d'un  fil  d'or  gallonnée. 

Plus  droite  que  flesche  empenée 
7710  Siet  sur  la  mule  qui  l'emporte. 

Or  est  a  aise,  or  se  conforte 

Galeren  qui  a  i'espousée. 

Tant  siet  sur  l'erbe  la  rosée 

Que  li  solaus  la  sèche  et  hume; 


-  201  — 

7715  Tant  a  Galeren  par  coustume 
Eu  mal  et  douleur  soufferte, 
Qu'or  l'en  a  warison  offerte 
Celle  qui  tant  l'a  travaillé. 
Celle  ra  le  cuer  aussi  lié  ; 

7720  A  merveille  voir  ce  me  vient. 
Esbahie  est  de  ce  qu'  avient 
Rouse,  qui  est  aussi  montée. 
Tant  par  ont  la  chose  hastée 
Que  du  moustier  sont  retourne. 

7725  Ou  chastel  ont  tant  séjourné 
Qu'entière  se  part  la  sepmaine. 
Flourie  grant  duel  y  demeine, 
Et  tel  douleur  au  cuer  s'en  met 
Qu'elle  voue  a  Dieu  et  promet 

7730  Que  ja  mes  baron  ne  prendra, 
Ainçoys  de  duel  se  rendera. 
Et  si  fist  elle  puis  sans  faille . 
Ainçoys  que  li  breton  s'en  aille, 
DoitFresne  dame  estre  clamée. 

7735  Loing  en  vole  la  renommée 
^104 r°]  Qu'il  est  (ain)si  a  Fresne  cheu. 
Et  tous  li  mondes  a  sceu 
Qu'elle  est  fille  au  bon  Brundoré. 
De  sa  vie  ont  plusieurs  plouré 

7740  Par  pitié,  cil  qui  l'ont  aprise. 
Brundorés  mainte  robe  a  grise 
Donnée,  ainz  que  la  court  se  meuve. 
Galeren  a  donner  s'i  preuve, 
Et  tuit  li  baron  pour  li  donnent. 

7745  Si  grant  avoir  y  abandonnent 
Et  départent  aux  menestreulx 
Qu'ilz  en  revont  a  leurs  hostieulx, 
Li  plus  povre  bien  aaisié. 
Sa  famé  en  maine  au  corps  prisié 
7750  Cil  qui  est  barons  et  amys. 

Cuer  et  corps  ont  ensemble  mis, 
Et  si  ont  d'els  joie  et  plenté. 
N'amenuisent  leur  voulenté, 


—  202  — 

Mais  leur  desi'r  plus  en  acroit, 

7755  Qu'amours  loiaux  point  ne  descroit 
En.  cuer  qui  ne  dcigne  trichier. 
Tant  s'entrement  et  tant  s'ont  chier 
Qu'assez  ne  se  puent  sentir. 
Cy  voit  on  le  villain  mentir, 

7760  Qui  dit  que  plentez  n'a  saveur, 

Car  celle  est  de  si  grant  doulceur 
C'om  puet  bien  dire  de  ces  deulx 
Qu'en  leur  plenté  sont  besoigneux. 
Geste  besoigne  ont  en  leur  vie 

7765  Qui  estre  ne  puet  assovie 

Ne  pour  déduit  ne  pour  solaz, 
Et  sont  eulx  deux  laciez  d'un  laz, 
Et  croist  leur  amour  chascun  jour. 
Nouvelle  va  a  Biausejour 

7770  Que  Galeren  a  Fresne  prise. 
Si  s'est  rabb[a]esse  reprise 
En  soy  durement  et  blasmée, 
Quant  elle  ne  l'a  plus  amée, 
[104  v»]    Comme  âllole  doit  marraine. 

7775  Et  quant  elle  cougnoist  s'orine, 
S'en  a  reclarcy  son  courage, 
Et  dit  que  cil  fait  grant  oultrage 
Qui  a  homme  n'a  famé  estrange 
Dit  villanie  ne  lesdenge, 

7780  Qu'il  y  puet  grant  péril  avoir. 
Quant  rabb[a]esse  puet  savoir 
Que  Galeren  vient  et  sa  famé, 
Avec  li  Malte  {sic)  haulte  dame, 
Leur  va  encontre  mercy  querre. 

7785  Fresne  qui  n'a  cure  de  guerre 
Li  pardonne  son  maltalent, 
Pour  l'ounour  au  breton  vaillant, 
Et  pour  ce  qu'ell'  est  sa  marraine. 
11  li  souvient  de  la  doctrine 

7790  Et  de  la  doulce  nourreture 
Qu'on  li  fist  selon  l'aventure. 
Car  puis  bien  le  guer[re]donna. 


—  203  — 

En  toute  l'abbaye  n'a 
Nonnain  ne  dame  ne  seigneur 

7795  Qui  ne  soit  jojans  de  s'onnour. 

Et  ilz  ont  droit,  qu'elle(s)  les  ayme 
Et  dames  et  seigneurs  les  clame, 
Si  leur  envoyé  maint  biau  don. 
Quanqu[e]  elle  a  met  a  bandon 

7800  A  la  bonne  s[er]eur  Lohier, 
Et  bien  rent  Rosain  son  loyer, 
Par  qui  elle  fu  herbergie, 
D'ele  ne  l'a  mie  estrangie, 
Mais  a  hault  homme  la  marie. 

7805  Puis  que  belle  Fresne  est  warie 
Du  mal  dont  elle  se  suit  plaindre, 
Et  li  brez  ne  puet  plus  ataindre. 
Si  com  lui  semble,  greigneur  aise, 
Raisons  est  que  Renaus  se  taise 
[105  ro]   Et  qu[e]  il  mette  a  fin  son  conte. 
Bien  ait  qui  Tôt  et  qui  le  conte  ! 

Amen. 


Cy  finistle  livre  de  Galeren,  conte  de  Bretaigne. 


NOTES 


V.  3.  Corrigez^  s'ert. —  18.  Mettre  une  virgule  à  la  fin  du  vers. — 
24.  Ne  manoit  (G.  P.). —  27.  li  nous. —  28.  en  voit? —  29.  A  savoir 
le  nom. —  33.  ert. —  35.  Mieux  doy  [jjZms] .«' Virgule  après  ce  vers. 

—  36.  Il  est  pour  el  (elle).  —  37.  Cf.  vv.  3915-17.  —  40.  ert.  — 
58.  Mettre  une  virgule  seulement  à  la  fin  du  vers.  —  68.  «  villa- 
nie.  nfoliet  —  69.  ert. —  72.  Une  virgule  au  lieu  d'un  point.  —  85. 
«  nuysoit.  »  =^  déplaisait.  Cf.  Scheîer,  Glossaire  des  poésies  de 
Froissart. —  93.  si  duy  f 

104.  «  doubter.  »  On  lit  à  la  suite,  dans  le  ms.,  vel  rfonfer,  qui 
est  évidemment  la  bonne  leçon. —  113.  «  trouver.  »=  imaginer,  in- 
venter. Cf.  V  117,  7549. — 115.  Un  point  après  Génie. —  \\1  .^^  Atron- 
ver  moz  les  (laids)  et  cuysans.  Cf.  164. —  119.  Mettre  une  virgule 
à  la  fin  du  vers. —  121.  Mettre  après  ce  vers  un  point-et-virgule  et 
supprimer  celui  qui  termine  le  vers  suivant. —  135.   Lis.  baron(s). 

—  m .  Ens  el  vergier?  —  157.  Une  virgule  après  esire.  —  158. 
Que  que. . . .,  et  virgule  après  prestre. —  die  pourrait  rester,  sauf  à 
corriger  clercs, la,  forme  prestre? sm.  suj.  singulier  n'étant  pas  anor- 
male.—  167.  miels  f  (Elle  parlerait  mieux  peut  être,  si...) — 172. 
Le  point  après  elles  est  aussi  dans  le  ms.  Peut-être  vaudrait- il 
mieux  mettre  une  virgule,  et  lire  ne  n'est. — 188.  <i  sa  femme.»  Celle 
de  Brundoré.  » 

203.  sa  folie.  —  208.  Lacune  non  indiquée  dans  le  ms.  —  211. 

*  On  n'a  pas  visé,  dans  ces  notes,  à  donner  aux  mots  ou  formes  qu'on 
propose  de  substituer  aux  leçons  du  ms.  la  correction  grammaticale  qu'elles 
devaient  présenter  dans  l'original.  On  s'est  seulement  proposé,  en  général,  de 
rétablir  celles  que  le  dernier  copiste  avait  probablement  sous  les  yeux  et 
qu'il  a  mal  lues,  ou  altérées  à  dessein,  les  comprenant  mal.  Par  exemple,  au 
v.  241,  on  propose  mo?i  et  non7nes,  pour  remplacer  moidt. 

2  Ce  mot  devrait  reparaître  dans  presque  toutes  les  notes  suivantes.  On  a 
cru  inutile  de  le  répéter.  Il  suffira  d'avertir  ici  le  lecteur,  une  fois  pour 
toutes,  qu'il  devra  sous-entendre  corrigez  devant  tous  les  mots  imprimés  en 
italiques  qui  ne  sont  précédés  d'aucune  indication.  —  Pour  les  corrections 
qui  concernent  la  ponctuation,  on  a  de  même  souvent  omis  de  répéter  le 
verbe.  Quand  la  place  d'un  point  ou  d'un  autre  signe  n'est  pas  expressément 
indiquée,  c'est  la  fin  du  vers  qu'il  faut  entendre. 

14 


-  206  — 

Virprule  après  ce  vers  et  après  le  suivant.  —  213.  Point-et-virgulc 
après  ce  vers. —  215. <(  ceulx.  »  =^  celles.  —  224.  fust. —  226.  ven 
trière. —  232.  oil.  —  235.  Ce  vers  paraît  interpole,  car  le  sens  rat- 
tache étroitement  236  à  234, — 241. «  Moult.  »  Mon.  Il  y  a  un  poiut 
après  ce  mot  dans  le  ms.  —  247.  Laidis  [ou  Sordis  (G.  P.)'?]  Une 
virgule  seulement  après  ce  vers.—  254.  Par. —  267. «  Qui  »  =  cui. 

—  276.  «  ameture.  »  accusation,  imputation?  Manque  dans  Gode- 
froy.  Ex.  de  1440  dans  Du  Cange,  sous  admissum,  mais  avec  une 
acception  différente.  — 279.  C'est  au  vers  suivant,  et  non  à  celui-ci, 
que  devrait  commencer  le  nouvel  alinéa.  —  283.  Point-et-virgule 
après  ce  vers.  —  286.  Lis.  hardement  (ms.).  —  296.  Mettre  Au 
moins  poil  entre  deux  virgules.  C'est  une  parenthèse.  Dans  le  ms.  il 
y  a  un  point  après  pou. 

302.  Une  virgule  seulement  après  livre.  Et  si,  qui  suit,  =  et  sic. 

—  304. «  enyvré  »=  éperdu,  égaré.  De  même  v.  7073,  Cf.  J.  Bodel 
{Remania,  t.  IX,  229): 

Que  hontes  et  enuis  m'enivre. 

nie  et  Galeron  (Hisl.  litt.,liXll,  862): 

De  la  grant  dolor  qui  l'enivre. 

307.  ceZec.  —  315.  allez.  —  316.  appeliez.  —  319.  qu'elle  le 
trueve. —  323.  mariz  comme  (G.  P.). —  333.  faces.  — 335.  ««mZ- 
dray .  —  342.  Le  point  après  voir  est  dans  le  ms.  Peut-être  vau- 
drait-il mieux  néanmoins  rattacher  ce  mot  à  ce  qui  suit. — 348.  Vir- 
gule à  la  fin  du  vers.  —  351.  luy.  —  353.  Un  point  à  la  fin  du 
vers. —  354.  reversée? —  355.  Peut-être  vaudrait-il  mieux  mettre  le 
point  à  la  fin  du  vers  suivant  et  une   simple  virgule  après  celui-ci. 

—  356.  et  par  m'envie. —  368.  a  lié,  en  deux  mots? —  373.  em- 
portes. Une  virgule  seulement  à  la  fin  du  vers,  à  moins  qu'on  ne  cor- 
rige laisse  au  vers  suivant. —  374.  laisses  (ou  laisse'^).  —  381.^4 
cse.  —  382.  garde  le.  Virgule  après  Galet  et  après  périr.  —  387. 
Virgule  après  ce  vers.   Cf.  Chevalier  à  la  Charette,  p.  17: 


Ibid.,  p.  93  : 


Quant  il  fu  hore  de  souper 
Li  mangiers  fu  biaus  adornez  ; 


Et  vos  plaies  fere  adorner 
Tant  qu'eles  soient  bien  garies. 


392.  leux.  —  393-4.  ou  chiens. ..  .prochiens. 
401.  Point-et-virgule  après  sera.  —  404.  Virgule  à  la  fin  du  vers. 
-405.  Suppr.  la  virgule. —  408. «  me  vioUe  »  =  me  fait  violence, 


—  207  — 

me  domine. —  410.  Remplacer  le  point  par  une  virgule.  —  414.  La- 
cune non  indiquée  dans  le  ms. — 425.  Virgule  à  la  fin  du  vers. —  427. 
Plutôt  Encor  [cijnuyt.  —  428.  Mettre  je  entre  parenthèses,  — 
432.  Lis.  couchier.   La  dernière  syllabe  est  en  abrégé  dans  le  ms. 

—  436.  Que  lui. —  438-40.  Passage  corrompu,  qu'on  pourrait  corri- 
ger, en  mettant  seulement  une  virgule  au  vers  précédent  : 

En  la  (ou  sa  ?)  toie  (  =  theca),  ne  [a]  mains  fuer' 
Nuls  (qui)  la  veist  [ne]  la  prisast 
De  l'oreiller  souef  ou  tast? 

442.  Cf.  Blancandin,  v.  1559  : 

Et  li  bouton  de  l'oreillier 
Valent  tôt  le  trésor  Gaifier. 

Cf.  aussi  Partenopeus  de  Blois,  t.  II,  p.  182. 

443.  B' or,  d'argent,  ne  d'autre  mj — 449.  Corriger  plutôt  corn.y, 
en  conservant  si?  Cf.  pourtant  486.  — 451.  Rétablir  n'ot  soie  ne 
fil.  Cf.  vv.  455  et  suiv.  —  461.  Deux  points  après  ce  vers.  —  463. 
«  il.  »  ■=!  el  (elle). —  473.  garingaus. —  474.  gaus. —  475.  [iVe] 
d'E . —  477.  envelopper. —  478.  Suppr.  Et  plutôt  que  ^ms  ?  —  480. 
«  Anfelise.  »  Héroïne  du  roman  de  Foulque  de  Candie.  — 481.  Can- 
dye.  —  483.  «  A  sa  fille.  »  =  Pour  sa  fille.  « —  487.  «  yvyere.))= 
ivoire.  —  493.  lier.  —  497.   Un  point  à  la  fin  du  vers. 

500.  Cf.  Richars  li  hiaus,  vv.  578,  650. —  505.  Ne  n'a.  —  509. 
Virgule  à  la  fin  du  vers.  —  510.  escrin. —  515.  Point-et-virgule  à 
la  fin  du  vers.  —516.  Virgule.  —  517.  «  Qui  »  —Cui?  —  53Q. 
fuille(s).  —  551.  Tout  a. —  Plutôt  p.  ê.  à  conserver.  Cf.  Lafon- 
taine  :  De  tous  côtés  lui  vient  des  douceurs  de  recettes.  Cf.  aussi 
Suchier,  Denkmaeler,  p.  510-11. —  552.  Virgule  après  ce  vers.  — 
558.  maumis.  — 559.  Bien. —  560.  Suppr.  né  (G. P.). —  566.  la 
soïiche  ? —  570.  Virgule  après  ce  vers.  —  573.  Et  s'est  nature? 
Sous-entendu  hors  traicte.  Ou  lire  en  deux  mots,  entière  ment?  — 
575.  Virgule  après  ce  vers.  —  577.  id. —  579.  id.  —  585.  monstre. 
-^5SS.  El(le)  . —  590.  Lis.  allecte. —  593.  Un  point  après  ce  vers. 

—  595.  A   tost  apreslé. 

QOl .  oscurs .  —  603.  que  nel  vit. —  614.  Lis.  mes;  suppr.  la  vir- 
gule.—  627.  ni'ert. —  630.  l'estraint  ou  restraint  et  lace? . —  632. 
escondire .  Voy .  Littré,  Pathologie  verbale,  dans  Études  et  G-lanures, 
]).\9,  etDiclionnaire,  sous  éconduire. —  633.  Une  virgule  après  ce 
vers  et  une  autre  après  le  suivant.  —  643.  mal  a  ce?  Ou  seulement 
sa? — 648.  chei. — QlO.Gente  giut. —  673.  quel  el  le  faiti  —  696. 
Lis.  fu. 

1  ne  niesist  f.  (G.  P.) 


—  208  — 

704.  Lis.  sus  (ms.).  Mettre  un  point-et-virgiile,  au  lieu  d'un 
point,  à  la  fin  de  ce  vers.  —  705.  Un  point  à  la  fin  du  vers.  —  706. 
Suppr.  le!  à  la  fin  du  vers. —  707.  sans  savoir  son?  Un  point  à 
la  fin  du  vers.  Ou  faut-il  entendre:»  Galet,  autant  qu'il  le  sait  faire, 
autant  qu'il  l'a  promis,  ne  cesse  de  chevaucher  »?  —  721.  nier. 
Ou  viezf  — 735.  sans  rfan.*— 785-6.  s'avie  :  antie. —  793.  Suppr. 
le  point. — 794.  jeiinef  Suppr.  s'  et  prononcez  c^en.  [Ou  plutôt  Jwne, 
sans  rien  changer  (G .  P .  ) .  ] 

815.  Plutôt  [Et},  avec  une  virgule  à  la  fin  du  vers? —  829.  Plu- 
tôt çm'î/xt  [z]  font? —  831.  wn  boscage, —  835.  S'i. —  839.  Ot  abaye 
bel  assise?  —  840.  Ediffiée.  —  842.  Il  y  a  un  point  après  neuf 
dans  le  ms. —  845.  granges. —  852.  au  mains. —  861-2.  Le  premier 
de  ces  deux  vers  doit  être  placé  après  le  second.  Même  interver- 
sion dans  le  ms.  —  864.  «  l'obédience.  »  =:  le  couvent.  Cf.  Perceval, 
7034  : 

Mesire  Gauvains  celé  nuit 
En  une  obédience  giut. 

877.  Un  point  après  ce  vers.  —  890.  Mettre  que  qu'il  ajourne 
entre  deux  virgules. —  892.  «  mis  que.  ^^  jusque? —  896.   conjoie. 

—  898.    On  pourrait  commencer  ici  un  nouvel  alinéa.  —  Point-et- 
virgule  après  ce  vers. 

906.  Virgule  après  nonnains. — 908.  Zi^res  .* P.  ê.  livrés, covvesç. 
masculin  de  livrées,  avec  le  même  sens;  ou  covT.lïvrées,  joiaux?  — 
918. «  ces. »=  ses.  Mettre  une  virgule  après  ce  vers. —  919. «  Ain- 
çoys  que  »  =  loin  que. —  926.  «  s'en.))se.<^ —  930.  nert. —  937. 
s'ert. —  953. Lis.   levé,  qne  porte  seulement  le  ms.,  et  suppr.  (sic). 

—  955-6.  Encore  deux  vers  transposés  dans  le  ms,  comme  ici.  — 
962.  Ms.  ronue. — 967.  uevre.—  910.  (On  a  imprimé  par  erreur  670.) 
Mettre  une  virgule  à  la  fin  du  vers. — 975.  Test? . .  .recercié. —  984. 
Lacune  non  indiquée  dans  le  ms.  Peut-être  Uabaesse  maintenant 
trueve.  — 986.  «  Qu'en  dont.  »  =  Qu'on  donne.  Une  virgule  à  la 
fin  du  vers,  et  un  autre  à  la  fin  du  suivant.  —  989.  Lis.  Le  guelle 
{==  la  bourse). — 990.  Vor.  —  991.  en  ert  — 994.  congneue,  ou  veu 
au  vers  précédent. —  997.  Point-et-virgule  à  la  fin  du  vers. 

1003.  ert? —  1006.  marrine. —  1025.  gentelise. —  1033,  prieuse. 
Cf.  1817.— 1040.  ert...peritz.—  1041.  ert.— 1057.  soes.— 1058. 
compli?  on  jus qu'el  (G.  P.)? — 1079.  Virgule  devant  ains. —  1081. 
Virgule  àlafin  du  vers.  — 1092,  que  li  ?  ou  oui  il? — 1093. Virgule 
après  retourner . —  1095.   que  li?  Suppr.   sic  après  cen. 

1110.  [Ef]  extroicte. —  1118.  Virgule  après  cliière. —  1122.  Ou 
suppr.  en? —  1123.  Une  virgule  seulement  à  la  fin  du  vers. — 1129. 
Après  ce  vers,  lacune  d'au    moins  un  feuillet  dans  le  ms.  —  1133. 


-  209  — 

«  la  dyote.  »  =  la  sotte.  Godefroy  n'a  ce  mot  qu'au  sens  de  folie, 
idiotisme.  —1141,  engien.  —  1155.  Virgule  seulement  après  ce 
vers.—  1162.  Cf.  v.  3353.  Li  Chevaliers  as  deus  espées,  v.5406: 

De  soie  a  colors  de  manières. 

\16Q.  marrine. —  1173.  Une  virgule  seulement  à  la  fin  du  vers. 

—  1183.  foste.—  llSA.  geste"!  —  1188.  esches.—  \\<è2 .[blanches 
dens?  Cf.  v.    1270. 

1204.  «  flenchez.  »  flexibles,  souples.  —  1206.  Lems.  répète  le 
premier  plus.  —  1223.  Yseut.  —  1232.  Point-et- virgule  seulement 
à  la  fin  du  vers.  —  1237.  Lis.  présent  au  lieu  de  peust.  Ms.  pnt, 
surmonté  d'un  signe  abréviatif  qu'on  trouve  plus  loin,  v.  5037,  et  dans 

d'autres  mss.,avecla  même  valeur. —1246.   sor faite. — 1255. 

«miez.»  nM^2  (ms.  milz.). — 1277.  50.-1299.  james.  Cf.  Rute- 
beuf: 

Or  a  d'enfant  geii  ma  feme  ; 
Mon  cheval  a  brisie  la  jame. 

1305-6.  Suppr.  le  point  qui  termine  chacun  de  ces  deux  vers.  — 
1307.  Virgule  à  la  fin  de  ce  vers.  —  1309.  id.  —  1312.  ja  soit 
celêf  [n'ert  ja  c.  (G.  P.)] —  1313.  «potelé.  »  Le  plus  ancien 
ex.  de  ce  mot  que  cite  Littré  est  du  XVe  siècle.  —  1316.  Ms.  Qu'a 
el,  à  rétablir,  en  supprimant  que  et  plaçant  qu''a  el  ne  pensent, 
qui  est  une  parenthèse,  entre  deux  virgules.  —  1318.  Point-et-vir- 
gule  après  ce  vers.  — 1324.  Ms.  sonnent. —  1325.  Une  virgule  après 
ont,  et  une  autre  après  loisirs. —  1332.   nel  savent. —  1333.  vont. 

—  1335.  Virgule  à  la  fin  du  vers.  —  1341.  Ja  si.  —  1344.  «  de- 
taille.  »  retranche,  diminue,  réduit.  —  1346  soit?  —  1347.  Réta- 
blir qui? —  1353.  «  parceulx.  «  c'est-à-dire  par  leurs  douleurs. 
Ou  corr.  par  ce?  —  1357.  Galerent.  —  1372.  Virgule  à  la  fin  du 
vers.  —  1386.  Lis.   Pourroye. 

1401.  Virgule  après  ce  vers.  —  1405.  Mettre  une  virgule  après 
sup'pli  et  suppr.  le  J  ajouté. —  1412,  Virgule  après  ce  vers. —  1419. 
Lis.  double. —  1423.  Suppr.  la  virgule. —  1426.  m'ait? —  1440.  Vir- 
gule au  lieu  de  !  —  1446.  Cf.  Yie  de  S.  Alexis  {Romania,  VIll, 
172): 

Dahez  ait  fruit  qui  ne  meure! 
Aliscans,  p.  102  : 

Mal  soit  dou  fruit  qui  ne  peut  meurer! 

1476.  Virgule  après  cevers.—  1482.  Lis.   doloreuse. —  1485.  «  a 


—  210  — 

qui.  »  Se  rapporte  k  je  du  vers  1483. —  1489.  haus  ho77is . —  1490. 
a  de  ma  folie  »  =  de  folie  que  j'aie  faite. 
1507.  pues.  —  1541.  vieuté.  —   1543.  Virgule  à  la  fin  du  vers. 

—  1550.  Suppl.  clamée.  La  fin  du  vers  est  en  blanc  dans  le  ms. — 
1587.  Ms.    Yse/it.  —  1598.    [de]  moy  meisme? 

1601.  «  reclain.  »  Reclams,  id  est  caro  ad  revocandum  accipitrem 
(Donat  provençal).  Cf.  Erec  et  Enide,  v.  2073: 

N'espreviers  ne  vient  au  reclain 
Si  voleotiers  com  il  a  fain. 

1610.  Lis.  quelx.  —  el  ne  veult  pas? —  1619,  en  emblée  (G. 
p.). — 1621.  Point  d'interrog.  à  la  fin  du  vers. —  1629.  ne  savra. 

—  1630.  marrine. —  1639.  levez. —  1659.  Plutôt  quels  nouvelles. 

—  1687.  Et  vo.  —  1694.  «  Qui.  »  =  Cui.  Ou  est-ce  amours  qui 
est  régime? —  1698.  U. —  escondire. 

3703.  eschecs. —  1738.  Plus  Vaign  (amo)  que  forés.—  1764. 
le  dictes. —  1795.  esmer. —  1798.  detrenchiez.  —  1799.  «  eurs.  » 
=  sort,  destinée.  Cf.  vers  3092  :  du  pejur  eur. 

1827.  hoisiée.  —  1830.  Lire  ji.—  1831.  ert.  —  1832.  Ce  sache 
bien  li  cuens  mes  père?  —  1836.  Ms.  audui.  —  1848.  Point-et- 
virgule  après  ce  vers.. —  1854.  Lis.  tout.  —  1859.  Riens.  —  1870. 
Ms.  audui. —  1889.  Lire  En  t'onneur  (sic  ms.)  et  mettre  une  vir- 
gule à  la  fin  du  vers. 

\Q12.  femme  folle.—  1919.  Un  point  après  ce  vers. —  1920.  Ms. 
sCj  à  rétablir.  —  1922.  Une  virgule  seulement  à  la  fin  du  vers.  — 
1932.  Le  mot  duchesse  est  répété  dams  le  ms. —  1942.  Ms.hohier. 

—  1964.  Un  point  après  ce  vers.  —  1976.  «  si  »  :=  ci.  —  1978. 
plainte?  —  1981.  seulent  dire  (G.  P.).  —  1986.  orieus.  —  1992. 
Virgule  après  ce  vers.  —  1994.  id.  —  1998.  Point-et- virgule. 

1000. Virgule  à  la  fin  du  vers.— 1005.  per\t\  (-  paraît).  —  1009. 
est[r]oit? — 2015.  ivoire. —  2018.  corne.  —  2032.»  pains.  ))=/iom5 
(pointillés). —  2034.  «  misez.»  enchâssées,  serties.  Cf.  Chanson  de 
Roland,  v.  95:  les  seles  [sunt]  d'argent  mises.  A  rapprocher  de 
tresjeter. —  2035.  «  Lidoine.  »  L'amie  de  Meraugis  de  Portlesguez? 

—  2049.  chevesce.  —  2050.  tousel.  —  2056.  Lis.  c/uer  (ms.).  — 
2059.  euz.  Ms.  plutôt  somneil. —  2085.  Lis.  Verbe  (ms.). —  2086. 
«  resant.  »  =  humide  {recentem) .  Une  autre  forme  est  roisant.  Voy. 
G.  Paris,  Romania,  IV,  p.  480,  1.  1.—  2090.  chans.—  2094.  As 
cieulx{G.  P.). 

2100.  «  foulu  »=  feuillu.  —  2102.   Ms.   si.  —  2108.   resachier . 

—  2125.  \À5.reprouchier. —  2\21 .  Et  non  pour  quant? — 2158.  en- 
voij.  Une  virgule  après  ce  mot.  —  2160.  revueil.  — 2165.  «  Ne 
voulût-il  même  pas  me  dédommager  des  maux  qu'il  me  cause»?  Ou 


—  211   - 

COÏT.  S'ele  me  veut?  —  2166.  frère.  Mettre  des  guillemets  devant 
Galeren.—  2\1\.  Virgule  après  dens.— 217 i.Nel  chj  ?— 2182.  Lis. 
fes.  (ms.).  —  2183.  lente?  —  2187.  rf\<moMr.  Un  point  à  la  fin  du 
vers.   — 2195.   Virgule  seulement  après  aatir .   — 2197. /amer. 

2208.  Lis.  amerez  (ms.)  et  suppr.  sic.  —  2218.  Un  point  ou 
tout  au  moins  point-et-virgule  après  ce  vers.  — 2219.  Et  je,  sui  je 
saine.  —  2221.  enhaye,  en  un  seul  mot.  —2235.  Virg.  après 
pence. — 2240.  n'amez? — 2249.  lÀs.mecte. —  2250.  Qu\a]quiter. 
Le  ms.  a  Qu,  et  non  pas  Ou. —  2253.  ert. —  2260.  lui. —  voulen- 
tiere?  Cf.  le  provençal  volentiera.  —  2261.  entière?  —  2262.  boi- 
sier?  [aisier  (G.  P.)].—  2264.   boisent.  —  2267.  ne  cel  ne  celi? 

—  2268.  vieutance.  —  2277.  Ms.  esment.  —  2282.  Lis.  ap[r]ei- 
gne.  LV  manque    dans  le  ms.  — 2291.  Vaign  (=  amo). 

2301 .  atenclues?  [estendues  (G.  P.)]  .  —  2307.  Suppr.  5î  (G.  P.). 

—  2309.  «  Si  »  =ci.  —  2310.  Ci. .  .ci.  —  2314.  «  par  de  cza.»  En 
un  seul  mot  dans  le  ms. —  2331.  Lis.  si  yrons  (ms.). —  2337.  blas- 
mez. —  2379.  Suppr.  est?  Ou  aurait-il  accepter  reio?<rne  comme  ad- 
jectif verbal  de  retourner  ? 

2401.  H  cons. —  2418.  mespreigne .  Un  seul  mot  dans  le  ms.  — 
2431.  Virgule  après  vueil.  — 2435.  Virgule  après  mort.  —  2447. 
Se  II. —  2459.  Mettre  qui  Va. .  .ouverte  entre  deux  virgules.  Qui 
=  si  quis.- — 2463.  hons.  — 2466.  Comme  cuens.  De..  —  2491. 
n'aillez.  —  2492.   estuet. —  2495.  Virgule  après  ce  vers, 

2502.  Se  je?  —2'ô20.  Lis.  faictes (ms.) .  —2525.  joyans.  Ms. 
Jo2/<^^<^-^- 2529.  Mettre  des  guillemets  au  commencement  de  ce  vers. 

—  2531. Je  n'en  soie,  ou  deceu,  et,  au  vers  précédent,  soient  cist... 
sceu?  — 2550.  n'aient. —  2560.  seuffrent  et  mal. —  2586.  Virgule 
après  ce  vers.  — 2589.  Lis.  Donc  (ms.).  — 2590.  Point  d'interro- 
gation après  ce  vers. —  2592-3.  Yoirs  est,  se  G...  Que  du  sien? 
Point-et-virgule  après  conforte. —  2598.  Qw'eZ^e  [a]  son  cuer  et  il 
le  sien. 

2605.  Mettre  n'est  mie  double  entre  deux  virgules. —  2619,  n'is 
je. —  2621.  sieu  (^  sequor)  . —  Ms.  plutôt  connoy .  — 2622.  Ne  je 
(G.  P.). —  2631.  On  avait  écrit  d'abord  veoir,  qu'on  a  biffé. «  Si 
je  disoye  »  =  quand  même  je  dirois.  —  2643.  Lis.  pcifi  (ms.). — 
2645.  Virgule  après  douleur. —  2646.  mescheance . —  2652.  ne  l'a 
fait?  —  2652.  qu'est  ne  déduit?  ou  mieux  ne  que  joye  ?  — 2659. 
«  aloignée))=  allongée,  augmentée. — 2661 .  Lis.  ay{m^.).  —  2679.  dé- 
partir, en  un  seul  mot. —  2684.  Point-et-virgule. —  2687.  «  se  pour- 
chasse. »  =  se  hâte?  Ou  corr.  si. .  .que  venuz..  .?  —  2695,  Suppr, 
le  second  et,  répété  à  tort, 

2706.  Ms.  couroy.—  2714.  Sel.  —  2716.  Od  lui  quel  face?— 
2717.  cil  que  a.  — 2722.   co)ne  (ms.   côe). —  2738.  s'en  tournent 


—  212  - 

(sic  ms.).— 2744.  lur. —  2746.  Lis .  chastiaiix  (ms .) .  —  2760,  Lis. 
amours  (ms.). —  2765.  Virgule  après  onnew,  point-et-virgule  après 
traveille.  —  2766.  Virgule  après  prise.  —  2768.  puis  t.  —  2787. 
Virgule  après  mort. 

2801.  vent  chier  cest.—  2804.  m'en.—  2809.  Guillemets  à  la  fin 
du  vers. —  2810."  esgressa  «  Le  même  que  engressa,  avec  substi- 
tution de  préfixe?  Manque  dans  Godefroy. —  2812.  Qui  quef  —  2814. 
Lis.  mectre  (ms .) . —  2819.  Virgule  après  ce  vers.  —  2828.  Ms.  plu- 
tôt esplecte. —  2840.  Dou  toutes.—  2843.  Que  là?  Ms.  costume. — 
2849.  //  et  Lohiers.  —  2860.  mais  estous.  —2861-2.  Ms.  plutôt 
qw'cte.  —  2869.  cuens.  avec  une  virgule  à  la  suite. —  2875.  nous. 

—  2800.   Ms.  mectre  (?). 

2902. «  mon  povoir.  nMa  protection,  ce  que  je  puis. —  2927.  cuens. 

—  2928.  El  l'a.  —  2929.  «  pruet  »  =  pruef  (probo] . —  Une  virgule 
à  la  fin  du  vers.  —  2930.  cuens.  Virgule  à  la  fin  du  vers.  — 2945. 
a  séjour  (G.  P.).  —  2960.  S'en  est.  [S'est  honis  [hons]  (G.  P.)].  — 
2961.  hante  [haulce  (G.  P.)].  —  2964.  E  cist  ne?  Point  ou  point- 
et-virgule  après  ce  vers.  Virgule  seulement  après  le  suivant.  — 
2968.  la  baasse,  c'est-à-dire  «  la  pucelle  »  du  v.  2953.  Mettre  un 
point  après  celle  et  un  autre  à  la  fin  du  vers. —  2970.  Un  point  à  la 
fin  du  vers.—  2978.  et  nous  ?  [vous  et  ly  (G.  P.)]—  2982.  Supp. 
la  virgule.  —  2984.   Virgule  après  hommes. —  2997.  nies,  or  estes. 

3000.  riches.  Virgule  après  renduz.  —  3002.  Si  n'avez  bon?  — 
3006-8.  Suppr.  les  guillemets  et  les  tirets.  Le  v.  3007  appartient 
comme  le  reste  au  discours  de  l'abbesse.  Cf.  v.  3053  et  3019,  3022. 
—3024.  Lis.  mectre.  (ms.). — 3029 .<»  fors . »  lors (=^ loi-os )'! Cî.  lorain 
=  loramen.  —  3030.  Bret,  c'est-à-dire  Galeren.  —  3060.  «  a  bien 
veoir.»  :=  à  bien  traiter.  Cf.  être  bien  vu  de  quelqu'un. —  3062.  baulx. 

—  3069.  haulssiez.  —  3070.  Lis.  f aides  (ms.).  Virgule  à  la  fin  du 
vers .  —  3073 .  «  vieux   »  =  vil .  —  3075 .  voir  f  —  3076 .  Ms .  nôuiaus . 

—  3079.  menez.—  3081.  allez.—  3091  .dorénavant  ert  li.—  3092. 
Virgule  à  la  fin  du  vers. 

3117.  arrière  ?  [a  rive  (G.  P.)].  —  3129.  o  Fresnein.—  3132. 
El  cil. —  3136.  Ms.  eougnoist. —  3144.  eue  (oculos)  Fresnein. — 
3146.  Puis  que,  en  deux  mots  dans  le  ms.  —  3149.   Suppr.  sic. 

—  3154.  Et  elle. —  3174.  Virgule  après  ce  vers. —  3175.  Allusion  à 
l'usage  de  consulter  les  sorts,  à  l'aide  d'un  livre,  psautier  ou  autre. 
De  même  encore  auv.  4515.  — 3180.  Si  craing  le  demourer?  — 
3185.  Un  point  après  ce  vers,  et  virgule  seulement  après  le  suivant. 

—  3187.  meus.  Ms.  mens. 

3220.  eW.— 3247.  Ms.  Zi7mn<.— 3252.  s'i.— 3263.  se  il  d'amours 
(G.  P.).  —  3273.  tre  est  en  abrégé  dans  le  ms.  Il  n'y  a  de  sûr  que 
stost.  —  3277.  Un  point  après  ciier.  — 3287.  Virgule.  —  3292. 
garnir.  —  3298.  de  nouviau. 


—  213  — 

3325.  li  siècles.  Virgule  à  la  fin  du  vers.— 3330.  Plutôt  Pour  ce 
quil  fu  [nez]  au  dit  jour,  c'est-à-dire  à  la  saint  Jean. —  3332.  Un 
point  après  ^rani.— 3360.  glajeux .—^^2 .  cerf  f— 3361 .  Peut-être 
plus  simplement  repourroie . —  3381.2/  vent?—  3393.  S'en  coupent? 

—  3397.  feste  est  en  interligne,  dans  le  ms.,  au-dessus  de  court, 
peut-être  pour  remplacer  ce  dernier  mot.  Ou  corr .  Ytel  feste  et  court  ? 
Il  doit  y  avoir  une  lacune,  dans  tous  les  cas,  après  ou  avant  ce 
vers.  — 3398.  »  est  morte.  »  Sans  doute  la  courtoisie. 

3402.  avenanment,  qu'on  lit  aussi  bien  dans  le  ms.  —  3419.  Tost? 

—  3438.  s'atourne.  —  3465.  [ajwse.  —3471.  weZ.— 3480.  Le  ms. 
répète  tretiz.—  3AS%.  genoh.  —  3491.  tant  Ipar]  (G.  P.).—  3493. 
Lis.  jecta  (ms.). 

3500.  nel  dy?  Un  point  après  ce  vers.  —  3501.   Suppr.  le  point. 

—  3502.  Virgule  après  vous. —  3508.  Virgule  après  amis.  —  3512, 
«  entroduit.  »  =  instruit.  Déjà  vu  avec  ce  sens  au  v.  1444.  — 3516. 
Lis.  ho7ns  (ms.).  —  3518.  Lis.  voulrroie  (ms.).  —  3547.  Lis.  yssy 
(ms.). — 3549.  l'a ?ou  nia? — 3550.  Un  point  après  ce  vers,  et  suppr. 
celui  du  vers  suivant?  —  3567.  entent.  —  3570.  puist  de  s.  —  3571 . 
Quel  que  ou  Quel  qu'il.  — 3580-1.  Vers  transposés  dans  le  ms.  — 
3584.  par  [les]  robes  qu'il  (G.  P.).— 3596.  Ce  li. 

3602.  li  bers.  —  3606-7.  Une  virgule  après  chacun  de  ces  deux 
vers. — 3622.  mandé? — 3625.  Lis.  Jowr  [s].  L's  manque  dans  lems. 

—  3635.  «est  ellevez.»  =;  est  poursuivi,  comme  un  cerf  ou  un  san- 
glier, qu'on  «  esleve  »,  c'est-à  dire  qu'on  fait  lever.  —  3637.  Lis.  tout 
(ms.).  —  3641.  ert? — 3650.  mors  ou  morse.  — 3685.  deerreine. 

3700.  «  nourreture.  »  Son  enfance,  le  temps  où  il  fut  élevé?  Cf. 
7623,  et  4134.  Dans  ce  dernier  exemple,  c'est  le  /iew  qu'il  faut  en- 
tendre.— 3709.  en  [e?î]  voit  maint chanu. —  3717.  fiancerai? —  3728. 
A  mesch[e'\ant?  Le  ms.  porte  bien  meschant ;  main  le  premier  et  le 
second  jambage  de  Vm  sont  réunis  en  dessous  par  un  trait  qu'on  a 
barré.—  3131.  grigneuse? — 3740.  Lis.  touz (ms.).— 37 42. Quant  voit 
morz  est  ses.  —  3743.  Lis.  es[<],  et  non  es(t).  —  3756.  avoir,  et  un 
pointa  la  suite. —  3759.  ou  s  ?  Virgule  à  la  fin  du  vers. —  3772. Vir- 
gule après ^«-e  —  3774.  Point-et-virgule  à  la  fin  du  vers. —  3782. 
esmortie.  —  3795.  Ms.  Ugieremcnt. —  3707.  enfruns? 

3800.  d'amis. —  3802.  mes  cors.  (G.  P.).  Point-et-virgule  à  la  fin 
du  vers.  —  3825.  langues  demaleres,  opposé  de  deboneres.  —  3844. 
Lis.  Vie  (ms.).  —  3861.  harcaigne.  — 3867.  Lis.  autrui  (ms.  aut, 
avec  un  signe  abréviatif).  —  3868.  «  dechiez.  »  Paraît  avoir  ici  la 
signification  de  linges  sales,  que  nous  ne  trouvons  pas  à  ce  mot  dans 
les  dictionnaires.  [(?e  chiez{Gi.  P.)].  —  3893.  peusse  estre. 

3915.  «  son  cheval  broche.^»  Cf.  v.  37.-  3920.  «  chioohe.»  ?  Peut- 


—  214  — 

être  coque  (œuf  couvé?). Cf.  v.  4032.— 3936.  7iostre.—39i\ .  Et  un. 

—  3949.  Ce  vers  paraît  appartenir  au  discours  de  l'abbesse.  Suppr. 
les  tirets  et  les  guillemets,  et  mettre  seulement  une  virgule  après 
rcnonmée?  «  Bien  que  la  chose  soit  restée  secrète,  ce  que  je  vous  ra- 
conte est  la  vérité.  ». —  3973.   Jcl? 

4002.  emmaller. —  4042.  Un  point  à  la  fin  du  vers. —  4049.  Mettre 
ma  bonne  dame  entre  deux  virgules.  — 4062.  Lis.  mautalent  (ms) . — 
4063. Virgule  à  la  fin  du  vers.— 4067.  Fou  (ou  Mal)  ayme.—  4084. 
les  mieulx. . .  s'afete. —  4087.  l'en. —  4089.  nues. 

4105.  nés  daigne. —  4115.  Lis.  l'encline  (ms.). —  4123.  Et  la. — 
4127.  dame. —  4161.  «lasse.»  Au  sens  réfléchi.  Cf.  Roland,  v.  871: 
Lasserai  Caries,  si  recremint  si  Franc . — 4164.  Lis.  nuls  (ras.).  — 
4177.  Lis.  corne  (ms.  côe) . —  4188.  Lis.  luiuls  (ms.).— 4189.  Ms. 
mahans. 

4202. Virgule  après  compaignon .—A20'i .^  Si  non  celle  de  Dieu... 

—  4215.  far  mon?  —  4237.  Virgule.  —  4238.  Point-et-virgule.  — 
4241.  corn  l'en  Dieu.—  4243.  Dame.—  4246.  Iiostel .— A2bi .  l'ape- 
lent. —  4260.  «  asseur.   »  =r  a  «ewr  (en  sûreté). —  4277. Virgule. 

4330.  Un  point  après  se/owr. —  4331.  Virgule  seulement  à  la  fin  du 
vers. —  4333.  qui  trop  fu  ?  —  4334.  Lis.  mautalent,  en  un  seul  mot. 

—  4334-5.  en  fit  sage  Galeren  acuipar  message'^  —  4343.  Une 
virgule  au  lieu  d'un  point. —  4357.  Lis.  N'y  (ms.).  —  4361.  Es  vous. 

—  4371.  Suppr.  le  point.— 4372. Virgule.— 4373.  Point  d'interro- 
gation.—  4385.  Mettre  des  guillemets  au  commencement  de  ce  vers. 
«  air»  =  climat.  —  4395.  Lire  a  e/(ms.)  et  mettre  une  virgule  à 
la  fin  du  vers. —  4398.  Ou  cui  amours  f 

4408.  Virgule  après  las  (G.  P.).  —  4409.  Dieux!  peust  en  sentir 
saleine?  —  4410.  Ou  la  veoir  venir  n'aler. —  4413.  que  je  r.?  Vir- 
gule après  ce  vers  et  après  le  suivant. —  4422.  Suppr.  je.—  4423. 
siet,  ou  Que  haute? —  4427.  Enne  est  elle  sage  et  voiseuse,  avec 
un  point  d'interrogation.  Cf.  v.  4471. —  4434.  au  sien. —  4440.  La 
douleur.  Virgule  après  ^orfe.  —  4452.  Lis.  En  ce(ms.). —  4466. 
Virgule  à  la  fin  du  vers.  —  4467.  au  duc  —  4471 .  ^  n'est  il.—  4472. 
Lis.   home  ('ms.   hôe) . —  4478.  qu'il  l'aint.  —  4494. -^mis  ce  que? 

—  4499.  Ms.  escitet. 

4502.  a  guerre.  — 4507.  Lis.  nulli  (ms.). —  4514.  Virgule  après 
ce  vers. —  4523. =r  je  la  laisse  (la  honte)  à  l'amour  et  à  lui. —  4528. 
Virg.àla  fin  du  vers. — 4531.  Galerens,  mais  point. — 4565.  «  oriner.« 
Cf.  V.  1462,  et  Miracles  de  St  Eloi,  p.  102: 

Si  que  li  fusiciea  sage 
Chil  qui  oriner  le  devoit 
En  s'orine  rien  ne  veoit. 


—  215  — 

4568.  voisl.— 4579.  convient.  —  i5S3.   Lis.   moy  (ms.).— 4599. 
Lis.  Donc  (ms.).—  Corr.   eu.—  4600. Virg.  après  mer. 
4634.  chevalier f ère.—  4640.  Lis.  Des  (ms.).— 4642.  court  tenir. 

—  4660.  Virgule  seulement  après  ce  vers.  —  4688.  Lis.  cler  (ms.). 
4709.  J\Is.   gueus.  —  4749.  sor.  —  4752.  si  corn  pour.  —  4759. 

Ms .  tonz.  —  476 1 .  Lis .  quar  (ms .  ) .  —  4773 .  Ms .  Escommichié.  Corr. 
acominchié  (G.  P.).  —  4792.  «  bouche  «  ==  boucle.  Cf.  bouchete  = 
petite  boucle,  dans  Du  Cange,  sous  boucleta. —  4796.  Li  ducs. 

4802.  Un  point  après  ce  vers.  —4803.  Virgule  après  bret  (=  au 
Breton).  —  4808.  sa  fille  (celle  du  duc).  —4813.  et  cil  voires.  — 
4818.  paraient.  — A^'io.  U  autre(s) .  —  4852.  d'un  ar.  —  4861. 
guenchie.   Ms.  guenche,  avec  un  point  sur  le  second  jambage  de  17t. 

—  4874.  eslais.  —  4875.  lais  ?  on  seulement  ^j/cns.^  —  4884.  Sel  fait. 

—  4890 .  Ms .  sez  lesse . 

4914.  Suppr.  le  point.—  «  lez  (cor.  les)  Guynant  »  =  ceux  de  G., 
c'est-à-dire  ses  compagnons.  —  4915.  Nul.  —  4917.  Virgule.— 
4941.  Suppr.le  point. —  4964.  Virgule  aprèe  eschappez,  —  4974.  saut 
(=isalvet).  — 4998.  Ou  la  vespree,  avec  le  ms.? 

5003.  Virgule  après  ce  vers  et  point  après  le  suivant  (G.  P.).  — 
5033.  Ms.  maumectre  (f).  —  5042.  del  sien.  —  5045.  «  courans 
laz.  »  Cf.  nœud  coulant.  Roman  de  Thèbes,  v.  4416:  laz  coranz,wa- 
riante  de  laz  corsoirs;  Montaigne,  III,  chap.  v:  «  S'affubler  d'acous- 
trements  de  testes  a  tout  des  lacs  courants.  »  —  5061 .  mestret,  de 
mestrere,  ne -pas  réussir, perdre  (minus  trahere).—  5064.  Ms.  anffin. 

—  5071.  Virgule  après  ce  vers.  Allusion  moqueuse  au  chat  infernal 
que  combattit  Artus  devant  le  lac  de  Lausanne  et  dont  il  ne  triompha 
qu'avec  peine.  Voy.  Paulin  Paris,  les  Romans  delà  Table  ronde,  11, 
358. —  5072.  Qui? —  5080.  =  «  se  venge  (éclaire,  satisfait  son  res- 
sentiment) sur  les  autres  Bretons.  »  Cf.  Roland,  vers  322,  et  Roman 
de  Rou  : 

Da  père  nos  poon  suz  les  fiz  esclarier. 

5090.  Suppr.  les  guillemets  (G.  P.).— 5091.  Suppr.  le  tiret  et  les 
guillemets  et  corr.  S'il  nous.  Virgule  à  la  fin  du  vers(G.  P.). — 5092. 
Suppr.  le  tiret  et  les  guillemets  (G.  P.). —  5003.  meins  (=manus) . 

—  5094.  et  savoir.  — 5097.  Virgule. 

5101.  Ne  m'en. —  5102.  Qu'en  n'a. —  5105.  Lis.  maltalent,  en  un 
seul  mot  (ms.).  —  5107.  tôt  de.  —  5108.  Lis.  soiez.  L'e  de  seoiez 
est  exponctué.  Virgule  après  malaise. —  5115.  cure.  — 5123.  Lis. 
csveillier  (ms.  esveillr,  avec  le  signe  abréviatif  ordinaire  de  ie  au- 
dessus). —  5130.  Ms.  plenîssons.  —  5134.  ert?  [pnieuldre  (G .  P-)]- 

—  5143.  Suppr.  le  point. —  5155.  Ne  parler. —  5163.  l'i  (G.  P.). — 


—  216  — 

5173.  pencé.  —  51S1.  va  notant?  —  51U2.  Virgule  après  tnaine. — 
5193.  Un  point  à  la  fin  du  vers.  — 5195.   Lis.  li  (ras.). 

5202-3.  gentelise:  Frise.  Cf.  436  et  6457.— 5209.  Lis.  l'a  festoie  la 
(ms.).—  b22\.Us.  Et  est  {ms.).— 5242.  Lis.  Si  se  (ras.).  — 5255. 

que  si?  —  5249.  Lis.  corne  (ras.  cOe). —  5252.  il  Vait?  —  5254 

me  baisissiez/  Peut-être  vaut-il  mieux  ne  rien  changer,  et  entendre: 
<■  Avant  de  me  prendre  dans  vos  bras.»  —  5265.  boisiée. —  5289. 
Lis.  m' amie. 

5311.  certe.—  5314.  estuet.—  5321.  ou  ne  li  siesse  ?  —  5326.  Ses 
citers  tout  aiyisi?  «  deglenge.  »  =:  degenyle  ?  se  satisfait.  Voyez  ce 
mot  dans  Godefroy.  —  5352.  dou?  (G.  P.).—  5354.  jel  [f]ayf  — 
5355.  «  fusse  clere.  »  =  fisse  bon  accueil.  Cf.  Garnier  de  Pont  S'® 
Waxence  : 

Car  du  roi  ne  des  siens  n'estes  mie  bien  cler. 

5363.  o  oysele.  »  Cf.  Gautier  de  Coincy,  Miracles  de  la  Vierge, 
c.  115: 


Li  cuers  de  joie  encor  m'oisele; 


Ibid. 


Il  fu  uns  clers,  uns  damoiseaus 
Qui  le  cuer  ot  si  plain  d'oiseaus. 

5414.  Font  scavoir  et  a. —  5432.  Comme  l'i.  —  5433 .  joyans . .  .pa- 
rins. —  5444. pa7-0M<. Cf.  5455. —  5447.  Lis.  mectre  {m&.). —  5448. 
Lis.  conseilliers .  La  fin  du  mot  est  en  abrégé  dans  le  ms.  — 5452 
«  C'il  »=  S'il. —  5454.  Ms.  estolle.  — 5465.  Ce  vers  avait  été  omis; 
on  l'a  ajouté  à  la  suite  du  précédent,  sur  la  même  ligne,  et  le  dernier 
mot  en  a  été  rogné. —  5472.  Lis.  s'aiinée. —  5474.  liis.  vende(ms.). 
— 5487.  Lis.  delà,  en  un  seul  mot  (ms.). — 5489.  errer? — 5490.  Ms. 
proeste.  —  5401.  n'ysse  de  serre,  et  virgule  à  la  suite. —  5492.  Point 
après  novel. 

5510.  Virgule  à  la  fin  du  vers. —  5511.  Lis.  compagnèe,  (a)ahatis 
(ms.). —  5536.  Un  point  après  con^e.  — 5538.  a  ese.  Virgule  seule- 
ment après  ce  mot. —  5539.  Suppr.  les  crochets.  Ms.  M.  entre  deux 
points. —  le  baise.  —  5547.  nul  liu. —  5600.   d'Auçuerre  (G.  P.). 

5601  Effacer  le  point.  «  A  si  bon  temps  »,  qui  suit,  paraît  signi- 
fier à  si  bon  compte.  —  5602.  Virgule  après  amaine.  —  5626.  Un 
point. —  5627.  Sur.  Virgule  à  la  fin  du  vers.  Passe  avant,  qui  est 
ici  le  nom  du  destrier  de  Galerent,  était  le  cri  de  guerre,  r«ensei- 
gne  »  des  comtes  de  Champagne.  Voyez  Fr.  Michel,  Histoire  de  la 
guerre   de   Navarre,  par  Guillaume  Anelier,  p.  365.   -  5636.  Quor- 


-^  217  — 

nehout  (G.  P.).  —  5637.  Morhout.  (G.  P.).  —  5645.   merveilles  f  — 
5654 .  Blou .  —  5686 .  ou  poing  ? 

5703.  s'aatent?  —  510Q.  avoir.  —5716.  ont  lorescuz?  —5728. 
cehci  n'ait  aramie?  —  5731.  lyeupars.  —  5746.  Que  Tïes  claiment 
andegraive  (=  landgraf)  (G.  P.).  — 5747.  Landongraive  [G .  P.). 
—  5750.  «de  fierté.  »  =:  fièrement.  —  5755.  guerjnr.  —  5757.  vi- 
gueur.—  5764.  Lis.  Porfilionz  (ras.). —  5771.  nu. —  5785.  Cf  Gau- 
tier de  Coincy,  Miracles  de  la  Vierge,  c .  526,  v .  30  : 

Et  j'en  sai  plus  que  bues  d'arer. 

57S7 .  d'amont  a  val. 

5804.  Avuec.  —  5819.  que  Hz.  —  5820.  «  enbiez.  »  =  percés. 
Voy.  Godefroy,  e?n.&oîVr.  —  5821.  venduzf  —  5836.  Sel  fiert. — 5839. 

Lis.  Cist griefve  (ms.). —  5842.   Sel  fiert.  —  5854.  sel  prent. — 

5885.  sor  cels.  —  5887.   Si  ra. 

5901.  «  ces  ))—  ses,— 5903.  l'aaiie ?  — 5291 .  s'ont.— 5932.  Et 
porte  sor  son.  [Ce  vers  et  le  précédent  sont  intervertis  (G.  P.)].  — 
5948.  allez. —  5954.  son  citer. —  5962.  0[s]iu  et  point  d'interrogation 
à  la  fin  du  vers  (G.  P.). —  5963.  Ms.  doiîit. —  5968.  mieudres.  — 
5978.  Ms.  actendre  (?)  —  5997.  si  sovent? 

6004.  Ms.  estuz. —  6020.  «harnes.  »  Cf.  6191.  Même  acception 
dans  ce  passage  du  Perceval: 

Lors  la  (le  cheval)  a  .i.  vallet  donet 
Qui  jusqu'au  harnois  l'amenet. 

6058.  et2}lanée?—mM.Et  uns  Bretons  reçoit  (recueil?) ?C{.  6309. 
ou  Et  au  breton  rechiet?  Un  point  après  ce  vers.  —  6075.  «  nel  de- 
porte  »  =  ne  l'épargne. Voir  Godefroy  sous  déporter .  —  6097 .  Li  dis. 

6107.  Lis.  espairgnent  (ms.j.  — 6111.  Les  Bretons.  —  6124.  le 
jour.  —  6129.  Esvous.  —  6131.  Qui  tuit. .  .a  handon.—  6137,  i  poi- 
gnent.  —  6143.  «  chous.  »  =  ceus  (ceux-là).  Cf.  v.  6104-5:  eulx  : 
colz;  donc  olz.  Cf.  Psautier  lorrain,  13,  8. — 6148 .  maillent .  —  6167. 
;Sie  ne.  —  6175.  et  voient,  ou  seulement  croient?  — 6178-6179.  d'ols  : 
cols.  CL  6104-5,6142-3. 

6214.  prisons. —  6216.  <(  ostrage.  »  =  oultrage.  Cf.  6229,  etc. — 
6223,  «  garse.  »  ^  lancette.  Voyez  Du  Cange,  garsa.  Cf.  Littré, 
sous  gercer.  Godefroy  n'a  de  ce  mot  que  la  îovmQ  jarse,  mal  expli- 
quée par  sorte  d'arme.  Il  traduit  le  verbe  plus  exactement.  Perceval, 
v.  4900: 

A  sa  car  paroit  dehascie 

Ausi  com  s'il  fust  fait  de  garce, 


—  218  — 

Que  ele  l'ot  crevée  et  arse 
De  caut,  de  halle  et  de  gelée. 

6230.  au  Bret. —  6231-2.  qui  estrange  Homme  que  ne  congnoist 
laidenye?  Cî.  7778-9. Ou  plus  simplement  sans  intervention,  5"e  [?7] 
congnoist  estrange?  [que  [ne]  ce.  (G. P.)].  —  6245.  <Soaive  (=Souabe.). 
— 6255.  Expression  proverbiale  dont  les  exemples  ne  manquent  pas 
ailleurs.—  6279.   Corr.  ?  — 6296.  râliez  s'en  est.—  6298.  Bruns. 

6305.  encarche  (G.  P.). —  6307.  si  l'a  la  manche?  —  6309.  Cf. 
V.  6064.  —  6318.  En  s' amour.  — 6351.  essoignier?  —  6356.  encar- 

chier  (G.  P.)-  —  6388.  vo  doleur. —  6389.  Si  en meilleur?  — 

6391.  eritez. 

6428.  ou  d'uit. —  6438-9.  nommez  :  amez . —  6447.  que  reprendre? 

—  6449.  se  Dieux    —  6452.    haulciez  et  amontez.  —  6455.  haut  li- 
gnage? —  6467.    li  vet  emhlant?  —  6486.  «  a  le.  »  alec  (=^ahtec)? 

—  6490.   Cf.  Jehan  Boàcl  (Romania,  IX.  237): 

De  dru  forment  en  vuide  esleule 
Sui  mis. 

6501.  celuy .  —  6502.  Qui  m' apartiengne  {om  ma  par[t\  tiejigne?) 
tant  en  voye. —  6521.  «  Je  n'ay  rien  dit.  »  =  Je  parle  follement  (ce 
que  je  dis  n'est  rien).  —  6531.  plainst.  — 6537.  douleur.  —  6539. 
Suppr.  la  virgule.  —  6555.  nier  si? — 6575.  proie. —  6581.=  C'en 
est  fait.  Locution  dont  on  a  de  nombreux  exemples,  et  qui  fait  allu- 
sion à  un  usage  sur  lequel  voyez  Du  Gange,  sous  festuca.  —  6592, 
Ca,r  vos  y  venez. 

6607.  Por. —  6609-10.  savray  tant  losengier . . .  et  dlre'i  —  6619. 
derendroit  ?  ou  se  rendroit?  —  6628.  Quel  vous  croit  plus  que  tout  le 
monde?  Cf.  7510. —  6636.  aramies. —  6655.  Virgule  après  tenir. — 
6656.  Un  point  après  voulez. —  6670.  pai[e]ray(G.'P .). —  6673.  vos 
assens. —  Q6~d.  Fi-esne  en    a? — 6691.  sanslmaus}  couvines  {G.P .). 

—  6696 .  reproches . 

6710-11.  encombrer:  nomhrer.  — 6712.  ert?  —  6722.  aisiuz.  — 
6726.  «  fille.  »  Corr.  ?  —  6735.  Ce  vers  paraît  plutôt  le  premier  de 
la  réponse  de  la  dame.  Mettre  en  conséquence  un  point  à  la  fin  du 
précédent,  et  une  virgule  seulement  après  celui-ci.  —  m'ajut?  (Je 
n'aurai  donc  plus  besoin  de  filer!)  —  ÇilZS-'è .  herhergies  :  logies.  — 

—  6743.  estuet. —  6748.  vendues?  c'est-à-dire  payées. —  6749.  an- 
deus. —  6756.  Quel  leur. —  6757.  taillier. — 6758.  Prent  le. —  6779. 
Est  la  vile  toute? — 6797.  Le  vin  de  Soissons  était  renommé.  Cf.  ci- 
dessus,  5599,  et  Barbazan  I,  361  : 

Ço  est  li  bon  vin  de  Soissons. 


—  219  — 

6798.  vin  y  a'^ —  Point-et-virgule  à  la  fin  du  vers. —  6799.  û  a. 
6811,  «  vers.)):=  sangliers.  Cf.    Chevalier  au  Cygne,  t.  Il,  p.  111: 

Comandés  a  beter  ces  ors  ensalvecis 

Et  combatre  ces  vers  et  ces  ciievax  braidis. 

6832.  Point  d'interrogation  (G,  P.). —  6867.  «soit  »  =  sa?^.  De  même 
7018,  7092,  comme  déjà  antérieurement.  —  6882.  Un  point  après 
travail. 

6900.  gemme.  —  6915.  G.  ut  de.  [Suppr.  simplement  si  (G. 
P.)].  —  6937. (tes  membres.  »  De  sa  ceinture.  Cf.  Perceval,  16453: 

Çainture  ot  bone  a  membres  d'or; 

Miracles  de  s.   Eloi,  p.   31: 

Âdies  chaignoit  bêles  chaintures 

A  blouque  d'or,  menu  ferrées 

De  membres  d'or  et  bien  gemmées. 

6939.  «  noische.  »  fermai).  Voy.  nouche  dans  Laborde,  Glossaire 
des  émaux.  —  6950.  que  ou  qu'i[r\.  —  6969.  A  son  coul  l'a  Fresne. 

—  6973.  Sont?  Le  ms.  a  sûrement  i^ojii.  [Mettre  les  deux  vers  pré- 
cédents entre  guillemets  (G.  P.)]-  —  6976.   «   cestui.  »  Pour  cesti. 

—  6977,  Ms.  aucuy . —  6987-8.  Ce  sont  deux  vers  d'une  pastourelle 
qu'on  peut  lire  dans  Bartsch,  Romances  et  pastourelles,  p.  214. 

7005.  sel  déçoit. —  7006,  Point-et-virgule  après  ce  vers. —  7008. 
Des.  {Les  autres  lalst{G.  P.)].  — 7010.  Eldit.  —  7011.  Que  G.  ? 

—  7015.  aiendre? —  7022.  Point  d'exclamation  après  chiere. — 7026. 
monstrez.  —  7(i39.  «  afit.  »  Provocation,  défi.  Voy.  Du  Cange- 
Henschel,t.  VII.— 7042.  5i  n'a,  \_N'lln'a{G.  P.)]. —7047,  l'espousé. 

—  7076,  Le  sieut. 

7102.  espouser . —  7117.  ravisant?  —  7126. /SeZ  va.  —  7133,  Zi  d. 
— 7154.  andeus. —  7157,  Qu'elV  a  la  dame  a  veu  faire. —  7169.  Le 
faux.  [Corr.  son  nom  et  garder  Li  foux.  Ce  vers  fait  partie  du  dis- 
cours de  Fresne  (G.  P.)].  —  7184.  sel  vous. —  7195.  desloie  ou  des- 
liée.—  7199,  lues, 

7201,  Ms,  sen.—  7205.   ont.—  7210.  ^ar^er.— 7220,   Sel  flst. 

—  7223.  Et  faire  el  k'a  dire  vos  Zais?  —  7229.  Suppr.  Si.  —  7246. 
tant.  —  7253.  La  laissai  ;  si  m,' en. . , ,  ou  Si  la  laissai;  m'en. . . .?  — 
7256-7,  esteusse  :  peusse . —  7267,  desatorner. — 7268,  Sa  g.  .  .jjorllal 
V.  ?  — 7278,  revivre?  ['Ms.reuieuure?)  Ou  serait-ce  une  autre  forme 
de  remouvoir?  Cf.  matndreet  manoir,  ardre  et  ardoir,  rezoivre  et  re- 
cevoir, etc. —  7283.  Fresnain?  —  7284.   Va  est. 

7333.  De  sa  mère  ne  (G.  P.),—  7335,   Virgule.  —  7336.  de  vray. 

—  7345.   rneoule? 


—  220  - 

7404.  Point-et-virgule. —  7405. Virgule.  —  7418.  «  tendre.  »  Au 
sens  à' entendre  ?  On.  corrigez  a  vous  ?  —  7425.  d'ire.  —  7429.  d'au- 
cun (G.  P.).  —  7432.  mesparler,  en  un  seul  mot.  —  7457.  Que  elle 
(G.  P.).—  7459.  Ms.  mectoie  (?).  —  7470.  lues  qu'elle. 

7505.  Ms.  mectoie. —  7514.  Point  d'exclamation.  —  7548.  Virgule 
après  ce  vers. —  7549.  Qui?  —  «  treuve.  «  imagine,  cherche  à  trou- 
ver. Cf.  V.  113.  —7591.  N'entendre. 

7653.  si  ne  vos  griet. —  7663.  n'yerc  ne  eh  (G.  P.).  —  7669,  mteus 
creus*  (G.  P.)  —  7670.  Ne  soie  que?  —  7693.  Ms.  plutôt  mectent. 

7712.  qui  l'a  esposée,  ou  mieux  peut-être  qui  a  s'esposée. —  7720. 
ce  li  vient,  ou  mieux  ce  nev.f  —  7731.  «  Se  fera  religieuse.  »  Cf. 
3842. —  7736.  Qu'ainsi  esta  F.  ?  —  7752. a  plenté. — 7759.  «  le 
villain.  »  c'est-à-dire  le  proverbe.  —  7767.  andui  lacié.  —  7783. 
«  Malte.  »   mainte{G.  P.). —  7788.  marrine. —  7797.  claime. 

7806.  siut  (solet) . 


La  Bibliothèque 
Université  d'Ottowa 


Echéance 


UnlOMAI 


2006 


The  Librory 

University  of  Ottawa 

Date   due 


N 


«I« 


V33H10nai9 


a39003  0033^S276b 


CE  PQ    1486 
.J7G3  1888 
COO   JEAN  RENART. 
Ace*  1386706 


LE  ROMAN  O